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La rue Notre-Dame et ses intersections

Du chemin de la Côte-Saint-Paul à la rue McGill


Au XVIIe siècle, le chemin Saint-Joseph menant à la côte Saint-Pierre est la seule voie ouverte à l'ouest de la ville, dans le prolongement de la rue Notre-Dame. Ce segment se développe de l'est vers l'ouest. La première section, de la rue McGill à la rue Fulford (devenue boulevard Georges-Vanier), est homologuée entre 1799 et 1818. Dans l'ancienne Ville de Sainte-Cunégonde (1884-1905), dont le territoire s'étend de la rue Fulford à l'avenue Atwater, la voie emprunte le chemin Upper Lachine, qui est durant la deuxième moitié du XIXe siècle une route à péage de la Commission des chemins à barrières de Montréal (Montreal Turnpike Trust, 1840-1922). Au fur et à mesure du prolongement de la rue Saint-Joseph, la barrière de péage est déplacée plus à l'ouest. Ainsi, à la fin du XIXe siècle, le chemin Upper Lachine est utilisé pour continuer la voie jusqu'à la rue Guimond (devenue rue du Collège).
Dans le coeur de la Ville de Saint-Henri (1876-1905), qui s'étend de l'avenue Atwater au chemin de la Côte-Saint-Paul, la rue Notre-Dame a une histoire un peu tortueuse à l'ouest de la place Saint-Henri, qui forme un point de rupture dans son tracé. En effet, en 1887, le chemin Upper Lachine, de la rue Guimond à la rue Saint-Rémi, est nommé « rue Notre-Dame » mais, en 1892, la Ville change le nom de cette partie pour « rue Saint-Jacques », interrompant ainsi la continuité de la rue. Moins d'une dizaine d'années plus tard, la ville ouvre une nouvelle rue Notre-Dame à l'ouest de la place Saint-Henri ; elle court plus au sud que l'ancienne, en utilisant entre autre la petite rue Saint-Joseph. Le segment est alors ouvert sur toute sa longueur.
Le nom de « rue Notre-Dame » est officialisé pour l'ensemble de la voie sur le territoire de la Ville de Montréal en 1882, puis sur celui de Saint-Henri en 1893. La rue Notre-Dame fait partie de l'arrondissement du Sud-Ouest, du chemin de la Côte-Saint-Paul à la rue Guy, et elle en forme la limite avec l'arrondissement de Ville-Marie jusqu'à la rue University. De celle-ci à la rue McGill, elle fait partie de l'arrondissement de Ville-Marie. Dans cette partie de l'île, la rue Notre-Dame traverse un ensemble de quartiers ouvriers bien typés, où elle présente une physionomie fort distincte : commerciale et résidentielle dans Saint-Henri et davantage industrielle dans Sainte-Cunégonde et Sainte-Anne.

