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Conférence publique de David Mangin

1. David Mangin. Source : Vincenzo D’Alto, Ville de Montréal, 2013.Agrandir l'image

David Mangin, architecte et urbaniste français, Grand Prix de l’urbanisme 2008, était invité le 7 novembre 2013 par le CPM à prononcer une conférence intitulée « Projets récents pour le Grand Paris, les Halles, Vitry, Rosny ». Tenue comme le colloque de l’instance au Théâtre Paul-Desmarais du Centre Canadien d’Architecture (CCA), mais indépendamment, cette conférence ouverte au grand public avait pour objet de contribuer à la réflexion du CPM sur la ville en tant que patrimoine collectif. Le résumé de cette conférence, présenté ci-après, fait également partie intégrante des Actes du colloque 2013 du CPM.

Introduction

À travers différents projets menés par David Mangin et l’agence SEURA, deux notions liées au patrimoine ont été traitées en filigrane. Tout d’abord, il s’agit de comprendre la mutation d’un espace et de l’accompagner. En un siècle, sinon en une trentaine d’années pour les Halles de Paris, la valeur d’usage ainsi que la valeur culturelle d’un site peuvent complètement changer. Ensuite, à l’heure de la construction de la ville sur la ville et, en parallèle, de la transformation des grandes villes en métropoles, voire en mégapoles1, il est pertinent de repenser le monument et le patrimoine bâti à une échelle plus grande, d’où l’intérêt de se pencher sur la forme urbaine et les relations entre les quartiers centraux et périphériques.

Quelques faits urbains à propos de Paris

Trois principaux faits urbains ont eu un effet structurant sur l'évolution de Paris et son agglomération. Tout d’abord, le cardo (axe nord-sud) et le decumanus (axe est/ouest), hérités de la période romaine, sont toujours présents dans l’organisation de la ville d’aujourd’hui. On constate en effet une division sociale et politique entre l’est et l’ouest parisiens, ainsi que l’importance symbolique de l’axe viaire est-ouest, ponctué de monuments comme l’Arc de triomphe et l’Arche de La Défense, qui se poursuit dans les villes avoisinantes. Le deuxième fait marquant est la composition spatiale de la ville par rapport au fleuve : les monuments sont construits sur ses rives et la Seine est traversée par un nombre important de ponts (37). Le troisième réside dans la croissance radioconcentrique de la ville, résultant d’abord de la succession des enceintes construites autour d'elle, et poursuivie par la ceinture périphérique et le réseau autoroutier.

Les Halles

Situé au centre de Paris, le quartier des Halles a toujours été, depuis le Moyen Âge, un secteur dédié au commerce. Marché couvert reconstruit à maintes reprises, il fait l’objet d’une opération de rationalisation et d’assainissement dans les années 1850-70, avec la construction d’un complexe de 12 bâtiments, les pavillons Baltard. Un siècle plus tard, l’État décide de transférer les activités du site au Marché international de Rungis, en banlieue sud, et les pavillons sont voués à la destruction.

Au début des années 1970, plusieurs concours d’architecture sont organisés afin de planifier un centre moderne pour la ville en lieu et place des Halles. En parallèle, des décisions importantes vont orienter le futur du site. La société de transport parisienne, la RATP, annonce son projet de faire converger plusieurs lignes du métro parisien et du Réseau express régional (RER) au centre de la ville, vers une plateforme située sous le site des Halles. La construction, autour de la plateforme, d'un caisson bétonné résistant à la pression de la Seine et aux inondations constitue un autre choix décisif, cette infrastructure coupant le site du tissu urbain environnant. Le projet d’architecture retenu à l’issue des concours s’inscrit dans la continuité de ces choix : un forum commercial souterrain relié au réseau de la RATP, et en surface un vaste espace vert. Un système d’échangeur autoroutier souterrain complète ce projet, dont la première phase est inaugurée en 1979.

2. Les Halles dans les années 1950 : les pavillons Baltard. Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.   3. Le projet des Halles « modernes », inauguré en 1979. Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.
2. Les Halles dans les années 1950 : les pavillons Baltard. Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.   3. Le projet des Halles « modernes », inauguré en 1979. Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.
4. Projet de l'équipe de David Mangin (en cours) : « la Canopée ». Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.   5. Projet de l'équipe de David Mangin (en cours) : l'espace vert. Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.
4. Projet de l'équipe de David Mangin (en cours) : « la Canopée ». Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.   5. Projet de l'équipe de David Mangin (en cours) : l'espace vert. Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.

En 2004, soit environ 20 ans après l’inauguration de la dernière section du Forum des Halles, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, lance un concours international pour la rénovation totale du quartier. L’image négative du lieu (insécurité, vente de drogue), la gare RER surchargée ou encore le vieillissement précoce des constructions et aménagements ont motivé cette décision. Le projet retenu est celui de l’équipe de David Mangin. Une première version du projet, qui n’a pas été acceptée, consistait à mettre le site des Halles en relation avec ses alentours, par un dialogue entre quatre bâtiments de siècles différents (Centre Pompidou, Bourse de commerce, église Saint-Eustache et un nouveau bâtiment sur le site même) autour d’une vaste place minérale. Le projet final, en cours de réalisation, comprend un espace vert réorganisé et une nouvelle construction de hauteur moyenne, inscrite dans la silhouette du Paris haussmannien, comme toit du forum souterrain (« la Canopée »).

