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 | Journal de bord
Dès la première phase du programme de recherches, en 1999, un site Internet
est créé afin de mettre à la disposition du grand public des informations
relatives aux recherches. Ainsi, celui-ci pouvait suivre les fouilles au
quotidien grâce au journal de bord de l’archéologue, tout en ayant accès à des
informations supplémentaires sur la recherche en laboratoire.
Encore cette fois-ci, vous avez la chance de consulter au quotidien les
résultats des fouilles et peut-être même de contribuer à la recherche en
apportant des informations sur certaines énigmes! Qui sait?
Textes du journal de bord : Hélène Buteau, Archéotec
inc.
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 | Calendrier 2010
- 28
juillet au 1er août
Le 28 juillet
La campagne d’intervention archéologique
sur le terrain du Musée de Lachine pour l’année 2010 a commencé ce matin, le
28 juillet, par une journée très venteuse, mais ensoleillée ce qui a facilité
la mise en place des installations pour la recherche au terrain. Tout comme
pour l’année 2009, un vaste abri temporaire a été placé au-dessus des sondages
afin de permettre de poursuivre la fouille même par mauvais temps. Le toit
étant translucide, la lumière naturelle pénètre sous l’abri ce qui est
essentiel pour les archéologues. Tout le long de cette campagne, trois
archéologues seront présents sur les lieux du mercredi au dimanche
inclusivement. Il s’agit de Pascale Vaillancourt, qui assure la direction de
l’équipe formée de Jessica Massé et d’Éliane Bossé. À ces trois archéologues
d’expérience viendront s’ajouter occasionnellement d’autres spécialistes
d’Archéotec: un géomorphologue, Marc Lamarche, un archéologue préhistorien,
Pascal Brisebois, et un arpenteur/cartographe, Benoît
Gauthier.
L’objectif de départ demeure le même que pour 2009:
comprendre les sols naturels du site afin d’être en mesure de reconstituer la
topographie naturelle. C’est ce qui explique la présence d’un géomorphologue
lorsque viendra le moment d’analyser les parois des sondages. Les objectifs
spécifiques découlent de cet objectif. Les archéologues d’Archéotec ont émis
l’hypothèse en 2000, que les Européens, qui se sont installés sur ce site
concédé à Robert Cavelier de LaSalle au dix-septième siècle, puis vendu aux
marchands montréalais Jacques LeBer et Charles LeMoyne, ont détruit un site
préhistorique occupé par des Amérindiens de passage. Cette hypothèse, bien
qu’elle soit en partie confirmée par les découvertes de 2009, n’est pas encore
devenue certitude et surtout, n’est pas appuyée par des assemblages
archéologiques abondants. L’année 2010 rapportera sans doute suffisamment de
preuves appuyant cette hypothèse. Selon le spécialiste de la préhistoire
Pascal Brisebois, les fragments de vases mis au jour l’année dernière
témoignent d’une large fourchette d’occupation de ces voyageurs
préhistoriques, soit entre 2000 et 500 avant aujourd’hui. Autre objectif pour
la campagne 2010: comprendre le choix de cet emplacement pour les marchands
qui se portent acquéreur de ce terrain en 1669. Les objets mis au jour l’année
dernière apportent certains éclaircissements à ce sujet, mais il est un peu
tôt pour expliquer certains textes consignés en 1670 qui précisent que l’on
accède, du lac Saint-Louis au site de la Maison LeBer-LeMoyne par un
«débarquement» (un quai). Les archéologues, l’année dernière, ont cru que la
porte de la maison donnait directement accès à un quai, car les rives du lac
Saint-Louis se trouvaient au dix-septième siècle très près du chemin du Roy.
Le parc Ranger, devant le musée, a été formé de remblais successifs. La
journée d’aujourd’hui a été entièrement consacrée à la mise en place des
sondages et au creusage des sondages qui n’avaient pas été terminés l’année
dernière, notamment le sondage 1G (plan des interventions 2010).
En fin de journée, les élévations ont été
prises à l’aide d’un niveau, des photos ont été prises du site (notre photo).
Demain, la fouille du sondage 1G pourra commencer. À noter que ce sondage a
été allongé cette année afin de mieux comprendre la forme (naturelle?) du
talus devant la Maison LeBer-LeMoyne.
Le 29
juillet
La fouille du sondage 1G a commencé ce matin sur une
couche datée, par de nombreux fragments d’objets, du dix-neuvième siècle. La
provenance de ces objets, surtout les terres cuites, est surtout l’Angleterre
où les producteurs céramiques prennent le marché d’assaut à ces moments-là.
Une partie du sondage 1G se trouve sous une ancienne véranda installée au
dix-neuvième siècle. Les objets mis au jour sous cette véranda (qui n’est plus
en place depuis très longtemps) ont été perdus en passant par les fentes des
planches qui formaient la véranda. Il y a des boutons et des épingles, mis au
jour dans des sols très compacts, par l’archéologue Éliane Bossé.
L’installation de
piliers de ciment pour supporter cette véranda a quelque peu bouleversé les
sols archéologiques. La partie sud du sondage 1G contenait, outre du matériel
du dix-neuvième siècle, de petits fragments provenant de vases en terre cuite
française. Pour l’archéologue, ces petites découvertes rappellent que la
maison au pied de laquelle ils pratiquent leur fouille a été construite
pendant la période du régime français. Un anneau de métal cuivreux mis au jour
aujourd’hui rappelle pour sa part, que le commerce des fourrures est l’une des
principales préoccupations de l’époque. Les anneaux et les bagues de métal
cuivreux étaient échangés dans le cadre de la traite des fourrures. Ils
étaient aussi souvent donné en cadeau dans les missions, aux Autochtones qui
les fréquentaient. Les travaux se poursuivent demain, toujours dans ce
sondage, car les sols archéologiques des premières époques n’ont pas encore
été atteints.
Le 30 juillet
De grosses tâches
attendaient les archéologues dans le sondage 1G aujourd’hui. Il fallait en
effet enlever les grosses pierres alignées est-ouest qui servaient d’appui
autrefois pour la véranda. Il avait été constaté l’année dernière que des
activités de couture caractérisaient cette portion du site. En 2009, pour
appuyer cette observation, des centaines d’épingles de métal cuivreux avaient
été mises au jour dans cette portion du site. Cette année, toujours pour le
dix-neuvième siècle, des objets et fragments d’objets dont la fonction est
associée à la couture ont déjà été dégagés du sol sous-jacent aux pierres
mentionnées précédemment. Il y a des épingles, mais l’un d’entre eux consiste
en un couvercle cylindrique en os d’un étui à épingles. En 2000, les
archéologues d’Archéotec avaient mis au jour à l’intérieur de la maison un
objet semblable. Il s’agissait cependant de la boîte comme telle. Nous ne
savons pas encore si le couvercle et la boîte sont un seul et même objet.
Un magnifique dé à coudre témoigne lui aussi des activités de couture. Ce dé a été porté en
tant que parure. Il est arrivé souvent, du temps de la traite, que des objets
comme des pièces de monnaie, des dés à coudre et autres petits objets
brillants aient été acquis en traite et portés en bijoux. Cet article, bien
que sa fonction soit reliée à la couture, endosse une autre fonction: celle de
parure. Lorsque la couche qui contient les objets mentionnés précédemment est
enlevée, un lit de mortier désolidarisé apparaît sur l’ensemble du sondage. Il
y a aussi quelques pierres.
L’équipe de Pascale Vaillancourt compte sur la
fin de semaine pour terminer la fouille du sondage 1G, mais les sols, comme
Pascale s’en doutait déjà, sont très compacts ce qui ralentit passablement
l’avancement des travaux. Le sondage 1G, très important en raison de sa
position à l’est de la maison et le long du petit talus qui sépare l’avant et
le côté Est de la maison, recèle en outre du matériel, perdus à cet endroit,
très tôt au début du régime français. Une portion de ce sondage avait en effet
fourni des belles pièces de monnaie très anciennes. Cette année, la fouille du
1G est prévue pour couper le talus et mieux comprendre sa formation. Est-il
naturel ou anthropique? C’est ce que révèleront les prochains
jours.
Le 31 juillet
La couche de mortier et celle
qui est située dessous se sont révélées d’un grand intérêt archéologique et
apportent des éléments concrets de la construction de la Maison LeBer-LeMoyne.
Il semble en effet que ces deux couches soient reliées à des activités
entourant un four à chaux. Il était nécessaire, lorsque l’on construisait des
maisons de pierre au dix-septième siècle, de trouver les pierres et de
préparer la chaux qui entre dans la composition du mortier. Autour de ce four
à chaux, les objets, peu nombreux, reflètent la présence de chasseurs,
Autochtones et Eurocanadiens, car on a fumé avec des pipes fabriquées en
Hollande; on a utilisé un fusil, car des munitions et des parties de fusil ont
été trouvées dans ces couches. Une pointe de flèche en chert vert du Sylvicole
supérieur témoigne de la chasse également. Placée au bout d’une hampe, la
pointe pouvait être très efficace pour tuer une bête, parfois de grande
taille. Il semble qu’il y ait eu des échanges également puisque deux bracelets
de cuivre et des parties de marmite ont été trouvés dans ces couches. Les
marmites en laiton, apportées de France, étaient très appréciées dans le
commerce des fourrures. Elles étaient pratiques pour les voyageurs autochtones
qui cuisaient, jusqu’avant l’arrivée des Européens, dans des vases en terre
cuite. Lorsque les marmites européennes étaient brisées ou percées, les
Autochtones leur trouvaient une deuxième fonction: celle de parures. Ils les
découpaient et roulaient les retailles en forme de cône ou de tube. Ces
ferrets étaient ensuite fixés aux franges de vêtements, dans les cheveux ou
aux gibecières. Ils en faisaient aussi des pointes pour la chasse.
Demain,
les couches sous-jacentes seront ouvertes. Elles devraient fournir des données
intéressantes sur les premières rencontres entre les Européens et les
Autochtones qui, à un certain moment, ont trouvé à Lachine, devant la Maison
LeBer-LeMoyne, des occasions de se rencontrer, laissant par le fait même les
traces que les archéologues, aujourd’hui comme sans doute demain, mettent au
jour pour la première fois depuis trois siècles et
demi.
Le 1er août
Bien que le
sol naturel n’ait pas été atteint partout, il apparaît maintenant assez
clairement qu’à l’origine, devant la Maison LeBer-LeMoyne, le talus épousait
une pente douce vers le lac. La topographie naturelle peut toutefois être
décelée par endroits, révélant une surface bosselée. C’est là que se sont
installés les premiers maçons pour la construction de la maison et c’est là
aussi que les rencontres mentionnées dans le journal d’hier se sont déroulées.
Pour la construction de la maison, les fouilles de 2009 avaient indiqué que
des moellons en place avaient été intégrés à la maçonnerie. Si cette méthode a
été adoptée à certains endroits des fondations, il semble que d’autres
moellons aient été écartés légèrement vers l’extérieur et laissés sur place.
Après la construction de la maison, on a opéré un nivellement sommaire en les
recouvrant de terre. Ce sont les seules activités entreprises à cet endroit au
dix-septième siècle pour le terrassement du parterre de la maison. Au-dessus
du sol naturel, une ou deux couches de mortier mêlées de terre et de cendre
s’étendaient au fond du sondage 1G.
Ces sols archéologiques sont tous
passés au tamis afin d’extraire les plus petits indices procurant un surplus
d’information sur les premières heures de l’occupation du site par les Européens.
Quelques ossements ont été mis au jour. L’archéologue Jessica Massé les a
identifiés : il y a de nombreuses arêtes de poisson ainsi que quelques os de
porc. La fouille du sondage 1G devrait se terminer mercredi et l’ouverture du
sondage 1M devrait s’amorcer ce même jour. Il s’agit d’examiner, sur une plus
vaste superficie, la topographie naturelle afin d’identifier et de documenter
les activités qui forment le quotidien de Lachine à la préhistoire et à la
période historique. La fouille se poursuit mercredi le 4 août.
- 4 au 8 août
Le 4 août
Il semble que le sondage 1G
n’ait pas fini de livrer ses secrets. Les portions nord et sud du sondage
semblent mieux conservées que le centre, où se trouve une fosse qui
n’apparaît, sous forme de traces, qu’à ce niveau profond du sondage. Puisque
cette fosse contient des fragments de terre cuite fine anglaise de la fin du
dix-huitième siècle, l’archéologue responsable de la fouille, Pascale
Vaillancourt, affirme que la fosse a été creusée à travers des couches plus
anciennes et n’a été utilisée que pendant une courte période qui ne dépasse
pas la fin du dix-huitième siècle. La fonction de la fosse n’est pas établie
encore. La partie nord contient des sols organiques non remaniés dans
lesquels se trouvaient deux éclats de chert et un fragment de poterie
amérindienne préhistorique. Le décor qui orne la paroi de cette poterie est
réalisé à l’aide d’objets à pointe rectangulaire. En association avec ce
fragment, des ossements animaux ont été mis au jour. Les éclats de chert sont
intéressants en ce sens qu’ils témoignent d’activités de fabrication d’outils
pendant la préhistoire. Le dégrossissement de la pierre pour le façonnement de
ces outils entraînait le prélèvement de petits éclats. C’est pour cette raison
que les éclats intéressent l’archéologue autant que l’outil lui-même. L’équipe
d’Archéotec pensait avoir le temps de terminer la fouille du sondage 1G
aujourd’hui et être en mesure d’ouvrir le sondage qui est identifié par la
lettre M sur le plan qui accompagne le journal du 28 juillet, mais la fouille
du 1G s’étant prolongée, l’ouverture du 1M est reportée à plus
tard.