Saint-Henri

À partir de la fin du XVIIIe siècle, le noyau villageois de Saint-Henri-des-Tanneries, qui regroupe des travailleurs du cuir, se développe de façon linéaire le long du chemin Upper Lachine, à l'ouest de la place Saint-Henri, entre la rue Saint-Pierre (devenue rue du Collège) et le chemin de la Côte-Saint-Paul. Cette partie devient la rue Notre-Dame de 1887 à 1892. Le pôle de développement du village se déplace ensuite vers le sud, près de la place Saint-Henri, à partir des années 1820, dans la foulée de la construction du canal de Lachine et des voies ferrées, et de l'installation d'usines à proximité. La place Saint-Henri et la rue Notre-Dame deviennent le nouveau centre du village. De part et d'autre de la place, la fonction commerciale de la voie gagne en importance, d'abord à l'est dans les années 1850 à 1880 puis à l'ouest au début du XXe siècle. En outre, une population ouvrière d'origine canadienne-française s'installe le long de la rue, occupant les appartements au-dessus des magasins.
Les terrains qui bordent la rue sont occupés par de petites maisons à logements multiples, de deux à trois étages, d'abord en bois, puis avec un revêtement en brique. En 1872, des rails de tramways sont installés dans la rue Saint-Joseph jusqu'à la place Saint-Henri, puis à la fin du XIXe siècle à l'ouest de celle-ci, suivant le nouveau tracé de la rue Notre-Dame. Bientôt, le tramway sillonne la rue d'un bout à l'autre du segment et dessert aussi Lachine, contribuant à son développement. Rue Notre-Dame dans Saint-Henri, la vie se déroule entre les usines et les rails de chemin de fer menant à la gare de brique rouge de Saint-Henri (1880), aussi nommée gare des Tanneries. À cet endroit, place Saint-Henri, se croisent les voies de chemins de fer et de tramways et le jeu des barrières de sûreté rythme la circulation. La station de métro Place-Saint-Henri est érigée en 1980 sur le site de l'ancienne gare.
Encadré par l'avenue Atwater et le chemin de la Côte-Saint-Paul, Saint-Henri est depuis ses débuts un quartier habité par des familles à faibles revenus. L'essence de ce quartier populaire est d'ailleurs immortalisée par Gabrielle Roy dans son roman Bonheur d'occasion (1945). Bien que le quartier soit ouvrier, la voie elle-même est peu industrielle. Une seule usine importante y existe brièvement : celle de Dominion Abattoir & Stock Yards Company, aussi appelée Abattoirs de l'Ouest (1882-1902), qui est présente peu avant l'ouverture du nouveau tracé de la rue à l'ouest de la place Saint-Henri. Après l'incendie du bâtiment, le site est développé comme square (nommé Sir-George-Étienne-Cartier, 1912).
À la fin du XIXe siècle, la rue Notre-Dame devient vite l'artère commerciale principale et un lieu de sociabilité d'importance dont témoigne la présence de nombreuses tavernes. La place Saint-Henri, où se trouve, en plus de la gare, l'ancien hôtel de ville (1883), en est le point focal. Les magasins de quartier fleurissent le long de la rue et les étages supérieurs servent souvent à loger des familles ouvrières. Au tournant du XXe siècle, le développement du secteur, puis, l'ouverture du marché Atwater (1933), accentuent son rôle d'artère commerciale majeure. Le théâtre Cartier (1929-1957) contribue à animer cette partie de la voie. Il est ensuite fermé et utilisé comme entrepôt, salle de danse, puis boîte de nuit dans les années 1960 avant d'être converti dans les années 1970 pour devenir le théâtre Dôme du cégep Dawson. Dans ce secteur, la rue Notre-Dame contraste avec les voies transversales, où domine la fonction résidentielle.
Au chapitre des institutions, l'école de filles des Soeurs de Sainte-Anne (1896), située près de la rue De Courcelle, devient l'école Saint-Zotique en 1909. Elle est convertie en coopérative d'habitation en 1984. Plusieurs lieux de culte sont également présents sur la voie : les églises catholiques Sainte-Clotilde (1914-1958) et Saint-Zotique (1927) ainsi que l'ancienne église anglicane St Simon (1895-1957).

Sainte-Cunégonde

Ce village connaît un développement similaire à celui de son voisin et est constitué en 1875 en se détachant de Saint-Henri. Si le côté nord de la rue est ponctué d'établissements commerciaux, le côté sud est surtout marqué par les usines. La plus importante, Montreal Rolling Mills (1868), devenue Stelco (1910-1968), occupe le terrain entre les rues Vinet et Fulford (devenue Georges-Vanier), où elle transforme le fer et l'acier. Tout juste à côté, dans l'axe de la rue Fulford, s'étendent les cales sèches de la compagnie Montreal Marine Works (1846-1960), fondée par Augustin Cantin (1809-1893), devenue Canada Marine Works puis St. Lawrence Metal & Marine Works. Plus à l'ouest, plusieurs petits entrepôts forment une façade continue.
La fonction commerciale de la rue se manifeste aussi dans Sainte-Cunégonde. Du côté nord, se trouvent des banques et divers magasins de quartier. Côté sud, le théâtre Family, devenu Corona, présente à partir de 1912 des films et du vaudeville. Fermé à la fin des années 1970, il sert un temps comme lieu de tournage puis est rouvert en 1998 comme salle de spectacles. Durant la deuxième moitié du XXe siècle, les résidants bénéficient aussi de la présence d'une patinoire entre les rues Dominion et Fulford, du côté nord.
La présence d'usines attire une population ouvrière francophone rue Notre-Dame. De plus, au début du XXe siècle, une importante communauté noire s'y installe. Les résidants sont surtout des locataires. Les maisons à logements et les bâtiments commerciaux sont majoritairement revêtus de bois et, à partir de 1905, de brique.
Le souvenir de Sainte-Cunégonde est perpétué par son hôtel de ville (1905), situé rue Vinet, juste au nord de la rue Notre-Dame. Dans les dernières décennies du XXe siècle, ce nom tend à s'estomper peu à peu de la mémoire collective au profit de celui de « Petite-Bourgogne », mis de l'avant lors des grands projets de rénovation urbaine des années 1970.

