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Découvrez les paysages champêtres de Montréal

Découvrez les paysages champêtres de MontréalLes tracés fondateurs de l’île de Montréal
Au Québec, les terres concédées sous le régime seigneurial sont généralement rectangulaires, étroites, profondes et implantées perpendiculairement à un cours d’eau. Une fois les premiers rangs occupés, d’autres sont ouverts à l’arrière, reliés entre eux par des « chemins de rangs ». C’est ainsi que la succession des fermes le long des chemins rectilignes a façonné le paysage champêtre dans la vallée du Saint-Laurent.

Toutefois, deux particularités montréalaises, la configuration de l’île et la présence du mont Royal, ont donné lieu à des modifications importantes de ce système de découpage des terres, tel qu’illustré sur la carte de l’île de Montréal réalisée par André Jobin en 1834 (figure 1). « (…) Cette particularité du parcellaire influence la disposition du premier réseau routier, ainsi que la constitution des paroisses, ces dernières étant formées à partir de la réunion de plusieurs côtes. (…) Ainsi, le territoire de l’île ne se développe pas uniformément : (…) la partie nord se peuple plus rapidement que la partie sud-ouest, et la périphérie se développe avant l’intérieur » (Atlas historique de Montréal, p. 43), tel qu’illustré sur la carte réalisée par Ludger Beauregard à partir du premier plan terrier de 1702, localisant les 25 côtes de l'île au début du XVIIIe siècle, seize étant riveraines et neuf à l'intérieur de l’île, ainsi que les lots concédés (figure 2).

Figure 1. Extrait. Carte de l’île de Montréal, 1834. Figure 1. Extrait. Carte de l’île de Montréal, 1834. André Jobin (1786-1853). Bibliothèque et Archives nationales du Québec. No 83791. Agrandir
Figure 2. Le premier plan terrier de la seigneurie de Montréal : 1702.Figure 2. Le premier plan terrier de la seigneurie de Montréal : 1702. Source : Beauregard, 1984, p. 53. Agrandir

Les premières côtes (le terme de « rang » apparaîtra plus tard) seront donc riveraines du fleuve, telles les côtes Saint-Martin ou Saint-Jean, et de la rivière des prairies, telle la côte Saint-Dominique. Les côtes dites intérieures apparaissent graduellement. Des côtes doubles, telles les côtes Notre-Dame-des-Neiges, Saint-Laurent ou Saint-Michel, constituent des blocs homogènes qui se suffisent à eux-mêmes et qui sont reliés par des chemins nommés parfois « montées ».

Les anciennes paroisses rurales deviennent graduellement des villes, lesquelles sont peu à peu annexées à la Ville de Montréal à partir de 1883, avec le cas de la ville d’Hochelaga. À la fin de la Première Guerre mondiale, 31 annexions ont été réalisées, impliquant 23 municipalités. De grands pans du territoire conservent toutefois une vocation agricole jusqu’au milieu du XXe siècle.

Les paysages champêtres de l’île de Montréal

Figure 3. Localisation des anciennes maisons de ferme et des secteurs caractérisés par des ambiances champêtres.Figure 3. Localisation des anciennes maisons de ferme et des secteurs caractérisés par des ambiances champêtres. Source : BPTE, avril 2010. Agrandir

Un inventaire des anciennes maisons de ferme*, réalisé en 2006 par le Bureau du patrimoine, de la toponymie et de l’expertise (BPTE) de la Ville de Montréal, a permis de localiser environ 160 anciennes maisons sur le territoire montréalais (les points sur la figure 3). Elles sont toutes localisées le long des tracés fondateurs de Montréal. De plus, dans certains milieux, la présence de ces maisons, la distance entre celles-ci, les vues sur l’eau et sur les champs, la faible largeur des voies de circulation, la présence de boisés et d’alignements de grands arbres, tous ces éléments contribuent au maintien des paysages champêtres sur l’île.

Où peut-on découvrir ces paysages champêtres ? Cinq secteurs ressortent particulièrement. Il s’agit du chemin Sainte-Marie à Saint-Anne-de-Bellevue (secteur 1 sur la carte ci-haut), du chemin Senneville (Senneville) et du boulevard Gouin dans Pierrefonds (2), du cap Saint-Jacques (3), de l’île Bizard** (4) et, enfin de l’extrémité de la pointe est de l’île de Montréal (5). S’y promener nous transporte à l’époque où la plus grande partie de l’île était située en campagne. C’est une occasion de saluer le patrimoine agricole montréalais tel qu’il se manifeste dans les paysages, les tracés fondateurs et le patrimoine bâti. Bonne promenade!

*Pour en savoir plus long sur ces maisons de ferme, deux conférences sont offertes par les spécialistes du Bureau du patrimoine, de la toponymie et de l’expertise, dans le cadre des activités entourant la promotion du patrimoine de l’agriculture (Voir le Programme d’activités entourant la Journée internationale des monuments et sites 2010 à Montréal

**La Société du patrimoine de l’Ouest de l’Île propose un circuit patrimonial sur l’Île Bizard. Les détails sur : sdspoi.ca/fr/circuitResults.asp?offset=50.

Sources :
Beauregard, Ludger. 1984. Géographie historique des côtes de l’île de Montréal. Dans Cahiers de géographie de Québec, vol. 28, nos 73-74, p. 47-62.

Domon, Gérald. 2006. Les paysages agricoles hérités. Le système des rangs au Québec, Canada. Dans Le commentaire de paysages en géographie humaine. A.Colin Éditeurs, Madoré, F. (dir.), p. 202-206.
Ministère de la Culture et des Communications du Québec et Ville de Montréal. 1998. Le patrimoine de Montréal.

Robert, Jean-Claude. 1994. Atlas historique de Montréal. Éditions Libre Expression.

1. Le découpage de la zone agricole permanente est disponible à l’adresse suivante :  ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=2761,3096483&_dad=portal&_schema=PORTAL