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Journal de bord de l'archéologue
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Journal de bord 2013-2014

Dès la première phase du programme de recherches, en 1999, un site Internet est créé afin de mettre à la disposition du grand public des informations relatives aux recherches. Ainsi, celui-ci pouvait suivre les fouilles au quotidien grâce au journal de bord de l’archéologue, tout en ayant accès à des informations supplémentaires sur la recherche en laboratoire.

Encore cette fois-ci, vous avez la chance de consulter au quotidien les résultats des fouilles et peut-être même de contribuer à la recherche en apportant des informations sur certaines énigmes! Qui sait?

Textes du journal de bord 2013-2014 : Françoise Duguay, Archéocène inc.

Calendrier 2014

Textes : Françoise Duguay, Archéocène inc.
Plan des interventions archéologiques 2014 [106,8 ko - 1 page]

  • 6 au 10 août 2014
    6 août 2014 - Préambule

    La maison LeBer-LeMoyne de Lachine, de même que sa dépendance, constituent des témoins privilégiés de l’expansion des avant-postes dans l’Ouest de l’Île de Montréal, au XVIIe siècle. Le lieu est désormais classé en vertu de son caractère patrimonial, ce qui assure la protection légale du bâti mais aussi, du site archéologique (code Borden1 : BiFk-6). En effet, l’emplacement recèle des vestiges archéologiques en sous-sol, composantes dont la nature peut être diverse : éléments structuraux, niveaux stratigraphiques, objets mobiliers et restes fauniques. Les variations de la culture matérielle, qui change selon les époques, aident les archéologues à dater les niveaux stratigraphiques et les vestiges structuraux.


    Photo : Richard-Max Tremblay

    La séquence d’occupation du site s’amorce au cours de la période préhistorique. Des groupes amérindiens fréquentent alors le petit promontoire où se trouvent les bâtiments. L’emplacement est concédé au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle, d’abord au Sieur Cavelier de LaSalle, puis à Jacques LeBer et Charles LeMoyne. Ces deux marchands y voient une opportunité commerciale, puisque les canots en provenance des Grands Lacs transitent via cet endroit avant d’atteindre Ville-Marie, pour éviter les rapides de Lachine. À cette époque, l’Ouest de l’île acquiert une dimension régionale particulière, en lien avec la traite des fourrures. Quelques années plus tard, en 1701, la Grande Paix de Montréal met un terme à des années de guérilla, puisque les Français et leurs alliés amérindiens en viennent à un accord de non agression avec les autres nations amérindiennes. Cet événement est marqué par une nouvelle vague d’expansion dans l’Ouest de l’île, cette fois à des fins agricoles. L’utilisation du site évolue encore au XIXe siècle, lorsque des familles anglo-saxonnes achètent le terrain et le bâti à titre de résidence ou de lieu de villégiature. Ce type d’utilisation se poursuit au début du XXe siècle, jusqu’à l’aménagement du Musée de Lachine.

    Depuis 1998, des interventions archéologiques ont été mises en œuvre au site de la maison LeBer‑LeMoyne, par le Musée de Lachine et différents partenaires, dont : la Ville de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications. Les excavations ont permis de colliger, au fil des ans, plusieurs milliers d’artéfacts ; une part de cette collection est intégrée à une exposition permanente, qui peut être admirée à l’intérieur de la Maison. Les activités archéologiques réalisées en 2014 s’insèrent dans le cadre du Mois de l’Archéologie, tout comme certains des travaux archéologiques antérieurs, ce qui offre la possibilité de partager avec le public la progression et les résultats en direct. Cette approche de diffusion est complétée par une chronique – le « journal de bord » – qui peut être consultée sur le site Internet du Musée. La fouille de cette année a pour objectif de poursuivre la documentation des diverses utilisations à proximité du bâti patrimonial, en mettant une emphase sur les utilisations datées d’avant 1800 et hors du périmètre de précédentes excavations archéologiques (voir plan des interventions antérieures).

    L’utilisation du lieu dans divers contextes a souvent signifié l’ajout de remblais au-dessus du sol naturel d’occupation, c’est-à-dire la surface qui était présente à la préhistoire et au XVIIe siècle. L’utilisation d’équipement mécanique, telle une mini-rétrocaveuse, peut donc s’avérer utile afin d’excaver rapidement des sols récents ou bouleversés, ce qui permet ensuite de fouiller manuellement (et minutieusement !) les sols anciens. De façon pratique, deux procédures mécanisées seront utilisées en 2014 : 1) l’excavation préalable de sondages de taille réduite, afin d’estimer la présence ou l’absence de sols archéologiques anciens ; 2) l’implantation d’aires de fouille aux endroits jugés potentiellement productifs, en fonction de l’objectif de recherche, et le décapage horizontal des remblais de surface de ces secteurs. Le site sera sécurisé au cours des opérations mécanisées, qui dureront environ 2 jours (6 et 7 août 2014), ce qui implique une réduction de l’accès aux seuls professionnels. Par la suite, par contre, les visiteurs sont cordialement invités à venir observer le travail des archéologues et les vestiges mis au jour lors de la fouille manuelle. C’est donc avec plaisir que nous vous invitons à venir partager, cette année encore, l’expérience archéologique qui vous est offerte par le Musée de Lachine.


    1 Le code Borden est un système alphanumérique (lettres et chiffre) qui identifie les sites archéologiques du Canada, selon une grille qui divise le territoire en grands carrés représentés par les lettres majuscules. Les lettres minuscules réfèrent à des divisions de l’espace au sein de ce carré – des sous-zones – tandis que le chiffre précise qu’il s’agit du sixième site archéologique répertorié dans cette portion de Lachine.

    7 août 2014

    L’UTILITÉ D’UNE EXCAVATRICE MÉCANIQUE…
    Saviez-vous que les archéologues ne creusent pas exclusivement avec une truelle et un petit balai? Il est parfois de mise d’utiliser une excavatrice mécanique, afin de retirer des remblais modernes. Cela permet de localiser les emplacements les plus prometteurs et, en outre, d’accorder plus de temps pour fouiller les niveaux anciens. C’est donc ce que nous avons fait en 2014, à l’aide d’une mini‑rétrocaveuse, en utilisant une procédure qui se nomme un « décapage mécanique horizontal ». En effet, peu importe la méthode utilisée, une excavation archéologique procède toujours par strates (autrement dit : on ne creuse que quelques centimètres à la fois).

    La première étape, les sondages, sont de taille limitées (1,00 mètre sur 2,00 mètres) ; huit sondages, numérotés de 8A à 8G, ont été creusés afin d’estimer l’intégrité des sols sous-jacents (photo 1). Les sondages sont répartis sur le pourtour de la maison LeBer-LeMoyne, du côté est de l’annexe et au sud de la dépendance, tout en évitant les secteurs touchés par des fouilles archéologiques antérieures. Ils sont identifiés par la désignation « opération 8 », une numérotation réservée aux activités effectuées à l’aide de l’excavatrice mécanique, mais qui poursuit la séquence utilisée l’année dernière (voir plan général fouilles 2014).

    Photo 1 : Archéocène inc.

    Photo 2 : Archéocène inc.

