Un site du Centre d'histoire de Montréal

Histoire de l’immigration d’Afrique subsaharienne à Montréal

02 juin 2017

Plusieurs fois par année, Montréal s’anime aux rythmes africains lors d’événements culturels. Ces fêtes sont les signes visibles d’une présence dont on sous-estime parfois la force et les racines.

Afrique subsaharienne - affiche Vues d'Afrique

Affiche du Festival Vues d’Afrique signée Marie-Denise Douyon.
Archives du Festival international de cinéma Vues d’Afrique.
En 2006, les immigrants issus de l’Afrique subsaharienne se comptent à plus de 38 000 au Québec. Ils viennent de différents pays de cette immense région continentale qui rassemble 48 états. Issus de cultures variées, ils parlent divers dialectes, et, généralement, le français ou l’anglais. Souvent confondus avec les Haïtiens, le groupe de personnes noires majoritaire au Québec, ils incluent non seulement des Noirs, mais aussi des Blancs et des Asiatiques. Les Montréalais originaires de l’Afrique subsaharienne représentent, en somme, une population hétéroclite qui, en 2017, est toujours en plein déploiement.

Débutée dans les années 1960, cette récente vague migratoire en provenance de l’Afrique a été provoquée par la levée progressive des politiques discriminatoires canadiennes qui ont longtemps freiné l’immigration non blanche. La présence africaine à Montréal se note toutefois bien avant le XXe siècle, par la voie du trafic humain et de l’esclavage.

Esclaves, affranchis ou libres Africains à Montréal

James Monk

. Portrait de Sir James Monk.
Musée McCord. M22340.
Originaire de Madagascar ou de Guinée, Olivier Le Jeune serait l’un des premiers Africains à fouler le sol de la Nouvelle-France, en 1632. Comme lui, environ 4000 esclaves sont acquis durant cette période, dont une majorité d’Amérindiens. Les esclaves noirs, des États-Unis, des Antilles ou de l’Afrique, sont alors symboles de prestige social. À Montréal, sur les 1500 esclaves évalués, le tiers sont noirs.

En dépit des efforts des historiens, les sources disponibles ne permettent pas de calculer avec précision le nombre et l’origine des esclaves. Il est donc difficile d’évaluer l’effectif des Africains présents en Nouvelle-France et, par la suite, dans la colonie anglaise. Il est aussi ardu de déterminer le statut de ces personnes. Les documents désignent parfois les esclaves par le terme « servants » qui peut signifier serviteur ou domestique. Sans d’autres sources pour valider leur état, il serait présomptueux de confirmer leur servitude. Chose certaine, quelques Africains, esclaves, affranchis ou libres, se sont établis à Montréal, que ce soit sous le régime français ou anglais.

Quelques descendants africains

Afrique subsaharienne - illustration journal Le pourboire

Illustration raciste intitulé Pourboire forcé dans un journal montréalais en 1890.
31 mai 1890. Le Samedi, page 7. Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Malgré l’abolition de l’esclavage dans les colonies anglaises en 1834, le racisme et la discrimination se perpétuent. Bien que quelques Afro-Montréalais réussissent à atteindre un certain statut social, la majorité est limitée aux emplois de lampiste, et ce, peu importe leur niveau d’éducation. Vers 1850, la centaine de Noirs présents dans la métropole sont trop peu nombreux pour former les signes d’une communauté, comme une association ou une église. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle qu’une population noire distinctive se rassemble dans le secteur sud du quartier Saint-Antoine, renommé, dans les années 1960, la Petite Bourgogne.

Reste que, pour la fin du XIXe et le début du XXe siècle, la présence africaine à Montréal se définit essentiellement par les descendants d’esclaves qui se confondent à une majorité d’Afro-Américains et d’Afro-Antillais. Jusque dans les années 1960, les politiques discriminatoires d’immigration envers les non-Blancs bloquent la venue d’Africains subsahariens.

Un eldorado montréalais?

Afrique subsaharienne - spectacle

Spectacle de Jean-Louis Thémistocle, d'origine malgache
Archives du Festival international de cinéma Vues d’Afrique.
Après les années 1960, les politiques d’immigrations canadiennes sont modifiées en faveur d’une plus grande ouverture aux pays ayant une population non blanche. En parallèle, plusieurs états de l’Afrique subsaharienne connaissent des épisodes de bouleversement politique. Provenant de contrées variées comme le Kenya, le Ghana, le Sénégal, le Cameroun, le Burundi, le Congo, le Rwanda et bien d’autres, les Africains viennent par choix, pour le travail, par amour ou pour leurs études, pendant que d’autres fuient une région en période d’instabilité. Dans les années 1990, Montréal accueille plusieurs de ces réfugiés forcés de quitter leur mère patrie en crise.

Ces Afro-Montréalais parlent fréquemment le français et l’anglais et détiennent souvent un diplôme universitaire. Malgré leur degré de compétence élevée, ils rencontrent régulièrement des obstacles à l’embauche et à l’emploi, signes que le racisme et la discrimination sont toujours bien vivants. À titre d’exemple, en 2006, le taux de chômage des ressortissants du Burundi se chiffre à 25 %, pendant que la proportion générale pour le Québec est de 7 %.

Montréal africain

Depuis les années 1970, et avec plus de force dans les décennies 1990 et 2000, les Montréalais originaires de l’Afrique subsaharienne investissent la cité. Les associations communautaires et culturelles et les commerces à saveur africaine se multiplient à travers les quartiers. Montréal est animée par la danse et la musique africaine, avec le célèbre Club Balattou; par le cinéma, avec le festival Vues d’Afrique; et par des événements à grand déploiement, comme les Nuits d’Afrique et les Journées africaines. Tous ces exemples sont les traces visibles d’une présence en pleine croissance qui continue d’enrichir l’histoire de Montréal.

Références bibliographiques

AGBOBLI, Christian, et Zab MABOUNGOU. « Les Africains subsahariens – Entre histoire, éducation et politique », dans Guy BERTHIAUME et al., Histoires d’immigrations au Québec, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2012.

BARRY, Mamadou Cellou. Être d’ici, de là-bas et d’ailleurs : l’expérience migratoire d’Africains établis à Montréal, Thèse (Ph. D.) (études urbaines), Institut national de la recherche scientifique – Urbanisation, Culture et Société, 2006, 372 p.

COLLECTIF. La présence des Noirs dans la société québécoise d’hier et d’aujourd’hui, Montréal, ministère des Affaires internationales, de l’Immigration et des Communautés culturelles, ministère de l’Éducation, 1995, 37 p.

MACKEY, Frank, L’esclavage et les Noirs à Montréal, 1760-1840, Montréal, Hurtubise, Cahiers du Québec, 2013, 662 p.

NAIDOO, Joséphine C. « Africains », [En ligne], Encyclopédie canadienne. (Consulté le 8 février 2017).
http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/africains/ 

PUPLAMPU, Korbla, et Wisom J. TETTEY. Africa: Missing Voices: The African Diaspora in Canada: Negotiating Identity and Belonging, University of Calgary Press, Calgary, 2000, 253 p.

WILLIAMS, Dorothy W. Les Noirs à Montréal. Essai de démographie urbaine, Montréal, VLB Éditeur, 1998, 206 p.