Le 5 août
Malgré les menaces de pluie et
d’orage, la journée de fouille à la Maison LeBer-LeMoyne s’est déroulée sous
le soleil. Les archéologues ne s’en plaignent pas puisque l’éclairage doit
être fort lorsque les couches à dégager, au fond du sondage, sont profondes.
La fouille du sondage 1G est terminée. Les moellons qui avaient été laissés à
l’écart par les maçons lorsqu’ils ont élevé les fondations de la maison au
cours du dernier tiers du dix-septième siècle, avaient été laissés aussi sur
place, jusqu’à présent, par les archéologues. Aujourd’hui, ils ont été enlevés
(photo 1). Sous ces moellons, une autre couche de mortier s’étendait sur sur
toute la superficie mise au jour par l’enlèvement des moellons. Cette couche
une fois enlevée, le sol témoin des activités de construction de la maison a
été observé. Le dégagement de cette dernière couche a fait
apparaître le sol naturel. Comme d’habitude, tous les sols ont été tamisés,
car le plus petit indice doit être considéré (photo 2). Un éclat de chert y a
été prélevé. Le reste de la journée a été consacré au nettoyage des parois et
du fond, ainsi qu’aux relevés. Demain, est prévue l’ouverture du sondage 1M
et, si le temps le permet, également l’ouverture du sondage implanté dans le
talus. Ces deux sondages devraient révéler ou confirmer la disposition
naturelle du terrain en pente douce, et apporter de nombreux témoins de
l’occupation préhistorique et historique de ce site unique.
Le
6 août
Les archéologues ont beaucoup
de chance, car le travail, jusqu’à présent, s’est déroulé sous le soleil.
L’ouverture du sondage 1M a été faite aujourd’hui (photo 1). Les photos 2 et 3
donnent un aperçu de la méthode utilisée par les archéologues pour faire les
relevés. Ainsi, ils peuvent connaître, après la fouille, l’altitude des
vestiges, de la surface, du fond, ainsi que des couches intermédiaires du
volume expertisé. Il est très important de connaître les coordonnées exactes
des sols mis au jour ainsi que des témoins archéologiques, car si
l’archéologue, en cours de recherche, enlève les traces existantes, il doit
pouvoir reconstituer tout ce qu’il a enlevé afin d’établir une interprétation
éclairée des couches mises au jour et être ainsi en mesure d’alimenter avec
précision l’évolution du site.

Le sondage 1G réservait
encore quelques informations complémentaires que l’archéologue Pascale
Vaillancourt a enregistrées au cours de la journée. En fait, il s’agit de la
confirmation de la technique de construction que les maçons du dix-septième
siècle, presque tous originaires de France, utilisaient et qui s’est avérée
solide, mais inappropriée en raison du froid intense qui caractérisait (et
caractérise encore) leur nouveau pays. En construisant une fondation après
avoir pratiqué une tranchée de construction d’à peine 25 cm sous la surface,
les maçons ne réservaient aucun espace sanitaire intérieur et installaient le
plancher directement sur le sol. Les témoignages des habitants de ces premières
constructions soulignent tous les hivers difficiles et les maisons froides.
Les maçons qui ont construit la Maison LeBer-LeMoyne ont utilisé cette
technique de construction ce qui apporte d’ailleurs une confirmation
supplémentaire sur la très grande ancienneté de cette maison. La fosse dont il
a été question dans le journal de bord du 4 août a été identifiée aujourd’hui
(photo 4). Il s’agit de la fosse creusée pour y installer un pilier qui
soutenait la véranda au dix-neuvième siècle. Plusieurs interrogations
concernant le sondage 1G ont donc été résolues. La fouille du sondage 1M sera
amorcée demain. Les archéologues devraient y trouver, à quelques centimètres
sous la surface, les couches témoins des activités de restauration de la
maison.
Le 7 août
Les couches supérieures du
sondage 1M étant connues puisque les mêmes ont été documentées dans le sondage
1G, elles ont été enlevées à la pelle et au pic aujourd’hui. Il s’agit des
couches témoins de la restauration de la maison au vingtième siècle. Les
objets qui caractérisent cette couche supérieure sont associés à des travaux
de construction/démolition. Des clous, datés du dix-neuvième siècle et du
vingtième siècle ont été mis au jour. Il y a aussi des vis, du verre brisé et
des fragments de plastique ainsi que des capsules de boissons gazeuses et de
bières. À cette époque pas si lointaine, la récupération et le recyclage
n’existaient pas encore. Plusieurs objets étaient abandonnés sur les lieux de
leur consommation. Daté des années ‘50, un poteau inséré dans une base en
ciment a été mis au jour parmi les objets témoins de la restauration de la
maison. Un panneau, qui n’a pas été retrouvé, devait y être fixé autrefois. Le
long de la paroi nord du sondage 1M, un alignement de pierres, axé est-ouest,
a été mis au jour. Il s’agit du même alignement que dans le sondage 1G. Cet
aménagement est associé à la véranda qui était devant la façade de la maison au dix-neuvième siècle.
Les stratigraphies des parois Est et Sud ont été relevées aujourd’hui en ce
qui concerne le sondage 1G, et demain, la paroi Ouest sera à son tour relevée
à l’aide de dessins. Cette dernière paroi sera également photographiée et une
affiche en sera faite, distinguant les principales couches et y associant les
datations et occupations afin d’éclairer le visiteur qui voudrait comprendre
l’importance de la lecture des parois dans le processus de réflexions
archéologiques menant aux interprétations soutenues et précises de l’évolution
des sites expertisés. Le soin que met l’archéologue pour distinguer les
couches d’un volume fouille en explique la considérable valeur dans la
démarche de recherche archéologique.
Le 8 août
Le
nettoyage de la paroi Ouest du sondage 1G pour fins de relevés en dessins, a
permis la mise au jour d’un autre fragment de terre cuite préhistorique. Selon
l’archéologue expert en préhistoire, Pascal Brisebois, les fragments mis au
jour cette année pourraient appartenir à l’un des vases du Sylvicole supérieur
trouvé l’année dernière dans le même secteur. Les analyses qui suivront la
recherche au terrain pourront préciser cette association. Toujours dans le
sondage 1G, le pilier de béton (photo incluse dans le journal du 6 août) a été
enlevé aujourd’hui pour examiner la maçonnerie de la maison, à sa base. Le
phénomène observé l’année dernière s’est confirmé : les maçons, lorsqu’ils ont
construit la maison au dix-septième siècle, ont écarté certains moellons qui
se trouvaient, de façon naturelle, à cet endroit, et en ont conservé en place,
intégrés dans la maçonnerie. Ce phénomène avait aussi été enregistré en 1998
dans la base de la dépendance, le long du mur Sud. Du côté du sondage 1M, les
archéologues Jessica Massé et Éliane Bossé ont poursuivi l’enlèvement, à la
truelle, des couches témoins des activités du vingtième siècle. À nouveau,
plusieurs clous modernes ont été mis au jour ainsi que plusieurs fragments de
pipes blanches. Un gros os de cheval se trouvait dans le sondage 1M, ainsi que
plusieurs coquilles de moules. Une minuscule figurine de plomb a été mise au
jour. Il n’a pas été possible de la photographier aujourd’hui, mais il est
fort possible que le journal du 11 août présente une photographie de cette
intrigante figurine. Une épingle et un bouton de manchette étaient aussi
intégrés aux couches modernes du sondage 1M. La poursuite de la fouille est
pour mercredi prochain, alors que les couches modernes du 1M pourront être
enlevées complètement.
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- 11 au 15 août
Le 11 août La fouille du sondage 1M révèle, jusqu’à
maintenant, un assemblage domestique essentiellement dix-neuvième. Cette
couche caillouteuse contenait entre autres objets, une pierre à fusil,
quelques os de boucherie, des épingles à tête sphérique, deux billes de
céramique, un peigne partiel en os, des fragments de terre cuite fine anglaise
et un maillon de chaîne en métal cuivreux. Quelques mots d’abord sur la pierre
à fusil. Elle est faite de silex noir. L’usure l’a considérablement altérée.
Les pierres à fusil usées, comme celle qui a été mise au jour aujourd’hui,
étaient parfois réutilisées, dans les maisons, comme pierre à feu. L’usure,
dans un pareil cas, est différente et comporte une encoche plus ou moins
arrondie au centre de l’un des côtés de la pierre, ou les deux. Il faudra
examiner plus soigneusement au binoculaire cette pierre à fusil endommagée
avant de statuer sur sa réutilisation au dix-neuvième siècle. Le peigne en os
est muni de dents très serrées les unes près des autres. C’est le fameux
peigne à poux que les familles d’autrefois conservaient pour débarrasser les
chevelures des enfants de la présence de ces bestioles. Déjà, depuis le début
des fouilles 2010, trois billes en terre cuite ont
été mises au jour, dont deux aujourd’hui. La fonction d’amusement a été
documentée depuis le début des fouilles 2010. La figurine de plomb mise au
jour dimanche dernier, en contexte perturbé, a été l’objet d’une courte
recherche (notre photo). Il est fort possible que cette figurine soit un
jouet. Dès les débuts de la colonie, les jouets de plomb moulé sont très
populaires et les modèles sont divers. Puisqu’il semble y avoir eu des enfants
qui vivaient dans la Maison LeBer-LeMoyne au dix-neuvième siècle, l’hypothèse
est donc vérifiable. Des études et des examens en laboratoire pourront
déterminer, avec plus de précision, la fonction, et surtout la datation, de
l’objet.
La fouille du sondage 1G n’est pas vraiment complétée.
L’enlèvement du pilier de béton qui supportait la véranda au dix-neuvième
siècle a révélé la maçonnerie qui forme la base de la maison, et aussi des
sols plus profonds et une assise plus haute dans l’angle de la maison. Il
s’agit sans doute d’un mode de construction particulier, adapté aux sols
rocheux sur lesquels est construite la maison. Si tout se déroule comme
Pascale Vaillancourt l’a prévu, les archéologues Éliane Bossé et Jessica Massé
devraient trouver dans le 1M, demain, du matériel témoin des activités qui se
sont déroulées sur le terrain de la Maison LeBer-LeMoyne, au dix-huitième
siècle.
Le 12 août
Pour obtenir un parterre
presque horizontal, après la restauration de la Maison LeBer-LeMoyne au
vingtième siècle, un rehaussement, suivi d’un nivellement, ont été faits sur
ce parterre qui était beaucoup plus bas aux siècles précédents, surtout aux
dix-septième et dix-huitième siècles (photo 1). Les couches supérieures du
sondage 1M témoignent de ce rehaussement qui semble avoir été fait en ajoutant
de la terre prélevée non loin de la maison. Les assemblages de ce sondage
regroupent des objets anciens et modernes. Malgré quelques moellons de
différentes tailles que les archéologues dégagent puis posent en bordure du
sondage, la densité des sols a diminué ce qui facilite la fouille.
Deux
objets, aujourd’hui, retiennent particulièrement l’attention. Ce sont des
objets courants dans une maison du dix-huitième siècle. D’abord un couteau,
dont seul le manche en os a été conservé. Ce manche était fixé à la soie de la
lame avec des rivets de métal cuivreux (photo 2). Autre objet intéressant: une
partie de cannelle également en métal cuivreux. La cannelle est ce «robinet»
qu’on fixait au tonneau ou au tonnelet pour prélever du vin ou de la bière. Ce
qui a été mis au jour aujourd’hui est le coude de la cannelle. La photo 3
du journal montre une cannelle entière, mise au jour en 2000 sur le site, à
l’intérieur de la Maison LeBer-LeMoyne. La fonction amusement ou loisir
se poursuit avec la mise au jour aujourd’hui d’une autre bille. Autre
fonction récurrente sur le site, celle de la couture. En effet, plusieurs
épingles à tête sphérique ont été trouvées pendant la journée ainsi qu’un dé à
coudre fragmentaire. Le nettoyage de surface du sondage 1N a été fait.
Ce sondage est placé dans le talus afin de bien comprendre la pente originale
qui menait à la rive du lac. Il est aussi placé à cet endroit afin de
déterminer l’impact qu’a causé l’installation d’un muret de propriété au
dix-neuvième siècle juste en bordure du chemin du Roy. Demain, la fouille se
poursuit dans les deux sondages.
Le 13 août Les
travaux de recherches ont énormément avancé aujourd’hui dans les deux sondages
ouverts. Aucune couche rencontrée jusqu’à présent ne contient d’objets reliés
à la traite des fourrures du dix-septième siècle, mais celles qui ont été
expertisées aujourd’hui renferment des traces d’occupation de la fin du
dix-huitième siècle mélangées avec quelques éléments plus récents. Ce qui
étonne : la récurrence de la fonction couture, à travers le temps et l’espace
de l’aire de fouille. Ces découvertes quotidiennes soulèvent bien des
interrogations qui ne trouvent pas nécessairement de réponses à ce stade de la
recherche. Pour l’instant, il s’agit d’un constat qu’il faudra documenter en
fin d’intervention. Il y a les épingles. Il y en avait beaucoup
l’année dernière, notamment dans le sondage 1G. Le sondage 1M en a livré le
plus jusqu’à présent. Elles ont des têtes plates (plus récentes) ou sphériques
(avant 1824). Comme pour confirmer cette fonction couture, trois boutons, deux
en métal cuivreux et un en nacre, ont été mis au jour dans le sondage 1M
(photo 1). Une bille en calcaire a été trouvée ce qui procure un élément de
plus pour témoigner de la fonction jeux et jouets. Un petit ferret cylindrique
de 1,5 cm a aussi été mis au jour parmi d’autres fragments associés surtout à
la restauration de la Maison LeBer-LeMoyne.
