Venez essayer le nouveau site de la Ville de Montréal

Je l'essaie

Activités spéciales

Accueil au conseil de ville du Poète de la Cité à l’occasion de la journée mondiale de la poésie le 21 mars 2016

La Journée mondiale de la poésie est célébrée à l’hôtel de ville durant  le conseil de ville le 21 mars 2016. Pour l’occasion, le nouveau Poète de la Cité, M. Bertrand Laverdure, a récité le poème L’arbre est politique. Une initiative du président du conseil, M. Frantz Benjamin.

Qu’est-ce que le Poète de la Cité?

Le Poète de la Cité est une résidence de création offerte par le Conseil des arts de Montréal à un poète montréalais, qui s’accompagne de divers projets de médiation culturelle.

Cette résidence a été développée pour permettre à un poète montréalais, par sa parole et celles d’autres poètes, d’entrer en résonance avec le discours social et politique, et faire circuler la parole des poètes, d’hier et d’aujourd’hui, avec plus d’éclat. Le Poète de la Cité permet de positionner la Ville de Montréal comme une métropole culturelle d’envergure.

La résidence du Poète de la Cité s’étale sur deux ans de 2015 à 2017. Si le poète poursuit son propre travail de création, il est aussi tenu de livrer quelques allocutions au cours de sa résidence. Ces allocutions sont prononcées lors d’événements culturels ou politiques significatifs et pertinents. Il s’agit pour le poète de faire entendre sa voix par l’intermédiaire de textes inédits, signés de sa main, de même qu’en puisant dans des textes déjà publiés par ses confrères montréalais, vivants ou décédés. Les liens qu’il établit témoignent du fait que la parole des poètes traverse admirablement le temps lors des événements célébrés dans l’agora. Dans tous les cas, les textes du poète et des autres poètes ont pour but de donner de la profondeur à certains débats de société.

La création récitée aux élues et élus lors du conseil de ville : L’arbre est politique

L’arbre est politique

Je vous dis que l’arbre est politique, une abstraction frigorifiée par le marché, un cadastre mal régulé aux prises avec des possesseurs honnis.

Je vous dis que l’arbre mérite un chevalier servant, un mandataire international, une armée pacifique aux fusées pollen, libre de les utiliser par milliers dans la noirceur rougeâtre du petit matin. À potron minet, on tire. À potron minet, on efface l’humiliation. À potron minet, on enclenche le processus.

L’arbre ne vote pas mais passe dans la scie, forme des abris, travaille dans la peine au centre du monde dirigé par de la pierre spectrale, du minerai en boucle, du rien en mode feu.

Je sais ce que vous allez dire, en contrit des réseaux, palpés au cou, toujours avec vos têtes matraquées par les décapitations spectacles. Vous allez bondir, aimer, trier l’information et réagir par saccades. Je sais. Je suis arboricole, verdurien, monté en graines. Dans mon cœur d’ivoire/métronome, je reçois la passion du ligneux. En homme orthodoxe nageant comme vous tous en lourdeur d’eau. Lourde de toutes les glaces, symbole huilé aux pieds des escapades impossibles.

Mais je persiste à dire, malgré les ergots, les prises de données, la vigueur des éléments, la notoriété de la folie imposée. L’arbre est un être politique. Des branchailles migrantes aux fûts des banques. L’arbre est politique.

Tombe et tombe les palanques dans notre imaginaire de statu quo transi. Tombe et tombe les gloires modales au fond des siècles achevés par l’irrémédiable. Tombe et tombe l’inconséquence, avec une hache dans la forêt de Sherwood, en philosophe recycleur de silences. En philosophe, petit singe à trois «non». En philosophe recruteur d’extravagances invisibles.

Je vous le dis, l’arbre est politique. Mes radicelles forment une bouche aux dents farineuses, lestée de peur microbe. Heureux. Cadavérique en puissance. Empotionné du monde.

Je vous le dis, en vérité, l’arbre est et restera politique.

Bertrand Laverdure
5 juillet 2015/9 mars 2016

En savoir plus sur Bertrand Laverdure

Bertrand LaverdureCrédit photo : Pascal Lysaught.

Né en 1967, Bertrand Laverdure est poète, romancier, journaliste littéraire, performeur et blogueur «technicien coiffeur», recherchiste et chroniqueur pour l’émission littéraire «Tout le monde tout lu!» à Matv. Il s'intéresse à la multidisciplinarité en littérature. Ses deux derniers livres, Comment enseigner la mort à un robot ?, Mémoires d’encrier, 2015 et le roman La chambre Neptune, La Peuplade, 2016, explorent le monde qui change, grevé par les avancées inquiétantes et phénoménales de la technique et des inventions robotiques.

En poésie, il a publié, notamment, Rapport de stage en milieu humain, Triptyque, en 2014, Sept et demi, au Quartanier en 2007 et Rires, au Noroît en 2004, Les forêts au Noroît en 2000, Audioguide au Noroît, 2002, ainsi que Cascadeuse à La Courte Échelle (de la poésie pour ados) en 2013. Ses romans, dont Lectodôme, au Quartanier en 2008, J’invente la piscine, La courte échelle en 2010, Gomme de xanthane, Triptyque, en 2006, Bureau universel des copyrights à La Peuplade en 2011 ont tous reçus un bon accueil critique.

Il a participé à plusieurs spectacles de lecture publique, dont VSUP en 2009 et P.O.M.M.E. avec le groupe ANONYMUS au Printemps des poètes 2012. Lettres crues, une correspondance avec l’écrivain Pierre Samson, a été publié à La Mèche à l’automne 2012. Il a obtenu le prix Joseph S. Stauffer, décerné par le Conseil des arts du Canada en 1999.

Il a également reçu le prix Rina-Lasnier en 2003 pour Les forêts (Noroît, 2000). Ce même recueil fut aussi retenu comme finaliste au prix Emile-Nelligan 2000. Son livre Audioguide (Noroît, 2002), fut de même en nomination pour le Grand Prix du festival International de Poésie de Trois-Rivières 2003. Il a aussi été finaliste au Grand Prix littéraire Archambault en 2009 pour son roman Lectodôme. Il est maintenant Poète de la Cité à Montréal de 2015 à 2017.