Territoire riverain : Mercier-Est et Pointe-aux-Trembles

Le territoire riverain de Mercier-Est et Pointe-aux-Trembles, délimité par l’Hôpital Louis-H. La Fontaine et l’extrémité est de l’île de Montréal, se concentre autour de la rue Notre-Dame, qui est le chemin ancien longeant le fleuve Saint-Laurent.

Ce territoire se caractérise par de nombreux éléments associés à la fondation de Pointe-aux-Trembles, l’une des premières paroisses rurales sur l’île. Moulin, maisons de ferme et bâtiments institutionnels forment, avec d’autres attraits, la destination patrimoniale du Vieux-Pointe-aux-Trembles. Un peu à l’ouest, la construction du pont-tunnel Louis-Hyppolyte-La Fontaine amène en 1964 la démolition partielle du noyau d’origine de la paroisse de Saint-François-d’Assise-de-la-Longue-Pointe. Aujourd’hui, ce territoire se définit entre autres par ses grands parcs riverains offrant des vues sur le fleuve, sur les îles voisines et sur les activités du Port de Montréal. Les attraits patrimoniaux se trouvent sur la rue Notre-Dame, qui est le résultat du déplacement plus au nord, en 1841, du chemin du Roy reliant Québec et Montréal.

Tout commence par un fort

Plan de la paroisse de Pointe-aux-Trembles et Longue-Pointe, 1879 Agrandir Plan de la paroisse de Pointe-aux-Trembles et Longue-Pointe, 1879
Source : Henry W. Hopkins, Atlas of the City and Island of Montreal, planche 107,(détail), BAnQ, G 1144 M65 G475 H6 1879 CAR

Vers 1670, les premiers colons s’installent à l’est de Ville-Marie, sur les côtes Saint-François, Sainte-Anne et Saint-Jean, pour défricher des terres faisant face au fleuve. Dès la fin du XVIIe siècle, les forts de Longue-Pointe et de Pointe-aux-Trembles sont construits pour assurer la défense de la colonie contre les attaques iroquoises. D’ailleurs, en 1690, une escarmouche entre colons français et Iroquois à la coulée Grou cause plusieurs morts. Les deux forts donnent naissance à de petits villages dont le développement, orienté vers le fleuve, s’organise autour de l’église paroissiale. Vers 1671, les sulpiciens, propriétaires de la seigneurie de Montréal, font bâtir un premier moulin à vent à Pointe-aux-Trembles. Fortement endommagé par la crue des eaux, il est remplacé par un second en 1719. Le moulin de Pointe-aux-Trembles est un des rares moulins du XVIIIe siècle encore présent sur l’île de Montréal.

Le chemin du Roy, première grande route terrestre en Nouvelle-France, est ouvert en 1737 le long du fleuve Saint-Laurent pour relier Montréal et Québec. À l’extrémité est de l’île, au lieu dit Bout-de-l’Île, une traverse permet d’atteindre Repentigny de 1734 jusqu’à l’érection du pont Pierre-Le Gardeur en 1939. À cause de l’effritement des berges, la route est déplacée plus au nord en 1841. Renommée rue Notre-Dame en 1882, elle demeure un chemin à péage jusqu’en 1913. La maison Pascal-Beauchamp est un exemple de maison ancienne qui est toujours tournée vers le fleuve en raison de l’emplacement de l’ancien chemin.

Le village de Pointe-aux-Trembles est par ailleurs vulnérable aux attaques de l’ennemi, qui emprunte le fleuve comme voie de navigation. En 1760, lors de la conquête britannique, le général Murray établit son campement sur l’île Sainte-Thérèse et débarque aux environs de la coulée Saint-Jean (parc Clémentine-de-la-Rousselière) avant de traverser le village de Pointe-aux-Trembles pour se rendre à Montréal.

En 1766, les sulpiciens inaugurent le premier collège de Montréal dans un bâtiment attenant à l’église paroissiale de Saint-François-d’Assise-de-la-Longue-Pointe, en bordure du chemin public longeant le fleuve. Une plaque commémorative installée sur la rue Notre-Dame, au-dessus du pont-tunnel, rappelle son emplacement.

D’eau et d’air pur

Au XIXe siècle, le village de Longue-Pointe acquiert une vocation institutionnelle et sa proximité avec Montréal attire les congrégations à la recherche de tranquillité, d’espace et d’air pur. En 1873, les sœurs de la Providence font ériger l’asile Saint-Jean-de-Dieu (devenu l’Hôpital Louis-H. La Fontaine puis l’Institut universitaire de santé mentale, en octobre 2011) à la limite ouest du village de Longue-Pointe. Dix ans plus tard, tout juste à l’est, les frères de la Charité font bâtir l’asile Saint-Benoît-Joseph-Labre.

