Regards sur la biodiversité

Protection de la tortue géographique

Statut précaire

Tortues géoLe Québec abrite plusieurs espèces en situation précaire. On emploie le terme « vulnérable » pour qualifier une espèce dont la survie est jugée précaire, même si sa disparition n'est pas appréhendée à court ou à moyen terme. Quant au terme « menacée », celui-ci s'applique lorsque la disparition de l'espèce est appréhendée. La tortue géographique, dont le nom s’inspire des motifs en courbe de sa carapace, est désignée vulnérable au Québec (au Canada, on considère sa situation comme étant préoccupante).

On retrouve la tortue géographique, principalement aquatique, dans trois bassins hydrographiques, soit celui de la rivière des Outaouais, du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Richelieu. Dans l’archipel de Montréal, l’espèce est présente tout le long de la rivière des Mille-Îles, à plusieurs endroits dans la rivière des Prairies et dans la portion ouest du lac Saint-Louis.  

Protéger l’espèce

Au Québec, comme partout ailleurs, on assiste à un déclin des tortues. La tortue géographique vit longtemps, le taux de survie de ses jeunes est faible et elle ne se reproduit qu’à un âge avancé (maturité tardive).

jeuneCrédit photo : Denis Fournier

La protection de l’habitat de la tortue géographique, autant en milieux aquatique que terrestre, comporte plusieurs avantages pour la population humaine. Dans un premier temps, la conservation des milieux naturels et la création d’espaces verts contribuent à la beauté du paysage, à l’amélioration de notre qualité de vie et à la valorisation de certaines activités récréotouristiques. De plus, les milieux naturels riverains, en filtrant les polluants et en retenant les sédiments, aident à maintenir la qualité de l’eau qui approvisionne les municipalités. Ils permettent également de régulariser le débit et le niveau d’eau, limitant ainsi les risques d’inondation et les dommages infligés aux propriétés riveraines.

La tortue géographique est un bon indicateur biologique de la qualité de l’environnement, compte tenu de sa longévité et de la niche écologique qu’elle occupe. Nous devons mettre en application les principes de précaution et de gestion durable, afin d’assurer la pérennité d’une population viable de tortues géographiques.

Plan de conservation

Tortue creuseCrédit photo : Denis Fournier

Une des actions ciblées par le Groupe de mise en oeuvre du rétablissement de la tortue géographique est la production d’un plan de conservation pour la population de l’archipel de Montréal. Élaboré par Conservation de la Nature Canada et ses partenaires, dont le Groupe de mise en œuvre du rétablissement de la tortue géographique, l'Écomuséum, la Ville de MontréalNature-Action Québec et Éco-Nature, le plan formule des recommandations concrètes afin de protéger et d’améliorer les habitats de la tortue géographique, ainsi que d’éviter les mortalités et diminuer le dérangement. L’objectif visé à long terme est le maintien d’une population viable dans l’archipel de Montréal.

La tortue géographique affectionne des espaces qui s’avèrent très fréquentés. L’atteinte de l’objectif dépend ainsi de la mobilisation de plusieurs acteurs : citoyens, plaisanciers, propriétaires privés, organismes voués à la conservation, municipalités, sociétés d’état et gouvernements présents sur le territoire.

Problématique

RatonsCrédit photo : Denis Fournier

Des études démontrent que les tortues géographiques du lac des Deux Montagnes sont menacées, notamment, par des blessures pouvant être attribuables à des collisions avec des hélices de bateaux. De plus, les œufs et les nouveaux-nés sont vulnérables à la prédation par le raton laveur, la moufette rayée et le renard roux. Les œufs peuvent également être parasités par des larves de mouche. La préservation de la population de l’archipel de Montréal demeure précaire étant donné l’ampleur des menaces de nature anthropique dans la région métropolitaine.

Habitat essentiel

Un habitat essentiel représente l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce disparue du pays, en voie de disparition ou menacée. Ce dernier comprend des sites de ponte et/ou un site d’hibernation à proximité et/ou une importante concentration de tortues géographiques.

