Lutte biologique

Agrile du frêne

Boisé naturelL’agrile du frêne menace actuellement la forêt urbaine. En Amérique du Nord, l'éradication de cet insecte ravageur est impossible. Les experts recommandent plutôt la mise en place de la lutte biologique partout où cela est possible et réalisable. Dans ce contexte, la lutte biologique classique, par l’utilisation d’ennemis naturels exotiques de l’agrile, s’avère une stratégie à long terme pour la sauvegarde des boisés naturels en milieu urbain.

Des ennemis naturels qui commencent à s’établir à Montréal

Plusieurs relâchés d’ennemis naturels de l’agrile, soit des guêpes parasitoïdes de l’espèce Tetrastichus planipennisi et de l'espèce Oobius agrili, ont été effectués dans certains boisés de l'île de Montréal en 2015 et 2016.

Tetrastichus planipennisi, source: David CappaertEn 2018, les experts ont confirmé l'établissement de Tetrastichus planipennisi sur l'île de Montréal (photo : David Cappaert, Michigan State University, Bugwood.org) .

En 2020, les experts tenteront d’évaluer l’impact des parasitoïdes sur les populations d’agriles et sur le taux de survie des jeunes frênes dans les boisés où ces ennemis naturels ont été utilisés.

D’où proviennent les parasitoïdes?

Les espèces de parasitoïdes qui sont utilisées à Montréal sont toutes deux originaires de Chine, de la même région géographique d’où provient l’agrile du frêne. Les parasitoïdes sont produits en masse par le gouvernement américain (USDA) qui a gracieusement fourni les parasitoïdes utilisés à Montréal. L’importation et l’utilisation de Tetrastichus planipennisi au Canada ont été approuvées en 2013 par l’ACIA. En juillet 2015, l’ACIA a approuvé l’utilisation d’Oobius agrili au Canada. 

Où les parasitoïdes ont-ils été relâchés?

Les relâchés ont eu lieu dans les boisés suivants sur l’île de Montréal (photo : Petite bûche contenant des parasitoïdes de l'espèce Tetrastichus planipennisi et dispositif (orange) contenant des parasitoïdes de l'espèce Oobius agrili) :

 

Comment ça fonctionne?

En combinant les deux espèces de parasitoïdes, on attaque ce ravageur sur deux fronts. En effets, les deux espèces relâchées s’attaquent chacune à un stade spécifique du cycle vital de l’agrile : les œufs et les larves. Ces deux espèces de parasitoïdes sont des ennemis naturels redoutables. Elles sont en mesure de produire plusieurs générations par année. Les œufs et les larves d’agrile ainsi parasités génèreront d’autres parasitoïdes d’agrile qui iront à leur tour parasiter d'autres œufs et larves d'agriles!  

Tetrastichus planipennisi

Larve de l'agrile du frêneLes femelles parasitoïdes de l’espèce Tetrastichus planipennisi localisent les larves d’agrile sous l’écorce du frêne (photo). Lorsqu’une larve d’agrile est localisée, la femelle parasitoïde perce l’écorce et pond ses œufs à l’intérieur de la larve d’agrile. Les œufs éclosent et les larves du parasitoïde mangent la larve d’agrile de l’intérieur, la tuant ultimement.

Oobius agrili

Oobius agrili est la plus petite des guêpes parasitoïdes utilisées contre l’agrile dont elle cible les œufs (photo). La femelle Oobius localise les œufs d’agrile sur les crevasses de l’écorce du frêne, la guêpe y injecte ensuite son propre œuf à l’intérieur de l’œuf d’agrile. L’œuf d’Oobius éclot et la larve du parasitoïde grandit en se nourrissant de son hôte tuant ainsi la larve d’agrile avant qu’elle ne puisse émerger de l’œuf.

Historique

Dès la découverte de l'agrile en Amérique du Nord en 2002, les scientifiques ont débuté leur exploration à la recherche d'ennemis naturels. L'application de la lutte biologique classique à l’agrile du frêne a débuté dès 2007 aux États-Unis. Les efforts concertés se poursuivent encore aujourd’hui en Amérique du Nord. Jusqu’à maintenant, l’agrile du frêne a été détecté dans 33 états américains et 3 provinces canadiennes (Québec, Ontario et Manitoba). On relâche actuellement des parasitoïdes d’agrile dans les forêts de 25 états et deux provinces. Au Canada, des relâchés ont lieu depuis 2013 en Ontario et depuis 2014 au Québec.

La carte ci-dessous présente les sites où des parasitoïdes d'agrile du frêne ont été relâchés (carrés rouges) en Amérique du Nord, les sites témoins (carrés verts) et les sites où les parasitoïdes se sont établis jusqu’à maintenant (carrés roses).

À quoi peut-on s'attendre?

Les ennemis naturels établis à Montréal se reproduiront, leurs populations augmenteront de façon naturelle et se disperseront probablement dans les boisés adjacents. Des données récentes, recueillies par les scientifiques, ont permis de démontrer que ces parasitoïdes peuvent exercer un certain contrôle sur les populations d’agrile du frêne là où ils ont été relâchés. Les ennemis naturels contribuent à la survie des jeunes frênes et devraient favoriser la régénération forestière. Cette protection de la nouvelle génération de frênes pourrait limiter la croissance de plantes envahissantes

Collaboration unique!

Le Service de l’environnement de la Ville s’est associé avec les gouvernements américain (USDA) et canadien (Ressources naturelles Canada) afin de pouvoir mettre en place ce projet de recherche unique pour Montréal.

Est-ce que c’est risqué?

Différence entre l'agrile et les différents parasitoïdesNon. Les guêpes utilisées sont très spécifiques et ne s'en prennent qu'aux agriles.

En l’absence d’agriles, les parasitoïdes mourront. Les guêpes parasitoïdes qui seront relâchées sont inoffensives pour l’humain. Elles sont de très petite taille (quelques mm de long seulement) et sont incapables de piquer (photo : J. Plunkett, Minnesota Dept. of Agriculture).

Existe-t-il des ennemis naturels indigènes de l’agrile?

Contrairement à ce qui est souvent véhiculé, plusieurs ennemis naturels s’attaquent à l’agrile du frêne en Amérique du Nord. Parmi ceux-ci, on retrouve des prédateurs, des parasitoïdes et des pathogènes. Sans contrôler complètement les populations d’agrile, ces ennemis naturels indigènes contribuent à la mortalité de ce ravageur.