Territoire riverain : Lachine, LaSalle et Verdun

Le territoire riverain de Lachine, LaSalle et Verdun, dans la partie sud de l’île de Montréal, est délimité par la 56e Avenue à l’ouest et le pont Champlain à l’est. Il se concentre le long du boulevard Saint-Joseph et du boulevard LaSalle et comprend l’île des Sœurs, l’île aux Hérons et les îlets adjacents.

Le long du chemin ancien qui traverse ce territoire, une succession de parcs riverains offrent un accès privilégié aux berges et des vues imprenables sur le Saint-Laurent et ses îles. Sur le parcours sinueux du tracé fondateur se trouvent plusieurs joyaux du patrimoine, dont les maisons Le Ber-Le Moyne, Nivard-De Saint-Dizier et De Lorimier-Bélanger, qui sont aujourd’hui des témoins uniques des premières occupations du territoire au XVIIIe siècle et qui rappellent l’ancienneté du boulevard LaSalle. De plus, de nombreux sites archéologiques dans certaines îles du secteur témoignent d’une présence amérindienne remontant à près de 4 000 ans. Au centre du territoire, le canal de Lachine, le cœur de l’ancien village de Lachine, le moulin Fleming et le parc des Rapides forment la destination patrimoniale du Vieux-Lachine.

Un lieu stratégique à défendre

Plan ancien de Lachine, 1744 Agrandir Plan ancien de Lachine, 1744
Source : Jacques Nicolas Bellin, Carte de l’isle de Montréal et de ses environs (détail), BAnQ, G 3452 M65 1744 B4 CAR

Dès le XVIIe siècle, le site du sault Saint-Louis, ou rapides de Lachine, est un point d’arrêt obligé pour accéder à la région des Grands Lacs, sur le chemin du commerce des fourrures, puisque les voyageurs doivent y faire portage. Sa position stratégique contribue à la création de postes fortifiés qui servent à la fois de comptoirs de commerce et de refuges en cas d’attaque iroquoise. Quatre forts sont construits sur le territoire de Lachine, LaSalle et Verdun, en bordure des berges : le fort de Verdun (1662), le fort Rolland (vers 1670), le fort Rémy ou Lachine (vers 1665) et le fort Cuillerier (vers 1676). Bien qu’ils soient indiqués sur des cartes anciennes, leur localisation exacte demeure aujourd’hui indéterminée.

Les premières terres de l’actuel territoire de Verdun auraient été accordées à compter de 1665 à un groupe de personnes s’engageant à défendre les lieux au besoin. Le secteur de Verdun s’appelait « côte des Argoulets », en référence à un type de soldat armé d’une arquebuse et appartenant à une troupe de cavalerie. Puis, en 1667, une terre en censive et un fief sont concédés à René-Robert Cavelier de LaSalle sur le territoire actuel de LaSalle. Plus à l’ouest, sur le territoire actuel de Lachine, François Lenoir dit Rolland obtient une terre en 1670 tandis qu’à l’est, en 1671, Zacharie Dupuy devient maître d’un fief qu’il nomme Verdun. Ils octroient à leur tour des terres découpées perpendiculairement au fleuve à des colons qui doivent les défricher, les cultiver et s’y installer. À cette époque, le territoire est divisé en deux côtes : celle de Lachine, qui couvre tout le territoire actuel de Lachine et de LaSalle, et celle de Verdun, ou « côte des Argoulets », l’actuel Verdun.

Dès le XVIIe siècle, un chemin de portage longe le fleuve Saint-Laurent, permettant aux embarcations d’éviter les rapides. Il est plausible que son tracé ait été utilisé lorsque l’administration coloniale ordonne en 1680 l’ouverture d’un chemin entre Ville-Marie et Lachine, qui devient l’une des toutes premières voies terrestres de la colonie. Elle a été désignée par « chemin de Lachine », « chemin Lower Lachine » puis boulevard LaSalle à Verdun et LaSalle, et par boulevard Saint-Joseph à Lachine.

