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Aménager sa propriété en protégeant les milieux naturels

Les effets visuels qu’on peut observer en milieu naturel, comme les effets de lumière dans cette fougeraie du Mont-Royal, sont des sources d’inspiration pour les projets d’aménagement réalisés dans les écoterritoires. Source : © Les amis de la montagne/Samuel Montigné.

En 2004, la Ville de Montréal a adopté la Politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels. Cette politique cible plusieurs secteurs d’intervention, notamment dix secteurs appelés écoterritoires, dont la protection et la valorisation ont été jugées prioritaires.

La démarche de sauvegarde de ces écoterritoires s’appuie sur la notion de réseau écologique, défini comme un espace naturel composé de trois types de zones : noyaux, tampons et couloirs écologiques. Les zones tampons jouent plusieurs rôles, dont, comme leur nom l’indique, celui de protéger la zone noyau des menaces extérieures éventuelles. De plus, ce sont des habitats essentiels à la survie des espèces qui fréquentent l’écoterritoire.

Des dispositions du document complémentaire au Plan d’urbanisme de la Ville de Montréal (section 6.4 Les écoterritoires) portent spécifiquement sur les interventions effectuées sur un terrain situé en tout ou en partie dans une zone tampon, soit à moins de 30 mètres d’une berge, d’un bois, d’un milieu humide ou d’un cours d’eau intérieur compris dans un écoterritoire. Ces dispositions, qui visent à préserver et mettre en valeur les milieux naturels en favorisant leur intégration au développement urbain (Action 16.1 du Plan d’urbanisme), portent sur les projets d’opérations cadastrales (disposition 6.4.1) et les constructions et agrandissements, ainsi que sur les opérations de remblai ou de déblai (disposition 6.4.2). Ces différentes opérations doivent notamment être réalisées de manière à maximiser la conservation des bois, des milieux humides et des cours d’eau intérieurs d’un écoterritoire tout en mettant leurs caractéristiques en valeur.

On pense parfois à tort que les impacts des interventions réalisées sur une propriété résidentielle sont négligeables. Leur cumul risque d’avoir des effets négatifs réels sur le milieu naturel voisin. On le rappelle d’ailleurs dans le Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal, l’un des dix écoterritoires montréalais. On y signale que la multiplication des interventions mineures entraîne une transformation graduelle des paysages et que la minéralisation progressive des espaces autour des bâtiments, comme l’aménagement d’allées et d’aires de stationnement, finit par réduire de façon notable la végétation et le caractère verdoyant des lieux, en plus de causer un assèchement des sols par excès de drainage.

C’est pourquoi, lorsqu’une propriété se trouve dans une zone tampon ou un couloir écologique appartenant à l’un de ces milieux naturels à protéger, on doit prendre en compte un certain nombre d’éléments avant d’aménager ou de réaménager les abords de la résidence. Au-delà du respect des dispositions réglementaires, il est important de prendre conscience que les aménagements effectués par les uns et les autres sur leur terrain peuvent grandement contribuer au maintien et même à l’amélioration du milieu naturel, ainsi qu’à sa mise en valeur. La végétation choisie, la disposition des constructions, le choix des matériaux, chaque décision a une incidence!

C’est ainsi que, selon la situation donnée d’une propriété, le Conseil du patrimoine de Montréal peut être appelé à émettre des recommandations visant à assurer la protection du patrimoine naturel dans les écoterritoires, eu égard à la prise en compte des aspects suivants : la sauvegarde ou le remplacement de certains arbres; l’exclusion d’espèces végétales envahissantes; le choix des matériaux de pavement; le remplacement de superficies minéralisées par des espaces végétalisés, etc.

En fait, avec un peu de bon sens, de souplesse et de créativité, il est parfaitement possible d’aménager sa propriété de manière satisfaisante tout en contribuant à la réalisation des objectifs de protection et de mise en valeur du milieu naturel des dix écoterritoires montréalais dont on souhaite maintenir la biodiversité et l’intégrité.

Voici quelques principes généraux pouvant être appliqués par tous les propriétaires résidentiels vivant dans la zone tampon d’un écoterritoire :