Le sondage 1N (photo 2),
commencé hier, a révélé trois couches très différentes, témoins surtout de
l’occupation du site au dix-neuvième siècle, notamment au moment de
l’acquisition de la maison et du terrain par l’homme d’affaires, John Grant,
dont les activités sont liées à la traite des fourrures. Pascale Vaillancourt
aura à déterminer demain, si les pierres qui ont été observées dans le talus
appartiennent bien au muret de propriété mentionné dans le journal d’hier et
qui aurait été installé en bordure sud du terrain de la Maison LeBer-LeMoyne
au dix-neuvième siècle. Les archéologues poursuivent cette fouille demain et
aussi dimanche. Dans le sondage 1M, les couches plus anciennes devraient être
mises au jour demain ou au plus tard dimanche.
Le 14
août La superficie du sondage 1M couvre un segment du tracé
nord-sud d’un chemin piétonnier reliant la maison et la route. Puisque les
photographies de la maison au dix-neuvième siècle, montrent une configuration
différente, le sentier découvert aujourd’hui est probablement antérieur à ces
photographies. Les assemblages confirment cette hypothèse : une multitude de
plombs de chasse ainsi qu’une balle, également en plomb ont été mis au jour
dans le sondage 1M. La série des jeux et jouets se poursuit. Deux billes
de calcaire gris, ainsi qu’une bille blanche à décor rayé ont été trouvées
dans le sondage 1M. Une perle rouge a aussi été mise au jour, témoignant de la
belle époque de la traite des fourrures à la Maison LeBer-LeMoyne. Ces objets
ont été trouvés au milieu d’autres dont les datations et les fonctions
varient. Des ossements de poissons, surtout de l’esturgeon, figurent parmi les
assemblages du 1M. En bordure du sentier mentionné en début de journal, des
gros moellons disposés en cercle (notre photo) retenaient en leur centre un
poteau qui n’est malheureusement plus en place. Dans le sondage 1M, c’est le
deuxième dispositif de ce genre, mis au jour à peu de distance. Celui
d’aujourd’hui est le plus ancien. Le sentier, selon son axe, menait au perron
mis au jour l’année dernière, légèrement à l’ouest de la porte de la maison.
Le sondage 1N a révélé quelques pierres disposées de telle sorte qu’elles
pouvaient appartenir au muret de propriété dix-neuvième, mentionné dans un
précédent journal, et visible sur les photographies de la maison au
dix-neuvième siècle. Demain, la fouille du 1M devrait fournir des informations
supplémentaires permettant d’obtenir une datation plus précise du sentier et
de préciser sa fonction ainsi que celle de la base de poteau en
moellons.
Le 15 août Depuis les débuts des
excavations de fouille, tous les sols sont tamisés après prélèvement. Cette
opération se fait couche par couche, car il ne faut pas mélanger les sols. Si
des sols étaient mélangés, des témoins archéologiques d’une activité ou d’une
séquence d’occupation seraient associés à d’autres témoins ce qui fausserait
les analyses et les interprétations. Chaque petit indice trouvé dans le sol
étant considéré pour la compréhension des occupations de ce lieu unique, il
est plus qu’important qu’il soit bien cerné, bien identifié et bien inséré
avec les autres témoins d’une même couche. Le tamisage permet en outre de
pouvoir amasser, en cours d’opération, les petits objets qui auraient échappé,
pendant la fouille, à l’attention pourtant très vigilante des archéologues.
Ainsi, aujourd’hui, des petits ossements, des petits fragments de terre cuite,
de très petites épingles, ont pu être recueillis à la truelle ou au tamisage.
Chacun des témoins, du plus petit au plus gros sera identifié à sa couche,
traité avec soin, puis analysé consciencieusement afin de parvenir à
documenter le plus justement possible la succession des occupations à Lachine.
La base de moellons mise au jour hier s’avère plutôt une structure dont la
fonction ne peut, pour l’instant, être connue. La patience et l’obstination
des archéologues font en sorte qu’ils en viendront à une conclusion à ce
sujet, mais ces deux qualités sont mises à rude épreuve en raison des sols
caillouteux rencontrés dans le sondage 1M aujourd’hui.
Il a
fallu adapter la méthode de fouille du sondage 1N afin de suivre les couches
qui se présentent en escalier, le long du talus (photo 1). La « marche » la
plus basse contenait du matériel domestique daté entre 1780 et 1820 (photo 2).
Pendant cette période, la Maison LeBer-LeMoyne, qui avait été achetée par
l’aubergiste irlandais Hugh Heney, est occupée par les trois enfants de Heney.
Hugh Heney avait épousé la nièce de Claude-Nicolas- Guilllaume de Lorimier
de la célèbre lignée de la famille de Guilllaume de Lorimier et Marguerite
Chorel de Saint-Romain qui avait acquis la Maison LeBer-LeMoyne en 1693.
Ainsi, nous pouvons dire que la famille de Lorimier, grâce à ses descendants,
a occupé cette maison entre 1693 et 1803, date de l’achat de la maison par
John Grant. Les archéologues retourneront à leur travail de recherche le
mercredi 18 août.
- 18 au 22 août
Le 18 août
Dans le sondage 1M, les
archéologues Jessica Massé et Éliane Bossé dégagent, depuis trois jours,
l’aire de circulation dont la chaussée avait été observée la semaine dernière.
Ce sentier présente un axe nord-sud. Il est très caillouteux et la terre est
compacte. Les objets que contient cette couche sont peu nombreux, mais ils
témoignent tous des époques antérieures au dix-neuvième siècle. Quelques
fragments de vitre mis au jour dans ce sondage aujourd’hui pourraient avoir un
jour été insérés dans une fenêtre de la maison alors que l’aubergiste Hugh
Heney en était propriétaire (photo 1). Une perle minuscule, en verre
translucide, de forme cylindrique, a été mise au jour dans ce sondage qui
devrait, demain, être libéré de la couche épaisse qui forme l’aire de
circulation caillouteuse. Ce que les archéologues ont aperçu sous cette couche
est une terre organique moins compacte.
Dans le sondage 1N,
taillé dans le talus actuel, la couche fouillée aujourd’hui présentait un
assemblage homogène daté de la fin du dix-huitième siècle. Un autre peigne à
poux a été mis au jour. C’est le deuxième trouvé dans ce sondage (photo 2). Un
beau ferret de métal cuivreux a été trouvé dans le talus. Il a gardé, malgré
son séjour dans un sol compact, sa belle forme tronconique si particulière aux
parures conçues selon un modèle amérindien, fait par les Amérindiens, en
utilisant cependant le métal cuivreux importé d’Europe (photo 3). Le ferret de
métal cuivreux est un exemple éloquent d’une forme de culture vernaculaire
constituée dès les premières rencontres entre Européens et Amérindiens. La
difficulté majeure que rencontre l’archéologue Pascale Vaillancourt dans la
fouille du sondage 1N est liée au fait qu’il coupe le talus : les sols sèchent
donc plus vite qu’à l’horizontal ce qui rend sa lecture des parois ardue. Elle
distingue en effet les textures, mais les couleurs s’estompent rapidement.
Pour remédier à ce problème, on utilise un atomiseur pour humidifier les
parois exposées à l’air. Elle a concentré son travail de recherche dans la
partie sud. Demain, elle poursuit dans la partie nord.
Le 19
août Pour une raison qu’il est difficile d’exprimer à cette
étape-ci de la fouille du sondage 1N, une lentille de cendre contenant du
matériel daté du dernier tiers du dix-huitième siècle a été distinguée dans la
couche vingtième que fouille Pascale Vaillancourt. Rappelons qu’elle s’était
concentrée jusqu’à hier dans la portion sud de son sondage, dans la pente du
talus, et qu’aujourd’hui elle poursuivait la fouille dans la partie nord du
sondage (photo 1). Pour ne parler que de la lentille de cendre, les objets très
fragmentaires qu’elle contient parlent d’une famille relativement aisée
utilisant dans la maison des articles provenant d’Angleterre. Parmi eux, une
théière dont seul un petit fragment a été trouvé. Cette théière est
particulière en ce sens qu’elle est faite de grès fin rouge anglais, imitant
les formes et les couleurs des poteries chinoises. Au dix-huitième siècle, la
bonne société anglaise et coloniale anglaise affectionnait les objets chinois,
« les chinoiseries », et les potiers anglais ont rapidement réagi à cet
engouement en produisant des pièces de forme et de décor d’inspiration
asiatique. C’est le cas de notre théière. Les pièces faites de ce grès fin
sont de très belle facture. C’est le deuxième fragment trouvé à Lachine et
nous ignorons encore si les deux proviennent d’un même objet. Des écailles de
tortue ont été trouvées régulièrement depuis le début des fouilles sans que
ces découvertes soient mentionnées dans le journal de bord de l’archéologue.
Les études qui suivront les présentes interventions vont procurer quelque
précision concernant ces écailles dont une autre a été mise au jour dans le
sondage 1N. De quelle espèce de tortue s’agit-il ? Ces écailles
témoignent-elles de l’existence de tortues sur le site ou à proximité ? Il
faudra interroger les spécialistes de la faune naturelle du lac Saint-Louis
pour alimenter notre interprétation de l’évolution humaine (nourriture des
occupants) et topographique (présence de cours d’eau près de la maison) du
site. Des ossements de serpents avaient été trouvés dans la Maison
LeBer-LeMoyne. Les archéologues ont expliqué comme suit la présence de ces os.
Les Coureurs des bois rapportaient de leur séjour dans le sud-ouest, des
parties de ce genre d’animal exotique dans leur bagage. Il s’agissait en effet
d’os de crotale et aucun crotale ne vit dans nos régions. Voilà pourquoi, les
archéologues devront faire analyser les écailles de tortue. Nous savons que
les tortues vivent au Québec, mais l’espèce dont les écailles ont été trouvées
sur le site n’est pas encore connue.
Le sondage 1M, à l’ouest du 1N,
fournit au compte-gouttes les informations archéologiques si attendues. Sous
la chaussée du sentier, une couche plus limoneuse contenant de petites pierres
a été mise au jour (photo 2). Les seuls objets trouvés dans cette couche : des
clous forgés. Ces objets sont presque toujours témoins de construction ou de
démolition. Au dix-neuvième siècle, les clous de forge sont progressivement
remplacés par des clous manufacturés. Si la couche ne contient aucun clou
manufacturé, il se pourrait que ce sentier ait été mis en place au
dix-huitième siècle, ce qui correspondrait à ce que les archéologues ont
accumulé de données le concernant. L’enlèvement de la couche de terre
limoneuse sera complété demain. Les sols d’origine pourraient, si tout se
passe bien, être rencontrés avant la fin de la journée
demain.
Le 20 août Il n’y a pas de transition
véritable entre la datation de la couche de cendre expertisée hier dans le
sondage 1N et celle qui lui est sous-jacente, fouillée aujourd’hui. Cette
dernière couche a une épaisseur de 20 cm et fait toute la largeur nord du
sondage. La période française de Lachine est représentée par les objets que la
couche contient. La photo qui accompagne ce texte
montre en effet un fragment de terre cuite commune française, à droite en bas.
Plusieurs perles : 3 blanches et une bleue ont été mises au jour. Avec les
épingles, les plombs de chasse et le wampum blanc, la traite des fourrures est
bien représentée, mais cet aspect est dominé par la fonction domestique des
autres objets. En effet, des fragments de pipe, un fragment d’une très belle
boucle de chaussure en métal cuivreux, une punaise en métal cuivreux à tête
décorée, le fragment d’une assiette de faïence française blanche, ces objets
témoignent du quotidien de la maisonnée au régime français. Puisque la couche
contient peu d’éléments de traite et beaucoup d’éléments domestiques, la
famille de Lorimier/Chorel de Saint-Romain est particulièrement concernée. Ils
s’installent en effet à cet endroit en 1693. Les ossements sont ceux des
poissons surtout. L’archéologue Jessica Massé, spécialisée en ostéologie,
estime qu’il y a davantage d’os d’esturgeon que d’autres espèces de poissons.
Il y a très peu d’os de mammifères dans le sondage 1N. En revanche,
aujourd’hui, dans le sondage 1M, seuls quelques ossements de mammifères ont
été mis au jour parmi les pierrailles sur lesquelles s’étendait le sentier. Il
faudra attendre demain pour voir ce qui est dessous. Dans le sondage 1H
fouillé l’année dernière, sous la couche de pierraille, du matériel
préhistorique avait été trouvé. Il est fort possible que la même succession
des couches se présente dans le 1M. Demain et dimanche, les archéologues
poursuivent leur recherche dans les mêmes sondages.
Le 21
août Les archéologues, depuis le début de l’intervention
archéologique, ont accumulé un grand nombre de fragments d’objets et d’objets
entiers. Les plus spectaculaires ont été notés dans ce journal au fil des
jours. Ces objets sont identifiés à leur couche d’origine, positionnés à
l’horizontale et à la verticale. Grâce aux logiciels performants mis à la
disposition des archéologues, les objets, selon leur fonction (commerce,
alimentation) ou leur identification (objet, os), ont été répertoriés sur des
plans thématiques aux endroits de leur découverte. Ce que l’on remarque de ces
plans, est que la portion nord-est du parterre de la Maison LeBer-LeMoyne est
celle qui a livré le plus grand nombre d’objets liés à la traite des fourrures
et le plus grand nombre d’objets domestiques du régime français (avant 1760).
