Regards sur la biodiversité

Arbres à faune et débris ligneux : bien plus que du bois mort!

GrandpicCrédit photo : Denis Fournier

Les arbres à faune, appelés aussi chicots ou totem, sont des arbres morts ou présentant des signes de dépérissement, partiellement vivants ou défoliés à plus de 20 %, mais enracinés au sol; ils ont plus de 10 cm de diamètre au sol et plus de 1,5 m de hauteur. Les débris ligneux sont des souches, des troncs d’arbres au sol ou des amas de branches laissés dans le sous-bois.

Certains visiteurs seront peut-être surpris d’apercevoir de telles structures ponctuer le paysage des grands parcs, mais la survie de plusieurs espèces d’oiseaux est directement liée à la présence d’arbres à faune et de débris ligneux qui procurent de la nourriture (grâce aux insectes qui s’y enfouissent), des sites de nidification, des abris et même des perchoirs pour le guet.

Aménager avec le souci de conserver

automne dÉbris saraguayEn milieu naturel boisé, dans les grands parcs de Montréal, les arbres morts naturellement ou dépérissant, ainsi que les débris ligneux, sont maintenus pour constituer des arbres à faune. D’autres sont plutôt issus de travaux d’abattage visant à assurer la sécurité des visiteurs en bordure de sentiers, dans les aires de pique-nique ou encore près des bâtiments. Les arbres à faune sont alors laissés enracinés au sol, mais leurs branches sont coupées en prenant soin de conserver des bouts des branches maîtresses pour servir de perchoirs. Les débris ligneux peuvent toutefois être récoltés dans le cas de travaux arboricoles importants qui occasionnent un volume trop grand de branches et de troncs au sol, afin de ne pas nuire au développement des plantes herbacées du sous-bois.

Lors de la création d’arbres à faune, il est important de conserver le tronc le plus haut possible pour accroître son utilité pour les animaux, tout en le gardant à un niveau sécuritaire si celui-ci est localisé dans une zone fréquentée par le public. Selon les espèces, les arbres à faune peuvent servir pendant 20 ou 30 ans avant de retourner au sol sous forme de matière organique. Pour un écosystème en équilibre, 15 chicots à l’hectare offrent un soutien aux oiseaux nicheurs par un apport bénéfique à leurs conditions de vie.

Raton arbreCrédit photo : Denis Fournier

En forêt, les arbres à faune peuvent se repérer par des indices d’utilisation tels des nids. Ils peuvent présenter des cavités diverses, creusées par un pic, des insectes ou d’autres animaux. Les oiseaux nichant dans les cavités d’arbres morts représentent un cinquième des effectifs nicheurs, soit une vingtaine d’espèces pour les parcs-nature. Les principales espèces d’oiseaux qui s’approprient les arbres à faune sont les pics, les hiboux et les oiseaux de proie. Les pics utilisent aussi le creux causé par le pourrissement interne de l’arbre comme caisse de résonance pour le tambourinement servant à marquer le territoire, notamment au cours de la saison des amours. Les mammifères fréquentant les arbres à faune incluent les écureuils, les ratons laveurs, les campagnols et d’autres espèces.

Les débris ligneux procurent refuge et protection à plusieurs oiseaux, mammifères, reptiles et amphibiens. Plusieurs invertébrés utilisent grandement les débris ligneux : pensons aux araignées, aux centipèdes et aux mille-pattes, aux limaces et aux escargots, ... Par le processus de décomposition, les débris ligneux procurent un fertilisant naturel régénérateur du sol dans lequel croissent arbres et arbustes.

Assurer la diversité

Arbre à faune hiverAfin de combler les besoins des différentes espèces fauniques et ainsi, maintenir une diversité animale, il est important de conserver une variété d’espèces d’arbres, de taille, de diamètre et de stade de dépérissement divers et ce, d’autant plus qu’un oiseau peut, par exemple, choisir une espèce d’arbre pour se nourrir, alors qu’il s’installera dans une autre pour construire son nid.

Selon la littérature, le grand pic a besoin d’arbres dont le DHP (diamètre à hauteur de poitrine) est supérieur à 35 cm et d’une densité par hectare supérieure à 0,60 chicot. Par contre, la présence de chicots de moins de 10 cm de DHP et de 1,5 m de hauteur, ainsi que de débris ligneux, peut être bénéfique pour les micromammifères, les amphibiens et reptiles, de même que d’autres oiseaux. Certaines espèces préfèrent une cavité au bas du tronc alors que pour d’autres, le haut du chicot est préférable, les gardant ainsi à l’abri de prédateurs.

Pour favoriser la biodiversité, la présence d’arbres sains ainsi que d’arbres à faune et de débris ligneux est importante, car leurs rôles sont complémentaires.

Album photos : arbres à faune et débris ligneux

Arbre fauneAlbum photos