Suivi télémétriqueDans le cadre du plan de conservation de la tortue géographique, un suivi télémétrique de plusieurs dizaines d’individus a été réalisé afin de calculer la superficie moyenne du domaine vital, de documenter l’ampleur des mouvements et de localiser les habitats utilisés par l’espèce dans l’Est du lac des Deux Montagnes. Cette étude visait, de façon générale, à cartographier les habitats essentiels de la tortue géographique au lac des Deux Montagnes.

Le secteur composé par les parcs-nature du Cap-Saint-Jacques et de l’Anse-à-l’Orme, ainsi que de la baie Forget représente une combinaison importante d’habitats essentiels pour la tortue géographique.

Le domaine vital chez la femelle est d’environ 506 ha, alors que pour les mâles, il s’étend sur 184 ha environ. La plus grande distance de déplacement observée durant l’étude est celle d’une tortue femelle qui a parcouru 17 km pour se rendre à un site de ponte.

Carte

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Exposition au soleil

Tortues billotsLes tortues sont des animaux ectodermes, c’est-à-dire qu’ils ont la même température corporelle que celle du milieu extérieur. Elles ont besoin de régulariser leur température corporelle par une source de chaleur externe. Il est possible de les observer alors qu’elles se prélassent au soleil. Ce comportement leur procure aussi plusieurs autres bénéfices : synthèse de la vitamine D, élimination des parasites et des algues, facilitation de la digestion des aliments. L’aménagement d’une structure facilitant l’exposition au soleil est un geste bénéfique pour les tortues. Constituée de billots de bois ancrés au fond de l’eau, cette structure, située dans la baie du parc-nature du Cap-Saint-Jacques, s’adapte aux variations du niveau d’eau du lac des Deux Montagnes au cours des saisons.

Observatoire de la faune

L’aménagement en 2016 d’un observatoire de tortues géographiques au parc-nature du Cap Saint-Jacques contribue à informer les visiteurs sur la valeur des espèces menacées. Ce nouvel observatoire, qui surplombe la baie, permet aux usagers du parc d’observer ces tortues au caractère craintif sans les déranger. Des panneaux d’interprétation sur la tortue géographique ont été conçus afin de renseigner les visiteurs sur la biologie et les mesures de protection dédiées à cette espèce. La structure peut également être utilisée pour observer les différents oiseaux qui fréquentent la baie. Elle sert d’abri en toutes saisons pour les randonneurs, les skieurs, les ornithologues et les herpétologues amateurs.

Cliquez sur l'image pour lancer la lecture de la capsule vidéo

Protection des nids

Cage protectionLe nid de tortue est creusé généralement à moins d’une quarantaine de mètres de distance de la rive. Les œufs subissent une prédation importante par le raton laveur car celui-ci localise facilement un nid de tortue par l’odeur. La Ville a mis à l’essai des cages de protection confectionnées par le Biodôme de Montréal, puis fixées sur des nids de tortues. Celles-ci se sont avérées efficaces pour assurer leur protection contre des prédateurs.

Plan d’action quinquennal

La mise en œuvre du plan de conservation s’effectuera au cours des prochaines années. Sur les 65 actions, 18 ont reçu une cote de priorité élevée et devront être réalisées ou entamées rapidement. Grâce à un partenariat étroit entre les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux actifs sur le territoire et identifiés dans la prise en charge des actions, les moyens sont en place afin de respecter ces délais.

À plus long terme, la prise en charge des habitats de la tortue géographique dans l’archipel de Montréal, couplée aux efforts de sensibilisation sur l’importance de l’espèce et à l’application rigoureuse des lois et règlements, permettront d’assurer la pérennité de la population. Toutefois, à mesure que les connaissances sur la distribution de l’espèce et les gains en conservation évolueront, le plan de conservation devra être renouvelé afin de maintenir cet outil de planification de la conservation de la tortue géographique.

Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter le site de Conservation de la nature Canada.