Les fragments et éclats de l’époque préhistorique se concentrent pour leur
part, dans la partie nord et dans une certaine mesure, dans un petit espace à
l’est du parterre. En ce dernier endroit, une concentration considérable
d’ossements de poisson fait penser à un endroit où se seraient réunis des
gens, probablement à la préhistoire ou à la période du contact, pour manger
près d’un feu. Cette hypothèse, en plus d’être étayée par la cartographie, se
concrétise dans la présence de cendres, d’objets de traite et d’ossements
d’oiseaux. Non loin de là aujourd’hui, dans le sondage 1N, deux pièces de
fusil, plusieurs wampum dont un mauve (très rare), plusieurs perles de verre,
un ferret de métal cuivreux, un goulot de bouteille de vin, ainsi que des
retailles de coquille de moule ont été mis au jour. Lorsque l’archéologue
Pascale Vaillancourt aura atteint les sols naturels du sondage 1N, elle fera
un relevé de ses parois. Jusqu’à présent, la succession des événements perçus
dans les parois propose plus d’interrogations que de réponses. Les gros
moellons que rencontrent les archéologues Jessica Massé et Éliane Bossé dans
le sondage 1M limitaient la progression de leur fouille. En enlevant l’un
d’eux aujourd’hui, est apparue une couche de cendres contenant une épingle.
Demain, la fouille se poursuit dans ces couches archéologiques qui livrent
chaque jour un peu plus d’informations sur les siècles d’existence de la
maison et du terrain.
Le 22 août La couche
d’occupation visible en paroi nord du sondage 1N a été partiellement fouillée
aujourd’hui. La datation de cette couche se situe autour de 1770. Une belle
boucle de chaussure très ornée témoigne de l’aisance de son propriétaire. Un
visiteur? Le propriétaire de la maison? La Maison LeBer-LeMoyne n’a jamais été
une mission, mais certains sondages fouillés l’année dernière et le sondage 1N
cette année, ont livré des objets reliés à la religion : deux croix et un
grain de chapelet en os. Deux pierres à fusil françaises ont été mises au jour
avec quelques wampum dont certains sont mauves. Puisqu’il s’agit d’une couche
d’occupation, il y a avantage à orienter les analyses sur les assemblages
plutôt que sur les objets seulement. Ainsi, en associant les propriétaires ou
locataires de la maison au cours des années 1770, aux fonctions perçues par
les objets: domestique, commerce, chasse, l’archéologie procurera une
consistance particulière à l’occupation de la maison : le quotidien des
occupants, leur niveau d’aisance financière, les objets qu’ils possédaient,
leurs activités. Plusieurs propriétaires de la maison et de son terrain sont
connus par les documents, mais il reste encore à les identifier au contenu
archéologique mis au jour sur leur terrain. Il reste aussi à comprendre ce
qu’était la fonction première de la maison. Quelques réponses sont fournies
par la récurrence d’objets de traite : wampum, perles, pièces de
fusil et munitions l’aspect domestique est aussi étayé par les objets
reliés à une maisonnée : vaisselle, ustensile, mais beaucoup reste à
découvrir. Les analyses sont en cours et permettront de mieux comprendre
l’évolution du site qui commence, comme on le sait, à la préhistoire. Ce
dernier aspect a aussi été renforcé par la découverte, dans le sondage 1M,
d’un fragment de terre cuite amérindienne du Sylvicole supérieur très
décoré : incisions en chevrons, ponctuations (notre photo). Ce tesson a
été trouvé au milieu de la pierraille qui caractérise ce sondage depuis le
début de la fouille. Les archéologues poursuivront leurs recherches au terrain
le mercredi 25 août.
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- 25 au 29 août
Le 25 août
Depuis ce matin, le dernier des quatre sondages proposés dans le cadre de la campagne 2010 est ouvert. Il y a eu le 1G, ensuite les sondages 1M et 1N et finalement, le 1L qui a été ouvert ce matin. L’objectif principal est de découvrir l’étendue et la pertinence archéologique d’un sol organique observé l’année dernière dans le sondage 1J. Cependant, aujourd’hui, seuls des sols modernes ont été dégagés de ce sondage qui comporte en outre un objet de béton qui a pu être une base d’un objet non identifié jusqu’à maintenant, et qui a été un jour renversé dans ce sondage. Il faudra le dégager, si possible demain, pour la poursuite de la fouille. Le sondage 1M a livré, enfin, ses sols d’occupation. La présence intense de rongeurs, à une certaine époque, a perturbé cette surface occupée pendant les siècles qui ont précédé l’arrivée des Européens. Cependant, jusqu’à présent, aucun objet mis au jour ne témoigne des activités des Amérindiens à cet endroit. Dans le sondage 1N, au haut du talus, la séquence des occupations antérieures se détaille ainsi, de haut en bas : une couche cendre, suivie d’un mince niveau de sable. Ce niveau est suivi d’un autre niveau de cendre qui repose sur le sol d’origine, celui qu’ont foulé les Amérindiens, et aussi les Européens à leur arrivée au dix-septième siècle. La couche de cendre supérieure contenait du matériel du dix-huitième siècle et avant : une pipe hollandaise et une terrine du régime français (avant 1760) (photo 1), et un plat anglais en creamware dont deux fragments jointifs ont été mis au jour (photo 2). Au pied du talus, toujours dans le sondage 1N, des moellons sont probablement dans le sol naturel. À une certaine époque en effet, le chemin du Roy, devenu depuis le chemin de LaSalle, a été rehaussé afin d’éviter les inondations qui recouvraient la chaussée d’eau au printemps et à l’automne. Petit à petit, l’histoire de ce coin de terre lachinois se révèle aux archéologues qui ne disposent encore que de quelques jours pour obtenir autant de données que possible sur les diverses occupations du site en vue d’analyses. Demain, c’est le sondage 1L qu’il faudra surveiller, car il devrait contenir des indices sur la topographie et la morphologie originales du site.
Le 26 août
Les trois sondages ouverts en ce moment, le 1N, dans le talus, le 1M devant la maison, sur le parterre et le 1L à l’angle sud-ouest de la Maison LeBer-LeMoyne, ont tous atteint des couches importantes. La couche au-dessus de la cendre du 1N témoigne de l’aspect militaire pendant le régime français. Cinq pierres à fusil abîmées ont été mises au jour (photo 1). Des munitions de plomb, ainsi qu’un bouton d’uniforme militaire (photo 1) et des fils métalliques ornant peut-être l’uniforme (photo 2) ont été trouvés aujourd’hui. Autre activité perçue lors de la fouille : la pêche. Plusieurs os de poissons et deux hameçons ont été trouvés dans cette couche, ainsi que dans celle qui lui est sous-jacente. Plusieurs clous ont aussi été dégagés de cette couche. Puisqu’il s’agit du régime français, puisque Guillaume de Lorimier est un militaire, il est possible de dater cette couche de la fin du dix-septième et de la première moitié du dix-huitième, mais il est trop tôt pour le confirmer. Le sondage 1L dont les résultats concernant la surface naturelle étaient attendus, a fourni aujourd’hui du matériel français également : 2 perles turquoise, un fragment de grès rhénan gris à décor bleu. Le grès rhénan (Allemagne) est très populaire dans les établissements publics où de la bière et de l’eau-de-vie sont consommés, parce que les chopes et les bouteilles qui sont faites de ce matériau sont très solides et peuvent être manipulés sans mettre trop de précaution. Le fragment trouvé aujourd’hui est peut-être jointif avec un autre, qui avait été mis au jour en 1998, dans le sondage 1B. Il faudra étudier cet aspect des remontages possibles. Dans le sondage 1M, une surprise attendait les archéologues. Une petite fosse a été creusée dans la partie sud-ouest du sondage et dans ce sondage, un os de castor et un autre os, qui pourrait être celui d’un loup ou d’un renard, ont été mis au jour. Avec les activités de traite, il faut penser qu’il arrive que les peaux soient traitées sur place ce qui entraîne un dépeçage des animaux et donc, le rejet de quelques ossements. Ainsi, aujourd’hui, les niveaux atteints dans les trois sondages fournissent de la matière à étayer les décennies pendant lesquelles la Maison LeBer-LeMoyne, où vivait un militaire, a accueilli des Coureurs des Bois.
Le 27 août
Les datations et les fonctions se précisent dans le sondage 1N. La fonction chasse, dont il a été question cette semaine pour les sols d’occupation les plus anciens de ce sondage, se confirme. En effet, une quarantaine de plombs de chasse (notre photo) y a été mise au jour. En ce qui concerne la fonction traite des fourrures, il est utile de souligner la présence, parmi l’assemblage prélevé dans le sondage 1N, d’un ferret d’une facture ornée, de perles de verre et d’une bague jésuite en métal cuivreux (notre photo). Pour attester de la fonction domestique, des fragments jointifs d’un possible pot à beurre de grès, ainsi que d’autres fragments moins faciles à identifier pour l’instant, témoignent de l’occupation française du site. Une datation relativement précise est apportée par deux fragments jointifs d’une pipe ornée de fleurs de lys moulées en relief (notre photo), fabriquée en France avant 1680. Les pipes, par leur vulnérabilité au bris, procurent aux archéologues des fourchettes de datation généralement courtes, car elles peuvent être fabriquées, vendues, acquises, utilisées et brisées en une seule année. Si la pipe à décor de fleur de lys a été utilisée et brisée avant 1680, les propriétaires du site sont alors les marchands montréalais Jacques LeBer et Charles LeMoyne, qui ont acquis ce terrain de Robert Cavelier de LaSalle en 1669.
Dans le sondage 1M, le sol naturel a été atteint à l’ouest et au centre. En raison de la présence de gros moellons, les archéologues ont fouillé en priorité ces parties du sondage afin de déplacer ces pierres sur ces sols déjà fouillés et entreprendre la fouille de la portion qui, jusque-là, était couverte de pierres. Cette fouille commencera demain. Le sondage 1L, celui qui a été ouvert cette semaine, contenait entre autres objets, un éclat de quartzite translucide semblable à celui qui a été trouvé à l’intérieur de la maison en 2000. La période amérindienne préhistorique est caractérisée, entre autres, par l’utilisation du quartzite dans lequel on faisait des outils ou qu’on écrasait en nodules qui entraient dans la composition de la terre des vases. Il ne reste que deux jours d’interventions, et les archéologues sont confiants d’atteindre les objectifs de départ soit la mise au jour du premier sol d’occupation et obtenir ainsi une image, même partielle, de la morphologie du site. Dimanche, le géomorphologue d’Archéotec se rendra sur le site pour étudier la succession des couches et la texture de la terre. Il pourra ainsi apporter un complément précieux d’informations à la compréhension de la topographie naturelle du site de la Maison LeBer-LeMoyne.
Le 28 août
Sous un ciel comme les Coureurs des Bois devaient les aimer : bleu et clair, des témoignages sous forme d’objets nous rappellent aujourd’hui leur passage. Dans le 1N, ce sont toujours des objets reliés à la chasse qui sont trouvés : une pierre à pistolet et une balle de fusil ont été mises au jour dans la cendre qui précède le sol d’occupation d’origine. À la différence de la pierre à fusil, la pierre à pistolet, elle aussi en silex, est d’un format plus petit. Une pipe à tuyau amovible en pierre noire a été trouvée dans ce même sondage. La pipe à tuyau amovible comprend seulement un fourneau auquel on rattachait un tuyau pour fumer. Ce tuyau pouvait être de roseau, de bois ou de cuir. Cette pipe, beaucoup moins vulnérable que la pipe blanche européenne, était le modèle utilisée par les Amérindiens avant l’arrivée des Européens et aussi après. Les Coureurs des Bois et tous ceux qui ont eu à voyager ont aussi adopté ce modèle de pipe en raison de sa solidité et de sa robustesse. Les voyages en canots nécessitaient bien des mouvements et bien des portages qui auraient abîmé les pipes blanches européennes. La pipe à tuyau amovible montrée sur la photo qui accompagne ce journal a été trouvée dans la Maison LeBer-LeMoyne en 2000. Des ossements de poissons, en grande quantité dans le sondage 1N, témoignent de repas pris sans doute autour d’un feu dont on n’a pas trouvé de traces encore.
Dans le sondage 1L cependant, une lentille de cendre a été mise au jour aujourd’hui. Afin de s’assurer s’il s’agissait d’un foyer préhistorique, cette lentille a été fouillée par quadrant comme il doit être fait en pareil cas. La cendre contenait des charbons dont des quantités ont été prélevées avec soin pour éviter toute contamination avec les sols modernes. Ces échantillons seront confiés à un laboratoire pour analyse radiocarbone (Carbone 14). Par ces analyses, la datation de l’utilisation de ces cendres pourra être connue avec une assez grande précision. Les cendres avaient été étendues, à un moment encore à déterminer directement sur le premier sol d’occupation. Près de cette lentille de cendres, une balle à fusil et un éclat de pierre à fusil ont été trouvées.
La recherche dans le sondage 1M s’est poursuivie aujourd’hui par le dégagement de la section Est de ce sondage qui a été dégagée hier de ces moellons d’une taille considérable qui entravaient le travail des archéologues. Un fragment de vase préhistorique à décor d’ondulations ainsi que des os de poissons ont été trouvés dans cette partie du sondage. Demain étant la dernière journée d’intervention, les découvertes qui y seront faites clôtureront la recherche pour cette année, mais les réflexions se poursuivront encore sur quelques semaines, en laboratoire et dans les salles d’études d’Archéotec.