En 1689, notamment en raison de confrontations avec les groupes iroquois à propos de la concurrence dans le commerce des fourrures, la colonisation du territoire ralentit jusqu’à la conclusion d’une paix en 1701. En 1731, toutes les terres sont concédées et des maisons de ferme sont érigées en bordure du chemin riverain. Après la conquête britannique de 1760, Anglais et Écossais investissent dans le secteur. Un poste militaire royal est construit entre 1775 et 1814, la Compagnie de la Baie d’Hudson installe un entrepôt de fourrure et de marchandises au pied du chemin principal et Thomas Dawes ouvre sa brasserie en 1811. L’île Saint-Paul (rebaptisée île des Sœurs), devenue l’entière propriété des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame en 1796, est également consacrée à l’agriculture, les religieuses y exploitant une ferme jusqu’en 1956.

Les rapides : source d’eau pure et lieu de villégiature

L’important incendie qui détruit une grande partie des faubourgs montréalais en 1852 confirme le manque de fiabilité du réseau de distribution d’eau potable : d’une part, les conduits en bois sont détruits par le feu et d’autre part, l’approvisionnement s’est montré défaillant. Les autorités municipales entreprennent alors d’améliorer le réseau. En 1853, on choisit un site en amont des rapides pour puiser l’eau, étant donné sa pureté à cet endroit. Un canal d’approvisionnement, dont l’entrée se trouve à LaSalle dans l’axe de l’actuel boulevard Champlain, est creusé jusqu’au « pavillon des roues », lequel achemine ensuite l’eau au réservoir situé sur le mont Royal. Entre 1870 et 1913, pour répondre à la demande croissante d’eau potable, le canal de l’Aqueduc est élargi à trois reprises. On déplace la prise d’eau plus loin du rivage et l’entrée du canal est reconstruite plus à l’ouest, à son emplacement actuel. L’ancienne embouchure du canal est alors remblayée et aménagée en parc. De plus, à cause de l’épidémie de typhoïde de 1910, l’usine de filtration Atwater est érigée en amont du canal pour traiter l’eau.

Pêche dans les rapides de Lachine, 1901 Agrandir Pêche dans les rapides de Lachine, 1901
Source : Wm. Notman & Son, Musée McCord, Montréal, VIEW-4275

À partir de 1870, la nature impressionnante des rapides et le paysage bucolique attirent les villégiateurs sur les terres agricoles de l’ouest de Lachine. De riches Montréalais, tels que William Watson Ogilvie, acquièrent la partie riveraine des terres sur lesquelles, en gentleman farmers, ils font bâtir d’imposantes villas face au fleuve. Le phénomène s’étend aux berges de tout l’ouest de l’île grâce au prolongement des lignes de chemin de fer qui rend le territoire facilement accessible de Montréal. Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les berges du Saint-Laurent deviennent donc un endroit prisé pour la villégiature et les excursions, la pêche sportive, la baignade et les pique-niques. Jusqu’au milieu du XXe siècle, en périphérie du village de Lachine, maisons de ferme et maisons de villégiature se côtoient en bordure du chemin ancien. Quelques chalets rudimentaires sont aussi implantés sur certaines îles face aux rapides, dont l’île aux Hérons. Toutefois, l’arrivée de l’automobile dans les années 1920 permet de plus grands déplacements et met graduellement fin à ces activités : l’agriculture et la villégiature cèdent la place à l’urbanisation.

Une urbanisation par étapes

Le village de la Rivière-Saint-Pierre est créé en 1874 dans la partie est du territoire et prendra quatre ans plus tard le nom de Verdun. Son paysage demeure essentiellement agricole jusqu’à la subdivision des terres en lots pour la construction résidentielle à la fin du XIXe siècle. Bien que le conseil de Verdun craigne que le projet ne retarde le développement, l’asile nommé Protestant Lunatic Asylum (devenu l’hôpital Douglas) est implanté sur des terres agricoles de l’ouest du secteur.

La promenade et la plage à Verdun, s.d. Agrandir La promenade et la plage à Verdun, s.d.
Source : Collection de cartes postales, BAnQ, 0002631073

Le territoire riverain de Verdun reste longtemps non construit en raison des risques d’inondation. Son noyau de développement se situe plus au nord, sur la rue Wellington. Par suite d’une importante inondation en 1886, la municipalité de Verdun envisage d’ériger une digue pour préserver les berges. Terminée en 1896, celle-ci n’empêche pas d’autres inondations de survenir, et des travaux de rehaussement sont effectués à plusieurs reprises jusqu’en 1915. Dès que la digue se montre efficace pour protéger les propriétés, la population augmente significativement à Verdun, qui est constituée en ville en 1909. De nombreuses familles ouvrières s’y établissent et la population triplera presque entre 1911 et 1924. La digue, toujours visible par endroits, est une installation unique sur l’île de Montréal. Elle est plus tard utilisée pour l’aménagement d’une promenade autour de laquelle s’est développé un parc riverain.