Sainte-Anne et Saint-Antoine : City Below the Hill

À la fin du XVIIIe siècle, l'ancien faubourg des Récollets, ou Saint-Joseph, n'est encore qu'une grappe de maisons à l'ouest de la porte des Récollets, de part et d'autre du chemin Saint-Joseph. Durant les premières décennies du XIXe siècle il se développe entre la rue McGill et l'avenue Atwater. En 1845, il est divisé pour former les quartiers Saint-Antoine, au nord, et Sainte-Anne, au sud, dont la rue Saint-Joseph (devenue Notre-Dame en 1882) forme la limite. Cette partie de la ville, que l'homme d'affaires et philanthrope Herbert Brown Ames a appelée City Below the Hill, dans sa célèbre étude de 1897, présente les caractéristiques socio-économiques d'un quartier ouvrier. C'est aussi un secteur hétérogène sur le plan ethnique.
Très tôt, la voie est marquée par la présence d'importantes usines. Entre les rues Montfort et Fulford s'établissent la brasserie Dow (intégrée à National Breweries, à O'Keefe, puis à Molson) (1808-1998) et le chantier naval de Montreal Marine Works, chevauchant Sainte-Cunégonde et Sainte-Anne.
Entre 1830 et 1860, une importante communauté ouvrière irlandaise s'installe au sud de la voie, dans un secteur du quartier Sainte-Anne connu sous le nom de Griffintown (borné à l'origine par les rues de la Montagne, William, des Sœurs-Grises et de la Commune). Cette population en grande partie catholique trouve des emplois dans les grands chantiers et fournit la main-d'oeuvre aux usines qui se multiplient. Bien que ce lieu-dit soit associé dans la mémoire collective à la présence irlandaise, il y a également une importante proportion de Canadiens français et d'Anglo-Écossais.
Plusieurs lieux de culte bordent la rue : l'ancienne Canada Presbyterian Church (1863), devenue successivement St. Joseph Street Church (1876), Calvin Presbyterian Church (1890), puis la synagogue Beth Hamedrash Ha-Godal (1918-1945) ; l'ancienne église méthodiste St. Joseph Street Wesleyan (1871), devenue West End (1885-1891) ; et enfin l'ancienne église anglicane St. George's (1843-1870).
Le développement ferroviaire influence grandement le paysage de ce quartier. La gare Bonaventure (1847-1948) sert de terminus successivement au Montreal & Lachine Railway, puis au Grand Tronc, devenu Canadien National (1918). Reconstruite dans le style Second empire en 1887, elle est située le long de l'ancien square Chaboillez, traversé par la rue Notre-Dame entre les rues de l'Inspecteur et de la Cathédrale. Entre les rues Guy et Colborne (devenue Peel), seule une frange de bâtiments sépare la rue Notre-Dame des rails et quais d'embarquement. Plusieurs de ces constructions sont occupées par des pensions pour loger les voyageurs. Après la destruction de la gare par un incendie en 1948, le site sert au transport de marchandises durant une trentaine d'années. Il est ensuite réaménagé et le Planétarium de Montréal en occupe depuis 1966 la partie ouest. L'emplacement des rails est désormais occupé par des résidences.

Redéveloppement du secteur

La déchéance de la zone industrielle du canal de Lachine à partir des années 1960 entraîne la fermeture de la plupart des grandes usines. Cela ajoute à la pauvreté de la population et amène une sérieuse réduction de l'activité commerciale. Toutefois, la rue est redéveloppée et vers 1970 apparaît une concentration importante d'antiquaires entre l'avenue Atwater et la rue Peel. Le déménagement de l'École de Technologie Supérieure (1974) en 1995 dans l'ancienne usine d'embouteillage de la compagnie Dow y crée un pôle universitaire. De plus, du coté nord de la voie, plusieurs maisons d'appartements en copropriété remplacent les bâtiments d'origine entre les rues Murray et Guy, contribuant à revitaliser le secteur et à modifier progressivement la composition sociale. Mais le secteur porte encore les traces de son passé, par la présence de petites maisons ouvrières entre des bâtiments plus récents. Dans les années 1990, l'implantation de la Cité Multimédia amène une transformation radicale de l'ancien faubourg des Récollets avec l'arrivée d'entreprises de haute technologie. Cela favorise l'émergence de plusieurs magasins et restaurants bien cotés, reflétant une certaine gentrification de l'artère.

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