Hôtel-Dieu de Montréal

Légende : Hôtel-Dieu de Montréal
Credit : Air Imex Ltée, 2015

Historique d'ensemble

Genèse de l'institution

L’Hôtel-Dieu est la première institution hospitalière fondée en sol montréalais; ses débuts sont donc étroitement liés à ceux de la ville. L’hôpital, dont la mission est de soigner gratuitement les malades qui sont pauvres, est constitué en 1644 par la Société de Notre-Dame de Montréal, alors propriétaire de l’île de Montréal. Financée par la bienfaitrice Angélique Faure de Bullion, l’institution est placée sous la gouverne de Jeanne Mance, cofondatrice de Montréal. Blessée à la main droite et ne pouvant suffire seule à la tâche, cette dernière doit bientôt aller chercher de l’aide en France pour l’assister dans les soins aux malades. En 1659, elle ramène donc de La Flèche quatre Filles Hospitalières de Saint-Joseph, communauté religieuse fondée quelques années auparavant. Après le décès de Jeanne Mance en 1673, la congrégation prend la charge de l’administration de l’hôpital et la conserve pendant près de trois siècles.

Le premier Hôtel-Dieu est situé sur la rue Saint-Paul, dans ce qui est aujourd’hui le Vieux-Montréal. Les Hospitalières acquièrent toutefois d’autres propriétés sur l’île de Montréal, afin de générer des revenus et d’assurer leur subsistance et celle des malades. En 1730, la congrégation reçoit des frères Benoît et Gabriel Basset une vaste propriété terrienne située sur le flanc est du mont Royal, en pleine campagne. Nommée terre de la Providence, cette propriété sert à plusieurs usages : agriculture, vergers, pacages et exploitation de carrières de pierre. Les religieuses louent certaines parcelles à divers occupants.

Au milieu du 19e siècle, la congrégation prend l’importante décision de déménager son hôpital, son orphelinat et son monastère sur sa propriété du mont Royal. L’exiguïté des locaux sur la rue Saint-Paul ainsi que l’environnement pollué et surpeuplé de la ville, qui sied mal à un hôpital et à un monastère de sœurs cloîtrées, motivent ce déménagement. Le nouveau bâtiment, érigé de 1859 à 1861 et orienté est-ouest, possède une façade monumentale qui excède la largeur initiale de la propriété des sœurs; les deux terrains adjacents ont dû être achetés afin de donner plus d’espace à l’ensemble institutionnel. Le site du nouvel hôpital est baptisé Mont Sainte-Famille par l’évêque Ignace Bourget.

Phases d'aménagement et de construction

Bâti avec de la pierre extraite du site même, l’édifice principal de l’Hôtel-Dieu (1859 à 1861) est conçu par Victor Bourgeau, architecte réputé et très actif au sein du diocèse de Montréal. Le bâtiment de taille imposante, au plan en forme de « E », reprend le vocabulaire classique de l’architecture alors souvent associé aux couvents et aux institutions religieuses. L’aile centrale, coiffée d’un dôme, abrite la chapelle ainsi qu’un orphelinat dans la partie arrière. L’hôpital loge dans la partie est tandis que le monastère occupe l’aile ouest. La façade donne sur l’avenue des Pins, alors appelée rue de l’Hôtel-Dieu. Durant cette première phase de construction, qui s’étend de 1859 à 1862, sont également érigés diverses dépendances, la chapelle de l’Immaculée-Conception située au milieu des jardins ainsi qu’un petit oratoire dédié à saint Joseph et adossé à la chapelle principale.

L’Hôtel-Dieu connaît subséquemment une série d’agrandissements, dont le premier a lieu en 1885 et 1886. Il s’agit de l’ajout d’une annexe au nord-est devant initialement servir de chapelle mortuaire, d’où son architecture s’apparentant à celle des églises. Finalement voué à un usage médical, l’édifice situé à l’angle de l’avenue des Pins et de la rue Saint-Urbain possède une véritable cour d’honneur, ornée quelques années plus tard d’une statue de Jeanne Mance. D’autres agrandissements marquent cette deuxième période (1885 à 1925), dont deux adjonctions au pavillon Marie-Morin permettant l’ajout de chambres et de salles d’opération. Ce pavillon, qui correspond à l’extrémité est du plan en E, est en effet agrandi par l’avant en 1902 et par l’arrière de 1922 à 1925. Une résidence pour les aumôniers est également construite en 1925 devant la façade principale du complexe institutionnel.

