La rue De Montigny (devenue boulevard De Maisonneuve) au coin de la rue Saint-Denis - 4 avril 1963
Le boulevard De Maisonneuve et ses intersections

De la rue Saint-Urbain à la rue du Havre

La rue Mignonne est ouverte avant 1796 de la rue Saint-Laurent (devenue boulevard) à la terre de Joseph Papineau, soit vis-à-vis la rue Sanguinet. De ce point à la rue Saint-André, la voie est ouverte depuis la fin du XVIIIe siècle. Au début des années 1840, elle est prolongée à l’ouest jusqu’à la rue Saint-Urbain. Un petit tronçon est également ouvert entre les rues Montcalm et Panet. Au milieu des années 1860, la rue est étendue jusqu’à l’avenue Papineau. Elle atteint la rue Parthenais, puis la rue Dufresne en 1881. Dix ans plus tard, elle est entièrement ouverte jusqu’à la rue du Havre. Peu après, en 1894, la Ville lui attribue le nom de rue De Montigny qu’elle conserve jusqu’en 1966, alors qu’elle devient le boulevard De Maisonneuve. Seule une petite section, située au sud du boulevard entre les rues Saint-Urbain et Clark, conserve le toponyme De Montigny. La voie traverse successivement les quartiers Saint-Laurent, Saint-Louis, Saint-Jacques et Sainte-Marie.

Les quartiers Saint-Laurent et Saint-Louis

Le premier foyer de peuplement se concentre autour de la rue Saint-Laurent (devenue boulevard). Dans ce secteur, la rue traverse l’ancien faubourg Saint-Laurent, divisé en deux quartiers municipaux, Saint-Laurent à l’ouest et Saint-Louis à l’est (1833).

La rue Mignonne se développe rapidement. Au milieu du XIXe siècle, une grande proportion des terrains y sont construits. Le grand incendie de 1852 entraîne la destruction de tous les bâtiments entre les rues Saint-Laurent et Saint-Denis. Le segment est entièrement reconstruit 20 ans plus tard. Ce tronçon est surtout résidentiel avec quelques commerces de proximité au rez-de-chaussée des maisons.

Dans la foulée des travaux d’ouverture du boulevard, des expropriations (1962) entre les rues Saint-Urbain et Clark, permettent le raccordement des rues Ontario et De Montigny. Deux terrains de part et d'autre du boulevard servent à la création, en 1976, de la place Fred-Barry, au sud, et de la place Albert-Duquesne, au nord. Dans le cadre des travaux d’aménagement du Quartier des Spectacles en 2009, une reconfiguration de la voie entraîne l’élimination de ces deux places publiques et la création de deux nouveaux espaces : la promenade des Artistes au nord du boulevard, et le Parterre au sud. En outre, la voie est décalée à la rue Clark.

Dans les années 1950, un programme de rénovation urbaine est réalisé de part et d’autre de la rue De Montigny, entre les rues Saint-Dominique et Sanguinet. Les résidences dans le quadrilatère formé des rues De Montigny, Jeanne-Mance, Ontario et Sanguinet sont identifiées dans le rapport Dozois (1954) comme étant délabrées. Elles sont démolies à la fin des années 1950 pour permettre la construction des Habitations Jeanne-Mance (1959). Ce grand ensemble résidentiel comprend des immeubles de 3 étages ainsi que des tours d’habitation de 12 étages. Les réaménagements urbains entraînent de profondes transformations sur cette partie de la voie.

Le quartier Saint-Jacques

La voie traverse le quartier Saint-Jacques occupé en partie, jusque dans les années 1920, par la bourgeoisie francophone. La rue De Montigny est surtout résidentielle et elle est complètement occupée au début du XXe siècle. La présence de l’Université de Montréal, rue Saint-Denis a valu l’appellation de Quartier latin à ce secteur.

Quelques bâtiments industriels occupent une portion de la voie au XIXe siècle, entre les rues Saint-Denis et Saint-Hubert. Le ferblantier Sauvageau est sis à l’intersection de la rue Saint-Denis de 1886 à 1915. Il y a également un tanneur ainsi que le fabricant de chaussures Tétreault (1887) qui devient Hector Shoes Co. en 1921, puis ferme neuf ans plus tard.