Le 29 août
Devant des visiteurs venus, nombreux, regarder le site de fouille archéologique du site de la Maison LeBer-LeMoyne, les archéologues ont mis un terme à leur intervention puisqu’ils ont atteint les sols naturels en place dans chacun des quatre sondages ouverts cette année. La fouille nécessite une attention de chaque instant afin d’ouvrir le sondage au bon endroit, puis, l’emplacement choisi selon le potentiel qui en est connu, il s’agit d’en dégager les sols minutieusement couche par couche, d’en tamiser le contenu et de conserver, bien identifiés, les objets et les échantillons dont l’analyse fait en sorte qu’on connaît mieux et davantage le site fouillé et qu’on peut bonifier et illustrer concrètement les étapes de son évolution. C’est ce à quoi se sont appliqués avec brio les archéologues Pascale Vaillancourt, qui avait charge de son équipe : Jessica Massé et Éliane Bossé, qui ont assuré le suivi pendant tout le mois. Élaine Bérubé, Sébastien Leduc et Pascal Brisebois sont venus leur prêter main-forte pour les derniers jours d’intervention. Cette équipe d’experts a ainsi pu apporter du contenu de plus sur les occupations du site. Notamment, en ce qui concerne la fonction couture, les objets qui en témoignent sont des épingles en grand nombre, des dés à coudre, des boutons, et un étui à aiguille en ivoire ou en os mis au jour aujourd’hui sous forme de fragment. Cette fonction, à mesure que les sondages s’éloignent de la maison, se transforme. On trouve donc, plus au sud, des objets reliés à l’aspect domestique de l’époque française ou anglaise. Le plus sensible aspect de la fonction du site étant celui de la traite des fourrures, l’archéologue ne peut que se réjouir des nombreux objets trouvés cette année qui en témoignent : ossements de loup et de castor, wampum, perles de verre, bague jésuite, munitions, parties de fusil, pierre à fusil, tous ces objets, datés pour la plupart du dix-septième siècle, apportent un éclairage soutenu à ces moments cruciaux de l’histoire de Lachine et aussi de Montréal. La prospérité de Montréal a été très longtemps reliée à ce commerce.
Cette année comme les années passées, les monnaies ont été nombreuses à être dégagées des couches anciennes du site. Toujours pour cette année, deux monnaies au moins, sont frappées au temps du roi Louis XIII et une au temps de Louis XIV. Il a été aussi possible de confirmer le site occupé, avant l’arrivée des Européens, par les Amérindiens. Des traces de leur passage ont été reconnues dans le sol, particulièrement, dans les sondages 1G et 1M qui ont fourni plusieurs tessons de vases ornés de décors représentatifs de la grande période du Sylvicole. La valeur du site de la Maison LeBer-LeMoyne repose entre autres sur le fait que les couches s’y succèdent avec régularité, du plus récent au plus ancien, sans avoir été trop perturbées par les activités très récentes. L’archéologue peut ainsi analyser les découvertes avec confiance et être en mesure d’ajouter des détails sur les occupations du site. La fouille 2010 se solde par un succès que l’on peut attribuer à la grande expertise des archéologues, au support soutenu du personnel du Musée de Lachine, à la collaboration des archéologues de la Ville de Montréal et du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, et au suivi en communication qu’a assuré Georgette Rondeau d’Art Gestion. Il reste maintenant le plus gros du travail : l’analyse des données recueillies sur ce site si particulier.
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Calendrier 2009
- 29
juillet au 2 août
Le 2 août Heureusement que les archéologues fouillent sous abri, car la journée a été pluvieuse. La pluie, par moments très forte, a entraîné, par ruissellement, la formation de flaques d’eau qui ont nui à la fouille. L’archéologue Sébastien Leduc a dû écoper pour faciliter la poursuite de la fouille. Les sols contiennent énormément de fragments, parfois très petits, d’objets divers dont la datation s’échelonne sur trois siècles et plus. Des clous en quantité, surtout datés du XIXe siècle, sont mis au jour. L’archéologue Jessica Massé, spécialiste des ossements animaux, a mis au jour et examiné sommairement une côte et une mandibule d’un gros mammifère. Il est encore trop tôt pour établir de quelle espèce est ce mammifère. Les fouilles précédentes, sur le devant de la maison LeBer-LeMoyne, avaient fourni des informations sur la quantité et surtout sur la dimension des moellons qui se trouvent naturellement en sous-sol. Aujourd’hui, les moellons de la sous-opération 1G ont été atteints. Pour l’instant leur taille n’est pas alarmante et ils pourront être enlevés manuellement. Cependant, il faudra prévoir l’utilisation d’une chèvre pour prélever les plus gros. Les sols sous-jacents pourraient être ceux qu’ont foulés jadis les Amérindiens qui empruntaient à cet endroit, le sentier de portage les menant en aval de Lachine vers Montréal. Ces sols ont peut-être aussi accueilli les coureurs des bois et les voyageurs pour la traite des fourrures. Demain et mardi, les archéologues prennent congé.
Le 1er août Les archéologues d'Archéotec ont mis à profit le soleil généreux d'aujourd'hui pour avancer le travail davantage en profondeur. Ils ont atteint une couche d'élargissement du talus, devant la maison. Ce remblai contient surtout des petits fragments de terres cuites françaises, et aussi anglaises, du XVIIIe siècle. Tout comme hier, d'autres épingles ont été mises au jour. Ce remblai contient également une bille entière, en pierre calcaire, témoin des jeux d'enfants au XIXe siècle. Parmi les autres objets mis au jour : une petite croix de chapelet. La datation de cette croix sera obtenue par une analyse qui sera faite plus tard en laboratoire. Des clous ont été mis au jour en grand nombre. Quelque-uns sont tréfilés (XXe siècle); quelques autres sont forgés (avant le XIXe siècle), mais plusieurs ont été fabriqués en découpant une forme de clou à l'emporte-pièce, dans une feuille de fer. Ces clous, que l'on dit découpés, témoignent d'activités de construction qui pourraient avoir été réalisées pendant le XIXe siècle.
Plusieurs ossements de petits oiseaux ont également été mis au jour. Pour le moment, il est un peu tôt pour associer ces ossements aux tourtes, ces oiseaux aujourd'hui disparus, qui passaient en grand nombre dans le ciel aux moments de migrations. Les coureurs des bois et les voyageurs pour la traite des fourrures qui séjournaient aux siècles passés dans la maison LeBer-LeMoyne, ont chassé et mangé beaucoup de tourtes pendant leurs séjours. Les archéologues ont en effet mis au jour un très grand nombre d'ossements de tourtes sous la maison.
Notre photo : les archéologues Pascale Vaillancourt et Sébastien Leduc, au début de la fouille devant la maison LeBer-LeMoyne.
Le 31 juillet Journée très positive pour l'archéologie à la Maison LeBer-LeMoyne. Il avait été dit hier que la couche de démolition rencontrée en fin de journée devait être enlevée aujourd'hui. Cette couche, effectivement prélevée pendant cette journée, contenait plusieurs éléments disparates, témoins des activités de restauration de la maison. Sous cette couche, les archéologues ont rencontré un niveau de nivellement du terrain. Sous ce niveau, de la cendre était visible sur une superficie de 30 cm. Le remblai sous-jacent est fort intéressant puisqu'il contient un objet possiblement préhistorique consistant en un fragment d'une hache de pierre. Il contient aussi, plusieurs fragments d'objets d'origine française (terre cuite commune verte et faïence blanche), des perles, des épingles, des ossements frais (poisson) et blanchis.
Cependant, ces objets anciens côtoyaient des objets plus récents, ce qui signifie que ce remblai est bouleversé et que les sols proviennent de plusieurs endroits. Les épingles, au nombre de sept, ont été fabriquées de la manière suivante : une tige de métal cuivreux est effilée à une extrémité; à l'autre extrémité, l'artisan enroule un filet très fin de ce métal jusqu'à ce qu'une petite boule se forme. Le tout est recouvert d'étain.
Quelques exemplaires de ce type d'épingle sont montrés ici. Une photo de la perle turquoise découverte hier est également présentée ici. Demain, la fouille de ce niveau de rehaussement se poursuit.
Le 30 juillet
La journée d’aujourd’hui, la deuxième de l’intervention de fouille archéologique au site de la Maison LeBer-LeMoyne, a été consacrée, dans le sondage A, à l’enlèvement des remblais de nivellement mis en place au cours des années 1980, lors de la restauration de la maison. Ces remblais contiennent du matériel dont la datation s’échelonne sur une longue période allant de 1750 environ jusqu’à 1980. Deux fragments, témoignant de la décennie précédant la conquête en 1760, ont été mis au jour dans cet assemblage. Très petits, ils proviennent d’une chope cylindrique à décor bleu sur fond blanc. Cette chope, faite d’un grès à glaçure saline et décor au bleu de cobalt, provient d’Angleterre. Le motif peint par le potier sur le corps cylindrique, bien que très partiel, s’apparente à un motif floral. La période de grande popularité de ce type de contenant se concentre sur les années comprises entre 1740 et 1750. Un autre fragment, celui-là de verre, a été mis au jour dans cette même couche. Par sa faible épaisseur, il pourrait être associé à l’un des carreaux originaux de la fenêtre de la maison. Rappelons que la maison a été construite au cours du dernier dernier tiers du XVIIe siècle.
Sous la couche de nivellement mentionnée précédemment, les archéologues ont mis au jour une couche dite de démolition qui contient des objets reliés à la restauration de la maison: mortier, pierres concassées, clous fabriqués au XXe siècle.Le dégagement de cette couche est prévu pour demain.
Le 29 juillet
Deux archéologues d’Archéotec, Pascale Vaillancourt et Sébastien Leduc étaient sur place aujourd’hui pour compléter l’installation de l’abri temporaire installé au-dessus des sondages proposés. Une fois cette activité complétée, ils ont amorcé l’implantation du sondage A, situé devant la maison, du côté est. L’implantation du sondage de 2 mètres sur 5 mètres a été réalisée à l’aide de l’équipement de positionnement numérique afin qu’il puisse être géoréférencé. À des fins d’interprétation, il est très important de pouvoir être en mesure d’établir l’altitude et la position horizontale des objets mis au jour dans le sondage, ce degré de précision facilitant grandement l’association des objets mis au jour avec les événements qui s’échelonnent au cours de l’évolution du site.
L’implantation terminée, Pascale Vaillancourt et Sébastien Leduc ont procédé à l’enlèvement de la surface. Sous la surface, au milieu d’artéfacts récents, une perle turquoise a été mise au jour. Bien que le contexte soit perturbé dans les couches supérieures, le fait d’avoir prélevé cette perle a de l’importance. Nous savons qu’il y a eu des échanges, dans la maison LeBer-LeMoyne, pendant quelques décennies du XVIIe siècle. Cette perle peut avoir fait partie des marchandises échangées.
La journée de demain marquera le début de la fouille proprement dite et les résultats devraient être intéressants. Rappelons que la ligne de rive du lac Saint-Louis, pendant le XVIIe siècle, est très
proche de la maison, et que des gens ont pu circuler de la maison à la rive en
passant par l’espace occupé aujourd’hui par notre sondage A, ce qui augmente
les chances de découvrir des témoins de cette époque. Avant l’arrivée des
Européens à Lachine, des Amérindiens ont fait des haltes à l’endroit où se
trouve ce sondage. Des sondages archéologiques effectués à proximité ont
démontré qu’un site préhistorique s’y trouvait également.
- 5 au 9
août
Le 9 août Ainsi qu’il a été annoncé dans le journal de bord d’hier, les archéologues procédaient à l’ouverture d’un autre sondage, parallèle à la façade de la maison, afin de vérifier la pente naturelle ainsi que le mode et la densité de la circulation entre la rive du lac et la maison. Sous la surface, la couche qui a été dégagée aujourd’hui recèle de nombreux fragments de céramique du XIXe siècle. À environ 0,80 m de la maison, des pierres ordonnées forment ce qui pourrait être un appui ou un perron. Il est fort possible, considérant cette découverte, que devant la porte il y ait eu une galerie de bois et que les pierres étaient placées là pour faciliter les déplacements au sortir ou à l’entrée de la maison. Mercredi prochain, les archéologues procéderont à l’enlèvement de ces pierres ainsi que des sols XIXe rencontrés aujourd’hui, afin de vérifier la valeur archéologique des sols sous-jacents.
Le 8 août La fouille de la sous-opération 1G est terminée. La dernière couche fouillée est constituée de sols noirs que des racines anciennes avaient quelque peu perturbés. Cependant, cette couche recelait du matériel de la période du Contact, au début du XVIIe siècle: pipe hollandaise, monnaie, éclats de chert, os. En effet, au début de la période historique, il appert que des Amérindiens se sont arrêtés à cet endroit pour y manger des poissons sans doute pêchés dans le lac Saint-Louis, à proximité, et y tailler la pierre afin de fabriquer des outils. Un grattoir en chert a été mis au jour dans cette couche. Le grattoir est très utile car, avec cet outil, les Amérindiens séparaient le gras et la peau de l’animal avant d’étendre et faire sécher la pelleterie sur un support. Ces fourrures étaient ensuite échangées pour des marchandises européennes comme des couvertures, des fusils, des munitions, des chaudrons de métal cuivreux, des parures et bien d’autres articles. Le chert est une pierre appréciée par les Amérindiens pendant toute la période préhistorique. Cette pierre s’apparente au silex du point de vue de sa texture dense qui se travaille bien. Le silex ne peut être trouvé à l’état naturel en Amérique du Nord. La couche naturelle qui apparaît sous celle dont il est question ici, est constituée d’énormes moellons (moraine). Les archéologues ont procédé, à la fin de la journée, à l’ouverture de la sous-opération 1H, localisée à l’ouest de la sous-opération 1G. Ce sondage devrait contenir des informations sur la pente naturelle menant à la grève, sur la construction de la maison et sur la circulation entre le lac et la maison, puisqu’il sera creusé immédiatement devant la porte en façade.