À l’ouest du village de Lachine, l’arrivée du tramway permet le développement du territoire et suscite la création, en 1895, de la ville de Summerlea. Les terrains y sont lotis pour la construction de résidences. Alors que Lachine gagne du territoire à l’ouest avec l’annexion de Summerlea en 1912, elle perd sa partie est, qui se détache pour former la municipalité de LaSalle. À cette date, quelques terres agricoles sont encore en exploitation à LaSalle et dans le secteur ouest de Verdun. Le développement se fait tardivement à LaSalle où, durant le premier quart du XXe siècle, seule la zone à proximité du canal et de la voie ferrée est développée. En 1934, la construction du pont Mercier modifie profondément le paysage riverain.

Vue de Verdun et de l’île des Sœurs, vers 1927 Agrandir Vue de Verdun et de l’île des Sœurs, vers 1927
Source : Compagnie aérienne franco-canadienne, BAnQ, E21,S110,SS1,SSS1,PN49-10

Après la Seconde Guerre mondiale, en raison du lotissement des dernières terres agricoles de l’est de LaSalle pour la construction résidentielle, des résidants s’installent en grand nombre dans le secteur. Les zones les moins développées, soit celle près du canal de l’Aqueduc et celle de l’ancienne ville de Summerlea, connaissent une urbanisation massive dans les années 1950 à 1970. En mars 1957, les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame quittent l’île des Soeurs, qui a été acquise l’année précédente par la Quebec Home and Mortage Corporation Ltd.puis intégrée à la ville de Verdun. L’île est exploitée comme territoire agricole jusqu’au milieu des années 1960. Avec l’érection du pont Champlain en 1962, elle est désormais accessible autrement que par bateau. La planification urbaine de l’île est faite en collaboration avec Ludwig Mies van der Rohe, architecte de réputation internationale, et repose sur la construction de grandes tours d’habitation afin de dégager plus d’espace au sol pour des espaces verts. L’île des Sœurs devient rapidement un secteur résidentiel recherché. Finalement, au cours de la décennie 1970, une partie des rives et les îles de LaSalle sont aménagées pour former le parc régional des Rapides.

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Pour en savoir plus

Ouvrages généraux et monographies

COUTURE, Claude, Denis GRAVEL et Jean-Marc GRENIER. Histoire de Ville de LaSalle. Montréal, Méridien, 1988, 229 p.

DAGENAIS, Michèle. Montréal et l’eau : une histoire environnementale. Montréal, Boréal, 2011, 306 p.

DESLOGES, Yvon et Alain GELLY. Le canal de Lachine. Du tumulte des flots à l’essor industriel et urbain, 1860-1950. Sillery, Septentrion, 2001, 204 p.

DEZIEL, Julien. Essai d’histoire de Verdun, 1665, 1876-1976. Verdun, Comité du centenaire, 1976, 241 p.

GRAVEL, Denis. Histoire du Village des Rapides. Un quartier de LaSalle. Montréal, Méridien, 1992, 245 p.

GRAVEL, Denis, avec la collaboration d’Hélène Lafortune. Verdun : 125 ans d’histoire. Montréal, Société de recherche historique Archiv-histo, 2000, 318 p.

LACOURSIÈRE, Jacques. L’Île-des-Sœurs. D’hier à aujourd’hui. Montréal, Éditions de l’Homme, 2005, 259 p.

LINTEAU, Paul-André. Histoire de Montréal depuis la Confédération. Montréal, Boréal, 1992, 627 p.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global/Libre Expression, 1994, 167 p.

Documents électroniques et sites Web

MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS. Répertoire du patrimoine culturel du Québec [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Grand répertoire du patrimoine bâti de Montréal [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Inventaire des propriétés municipales d’intérêt patrimonial [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement de Lachine. Montréal, Ville de Montréal, 2005, 65 p. [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement de LaSalle. Montréal, Ville de Montréal, 2005, 57 p. [En ligne].

VILLE DE MONTRÉAL, SERVICE DE LA MISE EN VALEUR DU TERRITOIRE ET DU PATRIMOINE. Évaluation du patrimoine urbain. Arrondissement de Verdun. Montréal, Ville de Montréal, 2005, 51 p. [En ligne].