L’archipel montréalais
et la présence amérindienne

Une situation géographique stratégique

L’île de Montréal est au centre d’un archipel de 325 îles, lui-même au cœur d’un important carrefour hydrographique composé de plusieurs voies d’eau. Les deux principales sont le fleuve Saint-Laurent, au sud, et la rivière des Prairies, au nord. Toutes deux présentent de tumultueux rapides. Deux autres cours d’eau trouvent leur embouchure près de l’île et permettent d’accéder à de vastes réseaux navigables. Près de l’extrémité ouest, la rivière des Outaouais ouvre un accès vers le lac Huron. À l’est, 20 km en aval de l’île, la rivière Richelieu offre quant à elle un chemin menant au lac Champlain puis au fleuve Hudson. En outre, l’île de Montréal est drainée par des ruisseaux, des rivières et des marécages. Aujourd’hui, la majorité d’entre eux n’existent plus à l’état naturel puisque l’urbanisation a entraîné leur canalisation. Quelques-uns sont toutefois encore visibles à l’intérieur des parcs régionaux montréalais.

Carte de l’archipel Montréalais, 1744 Agrandir Carte de l’archipel Montréalais, 1744
Source : Jacques Nicolas Bellin, Carte de l’isle de Montréal et de ses environs, BAnQ, G 3452 M65 1744 B4 CAR

L’île de Montréal se trouve dans la région des basses-terres du Saint-Laurent, de vastes plaines longeant l’axe du fleuve. Telles des routes naturelles, ces plaines facilitent le déplacement des populations et permettent un accès terrestre aux régions voisines. Les sols sédimentaires fertiles ainsi que le climat modéré et humide offrent des conditions favorables à la culture. D’une superficie totale de 482,8 km2, l’île a la forme d’un boomerang de 52 km de long sur 18 km dans sa portion la plus large, et ses rives s’étendent sur 266 km. Le mont Royal et les terrasses constituent les deux structures principales du relief montréalais. D’origine marine, glaciaire et fluviale, ces terrasses créent un enchaînement de reliefs plats entrecoupés d’escarpements. Quant au mont Royal, figure emblématique du paysage montréalais, il compte trois sommets, le plus haut atteignant 230 mètres d’altitude.

Les premiers habitants de Montréal

Ruisseau de Montigny, s.d. Agrandir Ruisseau de Montigny, s.d.
Source : Ville de Montréal

Trois périodes distinguent les phases de peuplement de l’Amérique du Nord par les Amérindiens : le Paléoindien (de 10 000 à 6 000 ans avant J.-C.), l’Archaïque (de 6 000 à 1 000 ans avant J.-C.) et le Sylvicole (de 1 000 ans avant J.-C. à 1 500 ans après J.-C). À la lumière des connaissances actuelles, l’occupation du territoire de l’île de Montréal remonte à la période archaïque. Des découvertes archéologiques révèlent que les forêts et les berges montréalaises ont été fréquentées pendant cette période par des peuples nomades vivant de chasse, de pêche et de cueillette. Comme les cours d’eau servent de réseau de communication mais aussi de source de nourriture, ils conditionnent le choix des lieux d’établissement. Ce sont toutefois les traces des Amérindiens de la période sylvicole qui sont les plus abondantes sur le territoire montréalais. Pour plusieurs peuples, cette période est marquée par le début de la fabrication de la poterie ainsi que par l’introduction graduelle de l’horticulture (culture du sol sans recours à la force animale). L’un de ces groupes, de la famille linguistique iroquoienne, habite alors dans les basses-terres du Saint-Laurent et pratique la culture des courges, des haricots, du maïs et du tabac. Ce peuple est aujourd’hui désigné sous le nom d’Iroquoiens du Saint-Laurent.

Les Iroquoiens cultivent la terre mais continuent de s’adonner à la chasse, la pêche et la cueillette pour conserver une diète variée et pallier les mauvaises récoltes. Un site comme celui de Montréal, avec ses berges et ses nombreuses îles, constitue un lieu privilégié pour la pêche et la chasse aux oiseaux aquatiques. De plus, sa situation au confluent de plusieurs cours d’eau en fait un carrefour d’échanges entre les différents peuples. Les rapides de Lachine imposant un arrêt pour le portage des embarcations et des marchandises, Montréal représente un important point de rassemblement et de troc.

Représentation de la première rencontre de Jacques Cartier avec les Amérindiens à Hochelaga Agrandir Représentation de la première rencontre de Jacques Cartier avec les Amérindiens à Hochelaga
Source : Andrew Morris, W.H. Coverdale Collection of Canadiana, Bibliothèque et Archives Canada, acquisition 1970-188-681, C-042247.

Peu à peu, l’horticulture amène les Iroquoiens à adopter un mode de vie plus sédentaire et à se regrouper en villages entourés de palissades. C’est un tel village que l’explorateur français Jacques Cartier visite le dimanche 3 octobre 1535. Sa population est alors estimée à 1 500 habitants. Cependant, lorsque Samuel de Champlain parcourt l’île de Montréal en 1603, les Iroquoiens du Saint-Laurent ne sont plus présents dans la région. Quelques hypothèses sont avancées pour expliquer cette disparition : mauvaises récoltes, maladies apportées par les Européens et, surtout, conflits intertribaux. Même si l’on n’y retrouve plus de village iroquoien, l’île de Montréal reste tout de même, à ce moment, fréquentée par de nombreux peuples amérindiens.

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