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Rendez-vous 2012

Guy Rodgers

Guy Rodgers

Directeur général
Élan

Biographie

Diplômé de l’École nationale de théâtre dans le tournant des années 1980, Guy Rodgers a par la suite partagé son emploi du temps entre l’écriture et la promotion des arts.

Au cours des années 1990, il s’est spécialisé dans l’écriture de créations multimédia d’envergure telles Si Montréal m’était conté présentée à Pointe-à-Callière; Washington Confidential offerte au City Museum de la ville de Washington D.C., Imaginer le Canada, présentée au complexe La Villette à Paris. Il a aussi réalisé tous les vidéos, les films et les kiosques interactifs du pavillon canadien de l’Expo 2000, en Allemagne.

Par ailleurs, il a été président du Playwrights' Workshop Montréal, directeur général de la Fédération d’art dramatique du Québec (Quebec Drama Federation) et président de Quebec Writers’ Federation. Depuis 2005, il est directeur général — et fondateur — du English Language Arts Network (ELAN). Il est également membre du conseil d’administration de Culture Montréal depuis 2011.

Intervention

Bon nombre d’entre nous présents dans cette salle nous souvenons d’une époque où la communauté artistique anglophone était constituée d’un petit nombre de personnes dont les sœurs McGarrigle, Margie Gillis, Leonard Cohen, Melvin Charney et l’inclassable Jim Corcoran.

La communauté artistique anglophone a connu une croissance exponentielle au cours des vingt dernières années. La musique est le secteur le plus visible, mais cette augmentation se vérifie également dans les secteurs des arts visuels, de la danse, du théâtre et de la littérature. On pourrait certes cataloguer certains de ces artistes anglophones de « touristes » qui sont simplement en visite, tandis que l’on pourrait attribuer à d’autres artistes l’appellation de « visiteurs temporaires », qui restent quelques années puis continuent leur chemin. Pourtant, bon nombre de ces artistes estiment que leur principale identité est d’être Montréalais et Québécois. C’est ici qu’ils vivent.

En 2012, la communauté artistique de langue anglaise se porte fort bien. Elle n’a jamais compté autant de membres ni été aussi productive. Je pourrais défiler une liste d’artistes qui ont reçu des prix nationaux et internationaux, mais tous ces renseignements sont accessibles sur le site Web d’ELAN.

Au cours des prochaines années, les artistes de langue anglaise devront faire face à des défis particuliers.

  1. Le nombre de salles de spectacle est une priorité importante. L’augmentation régulière du nombre d’artistes n’a pas été suivie d’une augmentation des infrastructures ;
  2. La couverture médiatique représente un autre défi. Cette année, Hour et The Mirror ont mis fin à leurs activités et le Montreal Gazette a subi des coupures de 20 % de ses ressources. Nous avons donc une augmentation importante du nombre d’artistes et de spectacles qui s’accompagne d’une diminution majeure des médias existants ;
  3. Pour les artistes anglophones, la priorité la plus importante porte sur la langue et l’identité. Soyons honnêtes : l’augmentation importante du nombre d’artistes anglophones au Québec ne fait pas l’unanimité. En effet, elle a lieu alors que l’avenir du français sur l’île de Montréal suscite de grandes préoccupations. Tout cela crée un certain nombre de tensions.

Pour les Anglos, la tension vient du fait que deux débats différents sont menés de front. Dans l’un de ces débats, nous sommes des partenaires qui travaillons ensemble à la recherche d’une solution. Dans l’autre débat, nous sommes et nous seront toujours le problème. Occupons-nous tout d’abord du pire des scénarios. La plus grande inquiétude au sujet de la langue est fondée sur des statistiques sur la langue maternelle ou la langue parlée à la maison. Les Anglos ne peuvent pas changer de mère; pas plus que les allophones. Si Montréal est menacée par les personnes qui ne sont pas francophones, alors nous ferons toujours partie du problème. Ces statistiques ne sont pas fausses. Pas plus que ne l’étaient les statistiques de Mitt Romney portant sur les 47 % d’Américains qui ne paient pas d’impôts. Par contre, ces statistiques ne sont que partiellement vraies. Est-ce que quelqu’un se soucie vraiment de la langue que Jim Corcoran parle chez lui? Ou Susie Arioli ou Patrick Watson ou Martha Wainright?

L’autre débat est celui du français langue publique. Les anglophones et les allophones peuvent tous apprendre à parler français et à l’utiliser comme langue publique. C’est un sujet de discussion qui nous unit plutôt que de nous diviser. Bien sûr, de nombreux anglophones auront un accent et continueront à faire des fautes de grammaire flagrantes, mais nous pouvons travailler ensemble du moment que nous nous comprenons. Dans le meilleur des scénarios, il n’y a pas de raisons pour qu’une personne qui parle adéquatement français ne soit pas la bienvenue où que ce soit à Montréal, y compris le bureau du maire, du moins temporairement. De nombreux signes indiquent que la vision la plus évidente est celle qui nous unira.

Nous avons vécu un moment phare quand Arcade Fire a remporté le prix Grammy de l’album de l’année 2011 devant un auditoire de plus d’un milliard de personnes et a déclaré « Merci Montréal! » C’était un moment dont nous pouvions tous être fiers. L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité une motion pour célébrer « la contribution de nos artistes francophones et anglophones pour la propagation de la culture québécoise sur la scène internationale ». Simon Brault a alors écrit que le multilinguisme de Montréal est un atout qui rend la ville moderne et sympa.

Culture Montréal est un excellent lieu de réflexion où des artistes de tous les milieux ethniques et linguistiques peuvent se retrouver pour discuter avec d’autres artistes et avec les citoyens des collectivités dans lesquelles nous vivons. Travaillons ensemble à créer un espace public dans lequel la culture est valorisée, où nous partageons une langue commune et où un métissage complexe de langues et de cultures est également valorisé.

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