Pour protéger la composition végétale de la zone noyau

    • Exclure les espèces végétales envahissantes qui pourraient migrer vers la zone noyau. Une liste de 13 espèces végétales envahissantes interdites, comprenant des arbres, des arbustes et des plantes herbacées, a été dressée pour le mont Royal1. On peut s’en inspirer pour les aménagements à réaliser ailleurs sur le territoire. De plus, d’autres espèces jugées préoccupantes devraient également être évitées au pourtour des milieux naturels montréalais. Le site Web de la Ville de Montréal fournit des informations détaillées sur certaines espèces végétales à éviter et les manières de les éradiquer2.
Le joli trille blanc (Trillium grandiflorum) est emblématique du début du printemps. Bien que de vastes colonies de cette espèce indigène soient rencontrées dans les érablières à sucre du sud du Québec, celle-ci est néanmoins très vulnérable, et tout particulièrement en milieu urbain. Source : CPM, mai 2010.
    • Éviter de jeter des éléments végétaux provenant de la propriété (feuilles mortes, résidus de nettoyage des plates-bandes) dans le milieu naturel environnant pour éviter de modifier sa composition.
    • Choisir des espèces végétales indigènes et favoriser la plantation d’arbustes, qui sont souvent absents des zones noyaux. Choisir des espèces qui attirent et nourrissent la faune aviaire.
    • Éviter de prélever des plantes indigènes dans la zone noyau. Certaines sont très vulnérables3 et pourraient disparaître pour de bon de la zone noyau si elles font l’objet de prélèvements répétés. De même, lors de l’achat d’une espèce vulnérable auprès d’un fournisseur, s’assurer que celui-ci ne s’est pas approvisionné directement en milieu naturel.
    • Limiter le décapage du sol à proximité des arbres de la zone noyau. Leurs racines peuvent se retrouver chez vous, car, contrairement aux idées reçues, celles-ci s’étendent souvent bien au-delà de la superficie de la cime. Comme les racines nourricières sont principalement situées à moins d’un mètre de profondeur, le décapage d’une mince couche de sol peut être très dommageable.
    • S’il faut supprimer des racines, agir avec la plus grande prudence. On peut sectionner jusqu’à 25 % des racines d’un arbre sans mettre sa santé en péril, mais à condition de respecter certaines règles (ex. : coupe nette des racines, pose d’une membrane de protection sur les racines exposées et arrosage fréquent du système racinaire pendant la durée du chantier, surtout en période de sécheresse).
    • Éviter d’asphyxier le sol près des racines en éloignant le plus possible les zones minéralisées par le bétonnage, l’asphaltage ou la pose de pavés.

Pour protéger le régime hydrique de la zone noyau

Considérer les eaux de ruissellement comme une ressource4 qui contribue à la santé de la zone noyau plutôt qu’une nuisance à évacuer rapidement à l’égout pluvial.

1. Retarder l’évacuation des eaux de ruissellement.

    • Limiter au maximum les travaux de déblai et de remblai et l’implantation de structures telles que des murets, qui modifient la topographie des lieux et le drainage du site.
    • Limiter au maximum le pourcentage d’espaces minéralisés destinés à l’implantation de stationnements, allées, terrains de sport, etc. En règle générale, les superficies minéralisées prévues ne devraient pas excéder celles qui existaient antérieurement. Il s’agit d’éviter le ruissellement excessif vers les égouts et donc l’assèchement graduel du sol.

2. Filtrer ces eaux pour protéger la qualité de l’eau de la nappe phréatique en utilisant des pavés perméables. Le système formé par ces pavés et leurs joints agit comme un filtre naturel en plus de permettre la percolation des eaux de pluie dans le sol. Quant aux allées, on peut par exemple remplacer les pavés par des pas japonais.

3. Capter les eaux de ruissellement sur le terrain à l’aide de jardins de pluie, bandes filtrantes, citernes d’eau de pluie, toitures végétales, puits absorbants5.

 

En somme, il s’agit de considérer votre terrain comme un rempart protégeant le milieu naturel et comme son prolongement. Ce changement de perception peut amener à modifier grandement un projet d’aménagement, autant la palette végétale que l’emplacement des allées et des éléments construits!

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Notes

1 Ces espèces sont l’allaire officinale (Alliaria petiolata), l’anthrisque des bois (Anthriscus sylvestris), le cynanche (Cynanchum rossicum) et le cynanche noir (Cynanchum nigrum), l’égopode podagraire (Aegopodium podagraria), l’érable de Norvège (Acer platanoides), les nerpruns bourdaine (Rhamnus frangula) et cathartique (Rhamnus cathartica), l’orme de Sibérie ou orme chinois (Ulmus pumila), la pervenche mineure (Vinca minor), le peuplier blanc (Populus alba), la renouée japonaise (Fallopia japonica) et la salicaire pourpre (Lythrum salicaria).
Plan d’urbanisme de Montréal, document complémentaire, disposition (6.1.3 L’aménagement d’un terrain) s’appliquant au territoire de l’arrondissement historique et naturel du mont Royal.

2Cette information est disponible à l’adresse suivante : Biodiversité

3Avec la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables, le gouvernement québécois s'est engagé à garantir la sauvegarde de l'ensemble de la diversité génétique du Québec. À ce jour, 68 espèces de la flore sauvage ont été légalement désignées menacées ou vulnérables au Québec. Une espèce est menacée lorsque sa disparition est appréhendée, et elle est vulnérable lorsque sa survie est précaire même si sa disparition n'est pas appréhendée. Pour consulter la liste des espèces menacées et vulnérables.

4Pour plus d’informations à ce sujet, voir La gestion durable des eaux de pluie. Guide de bonnes pratiques sur le développement territorial et le développement durable, publié en 2010 par le ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, du gouvernement du Québec.

5La Société canadienne d’hypothèques et de logement indique comment réaliser un jardin pluvial sur sa propriété.