Les agrandissements les plus importants sont effectués au milieu du 20e siècle. Un plan de développement confié aux architectes Gascon et Parant, comprenant trois grands pavillons médicaux de facture moderne, est réalisé entre 1941 et 1952. Les pavillons Le Royer, Jeanne-Mance et De Bullion partagent une architecture similaire définie par une volumétrie simple et des façades sobres en granit. Les trois bâtiments, érigés derrière l’édifice d’origine et donnant sur la rue Saint-Urbain, forment une cour monumentale planifiée par les architectes dans une volonté d’esthétiser l’espace urbain. Le généralat des Religieuses Hospitalières, conçu par la même firme et construit en 1950 à l’extrémité ouest de la façade principale, s’insère aussi dans cette troisième phase d’aménagement. Le dernier édifice construit sur le site de l’Hôtel-Dieu est le pavillon Masson, érigé en 1963 et 1964 à l’arrière de la propriété et servant initialement à loger les infirmières.

Les changements survenus à une époque plus récente comprennent l’aménagement d’une passerelle reliant les pavillons De Bullion et Jeanne-Mance (1970), ainsi que l’ajout d’une annexe contemporaine à l’ancienne résidence des aumôniers (1992) pour loger le Musée des Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Montréal.

L'ensemble dans l'histoire du site patrimonial du Mont-Royal

Les dimensions d’origine de la propriété des Religieuses Hospitalières sur le flanc est de la montagne sont immenses. Elles s’étendraient aujourd’hui, approximativement, de la rue Sherbrooke à la rue Jean-Talon en longueur, pour une largeur de deux arpents bornée à l’est par le boulevard Saint-Laurent. Les religieuses conservent quasi intacte cette propriété pendant plus d’un siècle, puis participent ensuite au développement urbain du secteur en vendant certaines parcelles et en faisant concevoir des plans de lotissement à des fins résidentielles. Les premières démarches importantes en ce sens sont effectuées au milieu du 19e siècle. La congrégation fait alors réaliser un véritable plan de développement urbain et immobilier : la rue Sainte-Famille est ouverte au sud de la rue de l’Hôtel-Dieu (avenue des Pins) et dotée ensuite de bâtiments résidentiels à l’architecture soignée, répondant à des normes préétablies. Cette rue, située dans l’axe de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, offre une perspective monumentale sur le dôme de l’institution.

À l’ouest de l’ensemble de l’Hôtel-Dieu, au pied du mont Royal, d’autres parcelles de la propriété sont vendues à des instances publiques dans la dernière moitié du 19e siècle et au tournant du siècle suivant. Un terrain d’exposition, devenu le parc Jeanne-Mance, y est notamment aménagé. Ainsi, ce secteur devait conserver – selon le souhait de la congrégation – un caractère naturel qui contraste avec l’urbanisation dense à l’est du boulevard Saint-Laurent.

Afin de faire bénéficier les patients de l’air pur de la montagne, le site de l’Hôtel-Dieu est caractérisé à l’origine par une multitude de cours intérieures, de jardins et d’espaces verts. À partir du milieu du 20e siècle, de grands changements sociaux, telles la laïcisation des hôpitaux et la prolifération de l’automobile, amènent une reconfiguration du site de la plupart des institutions religieuses et hospitalières implantées sur le mont Royal. À l’Hôtel-Dieu, les sœurs ont cependant conservé, dans la partie de la propriété qui leur appartient toujours, des jardins et un verger ceinturés d’un mur d’enceinte. Ce lieu privé est à la fois exceptionnel dans le contexte du centre-ville tout en faisant écho à l’environnement naturel des parcs Jeanne-Mance et du mont Royal, situés à quelques pas.

Localisation

Auteur : 
Ville de Montréal

Sujet

Localisation des bâtiments de l'ensemble Hôtel-Dieu de Montréal
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