Plage Bissonnette sur l’île Sainte-Thérèse, vers 1950 Agrandir Plage Bissonnette sur l’île Sainte-Thérèse, vers 1950
Source : Atelier d’histoire de Pointe-aux-Trembles

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, le caractère bucolique des abords du fleuve dans l’est de l’île séduit aussi les villégiateurs. Des familles riches se font construire des maisons d’été en bordure du fleuve, dont George-Étienne Cartier, considéré comme l’un des Pères de la Confédération du Canada. Plus à l’est, le village de Pointe-aux-Trembles est un relais important sur la route Montréal-Québec. Les voyageurs y font halte à l’hôtel ou à l’auberge jusqu’à l’apparition de l’automobile, dans les années 1920. La diminution de la durée du voyage fait perdre à Pointe-aux-Trembles son rôle de relais routier, la ville étant située près de Montréal. Alors que Longue-Pointe s’industrialise progressivement au courant du XXe siècle, l’inauguration du circuit de tramway du Bout-de-l’Île en 1897 contribue à l’expansion de la villégiature à Pointe-aux-Trembles, dont le territoire demeure agricole jusqu’à la première moitié du XXe siècle. Les familles aisées y passent l’été dans leur villa au bord de l’eau. Durant l’entre-deux-guerres, la classe ouvrière y vient également pour la journée ou les vacances. Plusieurs petits chalets surgissent en bordure du fleuve. Entre autres, le terrain de la maison Antoine-Beaudry, ancienne maison de ferme du XVIIIe siècle, accueille des « cabines » pour les vacanciers de 1935 à 1963 et devient ensuite un site de camping jusqu’en 1983. Les baigneurs profitent de la plage du parc du Bout-de-l’Île ou y empruntent la navette permettant de se rendre aux plages Bissonnette et Choquette, sur l’île Sainte-Thérèse.



La proximité du fleuve se prête également à des fins commerciales. Par exemple, la coupe de la glace à partir du fleuve gelé est pratiquée à Longue-Pointe et à Pointe-aux-Trembles jusqu’à l’arrivée du réfrigérateur, dans les années 1950.

Renouer avec le fleuve

Terminus de tramway du Bout-de-l’Île, 1921 Agrandir Terminus de tramway du Bout-de-l’Île, 1921
Source : Archives de la Société de transport de Montréal

À l’extrémité est du secteur, l’arrivée du tramway à la fin du XIXe siècle permet la création du parc du Bout-de-l’Île, au terminus. Avec sa plage de sable, ses balançoires, ses tables pour pique-niquer et son restaurant, le parc est très fréquenté tant par les familles que par de nombreuses associations qui y organisent des évènements. Le tramway entraîne également le début du développement urbain en périphérie du village de Pointe-aux-Trembles, qui est incorporé en ville en 1912. Mais c’est surtout au cours de la seconde moitié du XXe siècle que le territoire de Pointe-aux-Trembles s’urbanise et que les dernières terres agricoles sont loties. L’accessibilité au fleuve est réduite du fait de la présence de maisons (privatisation des berges), à laquelle s’ajoute le développement du Port de Montréal et l’industrialisation de Longue-Pointe et de Montréal-Est (formée en 1910 d’une partie du territoire du Village de Pointe-aux-Trembles). C’est pendant cette période que des parcs riverains sont créés dans le secteur afin d’offrir aux citoyens un espace de détente et de loisirs donnant accès au fleuve. Inauguré en 1964, le parc de la Promenade Bellerive est élargi quelques années plus tard avec la terre extraite pour la construction du pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine (1967). Le lieu est réaménagé à la fin des années 1990 par suite de pressions des citoyens. Été comme hiver, les passants peuvent y observer les allées et venues des navires au Port de Montréal. En saison estivale, une navette assure la liaison avec le parc des Îles-de-Boucherville.

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Pour en savoir plus

Ouvrages généraux et monographies

BENOÎT, Michèle et Roger GRATTON. Pignon sur rue. Les quartiers de Montréal. Montréal, Guérin, 1991, 393 p.

LELIÈVRE, Francine, dir. Montréal, par ponts et traverses. Montréal, Pointe-à-Callière, Musée d’archéologie et d’histoire de Montréal, Éditions Nota bene, 1999, 94 p.

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération. Montréal, Boréal, 1992, 613 p.

MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution : historique du développement de l’architecture et de l’environnement urbain montréalais. Montréal, Éditions du Méridien, 1994 (1974), 515 p.

NOPPEN, Luc. Du chemin du Roy à la rue Notre-Dame. Mémoires et destins d’un axe est-ouest à Montréal. Québec (province), Ministère des Transports du Québec, 2001, 175 p.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global / Libre Expression, 1994, 167 p.

Documents électroniques et sites Web

BARIL, Chloé. « L’histoire des îles de Varennes », L’actualité [En ligne].

SOCIÉTÉ D’ANIMATION DE LA PROMENADE BELLERIVE. Historique [En ligne].

ST-ONGE, Julie. « Rue Notre-Dame », Les grandes rues de Montréal. Ville de Montréal, [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement de Montréal-Nord, Montréal, Ville de Montréal, 2005, 39 p. [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles—Montréal-Est, Montréal, Ville de Montréal, 2005, 59 p. [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal [En ligne].

Brochures

ATELIER D’HISTOIRE DE LA POINTE-AUX-TREMBLES. Pointe-aux-Trembles : 325 années d’histoire, 1674-1999. Montréal, Guérin, 1999, 28 p.

DESJARDINS, Pierre. La Pointe-aux-Trembles : aire de loisirs des Montréalais depuis 1896. Montréal, Atelier d’histoire de la Pointe-aux-Trembles, novembre 2006, 31 p.

LEMIEUX, Georges. Cinq maisons patrimoniales de 1732 à 1829 à Pointe-aux-Trembles. Avec la collaboration de Karine Langlois et de Julie St-Onge, Montréal, Atelier d’histoire de la Pointe-aux-Trembles, 2008, 24 p.

SOCIÉTÉ D’HISTOIRE DE LA LONGUE-POINTE. Boussole pour Mercier (secteur Est) : un parcours à travers l’histoire du quartier. Montréal, Les Éditions Histoire Québec, 2009, 64 p., Collection Atelier d’histoire de la Longue-Pointe.