     

    Les sondages ont servi à détecter des emplacements qui avaient subi des perturbations importantes, telles le décapage des niveaux anciens. Ces endroits s’avèrent peu pertinents pour atteindre notre objectif de recherche, qui est – rappelons le – de documenter le XVIIIe siècle et les époques qui le précèdent.

    Deux sondages se sont toutefois avérés intéressants, car ils recèlent des sols contenant des artéfacts datés du Régime français et du Régime anglais (XVIIe et XVIIIe siècles). Ces deux emplacements ont aussi fait l’objet d’une vérification manuelle, afin d’établir leur capacité à fournir des données archéologiques qui complètent celles acquises avant 2014. La vérification s’étant avérée positive, ils ont été soumis à un décapage horizontal sur une plus grande superficie (photo 2), pour retirer les remblais récents en surface. Ces emplacements agrandis sont les aires de fouilles 2014. L’une est située près de la limite est de la propriété rattachée au Musée, un peu au sud de la dépendance, tandis que l’autre se trouve à l’angle sud-est de la Maison, en façade sur le chemin de LaSalle. La fouille manuelle débute le vendredi 8 août ; cette activité sera désignée par le terme « opération 9 », afin de la distinguer de l’excavation mécanique (voir plan général fouilles 2014).

    Après avoir terminé l’excavation mécanique, les aires de fouille ont été sécurisées à l’aide de barrières et de ruban jaune « Attention » (photo 3), de façon à permettre aux visiteurs de voir les résultats de la fouille, tout en assurant leur sécurité et celle des archéologues. Le personnel du Musée et l’équipe d’archéologie sont donc prêts à vous accueillir et vous attendent en grand nombre, pour la suite du projet archéologique mis en œuvre en 2014!


    Photo 3 : Archéocène inc.

    8 août 2014

    L’AMORCE D’UNE FOUILLE
    La journée d’aujourd’hui (8 août 2014) a commencé par des mesures d’arpentage (photo 1), car il était nécessaire d’implanter des points dont l’élévation est connue à proximité de l’aire de fouille, afin de servir de référence lors de la fouille proprement dite. Cette procédure permet de comparer les niveaux entre différentes interventions archéologiques, ce qui assure une continuité. Par la suite, nous avons débuté les travaux manuels dans l’aire de fouille 9B, à l’angle sud-est de la maison. Des cordes ont d’abord été tendues afin de tracer des bords rectilignes et les parois ont été redressées, ce qui facilite la lecture de la succession des couches de sols. L’aire de fouille complète mesure 3,50 mètres dans l’axe est-ouest sur 5,70 mètres dans l’axe nord-sud ; elle intègre l’emplacement du sondage 8B.

    Photo 1 : Archéocène Photo 2 : Archéocène

    Un nettoyage manuel de l’interface a été effectué, à l’aide de binettes (photo 2), une étape qui permet de retirer les résidus de sols contemporains laissés après le passage de l’excavatrice mécanique. Ce nettoyage permet également de délimiter les niveaux qui sont présents sous le décapage de surface. En effet, le sondage 8B ne donnait qu’un aperçu partiel de ce qui se trouve en sous-sol, étant donné sa petite taille. Le processus permet d’éliminer des zones qui présentent des perturbations, comme une assise de trottoir datée du XXe siècle (coin à droite, photo 2), afin de se concentrer sur les époques plus anciennes. Le sol visé à cet endroit est un remblai daté du XIXe siècle, qui pourrait avoir scellé des niveaux dont la datation est antérieure à cette époque. À première vue, mais cela sera vérifié demain, le remblai recherché serait présent dans au moins la moitié de l’aire de fouille, particulièrement dans sa portion sud-est, ce qui est de bon augure.

    9 août 2014

    COMMENT DATE-T-ON LES NIVEAUX ARCHÉOLOGIQUES ?

    L’intérêt du remblai décrit hier repose sur le fait que sa matrice provient du site de la maison LeBer‑LeMoyne de Lachine, qu’il soit demeuré intact et qu’il recèle une multitude d’objets datés du XIXe siècle, mais aussi du XVIIIe siècle, dont différents types de céramique : terre cuite commune de France et locale, creamware, pearlware, de même que du grès grossier nord-américain et Derbyshire. On remarque aussi des tessons de bouteilles et des fragments de pipe en terre cuite blanche, ainsi que des clous découpés et forgés (photo 1). On parle alors d’un ensemble qui reflète une occupation résidentielle, mais dont la datation est hétérogène puisqu’elle couvre au moins deux siècles. Pourquoi une telle hétérogénéité chronologique? La réponse est simple : parce que le sol utilisé pour remblayer contenait des artéfacts, dont la datation précède le moment du dépôt du remblai ; leur emplacement est toutefois modifié par rapport à leur position d’origine. De nouveaux objets se sont ensuite ajoutés, au XIXe siècle, ce qui permet de connaître la date approximative de l’événement.



    Photo 1 : Archéocène inc.

    Rangée du haut : objets du XVIIIe siècle :
    goulot et tessons de corps d’une bouteille en verre vert pâle (patine en surface), anse d’une terrine française, fragment de bord d’une terrine (ou grand bol) de fabrication locale, clou forgé (tige carrée). Les fragments de vaisselle de couleur crème (creamware terminal) et bleuté (pearlware) datent de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles.

    Rangée du bas, objets du XIXe siècle :
    tesson de corps d’une bouteille en verre vert, fragment de tuyau de pipe à fumer en terre cuite, tessons de contenant en grès grossier (Albany et Derbyshire), clou découpé (tige rectangulaire).

    10 août 2014

    NOTES SUR LES HABITUDES ALIMENTAIRES
    Le contenu de la collection archéologique colligée à ce jour inclut, de façon complémentaire aux artéfacts, d’autres indices sur la vie des occupants de la maison, notamment des éléments qui nous renseignent sur leurs habitudes alimentaires. Dans ce cas, on fait référence aux restes fauniques ou écofacts. Les composantes recueillies à ce jour comprennent des os d’un mammifère terrestre de taille plus que moyenne et une dent de jeune ruminant (photo 1), ainsi que des os aviens1 (photo 2) et des coquilles d’huître (photo 3). D’une part, il faut en conclure que les occupants de la maison se sont débarrassés de leurs déchets de table en les rejetant, en partie, aux alentours de la maison. D’autre part, la nature des restes indique qu’ils ont consommé des huîtres, des volatiles, ainsi qu’un jeune ruminant. Comment sait‑on qu’il s’agit d’un jeune animal? Il suffit souvent de regarder l’état des dents ; celle retrouvée est très peu usée. Les dents d’un bœuf ou d’une vache complètement mature comportent des traces d’usure marquées, car ces animaux ruminent… ce qui veut dire qu’ils mâchent et remâchent leur nourriture. Les ruminants incluent aussi l’orignal et le chevreuil.

    Les zooarchéologues, qui sont des archéologues qui étudient spécifiquement les restes fauniques, pourront sans doute nous renseigner plus avant quant aux espèces qui figuraient au menu.

    Photo 1 : os de mammifère et dent de ruminant

    Photo 2 : os d'oiseaux

    Photo 3 : coquilles d'huître

    Archéocène inc.


    1Os aviens veut dire os d’oiseaux.