Plusieurs établissements catholiques s’installent rue De Montigny, notamment la cathédrale Saint-Jacques située rue Saint-Denis, entre les rues Mignonne et Sainte-Catherine. La première église Saint-Jacques est construite en 1825, puis est rebâtie en 1857 et 1860 après des incendies. Par ailleurs, les Sœurs de la Providence érigent un vaste complexe dans le quadrilatère des rues Sainte-Catherine, Saint-Hubert, Mignonne et Berri. Elles s’installent en 1842 à l’angle des rues Saint-Hubert et Sainte-Catherine. L’Institut Bruchési, spécialisé dans le traitement de la tuberculose, est érigé en 1911 à l’angle De Montigny et Saint-Hubert. Les activités débordent à l’ouest de la rue Berri où se trouve l’orphelinat Saint-Alexis (1853) et le Jardin d’enfance Saint-Alexis (1884). L’ensemble des bâtiments du quadrilatère sont démolis dans les années 1960 pour permettre la construction de la station centrale du métro de Montréal.

L’hospice Saint-Vincent-de-Paul est élevé en 1868 au nord, à l’angle de la rue Berri. L’établissement change de vocation en 1873 pour devenir une école de réforme, l’Institut Saint-Antoine. L’édifice est démoli pour permettre la construction du Palais du commerce (1952) qui est remplacé en 2005 par la Grande Bibliothèque.

Entre les rues Sanguinet et Saint-Denis, il y a deux écoles, Saint-Jacques (1921) pour les garçons et Jeanne-Mance (1922) pour les filles. Cette dernière est occupée à partir de 1982 par la Cinémathèque québécoise. L’école Montcalm ouvre ses portes en 1895, entre les rues Saint-Hubert et Montcalm. Elle est démolie en 1949 pour permettre l’agrandissement du grand magasin Dupuis Frères.

L’intersection de la rue Saint-Denis est au cœur du Quartier latin. Celui-ci est constitué autour des bâtiments de l’Université Laval à Montréal (devenue Université de Montréal en 1920), dont l’immeuble principal est érigé en 1895. À l’angle de la rue Saint-Hubert, il y a le bâtiment de l’École dentaire (1911) et celui de l’École de médecine comparée et de science vétérinaire (devenue École de médecine vétérinaire) qui est implanté à proximité en 1919. L’Université suit sa clientèle et fait ériger un nouvel immeuble sur le flanc nord du mont Royal, dont la construction est complétée vers 1942, ce qui interrompt momentanément l’enseignement universitaire dans l’ancien Quartier latin.

Quelques décennies plus tard, le secteur renoue avec son ancienne vocation universitaire grâce à l’arrivée de l’Université du Québec à Montréal (1969). Le pavillon Judith-Jasmin est ouvert, dix ans après sa fondation, dans le quadrilatère anciennement occupé par l’église Saint-Jacques, l’orphelinat et le jardin d’enfance Saint-Alexis. Le clocher et le transept sud de l’église sont intégrés au nouveau pavillon. À l’angle de la rue Saint-Denis, le pavillon de la faculté de Musique ainsi que le Centre Pierre-Péladeau ouvrent leurs portes en 1992.

Le transport tient une place importante sur la voie. De 1929 à 1954, la station de la compagnie Provincial Transport accueille les autobus rue De Montigny, à l’angle de la rue Saint-Christophe. En 1954, une nouvelle station centrale d’autobus ouvre ses portes à l’angle de la rue Berri et déménage rue Ontario en 2009. La construction du métro (1966) marque le secteur avec la démolition du complexe des Sœurs de la Providence. Les stations Saint-Laurent, Berri-De Montigny (devenue Berri-UQÀM), Beaudry et Papineau sont érigées le long du boulevard De Maisonneuve. Le vide laissé par la construction de la station dans le quadrilatère des rues Sainte-Catherine, Saint-Hubert, De Maisonneuve et Berri amène l’élaboration de projets tel celui de l’Est central, où on planifie la construction d’une grande tour qui ne se réalise pas. Le terrain est aménagé en 1992 en place publique, la place du Quartier Latin (devenue place Émilie-Gamelin en 1995).

