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Dix ans d’activités du CPM : un atelier sur le patrimoine naturel

Activité 2. Atelier de travail sur les enjeux de biodiversité

Dans le cadre de la réflexion menée par le CPM tout au long de l'année 2013, ses membres ont été conviés le 4 juin 2013 à un second atelier d’échanges autour de la question générale : Comment concilier patrimoine et développement? Faisant suite à un premier atelier tenu en février sur la conservation du patrimoine culturel, cet atelier visait à s’informer et à se questionner sur les actions à entreprendre afin de continuer d’assurer la protection et la mise en valeur du patrimoine naturel dans le contexte montréalais, celui d'une ville en constante évolution.

Aujourd’hui, l’enjeu de la biodiversité est indissociable de celui de la conservation du patrimoine naturel. La Ville de Montréal s’est elle-même dotée de plusieurs outils, tels que la Politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels, adoptée en 2004, laquelle vise à préserver et augmenter la biodiversité sur le territoire afin d’améliorer la qualité des milieux de vie. Plus récemment, dans le cadre du projet Action locale pour la biodiversité appuyé par le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB) des Nations Unies, la Ville a entrepris une démarche visant le développement d’une stratégie et d’un plan d’action en faveur de la biodiversité locale.

Les trois conférenciers invités à l’atelier. De gauche à droite, MM. Martin Joly, Jérôme Dupras et Daniel Pearl. Source : CPM, 2013.Agrandir l'image

Malgré ces évolutions importantes, nous constatons que notre culture d’aménagement ne favorise pas systématiquement la conservation du patrimoine naturel en milieu urbain. Les invités de l’atelier ont été conviés à échanger sur les contraintes et les potentiels que présente le territoire montréalais, en dehors des milieux naturels déjà reconnus pour leur valeur écologique, afin de contribuer à l’amélioration des pratiques et d’étendre la portée des interventions de maintien, voire d’amélioration de la biodiversité en milieu urbain. À l’issue de cet exercice, l’objectif est de formuler les recommandations que le CPM sera en mesure de promouvoir, relativement aux actions à entreprendre dans ce domaine.

Au cours de l’atelier, trois thèmes ont été abordés : les biens et services écologiques, la densification et les réseaux écologiques.

Les biens et services écologiques

Les biens et services écologiques, un nouvel outil pour la planification du territoire – l’exemple de la Ceinture verte de Montréal, Jérôme Dupras, doctorant, Département de géographie, Université de Montréal, et président de la Fondation Cowboys Fringants.

La recherche présentée par M. Dupras a été déposée en février 2013 par le groupe Agéco1 à la Fondation David Suzuki et Nature-Action Québec. La recherche a également été utilisée par l’organisme Ouranos pour la réalisation d’un guide méthodologique2 d’évaluation économique des biens et services écosystémiques dans un contexte de changements climatiques.Elle avait pour objet d’évaluer la valeur économique non marchande fournie par les milieux naturels dans la grande région de Montréal et de proposer une méthodologie d’évaluation. M. Dupras a d’abord rappelé qu’un écosystème constitue un flux de biens et services, tels que la régulation du climat, le stockage ou la séquestration du carbone, la pollinisation, le traitement des déchets ou des polluants, la prévention des inondations, le contrôle des eaux de ruissellement, les loisirs et le tourisme, ou encore le plaisir esthétique et spirituel. Le mode d’utilisation du territoire exerce une influence sur les écosystèmes, ce qui résulte en une modification ou une altération des services qu’ils rendent à la communauté. On peut mesurer l’impact de ces changements sur le bien-être humain et attribuer une valeur économique à ces services. Par exemple, la construction d’une route résulte en la perte de nombreux services d’un écosystème : comment quantifier cette perte, puis déterminer la compensation adéquate? Attribuer un prix aux biens et services écologiques permet notamment de les comparer avec d’autres biens et services dont la valeur est déjà communément exprimée en dollars, un exercice obligé dans un contexte de ressources limitées imposant des arbitrages en matière d'intervention environnementale.