  • 13 au 17 août 2014

    13 août 2014

    QUE FAIRE EN CAS DE PLUIE ABONDANTE ?
    Une fouille s’effectue généralement à l’extérieur, sauf dans certaines conditions, telles qu’à l’intérieur d’un musée où les vestiges sont mis en valeur in situ[1] ou lors de fouilles subaquatiques, par exemple. Alors, que faire lorsque la pluie est torrentielle (comme celle d’hier) ? Il faut d’abord songer à protéger le site, c’est pourquoi des toiles imperméables sont étendues sur les aires de fouille avant de quitter en fin de journée. Ainsi, pas de mauvaise surprise le lendemain matin, en retrouvant un lac de boue au lieu d’une aire de fouille. En effet, la boue ne se fouille pas, puisqu’il serait impossible de distinguer les modifications entre les différentes strates et de repérer les objets. Cela dit, il faut penser – tout autant – à protéger d’autres facettes du travail des archéologues que la simple excavation.

    Ce travail consiste à enregistrer toutes les données pertinentes à chaque strate : dessin en coupe de la séquence des sols, plan de distribution spatiale des composantes archéologiques, fiches descriptives des sols et de leur contenu, photographies, etc. L’enregistrement archéologique permet de reconstituer le site en laboratoire, lorsque l’on y ajoute les objets et les ossements colligés au cours de la fouille. C’est un peu comme de lire les pages d’un livre l’une après l’autre, mais de les jeter au feu après les avoir lues ; il faut avoir pris de bonnes notes si l’on désire être en mesure de raconter l’histoire à quelqu’un d’autre. Cet aspect implique de devoir se prémunir contre les intempéries, afin de s’assurer que les enregistrements ne sont pas affectés par le mauvais temps, sinon il risque d’y avoir des trous dans l’histoire qui sera reconstituée. Notre travail d’hier a, par conséquent, consisté à installer des abris temporaires, qui protégeront le site et les enregistrements durant le reste de la fouille. Cela a fini par donner des archéologues tout trempés, mais un site archéologique et des notes bien au sec !

    photo : Archéocène inc.


    [1] Mise en valeur in situ : méthode qui consiste à conserver et à permettre un accès à des vestiges, à l’emplacement même où ils ont été identifiés.



    14 août 2014

    UNE QUOI ? UNE FOUILLE PAR NIVEAUX ARBITRAIRES.
    Nous traitons, aujourd’hui, de ce qu’est une fouille par niveaux arbitraires, car c’est une question fréquemment posée par les visiteurs depuis le début de l’intervention archéologique 2014. Le XXe siècle, avec l’utilisation courante de différents types d’excavatrice mécanique, est caractérisé par de profondes excavations et des décapages exhaustifs, parfois sur de grandes superficies. Cela n’a pas toujours été le cas. Au XIXe siècle, l’équipement de base est souvent une simple pelle. Les gens du XIXe siècle sont donc plutôt portés, de manière générale, à pratiquer des excavations limitées et à répartir les déblais à proximité de l’excavation ; il s’agit alors de remblayage, afin de niveler ou de rehausser la surface. Il a précédemment été fait état d’un intéressant remblai daté du XIXe siècle, qui recèle des objets qui reflètent l’occupation du site au cours des périodes antérieures. L’épaisseur de ce remblai, qui dépasse 25 centimètres, nécessite d’utiliser une technique d’excavation particulière : la fouille par niveau arbitraire.

    Photo 1 : Archéocène inc.


    Cette procédure est complémentaire à la fouille par niveau stratigraphique, car elle permet de conserver un contrôle de la profondeur de fouille lorsque le niveau visé est relativement épais. La méthode consiste à excaver le sol selon une épaisseur prédéterminée, dans le cas qui nous concerne ici cette épaisseur est de 5 centimètres. L’excavation se fait alors de niveau et à la binette – une espèce de gratte à long manche – en retirant graduellement la terre jusqu’à atteindre l’élévation désirée (photo 1). Une fois cette élévation atteinte, la désignation du niveau change et la fouille se poursuit au sein du même remblai, mais 5 centimètres plus bas et ainsi de suite jusqu’à la fin de ce niveau particulier. Après avoir retiré quelques niveaux arbitraires, si l’on constate que le remblai repose sur un niveau différent, la fouille reprend en fonction de la séquence des sols. Comme le contexte de collecte des objets est une chose primordiale en archéologie, l’utilisation de diverses procédures assure de toujours connaître la provenance des objets recueillis.

    Prochaine question ?



    15 août 2014

    COMMENT DÉDUIRE DES COMPORTEMENTS HUMAINS, À PARTIR DES COMPOSANTES ARCHÉOLOGIQUES ?
    La fouille du remblai daté du XIXe siècle s’est poursuivie aujourd’hui, avec un quatrième niveau arbitraire (lot 9B6). La taille des objets recueillis indique que le remblayage s’est effectué en plusieurs étapes. En effet, une part des artéfacts est très fragmentée, tandis qu’une autre présente des tessons de taille imposante, dans chacun des lots arbitraires (lots 9B3 è 9B6). Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que la surface du remblai a été soumise à un piétinement, à différentes époques, ce qui a fragmenté certains objets en très petits tessons. Le rajeunissement de la surface a déposé d’autres objets, qui se sont retrouvés dans la matrice (gros tessons) ou dans la portion supérieure de la couche, qui a ensuite été piétinée (fragmentation des tessons). Au fil des ans, cela reflète une succession d’événements qui ont relativement le même objectif : agrandir le replat de la terrasse devant la maison LeBer-LeMoyne de Lachine, entre la Maison et la bordure nord du chemin de LaSalle.

    La fouille du niveau 9B6 a aussi permis de discerner une modification sous-jacente, dans la répartition des strates. En effet, une limite a été identifiée entre les sections nord (lot 9B20) et sud (lot 9B7), ce qui permet de distinguer ce que nous croyons être l’ancien emplacement du bord du talus (photo 1). La délimitation entre les deux a été mesurée et reportée sur un plan (photo 2), de façon à pouvoir illustrer la distribution spatiale de chacun des lots. Ces derniers restent à fouiller. Il faudra lire les prochaines entrées du journal de bord pour connaître la suite de l’histoire. La fouille des lots 9B3 à 9B6 est cependant présentement terminée. On remarque une constante, dans le contenu de ces quatre lots arbitraires. Ils comptent tous de nombreux clous (certains forgés, mais la plupart découpés) et de la quincaillerie architecturale, ce qui constitue un indice que des réfections ou de la construction prennent place au moment du remblayage. Une bonne part de la collection recueillie au cours des derniers jours se compose de vaisselle de table, de même que d’objets vestimentaires (boutons) et de fragments de pipes en terre cuite blanche. On y compte également des restes alimentaires. Un tel agencement est généralement associé à un contexte résidentiel ; un reflet de la vie de tous les jours, des habitants de la Maison. En outre, la qualité de certaines des céramiques, permet d’inférer qu’il s’agit de gens de statut économique élevé.

    Les associations entre les différents types de données archéologiques (dans ce cas : les niveaux stratigraphiques, les artéfacts et les restes fauniques) permettent donc de déduire des comportements humains. C’est pourquoi l’on dit que c’est l’humain que les archéologues recherchent, à travers les vestiges du passé recelés dans le sol.


    Photo 1 : Archéocène inc.

