Destination patrimoniale : Grands parcs de l’ouest de l’île

Située au nord-ouest de l’île de Montréal, en bordure du lac des Deux-Montagnes et de la rivière des Prairies, la destination patrimoniale des grands parcs de l’ouest de l’île correspond au parc régional du Cap-Saint-Jacques et au parc agricole du Bois-de-la-Roche, qui s’étendent de chaque côté du ruisseau de l’Anse-à-l’Orme.

Ce secteur présente aujourd’hui un paysage rare à Montréal. Hérité des colons et des gentlemen farmers, il est constitué des dernières terres agricoles de l’île encore exploitées. Avec leurs champs cultivés, maisons de pierre, dépendances et arbres matures en bordure de chemins sinueux, le parc agricole du Bois-de-la-Roche et le parc régional du Cap-Saint-Jacques témoignent de la vie rurale sur l’île de Montréal entre le XVIIIe siècle et le milieu du XXe siècle.

Une agriculture de subsistance

Secteur de la pointe ouest de l’île en 1879 Agrandir Secteur de la pointe ouest de l’île en 1879
Source : Henry W. Hopkins, Atlas of the City and Island of Montreal and île Bizard, planche 94, (detail), BAnQ G 1144 M65G475 H6 1879 CAR

La colonisation de la pointe ouest de l’île de Montréal débute vers 1670 avec la concession de cinq fiefs à des officiers militaires, dans le but de protéger le territoire contre les attaques iroquoises. La signature de la Grande Paix en 1701 met un terme à la menace dans la région et lance une période propice au développement de la colonie. Les sulpiciens, seigneurs de l’île de Montréal, commencent alors à diviser le secteur en longues bandes de terres étroites et profondes ayant front sur le lac des Deux-Montagnes, créant ainsi une côte. La pointe ouest de l’île forme la côte Saint-Louis (future côte Sainte-Anne), tandis que le cap Saint-Jacques fait partie de la côte Sainte-Geneviève.

Au cap Saint-Jacques, les terres sont concédées d’abord au sud-est, puis au nord-ouest, entre 1722 et 1758. Elles sont exploitées par des familles de cultivateurs, entre autres les Charlebois ou les Brunet, qui s’y font bâtir une maison et la transmettent de père en fils. Sur la côte Sainte-Anne, la plupart des terres sont concédées au début du XVIIIe siècle, mais c’est surtout quelques décennies plus tard qu’elles commencent à servir à des fins agricoles. Jusqu’au début du XXe siècle, ces terres restent destinées à l’agriculture d’autosuffisance, c’est-à-dire ayant pour but premier de subvenir aux besoins de la famille.

Un chemin riverain est ouvert dans l’ouest de l’île en 1731. Sur la pointe ouest, le chemin de la côte Sainte-Anne (devenu le chemin Senneville) longe le lac des Deux-Montagnes et passe au sud du cap Saint-Jacques pour poursuivre le long de la rivière des Prairies, où il est appelé chemin de la côte Sainte-Geneviève (renommé boulevard Gouin en 1910). Ce n’est que depuis le début du XIXe siècle qu’un chemin donne accès à la pointe du cap Saint-Jacques.

L’ère des grands domaines

Au tournant du XXe siècle, les terres de l’ouest de l’île, reconnues pour la beauté de leur paysage et leur charme champêtre, deviennent un endroit privilégié pour des membres de l’élite économique et politique montréalaise, qui y établissent leur résidence secondaire. Les terrains autour sont développés comme de vastes domaines où l’agriculture n’en est plus une de subsistance mais plutôt de loisir. L’exploitation de la ferme et l’entretien des somptueuses villas sont confiés à des employés demeurant sur les lieux.

Résidence de Louis-Joseph Forget, 1923 Agrandir Résidence de Louis-Joseph Forget, 1923
Source : Anonyme, Musée McCord, Montréal, VIEW-20895.0

À partir des années 1880, l’homme d’affaires et sénateur Louis-Joseph Forget acquiert plusieurs terres agricoles afin d’y aménager un vaste domaine, qu’il baptise Bois-de-la-Roche. Sa luxueuse résidence d’été, construite en 1887, est remplacée par suite d’un incendie par une nouvelle demeure sur la pointe Forget, en 1900, selon les plans de l’architecte de renom Edward Maxwell. En 1908, il fait aussi l’acquisition de la terre de la famille Rouleau, comprenant la maison de ferme familiale. Des bâtiments secondaires tels qu’une écurie, une grange-étable, un caveau à légumes et un atelier sont bâtis ou agrandis par les architectes Edward et William Sutherland Maxwell. Son vaste domaine comprend des vergers, des vignes, des champs de céréales et de fourrage, un grand potager et un cheptel d’animaux de race, dont des chevaux et des vaches. Au pied de la pointe Forget, une série de maisons destinées à loger les employés du domaine sont érigées le long de l’avenue Phillips, ouverte à cette fin. Les descendants de Louis-Joseph Forget, mort en 1911, maintiennent la ferme en activité jusqu’en 1991.

Édouard Gohier, homme d’affaires prospère et maire de la ville de Saint-Laurent, acquiert à partir de 1910 cinq terres à l’ouest du cap Saint-Jacques pour y constituer un domaine et y établir des résidences pour lui et sa famille. Son projet ne sera toutefois réalisé qu’en partie, avec l’érection inachevée d’une résidence nommée château Gohier. Dans la zone nord du cap, J. Bowman Peck achète la terre de la famille Brunet en 1919. Il fait agrandir considérablement l’ancienne maison de ferme pour en faire sa résidence et fait construire plusieurs bâtiments de ferme. À l’instar de Louis-Joseph Forget, J. Bowman Peck engage des employés pour l’exploitation et l’entretien de son domaine agricole. L’occupation agricole du secteur se poursuit jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle. En 1961, le cadre champêtre du secteur attire les sœurs de la congrégation de Sainte-Croix-et-des-Sept-Douleurs, qui devient propriétaire d’une portion des terres du cap Saint-Jacques longeant le boulevard Gouin. En 1969, c’est au tour des religieuses des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie d’acquérir la majeure partie des propriétés du cap Saint-Jacques.

La création de grands parcs

Baigneurs près du site de l’île Bizard, 1961 Agrandir Baigneurs près du site de l’île Bizard, 1961
Source : Claude Gosselin, BAnQ, E6, S7, SS1, D611002

En 1980 et en 1991, la Communauté urbaine de Montréal achète la plupart des terres du cap Saint-Jacques ainsi que le domaine du Bois-de-la-Roche dans le but de protéger ces sites en les constituant en parcs. Inauguré en 1985, le parc régional du Cap-Saint-Jacques jouit d’une situation exceptionnelle en bordure de la rivière des Prairies et du lac des Deux-Montagnes et comprend l’ancienne ferme de J. Bowman Peck, une érablière, une plage et d’anciennes maisons de ferme. Tout juste au sud, le parc agricole du Bois-de-la-Roche forme un vaste domaine rural représentatif des fermes de gentlemen farmers, une grande partie de ce territoire étant toujours à vocation agricole.

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Pour en savoir plus

Ouvrages généraux et monographies

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global/Libre Expression, 1994, 167 p.

Documents électroniques et sites Web

SOCIÉTÉ DU PATRIMOINE DE L’OUEST DE L’ÎLE. Le Circuit patrimonial de l’Ouest-de-l’île [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Propriétés municipales d’intérêt patrimonial [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement de Pierrefonds—Roxboro. Montréal, Ville de Montréal, 2005, 55 p. [En ligne].