Hôpital Royal Victoria

Légende : Hôpital Royal Victoria
Credit : Air Imex Ltée, 2015

Historique d'ensemble

Genèse de l'institution

La création de l’Hôpital Royal Victoria est d’abord une entreprise philanthropique instituée par deux hommes d’affaires influents de Montréal. En 1887, Donald Alexander Smith (Lord Strathcona et Mount Royal) et George Stephen (Lord Mount Stephen), deux cousins d’origine écossaise ayant notamment fait fortune en participant à la fondation du chemin de fer Canadien Pacifique, proposent au conseil municipal de fonder un hôpital ouvert à tous les Montréalais, peu importe leur condition sociale. Ils offrent à cette fin une somme d’un million de dollars, tandis que la Ville cède pour le projet un terrain situé à l’intérieur des limites du parc du Mont-Royal, sur le flanc sud de la montagne. Le site en hauteur, qui bénéficie à la fois d’une grande visibilité et de la pureté de l’air de la montagne, correspond au souhait des fondateurs. Par contre, le terrain, situé tout près du réservoir McTavish, ne fait pas consensus car les médecins craignent la contamination de l’eau potable par les eaux usées de l’hôpital. Les premiers bâtiments sont finalement érigés un peu à l’est du terrain proposé et le nouvel hôpital ouvre ses portes en 1893. Nommée Royal Victoria, l’institution commémore le jubilé de la reine d’Angleterre.

Dès ses débuts, l’hôpital est affilié à l’Université McGill dont le campus et la Faculté de médecine sont adjacents. Il s’agit d’un hôpital d’enseignement comprenant entre autres des amphithéâtres de chirurgie. L’institution comporte à l’origine trois édifices composant un plan en H : le bâtiment central loge l’administration tandis que les deux ailes, de part et d’autre, sont vouées à la chirurgie, à l’ouest, et à la médecine générale, à l’est. L’ensemble est conçu par l’architecte britannique Henry Saxon Snell, d’ailleurs spécialisé dans la conception de bâtiments hospitaliers. L’architecture des premiers pavillons de l’Hôpital Royal Victoria, qui servira ensuite de modèle aux agrandissements ultérieurs, est inspirée par les châteaux de la noblesse écossaise. Ce style rappelle à la fois l’origine des fondateurs de l’institution tout en faisant écho aux bâtiments du voisinage, dont les riches demeures du Mille carré (Square Mile) et les édifices de l’Université McGill.

Phases d'aménagement et de construction

Les trois édifices d’origine de l’Hôpital Royal Victoria connaissent plusieurs modifications, tant intérieures qu’extérieures, s’échelonnant de 1894 jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. D’autres pavillons sont successivement ajoutés, chacun étant destiné à une fonction ou à un service particulier. La plupart des interventions effectuées sur le site durant les 50 premières années de fonctionnement de l’hôpital s’inscrivent dans le vocabulaire architectural établi par Henry Saxon Snell. Ces ajouts composent une première phase de construction certes longue, mais cohérente, où une même vision de l’architecture hospitalière caractérise les édifices s’intégrant dans un plan pavillonnaire. Ces pavillons indépendants sont reliés entre eux par des passerelles, des passages souterrains et des allées sinueuses. Ils participent à une mise en scène s’appuyant sur une architecture prestigieuse (murs en pierre de taille, toits pentus recouverts de cuivre, lucarnes, tours, façades crénelées) et sur l’escarpement du terrain.

Parmi les ajouts les plus importants de la première phase figure le pavillon Hersey (H), bâti en 1907 pour servir de résidence aux infirmières et implanté à l’ouest de l’ensemble initial. Le bâtiment des frères Maxwell, architectes s’apparente à une demeure bourgeoise telle qu’en ont conçu les architectes dans le voisinage. Les pavillons Ross Memorial (R) et des Femmes (F), construits respectivement en 1916 et 1926, sont l’œuvre des architectes Stevens et Lee, spécialistes du domaine hospitalier. Ces édifices représentent également des éléments majeurs du site. Les deux pavillons sont implantés sur un escarpement rocheux et viennent couronner l’ensemble institutionnel au sommet du site. En 1944, l’hôpital se dote d’un institut psychiatrique, l’Institut Allan Memorial. Ce dernier est aménagé dans l’ancienne villa Ravenscrag, conçue en 1863 par l’architecte Victor Roy et située à l’ouest de la propriété initiale de l’hôpital, à l’écart des autres bâtiments. L’opulente résidence victorienne, léguée en 1940 à l’institution par les descendants de l’armateur et homme d’affaires Hugh Allan, s’intègre harmonieusement à l’ensemble par son style.