    Photo 2 : Archéocène inc.



    16 août 2014

    QU’EST-CE QU’UNE PERTURBATION DANS UN SITE ARCHÉOLOGIQUE ?
    Lorsque l’on utilise le terme « perturbation » dans un contexte archéologique, cela réfère à un événement qui a dérangé la séquence normale des sols et qui s’est fréquemment avéré être un élément destructeur du tissu archéologique. Généralement, il s’agit d’une excavation qui provient de la surface, à une époque relativement récente. Dans certains cas, la perturbation est étendue, comme lorsqu’une excavatrice mécanique creuse un trou en profondeur et retire l’ensemble des sols archéologiques. Dans d’autres cas, la perturbation peut être naturelle, tel un chablis (i.e. un arbre renversé par le vent) ou encore, les tunnels de rongeurs.

    La fouille en cours a permis d’enregistrer trois perturbations ponctuelles, qui peuvent être consécutives à l’implantation de pieux ou à l’installation d’équipement d’infrastructure. La photo illustre un piquet de rétention de hauban, qui a probablement servi à stabiliser un poteau de téléphone, à l’angle nord-est de la sous-opération 9B ; cette zone a donc été isolée du reste de la fouille. Les dommages sont restreints au seul endroit où l’équipement a été installé, c’est pourquoi on dit alors qu’il s’agit d’une perturbation localisée, facilement cernée et traitée séparément des niveaux archéologiques en place.

    Ce qui peut poser problème, par contre, c’est que le sol utilisé pour remblayer l’excavation est souvent constitué des déblais d’excavation. Cela implique qu’il ressemble beaucoup au sol archéologique en place, ce qui le rend difficile à distinguer (particulièrement lorsqu’il pleut à tous les jours…). Une telle situation peut occasionner une confusion dans la datation du niveau lors de la fouille, car des objets récents ont pu être introduits à la même élévation qu’un sol nettement plus ancien. Il est donc important d’identifier ces événements le plus rapidement possible, afin d’éviter ce que l’on appelle une « contamination chronologique ». C’est une expression un peu compliquée qui signifie que des artéfacts récents peuvent se trouver mêlés à des objets plus anciens.


    Photo : Archéocène inc.


    17 août 2014

    ADAPTATION DES TECHNIQUES DE FOUILLE ET DE COLLECTE SELON LE CONTEXTE
    Nous en sommes maintenant rendus à la dixième chronique, ce qui devrait impliquer que vous commencez à connaître assez bien le site de la maison LeBer-LeMoyne de Lachine et différentes activités en lien avec l’archéologie. L’enregistrement des données, vous le savez maintenant, constitue une étape primordiale afin de préserver le contexte archéologique et le suivi de la superposition des sols. Pour ce faire, il est nécessaire de délimiter la distribution spatiale de chacune des strates archéologiques, de façon à permettre de la reproduire en plan et à l’échelle (photo 11), tout comme de noter ses élévations de surface et de fin. Ces étapes ne changent pas, peu importe l’époque. On peut néanmoins identifier la délimitation d’un niveau en utilisant des truelles (photo 2), puis passer à la fouille à la binette – plus rapide – lorsqu’il s’agit d’un remblai.

    Photo 1 : Archéocène inc. Photo 2 : Archéocène inc.

    Les remblais deviennent toutefois de plus en plus anciens, suivant la progression de la fouille, puisque les sols se sont accumulés les uns sur les autres au fil des ans (sauf lorsqu’il s’agit d’une perturbation, voir chronique précédente). D’après les observations faites à ce jour, car la fouille n’est pas encore terminée, le remblayage du talus devant la Maison se serait amorcé au moins à partir du Régime anglais (post 1760). Des déblais datés de cette époque ont avantage à être tamisés (photo 3), afin de recueillir les éléments de petite taille. En outre, lorsque l’on commence à trouver des hameçons, ce qui est arrivé au cours de la dernière semaine, le tamisage permet souvent d’identifier des restes de poisson. Alors, la collection de 2014 comprend dorénavant, aussi, un certain nombre d’os et d’écailles de poisson. Ce type de composantes se nomme, en zooarchéologie2, des restes fauniques ichthyens.

    Photo 3 : Archéocène inc.


    1 La photo a été ajoutée à l’intention des visiteurs qui demandent : qui écrit le journal de bord ?
    2 Champ de spécialisation de l’archéologie, qui étudie les restes fauniques.

  • 20 au 24 août 2014



    20 août 2014

    ET SI ON PARLAIT UN PEU DE MICROTOPOGRAPHIE ?
    La microtopographie se traduit par la lecture des formes du sol, mais à petite échelle ; au lieu de voir des montagnes, ce sont plutôt des modifications minimes qui sont identifiées. La microtopographie contemporaine, en façade de la maison LeBer-LeMoyne de Lachine, est caractérisée par un replat de terrasse relativement large et une pente abrupte vers le chemin de LaSalle (photo 1 ; pente vers le sud). Il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, les habitants de la Maison ont modifié cet espace au fil des ans. La pente des différentes strates de sol indique que la principale modification intervient vers la fin du XIXe ou au tout début du XXe siècle, lorsqu’un remblai est ajouté afin de prolonger le replat de la terrasse en direction du chemin. C’est aussi au même moment que la pente du talus devient abrupte.

    Photo 1 : Archéocène inc.

    La fouille d’une succession de remblais en place, datés du Régime anglais (1760 – vers 1850), a permis de noter que le redressement de la pente du talus s’est effectué en différentes étapes. La surface du niveau dégagé aujourd’hui, qui date vraisemblablement du milieu ou de la première moitié du XVIIIe siècle, donne un aperçu de ce qu’était la pente naturelle antérieure (photo 2 ; le sud se trouve à droite, sur la photo). Au lieu d’une terrasse bordée au sud par un talus abrupt, on distingue alors une terrasse moins longue dans l’axe nord‑sud et un talus en pente douce. Une pente est également perceptible vers le sud‑est, un peu en-deçà de la ligne de bris de pente actuelle. Par conséquent, il faut en conclure que les deux axes de la pente naturelle – vers le sud et le sud-est – ont subi une modification anthropique et ce, dès le XVIIIe siècle.


    Photo 2 : Archéocène inc.

    21 août 2014

    FINALEMENT, LE RÉGIME FRANÇAIS !
    Aujourd’hui, pour la première fois, nous avons amorcé la fouille de niveaux datés du Régime français (XVIIe siècle – 1760). Les objets de culture matérielle sont de première importance afin de dater un niveau, tel que précisé dans une autre chronique : les objets recueillis au cours de la journée sont donc différents de ceux des niveaux précédents. On y trouve exclusivement de la céramique en terre cuite commune vernissée verte et de la faïence française, non plus des céramiques britanniques (creamware, pearlware, grès Derbyshire, faïence anglaise, etc.). Par contre, la période britannique peut encore laisser des traces dans le sol, même à cette profondeur, car des perturbations peuvent survenir à toutes les époques.