Le quartier Sainte-Marie

Le quartier est surtout peuplé par une population ouvrière qui habite des maisons de deux à trois étages. Contrairement aux quartiers à l’ouest, le tronçon qui traverse Sainte-Marie est développé plus tardivement. La voie est ouverte peu à peu, de 1879 à 1890, et dans la première décennie du XXe siècle, des bâtiments occupent presque tous les terrains. Elle est bordée à la fois par des résidences, des établissements religieux desservant la population des environs ainsi que par des usines.

L’église méthodiste East End est érigée en 1905 à l’angle de la rue Bertrand (devenue Cartier). Elle est rebaptisée église de l’Annonciation en 1930, puis est occupée, en 1936, par la Mission chrétienne canadienne-française qui y demeure pendant 10 ans. Sur ce site est érigé la station de métro Papineau. Le quadrilatère des rues Fullum, Mignonne, Dufresne et Sainte-Catherine est occupé par la Maison mère des Sœurs de la Providence à partir de 1888. À l’angle de la rue Dufresne, le bain public Quintal est ouvert en 1932.

Plusieurs petites usines s’installent tout au long de la voie, dont l’abattoir Quévillon, situé à l’angle de la rue De Champlain, de 1871 à 1901. La voie compte également des usines de plus grande envergure. Les installations d’Excelsior Glass (devenue Northern American Glass en 1886, puis Diamond Glass en 1893) sont implantées, en 1881, dans le quadrilatère formé des rues De Montigny, Parthenais, Logan et De Lorimier. L’usine prend de l’expansion du côté est de la rue Parthenais. L’entreprise demeure en activité jusqu’en 1948. Le terrain est ensuite occupé par le marchand d’automobiles Sanguinet. La compagnie Columbus Rubber est installée entre les rues Poupart et D’Iberville de 1917 à 1941. Plusieurs manufactures occupent ensuite le bâtiment. Dans le même secteur, il y a les usines des chaussures Graceline (1946-1970) et TransCanada (1947-1980) ainsi qu’American Paper Box (1932-1950).

Le secteur autour de l’avenue Papineau est marqué par l’implantation de plusieurs entreprises du secteur de l’audio-visuel et des communications. Il faut noter en particulier l’édifice de 11 étages de Télé-Métropole (devenu TVA) érigé entre les rues De Champlain et Alexandre-DeSève (autrefois de Maisonneuve).

À l’extrémité est, la voie se termine à la rue du Havre, vis-à-vis les installations de la compagnie New City Gas, inaugurées en 1873, dont les gazomètres marquent longtemps le paysage montréalais. L’entreprise est plus tard intégrée à Montreal Light, Heat and Power, puis à Hydro-Québec. Dans les années 1950, les activités gazières sont confiées à la Corporation du Gaz Naturel du Québec (devenue Gaz Métropolitain) qui obtient le site. En 1967, elle fait ériger un siège social. Au sud des installations de la compagnie de gaz, le terminus de tramway de Montreal City Passenger Railway Company est installé en 1861 et sert également à l’entreposage des véhicules. Le remplacement du tramway par les autobus à la fin des années 1950 amène la construction de nouveaux garages au nord de la rue De Montigny, entre les rues Frontenac et du Havre. Du côté sud, le parc Jos-Montferrand est aménagé en 1960.

Le boulevard De Maisonneuve est créé en 1966 à partir du raccordement de l’avenue Western, de la rue Saint-Luc, de la rue Burnside, d’une portion de la rue Ontario et de la rue Mignonne (devenue De Montigny). D’ouest en est, chacune traverse des villes et des quartiers distincts et possède une histoire qui lui est propre. Le développement du boulevard est lié à celui de la rue Sainte-Catherine et à son essor comme artère commerciale. Conçu comme axe de grande circulation, il devient une composante du nouveau centre-ville. Les terrains vacants hérités de la construction du boulevard permettent l’érection de nombreuses grandes tours de bureaux et d’appartements. La physionomie du boulevard en est profondément transformée.

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