Le 7 août
Journée extrêmement enrichissante concernant les activités qui se sont déroulées à la maison LeBer-LeMoyne au temps de la traite des fourrures. L’archéologue Sébastien Leduc a pris la responsabilité de fouiller la portion qui a été décrite hier comme étant constituée de sols brun roux avec des pierres. Cet espace s’est avéré être une fosse à paroi angulaire soignée contenant quelques os de boucherie ainsi que plusieurs fragments de terres cuites datés de la fin du XVIIIe et surtout du XIXesiècle. Parmi ces objets pourtant, une pierre à fusil taillée sur lame, d’origine française. La fosse a été ouverte dans un sol plus ancien. La couche de cendre, celle dont il a été question dans le journal de bord d’hier, se trouvait sous la couche de mortier dont le contenu archéologique est français. La couche de cendre contenait plusieurs témoins de la traite des fourrures: une perle de wampum blanche, une pierre à pistolet en silex, des fragments d’une pipe hollandaise marquée des lettres CLV, une perle de verre sphérique, une bague de type jésuite à décor qui pourrait être un cœur gravé ou moulé. Les bagues dites jésuites sont fabriquées en métal cuivreux. Elles étaient échangées dans le cadre de la traite des fourrures et des activités missionnaires. Autre élément diagnostique: la base d’une bouteille à parois plates de forme carrée, a été mise au jour dans la cendre. Elle contenait sans doute, à l’origine, de l’eau-de-vie, ce breuvage qui, de l’avis de bien des ecclésiastiques, est à l’origine de nombreux maux en Nouvelle France et ailleurs en Amérique. Les bouteilles carrées sont fabriquées en verre, soufflées dans un moule. Pour compléter l’embouchure de la bouteille après l’avoir soufflée, le verrier la tient avec le bout de la canne à souffler car elle est encore chaude. L’empreinte de cette canne, que l’on nomme pontil, est encore en place sous la bouteille. Autre objet très intéressant trouvé dans la cendre: un pendentif, fait en pierre, troué à une extrémité pour y passer une ficelle. L’objet est une parure. Ce modèle est souvent porté par les Amérindiens. Toujours dans la cendre, une retaille d’une moule d’eau douce a été mise au jour. La nacre de cette moule a été travaillée afin d’obtenir la forme d’un bouton, probablement. Les couches de mortier et de cendre ont été entièrement enlevées. Une couche noire apparaît à la surface. Il est possible qu’il s’agisse du sol naturel. C’est ce que les archéologues apprendront demain, car il y a fouille toute la fin de semaine.
Le 6 août
D’entrée de jeu, la fouille du remblai d’hier n’a pas été aussi facile à terminer que prévu. Des objets ont à nouveau été prélevés dans ce prolifique remblai. Une pièce de monnaie de 1783 a été trouvée, ainsi, encore, que de nombreux fragments céramiques. Un premier nettoyage de la couche de mortier sous-jacente a mis en évidence certaines particularités de cette couche. En effet, une partie est couverte de façon homogène de mortier, une autre partie est constituée de cendre et de mortier et la troisième partie consiste en un mélange de sol brun roux et de cailloux. Ce n’est que demain que la fouille de ces trois lentilles sera amorcée, mais le nettoyage de surface a occasionné la mise au jour d’un fragment de pipe d’origine hollandaise dont le décor est associé au XVIIe siècle, d’un fragment de récipient non identifié mais dont on sait qu’il est fabriqué en France bien avant l’arrivée des Européens, et une autre épingle. Le premier réflexe de l’archéologue Pascale Vaillancourt est d’associer ces objets, la cendre, les cailloux et le mortier à l’époque d’abandon de la maison au XVIIesiècle. Rappelons quelques événements. Lors de la tragique nuit du 4 août 1689 pendant laquelle plusieurs habitants de Lachine furent tués ou enlevés par des Iroquois, les documents rapportent qu’il est fort possible que la maison LeBer-LeMoyne ait été partiellement incendiée. Elle est alors abandonnée par son propriétaire d’alors, François Guillemot, qui s’installe à VilleMarie et ne reviendra pas à Lachine. Le père de Marguerite Chorel dont il a été question dans le journal de bord d’hier, achète la maison en 1695, la fait réparer puis il la donnera à sa fille, comme on le sait, lors de son mariage avec Guillaume de Lorimier. La couche de mortier d’aujourd’hui est peut-être associée à cet événement. Mais il est trop tôt pour le confirmer.
Photo de prise de notes par
l'archéologue Pascale Vaillancourt
Le 5 août Les archéologues d’Archéotec ont entièrement prélevé les sols d’une couche témoin de nombreuses activités reliées à l’occupation de la maison LeBer-LeMoyne. En fin de journée, ils avaient atteint une couche de mortier qu’il n’est pas possible, pour le moment, d’identifier à une activité de construction ou de démolition. Les sols d’aujourd’hui contenaient énormément de fragments d’objets et d’objets entiers, témoignant principalement de la période pendant laquelle la famille de Lorimier possède la maison et met la terre en valeur. Le couple Marguerite Chorel de Saint-Romain et Guillaume de Lorimier de La Rivière reçoit la maison en 1699 en présent de mariage. Ils y fondent leur famille. Cette famille conserve la maison sur trois générations jusqu’en 1765. Les objets trouvés aujourd’hui par les archéologues expriment en effet des activités domestiques des années comprises entre 1699 et 1765. Ainsi, un rivet de marmite en métal cuivreux, du verre, des contenants de faïence brune, une guimbarde, plusieurs épingles. Un bouton de métal cuivreux a été trouvé entier, mais tordu, et il faudra un examen soigné pour comprendre les motifs qui sont tracés sur la surface et au dos. Pour la chasse, des pierres à fusil étaient nécessaires à cette époque. Ces pierres sont en silex. Un fragment de pierre à fusil a été trouvé aujourd’hui, ainsi qu’une partie de gond en fer forgé. Vers 1760, les potiers anglais mettent au point un type de grès fin de couleur rouge. Wedgwood, qui en fabrique, nomme cette production rosso antico, en raison de la ressemblance de ce grès avec les terres cuites gallo-romaines. Ce sont souvent des théières qui sont fabriquées en grès rouge. Un fragment de théière a été trouvé aujourd’hui. Ajoutons quelques mots sur les contenants de faïence brune dont il a été fait mention précédemment. La faïence brune a été mise au point au début du XVIIIe siècle et les faïenceries de Rouen, principalement, en ont fabriquée. La faïence brune résiste davantage à la chaleur que la blanche et c’est pour cette raison que les potiers fabriquent surtout des pièces utilitaires de ce type de faïence. La faïence brune appelée aussi «cul noir» demeure très répandue pendant tout le XVIIIe siècle. Visiblement, la famille de Lorimier en possédait quelques exemplaires. Demain l’équipe fouillera la couche de mortier. Nous pourrons donc établir si elle témoigne d’une construction, celle de la maison LeBer-LeMoyne, peut-être.

Photo de la partie de gond et de la
guimbarde
fr
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- 12 au 16 août
Le 16 août
L’archéologue Sébastien Leduc fouillait aujourd’hui le dessous de la galerie originale de la maison, celle qui mène aux marches de pierres discutées dans le journal d’hier. Les moellons qui ont été atteints dans la portion Est de la sous-opération étant naturels, ils ne seront pas enlevés. D’autres pierres calcaires qui avaient été disposées pour soutenir la galerie ont été dégagées aujourd’hui. Des objets datés de la fin du dix-huitième siècle ont été mis au jour, mélangés à la terre qui scelle les pierres. Ainsi, une perle de wampum blanche, des épingles à tête ronde, une monnaie, un bouton de métal cuivreux marqué au dos du nom de la ville où il a été fabriqué: London, deux balles de fusil en plomb et une fourchette à deux dents dépourvue des appliques qui forment le manche. Depuis le début des investigations archéologiques 2009, trois balles de fusil, d’un diamètre approximatif de 13 mm, ont été mises au jour. Elles témoignent autant de la chasse que de l’habitude – ou plutôt de l’obligation – qu’ont les voyageurs pour la traite des fourrures, de porter fusil et munitions en tous lieux et à tout moment. Dans ce pays où il faut chasser pour manger, où il faut parfois se défendre contre l’ennemi, le fusil devient l’ami du voyageur. Il ne s’en sépare presque jamais. L’une des balles trouvées cette année portait des traces d’impact ce qui signifie qu’elle a été lancée et a heurté une surface dure. Elle a ainsi été aplatie.
Plus à l’ouest, les sols livrent parcimonieusement les indices. Pourtant, cette couche, sans être aussi épaisse que la précédente, mesure tout de même 15 cm. Par cette grande chaleur, elle est ardue à enlever. Sous cette couche, le sol naturel apparaîtra sans doute, comme c’est le cas dans la portion Est. Entre les deux espaces, une berme a été laissée. L’archéologue prévoit une berme, c’est-à-dire un espace qui n’est pas fouillé, afin de mieux comprendre la succession des couches et donc, la succession des événements qui marquent le site. Une lecture de la paroi de la berme permet de mieux contrôler les informations et de confirmer la position de certaines couches rencontrées en cours de fouille. Demain et après-demain, c’est relâche, pour une poursuite de la recherche archéologique dès mercredi matin.
Le 15 août
Les sols enlevés aujourd’hui contiennent encore des éléments du milieu du dix-huitième siècle. Les marches disposées en arcs de cercle, celles dont il a été question hier, ont été amputées d’une partie, celle qui est la plus proche de la maison. En fait, il manque deux pierres pour les compléter. Le fait qu’elles soient usées nourrit la certitude qu’elles ont été foulées par les pas de plusieurs générations de résidants et suscite quelques émotions dont l’archéologue, même celui d’expérience, n’est pas exempté. À l’est de la large porte, le niveau de surface en lien avec la construction de la maison a été atteint. Sous cette surface, les sommets de moellons apparaissent. À l’instar de ce qui a été observé dans la sous-opération 1G, il s’agit sans doute de la matrice naturelle. Les archéologues d’Archéotec sont à mettre au point une stratégie d’intervention pour dégager cette couche très difficile en raison surtout du poids de ces moellons. Rappelons que les deux sous-opérations ont été tronquées par l’ajout, au dix-neuvième siècle, de piliers de béton pour soutenir une grande véranda. Ces piliers mesurent 36 pouces en hauteur ce qui suggère une activité réalisée sous le régime anglais. Sous le régime français, les unités de mesure sont différentes et il faut que les archéologues tiennent compte de cet état de chose pour prévoir les diverses dimensions du bâti et des espaces aménagés, tels les chemins, avant même de les expertiser. Encore aujourd’hui, les objets mis au jour sont abondants et plusieurs d’entre eux sont fort intéressants. Soulignons ainsi la mise au jour d’une croix de chapelet en métal cuivreux (notre photo). Son mode d’attache est caractéristique des productions du dix-huitième siècle. Autre objet d’intérêt: la base d’une petite fiole en verre clair. Ce type de fiole (notre photo), d’à peine quinze millimètres à la base, servait à entreposer une dose simple d’un médicament. Cette base est caractéristique et force à repousser la datation de certains objets trouvés aujourd’hui, car ces fioles sont datées du début du dix-neuvième siècle. Toutefois, il faut bien comprendre que les vestiges, qu’ils soient mobiliers ou immobiliers, sont souvent bouleversés par les activités, parfois majeures, comme celle de l’installation des piliers mentionnés précédemment, qui font en sorte que des objets utilisés et jetés au dix-neuvième siècle sont trouvés dans un même contexte que ceux qui ont été utilisés et jetés antérieurement. C’est demain que nous saurons quelle décision les archéologues auront prise quant à la fouille des sols où se trouvent plusieurs gros moellons.
Le 14 août
Le dernier tiers du XVIIIesiècle est chargé pour le site LeBer-LeMoyne. Nous savons que la vente de la maison par les héritiers De Lorimier en 1765 visait à retrouver l’équilibre financier de cette prestigieuse famille de Nouvelle France, maintenant dans la gêne. Les objets du quotidien ayant appartenu à la famille semblent avoir passé dans la vente. Les archéologues d’Archéotec découvrent en effet autant de fragments d’objets du régime français que d’objets importés d’Angleterre. Toutefois, le nouveau propriétaire Hugh Heney demeure une personne modeste dans ses possessions. Il confie au menuisier Jean-Baptiste Crête en 1768, le soin de rénover la maison. Une fois sa tâche terminée, le menuisier aurait également aménagé le pied des escaliers (les marches sont usées sur la surface) en les organisant en arc de cercle. La couche rencontrée par les archéologues aujourd’hui témoigne de belle façon de l’intervention de Crête: clous, vitres de carreaux, ferrures d’architecture (crochets et gond de volets, charnière de porte). Signe que la traite des fourrures bat encore son plein: la découverte aujourd’hui d’une perle, d’un autre wampum, d’une boucle de ballot à trois ardillons, d’un ferret de métal cuivreux mesurant 4 cm, de plusieurs dizaines d’épingles.
À cette époque, on s’éclaire encore avec des chandelles. Une pierre à briquet a été mise au jour. En frottant cette pierre au briquet, on produit l’étincelle. Les montres ne sont alors pas portées au poignet, mais plutôt placées dans une poche d’où on la retire pour connaître l’heure. La montre est recouverte d’un couvercle très décoré. Aujourd’hui, il est possible qu’un tel couvercle ait été mis au jour au site LeBer-LeMoyne. Son décor est constitué d’une montre affichant 10:27 heures. Ce couvercle pourrait aussi être un jouet. La montre était suspendue par une chaîne qui a été mise au jour avec le boîtier. Les montres jouets sont très populaires entre 1625 et 1800. Le sommet de leur popularité auprès des enfants se situe entre 1630 et 1750. La montre jouet (ou le boîtier) découverte aujourd’hui sera examinée en laboratoire pour déterminer sa datation et surtout, préciser sa fonction. Demain, la fouille de la sous-opération 1G se poursuit.