    Une fosse a été détectée dans un des niveaux associés à la Nouvelle-France (photo 1), par une différence de matrice (le sol qui compose la strate). On constate, sur la photo, qu’il existe une variation subtile de couleur, de texture, et de granulométrie. Une fois identifiée, la fosse a été excavée séparément, puis isolée du niveau représentatif du Régime français (photo 2) ; le processus assure de poursuivre la fouille sans contamination par du matériel plus récent. La taille de la fosse et la présence de pierres de taille moyenne (15-20 cm de côté) tendent à supporter l’hypothèse qu’il s’agit des traces laissées par l’implantation d’un pieu vertical. Les pierres auraient été déposées pour supporter le pieu, avant de remblayer le trou avec les déblais retirés par l’excavation. Par conséquent, les artéfacts colligés dans ce contexte sont représentatifs de deux époques : le Régime français, représentés par des objets qui proviennent des niveaux traversés par le creusage de la fosse, et le Régime anglais (post 1760), période au cours de laquelle le pieu a été installé. Quant au pourquoi de la présence du pieu, la question reste sans réponse, en l’absence d’autres indices.

    Photo 1 : Archéocène inc. Photo 2 : Archéocène inc.


    22 août 2014


    LE RÉGIME ANGLAIS FAIT ENCORE INTRUSION !
    Une nouvelle fosse datée du Régime anglais (vers 1760 – 1810) a été identifiée aujourd’hui, donc un second niveau intrusif dans les strates du Régime français ; les deux perturbations sont toutefois très limitées et localisées. Dans ce cas, ce sont des déblais de démolition qui étaient recelés dans une cavité, déblais produits dans le cadre d’une réfection de la maison LeBer-LeMoyne de Lachine. Ces travaux sont, vraisemblablement, requis par Hugh Heney – époux de Marguerite Lepailleur – qui est propriétaire de la maison à l’époque mentionnée1.

    On constate qu’il s’agit d’une réfection par le fait que plusieurs des pierres extraites de la fosse sont grossièrement ébauchées et mouchetées de mortier, signes qu’elles étaient précédemment maçonnées. Qui plus est, une clé de voûte2 (photo 1), portant des traces de découpe marquées, a également été identifiée dans les déblais. Une clé de voûte en place peut être observée dans la maçonnerie du mur est de la Maison (photo 2), une suggestion d’observation qui s’adresse aux visiteurs qui désirent s’attarder aux détails de construction.

    Photo 1 : Archéocène inc. Photo 2 : Archéocène inc.


    1 Musée de Lachine, 2008 : Un Musée qui a du coffre ! Ouvrage publié dans le cadre d’une exposition et qui souligne le 60e anniversaire du Musée de Lachine. Publié en collaboration avec le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec.
    2 Une clé de voûte est une pierre de forme triangulaire (ou trapézoïdale) qui permet de fermer l’arche d’une voûte.


    23 août 2014


    LES GESTES ARCHÉOLOGIQUES
    D’après les questions posées par les visiteurs, plusieurs personnes ont en tête l’image qu’une fouille consiste essentiellement en une excavation pour amasser des objets (ou pire : des trésors). Erreur, car pour un coup de truelle, il faut beaucoup de coups de crayons ! Les activités réalisées sur le terrain consistent à effectuer la destruction d’un type particulier d’archives – un site archéologique – selon une méthode qui assure de contrôler le processus et la collecte d’un faisceau d’indices de toutes sortes. Cela permet ensuite de reconstruire un modèle interprétatif, après l’analyse des données et de la collection recueillies sur le terrain. Il est aussi important d’ajouter, qu’en aucun temps, les objets deviennent la propriété des archéologues. Nous les étudions, mais ils ne nous appartiennent pas.

    Alors, grosso modo, avant de fouiller un niveau archéologique (photo 1), il faut d’abord en noter les élévations de surface à l’aide d’un niveau et d’une mire (photos 2 et 3). Les diverses mesures sont mises en relation entre elles en établissant une normalisation, basée sur le niveau moyen de la mer (ou N.M.M.). Cette étape établie, il faut également décrire chaque strate rencontrée en fouille et noter ses caractéristiques propres (photo 3), tout en conservant un lien entre les objets colligés et leur contexte d’origine. En effet, c’est le contexte de provenance qui, souvent, permet de faire « parler » les artéfacts. Finalement, lorsque l’on arrive près de la fin d’une fouille (ce qui est actuellement le cas), il faut également dessiner la séquence des strates – ou coupe stratigraphique – afin d’illustrer la disposition relative de chaque niveau (photo 4). Il faut donc en conclure que la production de plans de distribution spatiale, de coupes stratigraphiques, de même que la prise de notes et de photographies, forment une grande part du travail archéologique.

    Photo 1 : Archéocène inc. Photo 2 : Archéocène inc.
    Photo 3 : Archéocène inc. Photo 4 : Archéocène inc.

    Un site archéologique constitue une archive particulière, qui exige un traitement spécifique pour arriver à la lire, de façon à la rendre intelligible pour tous. Lors d’une fouille ouverte au public, telles que celles mises en œuvre par le Musée de Lachine depuis plusieurs années, l’archéologue assume le rôle de traducteur de cette archive ; cela offre l’occasion de partager un patrimoine culturel et collectif avec la population en général.

    Nous vous remercions d’être venus visiter la fouille de 2014 en si grand nombre, car c’est votre présence qui accroît la portée sociale de notre travail.


    24 août 2014

    C’EST FINI
    La dernière tâche de terrain, en archéologie, consiste à combler l’aire de fouille (photo 1) ; ce sont les déblais retirés qui ont été utilisés pour remplir l’excavation. C’est souvent le cas sur les sites d’occupation résidentielle, tel le site LeBer-LeMoyne de Lachine qui, au contraire d’un site industriel, ne présente pas de sol contaminé.

    Photo 1 : Archéocène inc.

    Une fois la fouille remplie, la tourbe posée et le gazon semé, il ne reste qu’à vous dire adieu. Le plus gros de la tâche s’amorce toutefois, car les données et la collection doivent être traitées et analysées, de façon à réunir les différents indices colligés lors de la fouille et à rédiger un rapport qui explique ce qui a été trouvé. C’est alors que les archéologues redeviennent invisibles, terrés dans leurs laboratoires, hors du cadre du Mois de l’Archéologie et des fouilles ouvertes au public du Musée de Lachine.

    L’auteure de cette chronique journalière vous salut une dernière fois, de son « bureau de terrain », et vous dit : à la prochaine !

    Photo : Archéocène inc.

Calendrier 2013

Textes : Françoise Duguay, Archéocène inc.
Plan des interventions archéologiques 2013 [1 Mo - 1 page]

  • 7 au 11 août 2013
    Le 7 août 2013

    Les fouilles débutent !

