Un site du Centre d'histoire de Montréal

Le mont Royal des Amérindiens

22 novembre 2016
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Le mont Royal est un élément, géographique et culturel, dominant de l’île de Montréal. Il a marqué l’occupation humaine du territoire montréalais, et cela, bien avant la fondation de la ville.

Le mont Royal constitue un élément structurant de l’histoire de la ville de Montréal. Ce relief dominant l’île a toujours été un point de repère pour la ville, qui en a même rapidement pris le nom au détriment de l’appellation d’origine, Ville-Marie. Mais cette montagne avait également une grande importance aux yeux des Amérindiens, bien avant l’arrivée des Européens. Et comme pour les Montréalais d’aujourd’hui, elle leur a servi de point de vue, de terrain d’habitation et de culture, de lieu d’inhumation et même de lieu d’extraction de la pierre!

On a un aperçu de l’intérêt de ce site lors du bref passage de Jacques Cartier à Hochelaga, village situé au pied de la montagne. En effet, à l’automne 1535, l’explorateur se rend sur le sommet avec des Iroquoiens du Saint-Laurent pour qu’ils lui décrivent les voies de passage vers l’amont du fleuve. Et plus d’un siècle plus tard, c’est au tour de Maisonneuve d’être accompagné, cette fois par des Algonquins, jusqu’au sommet où on lui raconte l’histoire de l’île. Mais l’archéologie nous dévoile des aspects du mont Royal encore plus anciens...

Des cimetières avant les cimetières

Plusieurs dizaines de sépultures humaines préeuropéennes ont été découvertes depuis le XIXe siècle sur les versants du mont Royal, plusieurs du côté de Westmount, d’Outremont, du centre-ville, et quelques-unes le long du chemin de la Côte-des-Neiges. L’âge de la plupart de ces inhumations reste à ce jour indéterminé, mais il est vraisemblable qu’elles couvrent une fourchette de temps de plusieurs millénaires. Il va donc sans dire que la montagne a servi de cimetière bien avant l’apparition des vastes étendues de pierres tombales actuelles.

Difficile d’imaginer aujourd’hui le secteur du centre-ville situé devant l’Université McGill occupé par un village iroquoien palissadé, mais c’est bien ce qu’il y avait là au XVIe siècle. Le site Dawson, trouvé vers 1860 lors de travaux liés à l’expansion urbaine, pourrait même correspondre au Hochelaga décrit par Cartier. Une très grande quantité d’artefacts, principalement des fragments de poterie, et plusieurs sépultures témoignent d’un site villageois d’Iroquoiens du Saint-Laurent, sur le versant sud-est du mont. À l’automne 2016, quelques segments de sols épargnés par les perturbations modernes ont été mis à jour à l’intersection des rues Peel et Sherbrooke, étendant la superficie de ce même site vers l’ouest.

Une pierre pour tailler des outils

Cornéenne du mont Royal

Biface en cornéenne du mont Royal
Photo de Roland Tremblay.
Une roche métamorphique, appelée cornéenne et créée lors de la formation du mont Royal, a été extraite de ses versants depuis les premières présences humaines, pour en faire des outils en pierre. Il faut comprendre qu’avant l’usage des métaux, les pierres servaient à fabriquer les outils de base avec lesquels on modifiait la matière pour produire une bonne partie de ce dont on avait besoin. Bien que de qualité moyenne, la cornéenne du mont Royal était supérieure aux autres pierres disponibles dans la région. Depuis plusieurs milliers d’années, des affleurements ont été exploités près de la voie Camillien-Houde. Cette exploitation a laissé un site archéologique où des vestiges d’extraction et de taille de cornéenne ont été trouvés en grande quantité. Cette matière première se présente sous forme d’outils dans la plupart des sites archéologiques préhistoriques de la région de Montréal.

Aujourd’hui, on a oublié les anciens toponymes de langues amérindiennes qui ont désigné cette colline montérégienne à travers les millénaires. Mais des traces ténues nous rappellent avec raison que le mont Royal, nommé ainsi par Cartier en 1535, a connu des appellations beaucoup plus anciennes. Des dénominations dont seul le mont Royal lui-même saurait se souvenir.

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