L’étude a notamment évalué la valeur économique de neuf types de services (par exemple, la pollinisation et le contrôle de l’érosion) fournis par 10 types d’écosystèmes d’un territoire de plus de 1,7 million d’hectares désigné « ceinture verte »de Montréal, regroupant 35 municipalités régionales de comté (MRC), en partie ou en totalité, et près de 200 municipalités. Il en ressort que les biens et services écologiques qui ont la valeur économique la plus importante sur ce territoire sont l’habitat de la biodiversité (1 075,4 M$/an), les loisirs et le tourisme (1 072,9 M$/an) et la régulation du climat (990,2 M$/an). D'autre part, la valeur économique des biens et services écologiques peut être établie en relation avec les différents types d’utilisation du territoire. Ainsi, dans la ceinture verte métropolitaine, les types d’utilisation du territoire qui offrent la plus importante valeur de biens et services (à la fois en fonction des types de services qu’ils offrent et de la superficie occupée) sont les forêts rurales (1 947,1 M$/an), les forêts urbaines (960,8 M$/an) et, dans une moindre mesure, les milieux humides ruraux (494,2 M$/an) et les milieux agricoles en culture annuelle (327,7 M$/an).

Avec ces données, on dispose d'un instrument de mesure quantitatif de la valeur écologique. L’attribution d’une valeur économique aux biens et services fournis par les différents types de milieux naturels permet aussi d’évaluer l’intérêt de conserver un milieu naturel, et même de planifier l’aménagement du territoire en fonction de la valeur des écosystèmes. La recherche a notamment fait apparaître l’intérêt de la conservation des milieux naturels en tant qu’infrastructures vertes en remplacement ou en complément des infrastructures traditionnelles, plus coûteuses, ainsi que la grande valeur relative des milieux naturels situés sur l’île de Montréal.

Densification et verdissement

Verdir et densifier : un équilibre, Daniel Pearl, professeur agrégé, École d’architecture, Université de Montréal.

M. Pearl a présenté les caractéristiques de la ville durable selon l’approche utilisée par l’Agence d’écologie urbaine de Barcelone (AEUB). Selon l’AEUB, quatre principes guident la ville durable : compacité, complexité, efficacité, stabilité, et ces principes sont interreliés. Ainsi, la densité ne peut être abordée seule mais doit être évaluée en relation avec la biodiversité et la qualité des espaces publics.

L’atelier réunissait les membres du CPM ainsi que des invités provenant notamment de services de la Ville impliqués activement dans la conservation du patrimoine naturel et le développement durable. Source : CPM, 2013.Agrandir l'image

Avec l’organisation urbaine, la biodiversité est l’un des deux enjeux classés dans la rubrique du principe de complexité. L’enjeu de la biodiversité en milieu urbain « concerne la proximité des espaces et corridors verts, la perméabilité des sols, la présence d’arbres et la diversité du couvert végétal, l’agriculture urbaine, etc. ». Afin de répondre à chaque enjeu, l’AEUB a élaboré une série d’indicateurs pour l’évaluation des projets, et ces indicateurs doivent être étudiés à plusieurs échelles en même temps. Un bon projet devrait atteindre au moins le minimum établi pour chaque indicateur, et non obtenir une cote élevée à certains égards et ne pas satisfaire à d'autres critères. Ces indicateurs reliés à la biodiversité sont utilisés : proximité des espaces verts, accessibilité des espaces verts, sol contaminé, couvert végétal, perméabilité du sol, diversité de l’écosystème, production locale d’aliment.

Outre la biodiversité, certaines variables ont été établies pour la définition de corridors verts dans la trame urbaine : la présence d’espaces publics, la compacité corrigée pondérée, le réseau cyclable ou le réseau de transport en commun.

Un autre enjeu de la ville compacte est l’efficacité, définie comme suit : « Une ville efficace a un système métabolique qui limite la perturbation de l’écosystème de la Terre. Les cycles métaboliques de production, de consommation et de rejet doivent être gérés adéquatement pour éviter la pollution de la ville et de l’environnement et l’épuisement des ressources. »

Quant aux potentiels et contraintes spécifiques aux quartiers montréalais, M. Pearl insiste sur deux principaux aspects à considérer : avant toute implantation, il faut faire une évaluation préalable complète, ce qui peut demander des mois, sinon des années, et cette évaluation doit se faire en fonction d’un contexte urbain plus large.

Réseaux écologiques

Trame verte et bleue et réseaux écologiques – Mise en place d’une nouvelle démarche de conservation de la biodiversité, Martin Joly, chef de l’équipe Aménagement durable et conventions, Service de l’expertise en biodiversité, ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Québec.