    Les fouilles archéologiques ont commencé au Musée de Lachine, aujourd’hui, le 7 août 2013. Les travaux de cette année visent les bordures ouest et nord de l’annexe de la maison LeBer-LeMoyne, avant d’y amorcer la construction d’une terrasse. La première étape d’une fouille, puisqu’il s’agit d’une excavation, consiste à répertorier toute infrastructure souterraine qui pourrait se trouver enfouie à l’emplacement des aires de fouille : câble électrique, fil de téléphone, fibre optique, conduite d’aqueduc, etc. Leur localisation étant souvent imprécise, les archéologues se fient souvent plus à leurs yeux qu’à un plan…

    Nous avons donc commencé à retirer le sol en surface, dans ce cas-ci du gravier fin, afin d’identifier l’emplacement d’éventuelles tranchées d’installation. Ce travail se nomme un décapage horizontal manuel, travail qui permet d’ôter peu à peu le sol afin d’éviter d’endommager un fil ou une conduite. On procède d’abord en retirant le sol superficiel meuble (photo 1), avant d’excaver le sol situé plus en profondeur (photo 2). Lorsqu’une tranchée d’installation est détectée, la procédure permet de l’isoler, pour ne pas creuser à cet endroit. On évite aussi ainsi de mélanger les époques, puisque les tranchées d’installation sont fréquemment remblayées à l’aide de toutes les couches de sol traversées lorsque la tranchée a été creusée. Les archéologues, eux, creusent par couche de sol – une à la fois – afin de distinguer les différentes époques d’utilisation du site. Si aucune tranchée d’installation n’est détectée, le travail de décapage s’arrête sur un sol archéologique, c’est-à-dire sur une couche qui n’a pas été perturbée et qui représente une phase spécifique d’occupation.

    Quelques objets ont déjà été trouvés, dans le gravier de surface, dont : des pièces de monnaie modernes (après 1980), des clous rectangulaires à pointe plate et une carte d’identité datée de 1985. La carte et les monnaies nous apprennent que le gravier doit avoir été déposé vers 1985, mais les clous rectangulaires sont un anachronisme à cette époque, puisque les clous actuels sont ronds et pointus. Pourquoi donc y a-t-il des clous rectangulaires, dans un sol déposé à la fin du XXe siècle ? L’explication est évidente lorsque l’on observe le revêtement de bois de l’annexe de la maison, qui a été posé dans les années 1980 : les clous utilisés sont rectangulaires, comme au XIXe siècle, afin de respecter la date de construction de l’annexe. Les clous retrouvés aujourd’hui sont donc des imitations de « vieux » clous, fabriqués au XXe siècle, mais dont l’utilisation a permis de préserver le caractère patrimonial du lieu.

    Photo 1: Archéocène inc. Photo 2: Archéocène inc.

     

    Le 8 août

    Du gravier et des sondages

     

    Le décapage manuel horizontal du gravier s’est poursuivi aujourd’hui, en bordure ouest et nord de l’annexe de la maison LeBer-LeMoyne. Nous avons maintenant retiré environ 8 mètres cube de gravier, en deux jours, afin de dégager les niveaux plus anciens. C’est beaucoup de gravier à pelleter à la main et à transporter dans une brouette ! Ce travail minutieux a d’ailleurs permis d’identifier une conduite de fibre optique (photo), le genre de chose que l’on ne veut vraiment pas endommager. Ouf ! Sa localisation est maintenant indiquée par de petits drapeaux rouges et du ruban jaune « Attention », de manière à éviter de circuler à cet emplacement. Il ne reste donc maintenant qu’à ôter environ 2 à 3 centimètres de gravier, pour commencer véritablement la fouille. La première couche devrait être datée de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle… si nous ne nous sommes pas trompés dans notre estimation. La confirmation ou l’infirmation viendra lorsque nous entamerons véritablement la fouille de ce niveau.
    Deux petits sondages ont aussi été excavés en bordure de la tranchée principale, l’un du côté ouest et l’autre au nord. Leur objectif était de localiser des tranchées d’installation d’infrastructure souterraine, mais aussi de déterminer si des sols archéologiques pouvaient être présents hors des aires de fouille de 2013. Le premier sondage a été amalgamé à l’aire 7A, puisqu’il ne s’agissait que de retirer le gazon en surface. Nous avons alors pu constater la présence d’une importante tranchée d’installation de conduites électriques, comblée à l’aide des sols excavés au même emplacement. Juste sous la tourbe, près de la surface, nous y avons trouvé un fragment d’éclat de pierre – du chert – qui présente des traces distinctives de la production d’outils en pierre amérindiens. Cet indice permet d’estimer que l’excavation de la tranchée d’installation a traversé toutes les couches archéologiques, même les plus anciennes ; ce n’est donc pas un bon endroit pour effectuer des fouilles. Par contre, le sondage du côté nord présente des sols ajoutés sur l’ancienne surface, ce qui indique généralement que les niveaux archéologiques sont préservés plus en profondeur. C’est une bonne nouvelle, si le Musée de Lachine désire continuer à documenter l’occupation du site, car d’autres endroits restent accessibles pour acquérir des connaissances.

    9 au 11 août

    Du remblai... et encore du remblai!

    Comme il arrive souvent, l’échantillonnage du niveau sous-jacent effectué au tout début n’était pas tout à fait représentatif de la réalité ; le site nous a donc joué un tour. Une excavation de petite taille fournit donc, parfois, une vision distordue de la réalité. En fait, le gravier de surface a été déposé sur un remblai, associé à des réfections apportées à la maison, puisque la plupart des objets retrouvés sont de la quincaillerie : clous, broche, crochets, porcelaine pour l’électricité, etc. Le décapage manuel horizontal s’est donc poursuivi dans ce remblai, qui contenait des objets datés de vers 1980, ce qui date l’événement. D’autres éléments étaient un peu plus anciens, chose normale lorsque l’on effectue des travaux de réparation. On y trouve un peu de vaisselle, comme des fragments d’assiette, de tasse et d’une théière, ce qui laissait croire à un niveau d’occupation du XIXe siècle. L’échantillon recèle aussi des fragments de conduites en terre cuite pour l’évacuation des eaux usées, d’un type couramment utilisé à l’époque et dont les segments s’insèrent les uns dans les autres (photo). 

    La suite des travaux à l’un des emplacements des fouilles de 2013, celui situé près du mur nord de la maison LeBer-LeMoyne, a toutefois été un peu décevante. Nous y avons localisé des vestiges qui semblent dater de l’époque de la pisciculture (1950-1960), mais le terrain à cet endroit avait préalablement été décapé et comblé par un remblai de démolition, peut-être dans le but d’améliorer le drainage à la jonction de la maison et de l’annexe. Le seul niveau présent sous ce remblai est ce que les archéologues désignent par le terme de « sol naturel stérile », c’est-à-dire un niveau qui ne contient aucune trace d’utilisation humaine, car il date d’avant l’arrivée des premiers groupes Amérindiens dans la vallée du Saint-Laurent. Nous espérons donc que la fouille des autres aires pourra déceler la présence de sols archéologique intègres, afin de documenter l’ensemble de la séquence événementielle du site, non pas seulement la portion la plus récente de son histoire.

  • 14 au 18 août 2013
    Le 14 août

    Fouiller c’est une chose, mais il faut aussi enregistrer !

    Quelques mots sur les procédures utilisées en archéologie, puisqu’en ce jour de pluie nous avons travaillé sous abris et mis à jour les notes de terrain. Une fouille archéologique, c’est un peu comme de déchirer les pages d’un livre après les avoir lues et de les jeter au feu ; il faut avoir pris suffisamment de notes, si l’on désire pouvoir raconter l’histoire. Un site archéologique constitue une archive, d’un type un peu spécial et différent des archives écrites, que l’on doit détruire afin d’en connaître les composantes. Une fouille implique la destruction de l’archive, mais de façon contrôlée. Qui dit « contrôlé » exige de procéder de façon systématique et de ne pas omettre les détails. Un enregistrement adéquat permet, entre autres, d’associer les objets recueillis au contexte d’où ils proviennent, ce qui rehausse leur potentiel de mise en valeur. Le processus de fouille archéologique impose donc de prendre beaucoup de notes et de produire des illustrations, en plus de creuser le sol.