Le 13 août
L’épaisse couche dont le dégagement a été amorcé dimanche, est terminée. Tout son contenu archéologique sera bien examiné à la fin de la campagne de fouille. Dans ce contexte, une perle bleue a été trouvée hier. Aujourd’hui, le matériel prélevé confirme la datation pré 1820 avancée hier. Les assemblages sont surtout domestiques, mais les articles reliés à la construction sont nombreux. Les clous, forgés, attestent de travaux, sans doute des réparations, effectuées avant le XIXe siècle. Une boucle de ceinture en métal ferreux a été mise au jour. Un nettoyage de sa surface permettra de distinguer le décor, le cas échéant. Le fond d’une bouteille de moutarde sèche de marque LONDON a été mis au jour dans cette épaisse couche. La moutarde London est mise en marché, dans sa jolie bouteille carrée transparente, au tout début du XIXe siècle. Elle est très populaire et des fragments de ce type de bouteille sont souvent trouvés dans les sites archéologiques. Pour le site de la Maison LeBer-LeMoyne, il s’agit du deuxième fragment de fond de ce type de bouteille de moutarde. Sous la couche XIXe, une deuxième perle de wampum de couleur blanche, trouvée aujourd’hui, confirme en quelque sorte que la maison LeBer-LeMoyne accueille des marchands et des voyageurs qui traitent autant dans le Nord-Est des États-Unis (surtout des wampums et des ossements de crotales) que dans l’Ouest (présence dans la maison de fragments de pipes portant les symboles caractéristiques surtout des peuples autochtones de l’Ouest). Un bouton en métal cuivreux a aussi été mis au jour. Il est maintenant certain qu’une petite galerie était construite depuis longtemps devant la porte. Les appuis en pierre découverts aujourd’hui servaient de base à des pilotis qui eux, soutenaient la galerie. Dans la portion ouest du sondage 1H, les sols sont moins clairs, mais il est possible que les archéologues puissent reconnaître dans la couche suivante, les marches d’un escalier.
Le 12 août
Soulignons d’abord la qualité archéologique des couches rencontrées, en cours de fouille, dans la sous-opération 1H. Dans cette sous-opération, les couches modernes ont été enlevées la fin de semaine dernière. Une couche très épaisse est alors apparue et des objets du début du dix-neuvième siècle s’y trouvent. Seules trois bases de piliers de l’ancienne véranda sont plus récentes. Les autres éléments sont datés de l’époque pendant laquelle le riche armateur John Grant possède la maison. Il fait de ce terrain son domaine où se dressent dorénavant deux autres maisons une grange et une écurie. À cette époque, constate l’archéologue Pascale Vaillancourt, une marche est nécessaire pour sortir de la maison, à l’avant. Aujourd’hui le pas de la porte est au niveau du parterre. Le matériel mis au jour est divers: plusieurs autres épingles, des clous, des os, de la céramique. La fouille de cette couche n’est pas encore complétée, mais il apparaît que la couche suivante porte les traces d’une occupation qu’on peut situer vers 1780. John Grant est déjà riche lorsqu’il acquiert la maison, la dépendance et le terrain autour à la fin du XVIIIe siècle. Membre du Montréal Hunt Club, il possède des chevaux. Les archéologues ont mis au jour, ailleurs sur le site, datant de l’époque pendant laquelle Grant est propriétaire de la maison LeBer-LeMoyne, des bouteilles de cirage utilisé pour l’entretien des accessoires d’équitation ainsi qu’une tasse sur laquelle on peut voir le symbole représentant le Montréal Hunt Club. Le bouton de manchette montré sur la photo a été trouvé aujourd’hui. Il a peut-être appartenu à John Grant.
- 19 au 23 août
Le 23 août
Du côté nord-ouest de la sous-opération 1H, la base de la maison n’a pas encore été atteinte. Voici d’autres observations concernant la construction de la maison et ses modifications, à travers le temps. Pour construire la maison, on a dû creuser dans le sol naturel. Puisque ce sol est solide car chargé de moellons de grandes dimensions, le fruit, cet élargissement visible dans la maçonnerie extérieure des très anciennes maisons, ne commence que plus haut, à environ 1,50 m d’altitude. Pour construire la maison, les ouvriers ont épierré l’espace intérieur et laissé les pierres devant la maison, sur le sol original. Au dix-neuvième siècle, du crépi recouvre les murs de la maison. Le sol d’occupation, à cette époque plus récente, est à 0,30 m sous la surface actuelle. La surface originale, quant à elle, est à 0,40 m sous celle du dix-neuvième siècle ce qui signifie que le sol foulé par les marchands LeBer et LeMoyne lors de l’achat de ce terrain en 1669, est à 0,70 m sous la surface actuelle. À ce niveau, des gravillons sont abondants et sont mêlés de mortier ce est qui tout à fait naturel considérant que c’est là que les maçons se sont installés pour élever le mur de façade. Le site préhistorique se poursuit dans cet espace nord-ouest, et à cette profondeur de 0,70 m. Des ossements noircis d’un mammifère, ainsi qu’un nucléus de chert gris ont été trouvés à cet endroit. Des détails s’imposent : si des os sont rejetés dans le feu après que la chair ait été consommée et qu’ils continuent à brûler, ils deviennent d’abord noirs. C’est la première étape. Si la combustion se poursuit, ils durcissent, puis blanchissent. À ce stade, ils perdent aussi leur forme et ils deviennent difficiles à identifier. Près du feu, nous observons qu’à la préhistoire, une personne a fabriqué des outils ou des munitions à partir d’un bloc de chert. Cette pierre, une fois que l’artisan a prélevé ce dont il a besoin, est parfois rejetée et laissée en bordure de l’aire de travail. C’est ce qui a été trouvé aujourd’hui. Ces objets étaient au même niveau que les tessons de céramique amérindiens préhistoriques mentionnés hier et pourraient donc de ce fait, avoir été placés là il y a mille ans. Ainsi qu’il a été mentionné hier, le dernier sondage, ouvert récemment sur le côté ouest de la maison, sera divisé en trois parties. La partie plus à l’ouest a fourni seulement des pierres concassées très modernes aujourd’hui et les archéologues concentrent leurs investigations dans les deux autres parties. Les couches modernes n’ont donc pas encore été enlevées, mais progressivement, des couches plus anciennes seront trouvées au fur et à mesure de l’avancement de l’intervention archéologique dans le sondage 1J. La fouille reprendra mercredi prochain.
Le 22 août
Une journée très éloquente sur le plan des périodes anciennes de l’histoire du site de la Maison LeBer-LeMoyne. La berme qui coupait en deux la sous-opération 1H a été partiellement enlevée et un tesson de terre cuite préhistorique a été mis au jour, confirmant l’emplacement d’un site préhistorique à l’endroit choisi pour construire la maison, et ce site fut occupé il y a de cela mille ans. Plus récemment au dix-huitième siècle, un trou a été creusé, et des pierres solidifient la paroi circulaire de ce trou, afin, probablement, qu’on puisse y installer une tige quelconque qui soutenait on ne sait trop quel élément du bâti. Ce trou présente un diamètre assez petit et est placé très près des fondations de la maison. Associés à cet activité d’installation d’un pilier, trois objets ont été mis au jour: l’un est sans doute une coupe de verre dont les parois, extrêmement fines, rappellent les soupers fins pendant lesquels le vin était servi. Un bouton convexe en métal cuivreux y a été aussi mis au jour, entier celui-là, rappelant que Lachine était une garnison et que plusieurs soldats y passaient l’année, défendant la colonie, si l’ennemi se présentait en ce lieu où s’opéraient plusieurs transactions commerciales. L’uniforme militaire est attaché à l’avant, par plusieurs boutons convexes comme celui qui a été trouvé aujourd’hui. Une boucle de chaussure en métal cuivreux, très décorée, a été trouvée dans la couche dont il est question présentement, située au nord-ouest de la sous-opération 1H. Depuis le début des fouilles de 2009, trois boucles de chaussures ont été mises au jour témoignant de la richesse de celui ou de celle qui porte la chaussure en question. Lorsqu’elles sont très ornées, il y a de fortes chances qu’elles aient été plus dispendieuses. Au fond de la couche où ces objets ont été trouvés, il y a beaucoup de charbon de bois dont des échantillons ont été prélevés avec soin, car une datation peut être précisée par une analyse au Carbone 14, si l’échantillon est dépourvu d’intrusion moderne. La sous-opération 1J, commencée hier, n’a donné aujourd’hui que quelques résultats très sommaires et des éléments modernes seulement y ont été prélevés.
Le 21 août
La journée a été chargée en dépit du fait que l’équipe était à terminer la fouille de la sous-opération 1H. Une belle couche très foncée forme la couche naturelle, foulée autrefois par les Amérindiens qui se sont arrêtés sur le promontoire où se trouve la maison. Avant de fermer cette sous-opération, l’archéologue Sébastien Leduc procède au relevé précis des pierres qui constituent les marches de l’escalier d’origine afin de pouvoir les prélever et poursuivre la fouille de l’espace sous-jacent (notre photo). Peu d’objets ont été mis au jour aujourd’hui, car les pierres disposées circulairement n’ont fourni aucun témoin tangible de l’utilisation de ce que les archéologues croient toujours être un bivouac préhistorique. La dernière sous-opération qui sera ouverte cette année, la sous-opération 1J, a été commencée aujourd’hui. Présentement, seule la surface est enlevée et la tourbe est roulée et placée en bordure de l’espace à fouiller (notre photo). Dans cette sous-opération de 2m sur 7m, trois espaces seront expertisés afin de déterminer la valeur archéologique de la partie ouest du terrain. Les trois espaces auront une égale superficie, soit: 1m sur 2m.
Aujourd’hui a été une journée bien spéciale puisque le musée recevait des invités et qu’un événement médiatique a amené plusieurs visiteurs près des sondages, tous ces visiteurs étant intéressés à connaître les résultats des interventions archéologiques qui se déroulent présentement. L’équipe a été mise à contribution pour répondre le plus adéquatement possible, aux interrogations et pour apporter des réflexions et des commentaires sur ce qui a été trouvé jusqu’à présent. Une petite exposition dans des présentoirs portatifs a été préparée pour l’occasion par les membres de l’équipe. En fin de semaine, les recherches au terrain mèneront les archéologues à amorcer la fouille de la dernière sous-opération. Les résultats devraient être intéressants, car il est fort probable que cet espace était emprunté dans le transport de marchandise entre le lac Saint-Louis et la dépendance de pierre qui se trouve juste vis-à-vis.
Le 20 août
L’archéologue Pascale Vaillancourt affirmait hier qu’elle commencerait aujourd’hui la fouille d’une couche très ancienne, peut-être préhistorique, peut-être datée de la période du Contact. Elle a vu juste: l’équipe est parvenue à une couche dont l’occupation pourrait remonter à la préhistoire. Quarante fragments de vases en terre cuite fabriqués par des Autochtones ont été mis au jour dans la sous-opération 1H, sous la couche d’occupation mentionnée hier et qui contenait des fragments datés, peut-être, du dix-septième siècle. Ces fragments pourraient former, en partie du moins, deux vases différents. Il y a quelques rebords de ces vases, rebords qui, normalement, sont légèrement angulaires. Les décors de ces vases sont très diversifiés: zigzags disposés horizontalement, hachures, lignes incisées se rencontrant à angle droit. Il est difficile pour l’instant de préciser à quel peuple autochtone peuvent être associés ces vases, mais il est fort possible que les potiers appartiennent à une famille iroquoienne. Les Iroquoiens, auquel peuple les Iroquois font partie, ont été connus lorsque Jacques Cartier explore le Canada en 1535. Lorsque Samuel de Champlain, à son tour, explore le Saint-Laurent et l’Outaouais en 1611, les Iroquois ont déserté les terres qu’ils occupaient quelques décennies auparavant. Dans la couche fouillée aujourd’hui, deux alignements de pierres ont été observés. L’un d’entre eux semble adopter une forme circulaire et pourrait être un foyer. Des échantillons de charbon ont été prélevés et seront éventuellement analysés afin d’obtenir une datation de cet alignement circulaire de pierres et, éventuellement, de cette couche.
Puisque les archéologues ont atteint la base du mur, ils ont pu faire les observations suivantes: la base de la fondation n’a pas été creusée dans la terre comme c’est le cas aujourd’hui. Un simple sillon rectiligne peu profond a été pratiqué. On y a jeté quelques pelletées de mortier sur lequel on a commencé à monter le mur. D’abord avec des pierres le plus souvent naturelles, puis, plus haut, les maçons ont, vers 1670, monté des rangées de pierres sommairement taillées. Cette façon de construire est typique du dix-septième siècle, au moment où le climat rigoureux de Nouvelle France n’était pas encore assez connu et donc, que le mode de construction était celui de France. Plus tard, les maçons ont compris que, s’ils voulaient adapter leur mode de construction aux rigueurs de l’hiver, un vide sanitaire devait être prévu sous le plancher du rez-de-chaussée. Nous ignorons le nom du maçon que les marchands LeBer et LeMoyne ont engagé pour cette construction, mais nous savons que la dépendance et la maison ont été construites par les mêmes personnes, sinon au même moment, et selon un même schéma de construction français.