M. Joly a présenté les résultats d’une récente mission France-Québec effectuée par son ministère et portant sur les corridors écologiques. La notion de liaison des espaces verts est capitale dans le concept de biodiversité urbaine. Une nouvelle démarche de conservation de la biodiversité, la « trame verte et bleue » (TVB), est adoptée pour prendre en compte ces réseaux de corridors, cours d’eau et réserves de biodiversité. L’objectif de l’implantation d’une trame verte et bleue est d’inscrire les différents projets dans une logique de cohérence écologique. Cette notion relève donc autant de l’aménagement que de la protection de la biodiversité. En France, elle relève de l’engagement de l’État à restaurer les continuités écologiques aux différentes échelles du territoire, après le constat que la fragmentation des milieux conduit à la banalisation, à la simplification et à l'isolement des écosystèmes, de même qu’à l'étalement urbain.

L’expérience française a permis de déterminer plusieurs défis pour l’implantation de continuités écologiques urbaines applicables au territoire montréalais :

  • améliorer l’état des connaissances sur la biodiversité en milieu urbain, notamment en favorisant les équipes mixtes en biodiversité/planification territoriale/développement urbain;
  • réduire le décalage entre les échelles territoriales (territoire écologiquepar opposition à territoire politique; politique d’aires protégées par opposition à stratégie de maintien de la biodiversité à plus grande échelle);
  • réduire les contraintes organisationnelles (budgets, échéanciers, moyens de mise en œuvre, etc.);
  • rechercher la participation citoyenne (dont l’adhésion des agriculteurs, des forestiers) et des élus;
  • prendre en considération d’autres dimensions, notamment socioéconomiques, au-delà de la seule dimension écologique (soutien à l’agriculture urbaine, développement d’emplois verts, etc.);
  • diversifier les stratégies de conservation en milieu privé;
  • se donner un espace pour élaborer un projet global de territoire.

Plusieurs outils ont été développés, notamment :

http://www.trameverteetbleue.fr/entree-thematique/milieux-urbains

et plus particulièrement :

http://www.trameverteetbleue.fr/retours-experiences/identification-tvb-communale-niortaise-actions-transversales-faveur-biodiversite
http://www.trameverteetbleue.fr/documentation-outils/references-bibliographiques/note-etd-mettre-oeuvre-trame-verte-bleue-milieu

Conclusion

De cet atelier sur le patrimoine naturel, il ressort que le potentiel de biodiversité des villes est très important. Il s’agit d’intégrer davantage la nature à la ville dans une optique de réseaux écologiques, tout en maintenant un tissu urbain dense pour éviter de gruger les écosystèmes existants. Les interactions entre milieu naturel et milieu bâti peuvent être caractérisées par les biens et services écologiques que les écosystèmes fournissent au milieu urbain et à ses usagers. Dès lors, intégrer la valeur de ces biens et services à la valeur globale d’un projet permet la pratique d’un urbanisme métabolique, qui prend en considération les interactions de la ville avec l’environnement.

Les différents participants, conférenciers et invités, ont énoncé plusieurs obstacles à la conservation de la biodiversité en milieu urbain :

  • le travail « en silo » des différents services municipaux, et donc le manque de multidisciplinarité, pourtant nécessaire à la protection de la biodiversité en ville;
  • le manque de volonté politique;
  • les démarches administratives trop lourdes;
  • la nécessité d’une implication citoyenne pour assurer la réalisation d’un projet.
Le Conseil du patrimoine retient de cet exercice que nature et bâti doivent indéniablement être combinés à toutes les échelles d’intervention dans la ville et que l'acquisition de connaissances est nécessaire, notamment pour aménager les sites et secteurs possédant un potentiel pour la restauration des connectivités écologiques et la consolidation du patrimoine naturel.

1 Groupe Agéco. Le capital écologique du Grand Montréal : Une évaluation économique de la biodiversité et des écosystèmes de la Ceinture verte. Rapport déposé en février 2013. Disponible à l’adresse suivante :
http://www.davidsuzuki.org/fr/publications/rapports/2013/rapport-ceinture-verte/

2 Ouranos, février 2013. L’évaluation économique des biens et services écosystémiques dans un contexte de changements climatiques. Un guide méthodologique pour une augmentation de la capacité à prendre des décisions d’adaptation. Disponible à l’adresse suivante :
http://www.ouranos.ca/media/publication/273_RapportReveret2013.pdf