Durant la deuxième moitié du 20e siècle, le Royal Victoria est marqué par un vaste programme de modernisation. Une importante campagne de financement, favorisée par la prospérité de l’après-guerre, est mise sur pied de concert avec d’autres hôpitaux. Cela amène la construction en 1955 et 1959 de deux grands pavillons de conception radicalement différente, les pavillons Chirurgical (S) et Médical (M). Œuvres de la firme Barott, Marshall, Montgomery & Merrett, les édifices se démarquent par leur architecture fonctionnaliste, leur taille imposante et leur implantation dictée davantage par une volonté de centraliser les services plutôt que par la topographie du site. Pour permettre leur construction, certaines parties d’édifices plus anciens doivent être démolies. Enfin, après plus d’une trentaine d’années sans intervention sur le site, un dernier ajout vient commémorer le centenaire de l’hôpital : le pavillon du Centenaire (C), construit en 1993 et conçu par les architectes Larose, Petrucci et Associés. Les trois édifices érigés durant cette seconde période de développement présentent les mêmes matériaux de revêtement que les premiers bâtiments du site (pierre calcaire, cuivre), mais traités différemment. Cela confère à l’ensemble une certaine homogénéité en dépit de ses 100 ans d’architecture.

L'ensemble dans l'histoire du site patrimonial du Mont-Royal

L’Hôpital Royal Victoria fait partie d’un réseau d’institutions hospitalières implantées aux 19e et 20e siècles sur le pourtour du mont Royal pour des raisons d’hygiène, l’éloignement des centres urbains favorisant une meilleure qualité d’air. D’autres motifs justifient cependant l’emplacement particulier du Royal Victoria, dont l’étroite relation qui existe entre la bourgeoisie anglophone de l’époque victorienne et le secteur sud de la montagne. Les fondateurs de l’institution ainsi que la plupart des membres de l’administration, plusieurs médecins y travaillant, les architectes ayant conçu les bâtiments et même les patients aisés connaissent bien ce quartier cossu. Plusieurs y habitent en effet les maisons de villégiature à flanc de montagne et les résidences bourgeoises du Mille carré. Un tel contexte pourrait expliquer une certaine parenté architecturale entre l’ensemble institutionnel et les résidences environnantes, et même entre l’hôpital et les édifices de l’Université McGill, également liée à la bourgeoisie anglophone qui a financé sa fondation.

Certains bâtiments appartenant à l’université se confondent presque avec les pavillons de l’hôpital, étant érigés tout près. Une passerelle surplombant la rue University relie même le pavillon Chirurgical (S) et l’Institut et Hôpital neurologiques de Montréal afin de faciliter les activités d’enseignement de la médecine. Les liens privilégiés que partagent McGill et le Royal Victoria depuis les débuts sont renforcés depuis 1997 par la fusion de cinq hôpitaux affiliés à l’université, dont l’Hôpital Royal Victoria et l’Hôpital général de Montréal, pour former le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Dans le contexte de cette fusion, la majorité des services du Royal Victoria sont déménagés en avril 2015 au nouveau site Glen du CUSM, sur le boulevard Décarie. Le déménagement de l’Hôpital Royal Victoria situé sur le flanc sud-ouest du Mont-Royal ainsi que celui de l’Hôtel Dieu vers le centre-ville auront un impact important sur le paysage futur du mont Royal advenant la démolition de certains bâtiments ou la modernisation de certains autres.

L’ensemble des bâtiments de l’Hôpital Royal Victoria demeure un point de repère dans la ville et participe à l’identité visuelle et paysagère du mont Royal. Sa silhouette fortement découpée et son site haut perché marquent en quelque sorte la limite entre la ville et la montagne. Son architecture prestigieuse en fait à la fois un élément remarquable du secteur tout en l’intégrant fortement au paysage bâti environnant.

Localisation

Auteur : 
Ville de Montréal

Sujet

Localisation des bâtiments de l'ensemble Hôpital Royal-Victoria
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1

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