Le 19 août
Pendant la journée, la couche commencée dimanche a été terminée. Il n’en reste qu’une seule qu’on enlèvera demain. Cette dernière couche, tout comme celle qui a été fouillée dans la sous-opération 1G, devrait fournir des éléments très anciens: outils amérindiens en pierre, éclats résultant du travail de la pierre, etc. La zone, immédiatement sous la porte, s’est révélée perturbée. Il semble clair que les travaux de restauration de la maison au vingtième siècle ont bouleversé le pas de la porte, au moins. Malgré ces perturbations, des éléments anciens trouvés aujourd’hui parlent de la fabuleuse période du commerce. En effet, un seul petit fragment de grès allemand gris fournit à lui seul tout ce qui est nécessaire pour parler de l’eau-de-vie, ce liquide si important dans le mode d’opération de ce commerce de troc. L’eau-de-vie suit partout les flottilles de canots équipés pour la traite. Elle est aussi disponible dans les postes de traite où le commis accueille le chasseur en lui versant un bon petit boire! Bien sûr, le transport de ce breuvage se fait dans des tonneaux, des barillets, des bouteilles, mais il se fait aussi dans des cruches. Depuis des siècles, lorsque la Nouvelle France s’initie à ce commerce, les Allemands fabriquent des cruches bien solides en grès. Elles sont introduites ici par les Français. Ces contenants supportent des chocs modérés sans trop s’altérer et en gardent le contenu au frais. Du grès allemand, qu’il soit gris ou brun, on fabrique des contenants indispensables pour conserver et pour boire. Car on faisait aussi des chopes bien solides avec lesquelles on peut trinquer, même vigoureusement.
Pendant la journée, un sceau à marchandise en plomb a été mis au jour. C’est le deuxième sceau à marchandise au cours des fouilles 2009. Ces sceaux étaient attachés à un ballot de tissu. Le marchand y appose sa marque et inscrit la longueur du ballot. Lorsqu’ils sont trouvés au cours d’une intervention archéologique, ils sont dépourvus du ballot d’origine, mais porte encore les traces de la trame du tissu.
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- 26 au 30 août
Le 30 août
Les réflexions, aujourd’hui, portaient surtout sur la topographie de ce promontoire. Sur la topographie d’origine surtout. Le point de départ de ces réflexions: la découverte, dans la sous-opération 1J, à l’extrême Ouest du site, de sols de plage. Il s’agit d’un sable mélangé à de petites pierres. Puisque la maison, de ce côté, a des fondations très profondes, il se pourrait donc que ce soit de ce côté qu’une baie naturelle ait offert un havre pour l’accostage des canots. Il est trop tôt pour le confirmer, mais la topographie naturelle mise au jour au cours des dernières journées de fouilles, milite pour cette configuration du terrain qui expliquerait également la présence, sans doute, sur le talus de cette baie, de la remise ou dépendance de pierre. Vers 1670, nous savons que la maison et sa dépendance ont été construites pour faciliter le commerce des fourrures, car elles se trouvent toutes deux sur la route qui mène à la région des Grands Lacs que les habitants de Nouvelle France appelaient les Pays d’en Haut ainsi qu’à la rencontre de la rivière Saint-Pierre. Nous savons que la rivière Saint-Pierre prenait, il y a très longtemps, sa source dans le lac Saint-Louis. Les premières cartes établies par Champlain pour cette rivière, montrent que son débit fluctue en raison de seuils rocheux qui bloquent l’accès de l’eau. Il y a en ce sens possibilité qu’une baie se soit formée tout à côté de cette rivière et que son emplacement corresponde à la sous-opération 1J. Cette possibilité devra être examinée dans les prochains jours. Les sols décrits précédemment se trouvent à 0,40m près de la maison et sont trouvés beaucoup plus profondément quelques mètres plus loin. Cette observation doit être étudiée dans les prochains jours.
Les découvertes, pendant la campagne qui s’achève aujourd’hui, sont majeures en ce qui a trait à la présence, encore aujourd’hui de ces deux très beaux édifices que firent construire jadis les marchands Jacques LeBer et Charles LeMoyne sur le terrain acquis de l’explorateur bien connu Robert Cavelier de LaSalle. Les résultats de ces recherches devraient permettre d’éclairer les réflexions sur la topographie, les aires de circulation, les habitudes privilégiées par les divers propriétaires qui ont acquis la maison à travers les siècles. Il faudra de plus distinguer les objets dont la présence s’explique par la traite des fourrures de ceux qui témoignent de la vie quotidienne à travers le temps. En mettant au jour ces objets, les archéologues prélèvent de la terre où ils dorment parfois depuis des siècles, des bribes de leur mémoire. La tâche leur incombe maintenant d’interpréter le plus justement possible les centaines de données acquises depuis le début de l’intervention archéologique afin de leur donner consistance et, par le fait même, de clarifier les épisodes méconnus de l’histoire qui entoure l’évolution du site de la Maison LeBer-LeMoyne de Lachine.
Le 29 août
Une journée pluvieuse et quelque peu venteuse. Les archéologues, qui fouillent sous abri, ont été peu incommodés, cependant. Puisque c’est l’avant-dernière journée, il faut pouvoir être en mesure de terminer les sondages afin de faire les relevés des parois demain. Des prélèvements ont été faits d’échantillons de sols. Il s’agit de pouvoir caractériser certaines particularités propres à chaque période. Ainsi les échantillons des couches préhistoriques procureront un aperçu de la végétation à l’époque et fourniront des données qui, une fois analysées, permettront de préciser les datations. C’est le sondage 1J qui a livré les découvertes les plus intéressantes. Les sols atteints aujourd’hui sont témoins d’une occupation ancienne, remaniée à une époque ancienne elle aussi. Cette couche est donc importante à considérer dans l’évolution du site. Parmi l’assemblage archéologique mis au jour, un tesson retient l’attention. Il s’agit d’un fragment de vase préhistorique. Il est petit, sans décor, mais non pas sans intérêt. Contrairement aux fragments trouvés à l’est de la tranchée 1J, fragments qui pouvaient être datés de 1000 ans, le fragment de la sous-opération 1J est plus récent. Il s’agit d’un tesson de panse d’un vase fabriqué par des Iroquoiens un siècle ou deux avant l’arrivée des Européens à Lachine. Lorsque Jacques Cartier et ses hommes sont montés sur le mont Royal en 1535 pour examiner l’horizon autour de l’île, et qu’ils voit les rapides de Lachine devant eux, le vase était déjà cassé et le tesson enfoui. Il est maintenant entre les mains des archéologues pour une analyse approfondie. Demain, la tâche incombe à l’équipe d’atteindre la base du mur de façade de la maison LeBer-LeMoyne, car ce sera la dernière chance d’observer dans son ensemble le travail qu’ont accompli les maçons pour édifier ce mur vers 1670.
Le 28 août
La sous-opération 1J, commencée cette semaine, semble perturbée. Dans un secteur de ce sondage, le sol naturel a été atteint sans qu’aucune couche d’occupation n’ait été rencontrée. Les objets qui y ont été mis au jour sont divers et de plusieurs époques: du XVIIIe siècle au XXe. L’archéologue Pascale Vaillancourt croit que cet espace a été aménagé de façon à détruire la surface ou à l’enlever. En dépit de ces constatations, il semble permis, pour le moment, d’espérer le dégagement d’une aire occupée anciennement, car les sols de moraine ont été rencontrés dans une étroite portion du sondage. Ailleurs dans le chantier de fouille, le base du mur, sous la porte a été atteinte à 1m de profondeur. L’espace ouvert pour y insérer le mur au XVIIe, contenait un tesson de terre cuite préhistorique de la même facture et portant le même décor que le vase mis au jour la semaine dernière. Ce tesson est peut-être même jointif avec ce dernier vase. Cette découverte confirme l’occupation, il y a mille ans, de cet endroit. Les objets laissés sur le site ont été bouleversés par l’arrivée des Européens et la construction de la maison. Demain les archéologues poursuivent cette passionnante recherche, qui se termine dimanche. Des découvertes intéressantes sont à prévoir.
Le 27 août
Au cours des siècles, la végétation a encombré les sols, même les plus anciens. Ce sont les racines qui, en poussant, entraînent parfois des fragments plus récents, dans des sols plus anciens. Elles pourrissent ensuite et l’archéologue doit deviner les traces de son passage dans les sols fouillés. C’est ce phénomène qui a été observé aujourd’hui le long de la façade de la maison. Ce sont des situations embêtantes car elles font douter l’archéologue de l’intégrité des couches. Malgré cette difficulté, deux couches très nettes contenant des objets de la préhistoire et des premières décennies de la période historique ont été mises au jour. La couche préhistorique a livré de petits objets seulement. Un éclat d’andouiller et quelques éclats de chert. Cependant, un nodule d’ocre rouge a aussi été trouvé dans cette même couche. Pendant la préhistoire, l’ocre naturellement rouge était mélangée à des graisses pour former une pâte épaisse. Les Autochtones couvraient certaines parties de leur visage de cette pâte rendant leur peau rouge d’où ce nom donné à ces peuples par les Européens, au début du moins. Le corps des morts était souvent couvert d’ocre. Sur le marché colonial, l’ocre a rapidement été remplacé, dans le maquillage traditionnel, par le vermillon, substance dangereuse, car elle contient du plomb souvent en grande quantité.
En ce qui concerne la période historique, une fourchette à deux dents a été mise au jour, à proximité de celle qui a été trouvée la semaine dernière. Dans les deux cas, le manche est absent. Elle pourrait avoir été utilisée au milieu du dix-huitième siècle, alors que la famille De Lorimier occupe la maison. La fourchette est en acier. La soie, cette partie qu’on introduit dans le manche, est une tige et non une bande, comme c’est le cas des ustensiles plus récents. Dans ce cas-ci, il est certain que le manche était fait d’une seule pièce. En ce sens, il est possible que la fourchette soit plus ancienne que la datation énoncée précédemment. Les archéologues feront, à la fin de la campagne, les réflexions qui mèneront à une datation plus juste des objets et des couches.
Dans la sous-opération 1J, les sols sont encore modernes. La poursuite des investigations devrait apporter des traces plus anciennes de circulation à cet endroit. Les études qui ont précédé la présente intervention prévoyaient trouver dans la sous-opération 1J une aire de circulation. Il y a peut-être, cependant, des éléments qui ont échappé à ces études, car les documents ne disent pas toujours tout et la fouille révèle souvent des éléments insoupçonnés avant l’intervention. L’archéologue découvre à chaque jour que le quotidien n’est pas toujours consigné dans les écrits et ne se trouve pas nécessairement dans les documents visuels d’époque.
Le 26 août
La base du mur de la maison LeBer-LeMoyne est à un niveau que nous n’avions pas soupçonnés être si bas. Il faut dire que la base du mur du côté Ouest est plus profonde que du côté Est où aucune cave n’a été creusée. La présence de moellons et l’étroitesse de la sous-opération nuisent à la poursuite de la fouille de l’angle nord-ouest de la sous-opération 1H. C’est pourquoi une opération de prélèvement de quelques moellons gênants a été mise sur pied ce matin. Il a été ainsi plus facile de poursuivre la fouille. Dans les couches que traverse l’archéologue Pascale Vaillancourt pour atteindre la base du mur, la présence continue de mortier prouve que ces sols n’ont pas été bouleversés depuis la construction de la maison. Par ailleurs, la fouille de la berme du 1H se poursuit elle aussi, déterminant avec précision le moment de la construction de la petite galerie de bois. Cette galerie, installée devant la porte après 1760, succède à une installation ancienne dont la forme et la disposition ne sont pour l’instant que supposées. Dans cette berme, une pierre à fusil en silex et une pierre à feu ou pierre à briquet, également en silex, ont été mises au jour dans la sous-opération 1H en association avec des ossements animaux, des clous et des terres cuites fines de fabrication anglaise appelées Creamware. Les terres cuites fines de couleur crème ont été mises au point par le potier anglais bien connu Josiah Wedgwood un peu après 1760. Elles ne peuvent donc se trouver dans les couches archéologiques qu’après cette date. L’apparition d’objets de type Creamware dans les couches archéologiques procure à l’archéologue ce qui est appelé un terminus post quem, c’est-à-dire une période qui suit forcément l’année 1760. D’autres détails comme le décor et la forme de l’objet déterminent avec davantage de précision la date réelle de la couche dans laquelle se trouve l’objet.
Dans la sous-opération 1J, les couches témoignent pour l’instant, des événements du vingtième siècle. La présence de gravillons, dans une couche très compacte où se trouvent aussi des scories témoigne peut-être du tracé d’un ancien sentier dans cette portion Ouest du terrain où se trouve la maison LeBer-LeMoyne. La confirmation en sera fournie par la poursuite de la fouille demain.
Pour l’instant aucune explication ne peut être apportée, de façon concrète, concernant la présence d’autant d’épingles dans toutes les couches fouillées. Elles sont en plus grand nombre dans les couches anciennes, mais il y en a aussi dans les sols récents. La majorité des épingles mises au jour sont fabriquées selon la technique très ancienne d’une tige dont une extrémité est dotée d’une tête ronde formée par l’enroulement répété d’un fil de métal cuivreux à cet endroit. Cette technique est remplacée, après 1824, par celle que l’on connaît encore aujourd’hui.
L’équipe d’Archéotec a accueilli avec plaisir des personnes de la Ville de Montréal et du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, intéressées par le programme de recherche archéologique sur le site de la Maison LeBer-LeMoyne qui se déroule actuellement et qui fait l’objet d’un journal quotidien.
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