De la métropole à la mégapole

L’échelle de plusieurs agglomérations en Europe et dans le monde dépasse celle de la métropole, pour atteindre celle d’une mégapole, définie par une concentration d’au moins 10 millions d’habitants. La mégapole parisienne, constituée de tissus urbains hétérogènes, s’articule autour de flux de transport : autoroutes, lignes de TGV, réseau de RER et de métro.

L’un des enjeux de la mégapole parisienne est de rétablir un équilibre entre les différents territoires qui la composent. Plusieurs de ces territoires sont monofonctionnels. Ainsi, il s’agit d’y multiplier les entités urbaines (logement, emploi, commerce, etc.), tout en conservant l’identité propre et les caractéristiques de chacun de ces territoires.

6. « Schéma théorique de l'évolution du site Saint-Lazare-Haussmann : de la gare au pôle multiconnecté », in Paris / Babel, dir. David Mangin, 2013, Éditions La Villette. Source : D. Mangin, 8 novembre 2013.Agrandir l'image

Lancée en 2007 par le président Sarkozy, la consultation internationale sur le Grand Paris avait pour objectif de produire des scénarios de développement urbain et d’aménagement du territoire pour la région parisienne. En parallèle, l’État a annoncé un projet de transport en commun, la création d'une nouvelle rocade de 130 km reliant les pôles d'excellence autour de la capitale. Cette rocade, surnommée « le Grand Huit », est basée sur le développement de « clusters », des pôles économiques et d’innovation spécialisés.

Ce projet de transport, qui engendre des projets de territoires, va multiplier et recomposer les flux. Il amène également à se pencher sur les interconnexions entre les différentes lignes de transport en commun. Dans Paris, actuellement, ces interconnexions se font en souterrain et sont reliées aux bâtiments en surface (commerces, bureaux, etc.). Le Forum des Halles en est l’exemple le plus représentatif, mais d’autres, comme le pôle Saint-Lazare / Opéra se sont développés à la faveur des circonstances. On passe ainsi de la gare (train ou RER) au pôle multiconnecté.

Le pôle multiconnecté, illustré par l’image du palétuvier ou de la mangrove, est donc le fruit d’assemblages progressifs. Il devient donc nécessaire d’anticiper les possibles évolutions du pôle afin que le projet puisse se transformer sans passer par une destruction/reconstruction. Ainsi, à Vitry-sur-Seine, l’équipe de David Mangin a fait la proposition d’une gare bi-face pour la future gare multimodale du « Grand Huit », de manière à anticiper le développement de tous les territoires environnants. Le projet n’a pas été retenu, mais la gare sera cependant aménagée à l’intérieur de l’ancienne halle.

Conclusion

À Paris, comme dans d’autres agglomérations urbaines, la multiplication des flux conduit à penser le territoire à plus grande échelle. Il s'agit d’essayer de comprendre l’identité de la mégapole ainsi constituée. Les différents territoires qui la composent ont chacun leur identité : le centre de Paris se caractérise par la complexité, le palimpseste; la banlieue, par l’hétérogénéité (zones résidentielles pavillonnaires jouxtant des centres commerciaux, autoroutes jouxtant de petites rues); les entrées de ville, par la discontinuité (paysage rural, infrastructures liées à l’énergie, faible densité). Les mutations ne devraient pas remettre en question les caractéristiques de ces territoires. Ainsi, l’îlot parisien, dans son évolution, doit faire perdurer la complexité.

D'autre part, au sein d’une mégapole, la notion de monument est différente. Le monument point de repère était autrefois incarné par l’église, mais dans beaucoup de territoires l’église est graduellement déclassée dans le paysage par des édifices plus imposants. Des monuments « involontaires » deviennent alors des points de repère : grandes infrastructures, bâtiments industriels, publicités.

De son passage à Montréal, David Mangin retient deux éléments caractéristiques du territoire qui constituent un patrimoine urbain important. D’une part, le système de grilles de rues est presque intact, tandis qu’il s’érode dans beaucoup de villes nord-américaines. Ainsi, il est essentiel de réfléchir sur sa modernisation tout en le faisant vivre, en le réinventant et en articulant les grilles entre elles. Les projets de territoire comme la conversion de gares de triage ou autres vastes terrains en friche représentent autant de projets à réaliser aux points de rencontre ou de rupture des grilles. D’autre part, la ville intérieure, avec ses ramifications à la surface, est un autre élément du territoire aux potentialités importantes.

On peut parcourir le support visuel de la conférence ici.

7. David Mangin. Source : Vincenzo D’Alto, Ville de Montréal, 2013.Agrandir l'image

David Mangin est associé à l’agence parisienne SEURA, lauréate de la consultation internationale pour le quartier des Halles à Paris. Il travaille également sur de grands projets urbains en France, tels que la ZAC Montaudran Aérospace, à Toulouse, qui vise à transformer un site historique de l’Aéropostale en un nouveau lieu de vie autour d’espaces d’agrément et d’équipements publics. Il a participé à la première phase de la consultation internationale sur le Grand Paris au sein du Groupe Descartes et a été sélectionné en son nom en 2012 pour prendre la tête d’une nouvelle équipe à l’Atelier International du Grand Paris. David Mangin est l’auteur de Projet urbain (1999), en collaboration avec Philippe Panerai, et de La ville franchisée, forme et structure de la ville contemporaine (2004). Il enseigne à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Marne-la-Vallée et à l’École nationale des ponts et chaussées (École des Ponts ParisTech).

1 La mégapole est entendue comme une agglomération urbaine de plus de 10 millions d’habitants.