    Le travail d’enregistrement assure le suivi des activités, mais il consiste également à décrire de façon minutieuse les couches archéologiques, de même qu’à reproduire leur distribution et leur association avec les vestiges structuraux. C’est ce que l’on appelle de la planimétrie ou, plus simplement, de produire un dessin en deux dimensions et à l’échelle des éléments archéologiques (voir plan). La séquence des sols doit aussi être répertoriée, en suivant leurs relations et en mesurant la profondeur (photo). Le dessin de la paroi d’une aire de fouille se nomme une « coupe stratigraphique » ; c’est un peu comme de dessiner un gâteau à étages, après l’avoir tranché… mais sans le crémage. Les localisations sur le plan et les mesures de profondeur fournissent ainsi une vision en trois dimensions. L’ensemble des notes et des dessins permet de reconstituer le site, puisque chacun de ses éléments constitutifs est documenté, ce qui revient à dire que l’archive – le site – est préservé afin d’en assurer la pérennité.

    • Plan [40 ko - 1 page]
    Le 15 août

    L’époque de la pisciculture (vers 1950-1963)

    Le terrain où se trouve la maison LeBer-LeMoyne a vu défiler de multiples utilisations, certaines anciennes et d’autres plus récentes. Des aménagements d’un type un peu particuliers y ont pris place vers le milieu du XXe siècle, alors que Gouvernement du Québec décide de construire une pisciculture. De petits aquariums et de grands bassins sont aménagés, afin que les gens puissent venir observer différentes espèces de poissons. Il ne faut donc pas se surprendre que des installations d’une telle ampleur laissent des traces dans le sol.

    Photos : BANQ  

    En effet, une canalisation de béton a été mise au jour dans l’aire de fouille 7A, près du mur de la maison, probablement pour l’alimentation en eau des aquariums ou des bassins. Le canal forme un angle de près de 90¢ª au sortir de l’annexe, pour ensuite se diriger vers le nord. Il est recouvert d’un épais couvercle de fer, dont l’étanchéité des joints est garantie par de la toile goudronnée. Le type de construction et les matériaux utilisés permettent de l’associer à l’époque de la pisciculture, qui ferme ses portes en 1963.Source des photographies anciennes : Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

    Source de la photo de la canalisation : Archéocène inc.

    16 au 18 août

    Pourquoi là? Jusqu'où?

     

    Deux questions récurrentes ont été identifiées au cours de la dernière fin de semaine, étant donné le nombre élevé de visiteurs sur les fouilles (125 personnes). Merci à tous ces gens de s’être déplacés pour venir échanger avec nous !

    Une première question concerne la raison de fouiller à proximité de l’annexe de la maison, en 2013. Le site LeBer-LeMoyne de Lachine est protégé par un statut, accordé en vertu de dispositions législatives ; il est donc conséquent d’y pratiquer ce qui se nomme de l’archéologie préventive. Le processus consiste à vérifier la présence de sols archéologiques à un endroit particulier, lorsque ce dernier doit être visé par des travaux d’aménagement. Dans le présent cas, il est prévu d’ériger une terrasse le long des côtés ouest et nord de l’annexe de la maison, ce qui explique la localisation des aires de fouille. Les vestiges archéologiques peuvent ainsi être préalablement retirés, de manière à éviter de les perturber au cours des travaux de construction.

    Une seconde interrogation consiste à demander jusqu’où il faut fouiller. Généralement, une fouille archéologique s’arrête sur le sol naturel que l’on identifie comme étant « archéologiquement stérile », ce qui signifie que sa datation précède la première utilisation humaine du site. La profondeur du sol stérile varie selon les sites et même, selon les endroits sur un même site. La profondeur maximale atteinte sur le site LeBer-LeMoyne en 2013 est de 1,19 mètre sous la surface actuelle. Il s’agit d’un sondage (photo), une excavation de petite taille, excavé afin de vérifier si le sol était effectivement « archéologiquement stérile ». En conditions plus naturelles, hors d’un secteur où de multiples remblais ont été accumulés au fil des ans, la profondeur est plutôt de l’ordre de 0,50 à 0,75 mètre.

    Source de la photo : Archéocène inc.

  • 21 au 25 août 2013
    Le 21 août

    Comment dater les sols archéologiques?

    Une autre question soulevée par les visiteurs lors d’une fouille concerne la datation des sols archéologiques. D’une part, les niveaux peuvent être mis en séquence chronologique, selon leur position relative. Par exemple, une couche située au-dessus d’une autre est plus récente, car elle a été ajoutée après l’événement précédent. D’autre part, les objets – ou artéfacts – recueillis dans un niveau de sol fournissent aussi une date, car les modalités de fabrication se modifient avec le temps. La céramique est souvent un bon élément de datation, puisque des recherches ont permis de classifier différents types de céramique selon les époques. 

    La vaisselle moderne est généralement faite de terre cuite fine blanche, une pâte utilisée depuis la seconde moitié du 19e siècle. Les décors changent toutefois selon la mode et la technologie disponible, ce qui fournit une indication quant à la date de fabrication. À la fin du 18e et au début du 19e siècle, on retrouve plutôt des céramiques importées d’Angleterre, qui présentent une pâte fine et une couleur bleutée (pearlware) ou crème (creamware). La période française, donc le 17e sièclejusqu’à 1760, est fréquemment caractérisée par une céramique importée de France; elle présente une pâte grossière et une glaçure verte. Des fragments des trois derniers types de céramique ont été trouvés au cours des fouilles de 2013. On peut voir ces types sur la photo, de gauche à droite : tessons de terre cuite française à glaçure verte, de pearlware et de creamware.
    Source de la photo : Archéocène inc.

    Le 22 août

    Et le verre?

    Le verre est un matériau qui se préserve bien dans le sol. Des fouilles archéologiques offrent donc la possibilité d’en dévoiler des types représentatifs de diverses époques. On peut voir, à gauche sur la photo, un tesson provenant d’une bouteille de gin carrée du 19e siècle. À droite, on trouve plutôt un fond de bouteille, d’un type fabriqué au début du 20e siècle. Le verre de la bouteille du 19e siècle présente de petites bulles, lorsqu’on le regarde en transparence. Cela provient du mode de fabrication; plus le verre est vieux, plus il est possible d’y apercevoir des bulles; le verre moderne n’en contient généralement pas du tout. Le verre très vieux présente quant à lui souvent une patine, ce qui le rend peu translucide.
    Le fond de bouteille, à droite, comporte aussi un logo, un grand « S », et l’inscription « Stewart Bottling Co. Limit[ed] M[ontreal] ». Il devient alors possible de référer à des fonds d’archives, afin d’en apprendre plus sur cet embouteilleur. L’annuaire Lovell indique que la compagnie Stewart Bottling Co. amorce ses opérations au début du 20e siècle et que la manufacture se trouve sur la rue William à Montréal. Un article du journal La Patrie fournit en outre l’information que cette compagnie s’est fusionnée avec une entreprise américaine, Cott Bottling Co., en 1955. Une photo d’une bouteille de la compagnie Stewart Bottling, incluse dans un catalogue de collectionneur, permet de voir l’objet au complet. Les sources archéologiques, documentaires et iconographiques deviennent ainsi complémentaires, afin de reconstituer une histoire plus complète.

