L'Avenue du Parc
L’avenue du Parc et ses intersections

De l’avenue des Pins à l’avenue du Mont-Royal

Funiculaire reliant le parc du mont Royal à l'avenue du Parc / Edgar Gariépy, 1917, BM42, G-1483.Ce segment est acquis par la Ville en 1873 pour faciliter l’accès au parc du Mont-Royal, dont la création marque une étape significative dans le développement des parcs à Montréal. En 1860, un début de déboisement de la montagne suscite l’inquiétude dans l’opinion publique et la Ville s’intéresse davantage à cet espace de plus de 200 hectares. Elle en fait l’expropriation en 1869 et, en 1874, fait appel au grand architecte paysagiste américain Frederick Law Olmsted (1822-1903) pour l’aménager. Majestueux, le parc est inauguré en 1876. Il est borné au nord par les deux grands cimetières, Notre-Dame-des-Neiges et du Mont-Royal, à l’est par l’avenue de l’Esplanade, au sud par les terrains donnant sur les avenues des Pins et Cedar et à l’ouest par les terrains bordant le chemin de la Côte-des-Neiges. Le plan d’Olmsted n’est que partiellement réalisé, mais le chemin carrossable qu’il trace déroule ses lacets jusqu’au sommet et est accessible par l’avenue du Parc. La douceur et la régularité de la pente facilitent la montée des piétons et des calèches ; il traverse de hautes futaies et aboutit à l’observatoire (1906, reconstruit en 1932), en passant par le lac aux Castors (1932) et son pavillon moderniste (1958).

Le mont Royal exerce une fascination sur les Montréalais et est souvent investi d’une forte charge identitaire. Il n’est donc pas étonnant qu’il soit présent dans la mémoire des divers groupes qui composent la population de la ville et qu’il ait fait, à certains moments, l’enjeu de rivalités pour son appropriation symbolique.

Ainsi en est-il pour cette partie du parc située à l’est de l’avenue et connue sous deux noms distincts : Fletcher’s Field et parc Jeanne-Mance. Au XIXe siècle, les cartes font état du Fletcher’s Field, traduit quelquefois de façon erronée par «ferme Fletcher». Il constitue un lieu de loisir et de mémoire important pour la communauté anglophone et la communauté juive. Le romancier Mordecai Richler (1931-2001) en a d’ailleurs immortalisé le nom dans ses romans, notamment avec son Fletcher’s Field High School. Depuis le Congrès eucharistique de Montréal (1910) qui tient d’importantes manifestations à cet endroit, les francophones utilisent plutôt le toponyme « parc Jeanne-Mance », officialisé seulement en 1990.

Terrains de l'exposition provinciale à Montréal, 1881, tiré de l'Opinion publique, VM66,S5,P018Dans la partie nord-est du parc, des deux côtés de l’avenue du Mont-Royal, se tient à chaque année l’Exposition provinciale, entre 1879 et 1896. La compagnie qui l’organise y construit des installations permanentes, détruites par un incendie en 1896. Par la suite, on y installe des terrains de jeux et de sport.

À l’ouest de l’avenue du Parc, le terrain sert un temps de champ de manœuvres militaires. Le Royal Montreal Golf Club, le plus ancien club de golf d’Amérique du Nord, y exploite un parcours entre 1873 et 1896. Entre 1885 et 1919, un funiculaire part du pied de la pente, dans l’axe de l’avenue Duluth, et permet d’atteindre rapidement l’observatoire.

Au XXe siècle, l’avenue du Parc est aussi une voie de commémoration. Des défilés la parcourent, comme au retour des troupes après la Première Guerre mondiale ou encore lors des funérailles de Sir Arthur William Currie (1875-1933), commandant du Corps expéditionnaire canadien en Europe, puis recteur de l’Université McGill. En 1913, on pose la première pierre d’un monument commémorant le centième anniversaire de la naissance de George-Étienne Cartier (1814-1873), mais le dévoilement de la statue est reporté à cause de la guerre. Le roi George VI et de la reine Elisabeth lors de leur visite au Canada, Mars 1939, VM94, Z150-3.Le monument est finalement inauguré en grande pompe en 1919, pour célébrer à la fois Cartier, la Confédération, l’Empire britannique victorieux et la royauté. Pour l’occasion, le roi George V, qui ne peut être présent, officie à distance, appuyant sur un bouton électrique depuis son château de Balmoral en Écosse pour actionner un mécanisme qui dévoile la statue. En outre, deux autres monuments plus petits commémorent la royauté : le jubilée d’argent de George V en 1935 et le couronnement de George VI en 1937. En 1953, un long défilé, qui attire des milliers de Montréalais, souligne le couronnement de la reine Élizabeth II.

En 1924, la Société Saint-Jean-Baptiste inaugure au sommet du mont Royal le monument de la Croix, qui domine le paysage montréalais et devient un repère géographique aussi bien qu’identitaire. Le parc sert pendant quelques années pour les feux de la Saint-Jean-Baptiste et est le théâtre de fêtes mémorables dans les années 1970. Vers la fin du XXe siècle, le monument de Cartier connaît une nouvelle animation : des séances de tam-tam y attirent une foule bigarrée tous les dimanches d’été. Par ailleurs, le parc du Mont-Royal est utilisé par les Montréalais de toutes origines comme lieu de loisir et de sport.

L'avenue du Parc et la centrale d'alarme du service incendie, 1945, VM94,Z-376-002.Le long de cette partie de l’avenue du Parc, on ne trouve que deux édifices : celui de l’ancienne centrale d’alarme des pompiers (1931), devenu le Quartier-général du Service de la prévention des incendies de la Ville de Montréal, et celui de l’ancien terminus du «tramway de la montagne». On construit en 1927 une voie de tramway qui rejoint le sommet à partir de l’intersection de l’avenue du Mont-Royal et qui facilite l’accès de la population de l’est de Montréal au mont Royal. La ligne est désaffectée en 1957 et l’emprise de ses rails sert de base à la voie Camillien-Houde, ouverte en 1958.

Plusieurs des lignes de tramways qui desservent l’avenue du Parc contournent le mont Royal pour atteindre Outremont, Côte-des-Neiges, Snowdon, Cartierville, ou encore se poursuivent plus au nord, jusqu’à la gare Jean-Talon, d’où on peut prendre une correspondance pour atteindre Ville Mont-Royal ou Ville Saint-Laurent.  La circulation automobile y est également très dense, si bien qu’en 1931, la Ville double la largeur de l’avenue et installe des voies de tramway au milieu.  Des circuits d’autobus, dont les lignes 80 et 129, remplacent les tramways en 1958.

À cette hauteur, l’avenue du Parc traverse les anciens quartiers Saint-Louis et Saint-André. Depuis 2002, elle marque la limite entre les arrondissements de Ville-Marie (à l’est) et du Plateau-Mont-Royal (à l’ouest). Elle fait également partie de l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal.

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