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Le Théâtre de Quat’sous

De la caravane à la synagogue : le Quat’sous comme héritage de la Roulotte

Paul Buissonneau parlant de sa découverte de la synagogue qui deviendra le Quat’sous,
extrait d’une entrevue de 1965 pour l’émission  « Aujourd’hui », Archives de Radio-Canada
« Je suis entré dans les lieux – la porte s’ouvrait facilement – et j’ai découvert cet édifice avec le jubé en haut… enfin… j’ai découvert notre théâtre et j’ai dit : ça y est, il est là, il existe, il sera à nous! »
 

Certificat honorifique décerné (trophée Martha Allan) au Théâtre de Quat'sous pour «La Tour Eiffel qui tue» au Dominion Drama Festival
Archives de la Ville de Montréal
(VM105,SY,SS1,D555)

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À la fin de l’été 1955, troisième saison de la Roulotte, la notoriété du théâtre ambulant est désormais établie. Une fois la caravane bien remisée pour l’hiver, Paul Buissonneau continue de transmettre son art aux jeunes Montréalais en leur offrant des ateliers d’art dramatique dans un local municipal. Très heureux de l’ensemble de l’entreprise, Claude Robillard a une nouvelle idée. Certain de la qualité du travail de son remarquable animateur de la Roulotte, il lui propose cette fois de monter une pièce pour le Festival national d’art dramatique du printemps suivant. Ce serait en quelque sorte le prolongement du travail entamé à la Roulotte. D’ailleurs, lorsque Buissonneau accepte la proposition avec l’enthousiasme qu’on lui connaît, ce sont en grande partie des comédiens de la Roulotte qui remplissent le mandat : Jean-Louis Millette, Mirielle Lachance, Luc Durand, André de Bellefeuille et Claude Jasmin. Il ne reste alors qu’à trouver un nom à cette bande de joyeux camarades. Une fois encore, c’est l’imagination fertile de Robillard qui fournit la réponse. Pourquoi pas la troupe Quat’sous? Symbolique des moyens financiers limités du groupe, cette appellation enchante Buissonneau, d’autant qu’elle est inspirée de l’opéra du même nom. Dès le début de 1956, il en fait l’étendard officiel. 

La première pièce du Quat’sous, « Orion le tueur », est présentée au festival au mois mars de la même année. Elle reçoit les éloges des critiques et est récompensée par deux prix. Forte de ce succès, la troupe réitère au même concours l’année suivante en présentant cette fois une adaptation de la pièce « La Tour Eiffel qui tue », dont les critiques ne sont pas moins dithyrambiques. Voilà le coup d’envoi pour près de dix ans d’activités de la troupe ambulante :  d’abord bien sûr les pièces mises en scènes par Buissonneau et jouées par ses comédiens sur les planches de divers théâtres, dont le Gésu, mais aussi la réalisation d’un mandat plus « social » où le groupe encourage et aide les jeunes amateurs à s’adonner aux arts dramatiques. On offre par exemple des conseils de mise en scène ainsi que des ateliers de confection de décors et de costumes.

Près d’une décennie sans domicile fixe, la troupe de Quat’sous doit avoir pignon sur rue si elle veut être autonome et obtenir le statut professionnel qui lui revient d’ores et déjà. C’est au carrefour de l’avenue des Pins et de la rue Coloniale, dans une ancienne synagogue trouvée au hasard d’une promenade par Buissonneau, que les artistes posent finalement leurs pénates. Le 17 septembre 1963, Yvon Deschamps, Claude Léveillée, Jean-Louis Millette et François Barbeau se joignent à leur mentor pour acquérir, non sans avoir vidé leurs poches, l’ancien temple qui, rénové péniblement, ouvre ses portes le 3 décembre 1965.

Devenu depuis un lieu quasi mythique, le Théâtre de Quat’sous a présenté au fil des ans des créations novatrices et éclatées ayant servi de tremplin à nombre de metteurs en scène et d’acteurs québécois en vue. Dès 1968, le controversé « Osstidcho » ouvre le bal en propulsant les carrières de Robert Charlebois, de Mouffe, d’Yvon Deschamps et de Louise Forestier. Ce fut également le quartier général de Michel Tremblay et d’André Brassard qui y ont monté près de vingt créations dont « En pièces détachées » en 1969, et « Hosanna » en 1973. C’est aussi là que fut jouée pour la première fois en 1985, « Being at home with Claude » de René-Daniel Dubois, et que furent découverts entre autres Robert Lepage, Élise Guilbault, Anne Dorval, Luc Picard et Sylvie Drapeau.

Ce succès remarquable, le Quat’sous le doit sans conteste aux directeurs talentueux qui ont savamment succédé à Paul Buissonneau à partir de 1984. Le génie créateur de Louise Latraverse (1984-1986), Louison Dany (1986-1988), Pierre Bernard (1988-2000), Wajdi Mouawad (2000-2004) et Éric Jean (2004-à ce jour) s’est heureusement avéré à la hauteur de celui qui a donné vie à ce théâtre peu banal.

Devenu désuet, l’édifice du Quat’sous a été démoli le 6 février 2008. Revivant temporairement l’itinérance, le Quat’sous renaît à l’automne de la même année dans un tout nouveau bâtiment, mais toujours au carrefour qui l’a accueilli la première fois.

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