    Source de la photo des tessons de verre : Archéocène inc.

    Source de la photo de la bouteille : www.bouteilleancienneduquebec.com : image 3715880.

    23 au 25 août

    Surprise!

    La fin d’une fouille archéologique réserve souvent une surprise. En effet, à moins d’avoir les yeux aux rayons X de Superman, il est difficile de savoir ce qui se trouve dans le sol. En outre, il ne serait pas nécessaire d’effectuer une fouille, si l’on savait à l’avance ce que l’on allait trouver, non? Un vestige structural a donc émergé du sol le dernier jour des fouilles, sous la forme d’une maçonnerie de pierre sèche, c’est-à-dire sans mortier pour lier les pierres entre elles. Ces pierres entremêlées de terre comblent une excavation, un aménagement qui servait vraisemblablement d’assise à une poutre disposée verticalement, afin de soutenir un porche par exemple. L’expertise du vestige a permis de déterminer qu’il date du 19e siècle ou du début du 20e siècle, ce qui correspond à la première phase d’utilisation de l’annexe de la maison LeBer-LeMoyne. Sa présence est également indicative du fait que la porte du côté ouest n’est pas un aménagement récent, ajouté à l’époque de la pisciculture, mais plutôt une composante initiale de l’annexe.

    Ce n’est pas tout de fouiller, encore faut-il remettre le lieu dans son état original, ce qui fait partie intégrante du travail d’un archéologue. Les excavations effectuées en 2013 ont donc été comblées, avant de les niveler avec le gravier concassé qui formait la surface à notre arrivée. Le remblayage et la remise en état achèvent la portion qui concerne la collecte des données, étape qui se nomme la « phase de terrain » en jargon archéologique, mais il reste encore beaucoup de travail à réaliser en laboratoire au cours des mois qui viennent. Nous tenons cependant dès à présent à remercier le personnel du Musée de Lachine, ainsi que les nombreux visiteurs qui sont venus s’informer tant sur l’archéologie en général que sur les fouilles et le site LeBer-LeMoyne. Il ne reste plus qu’à dire « à la prochaine ! ».

    Source des photographies : Archéocène inc.

  • Qui sont Jacques LeBer et Charles LeMoyne?

    Jacques LeBer, qui arrive en Nouvelle-France en 1657, est né à Rouen (France) en 1633 ; il deviendra l’un des plus riches marchands de la colonie. Sa mère, Colette Cavelier, était peut-être parente de Cavelier de LaSalle, ce qui expliquerait en partie son intérêt pour les terres situées dans la portion ouest de l’île de Montréal. Au fil des ans, LeBer acquiert le fief de Senneville, une partie du fief de Lachine et les deux tiers de l’île des Sœurs (anciennement « île Saint-Paul »). Il habite une résidence à Ville-Marie (Montréal) et possède également d’autres propriétés, dont un entrepôt à Lachine. Il s’implique aussi dans la milice, pour défendre la colonie contre les raids iroquois au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle. Cette préoccupation s’exprime par des mesures défensives, puisque la dépendance que l’on peut voir au Musée de Lachine et le moulin qu’il fait construire à Senneville sont deux bâtiments qui peuvent être utilisés comme redoute (ou fortin) en cas d’attaque : ils sont érigés en maçonnerie de pierre et présentent des meurtrières. Jacques LeBer décède à Montréal en 1706, ayant survécu à son épouse et à deux des ses fils morts prématurément. Sa fille, Jeanne LeBer, deviendra celle que l’on surnomme « La Recluse », après avoir pris le voile et s’être vouée à la contemplation. Son d’héritage comprend les terres de l’île Saint-Paul, qui reviennent alors à sa communauté (d’où le nom actuel « d’île des Sœurs »).

    Signature de Jacques LeBer, sur un acte daté de 1693 (BANQM)

    Qui dit LeBer doit également faire référence à Charles LeMoyne, né à Dieppe (France) en 1626, puisqu’il se trouve être son beau-frère et partenaire commercial. LeMoyne est donc, lui aussi, un négociant, mais également un soldat et un interprète ; il participe d’ailleurs à de nombreuses escarmouches contre les Iroquois, de 1646 à 1684. Il se fixe à Ville-Marie en 1646, après un passage à titre d’interprète à Trois-Rivières. Ce rôle lui est également dévolu en 1673, alors qu’il accompagne Frontenac pour négocier avec les nations iroquoises, afin d’établir le fort Cataracoui (ou fort Frontenac) sur les rives du lac Ontario. Il acquiert le fief de Senneville avec Jacques Leber, avant de lui céder en propre, mais se fait concéder celui de Longueuil. Ses possessions vont ensuite s’étendre de Varennes à Laprairie et même, jusqu’à Châteauguay ; ses terres se trouvent donc essentiellement concentrées sur la Rive Sud. Il meurt à Montréal en 1685, année qui suit son acquisition de l’île Perrot.
    Globalement, les deux hommes en viennent donc à contrôler une bonne part des deux rives et de certaines îles du fleuve Saint-Laurent, par l’acquisition de terres en amont de Ville-Marie, positions utilisées à titre d’avant-postes dans le cadre de la traite des fourrures. En effet, il s’agit d’une localisation géographique névralgique d’un point de vue commercial, puisque les canots de fourrures transitent vers Montréal à partir des Grands Lacs. Les deux hommes sont, par ailleurs, des actionnaires de la Compagnie du Nord, une activité parallèle à celle de la traite du roi, tout comme ils obtiennent la concession de la traite et du transport des fourrures en lien avec le fort Cataracoui. Ils se verront octroyés des lettres de noblesse, soit par achat, dans le cas de LeBer, ou pour services rendus, dans celui de LeMoyne.

    Trois d’au moins cinq meurtrières originales sont encore visibles sur le mur sud de la dépendance. (photo : Archéocène inc. ; Musée de Lachine, site BiFk-6)
    Le but de l’archéologie est de déceler des comportements humains, par l’interprétation de différentes traces laissées par leur passage. C’est donc l’humain que l’archéologue cherche derrière les vestiges. L’empreinte de LeBer et de Lemoyne, mais aussi signe d’une époque tourmentée, apparaît dans les caractéristiques architecturales de la dépendance toujours en place au Musée de Lachine, par la présence de meurtrières sur son flanc sud.

    SOURCES

    Archéocène inc. (Pothier, Louise et Françoise Duguay).

    1993 Le domaine agricole d’un marchand aux XVIIe et XVIIIe siècles. Le site LeBer de l’île des Sœurs. Ministère de la Culture du Québec, Direction des communications, Les publications du Québec, Collection Patrimoines, no 85, Québec.

    Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Montréal (ABNQM).

    1693 Tutelle des enfants mineurs de Jacques LeBer. 25 et 26 novembre 1693, cote : TL4,S1,D6.

    Dictionnaire biographique du Canada (DBC).

    1967 Tome I, 1000 à 1700 : Jacques LeBer et Charles LeMoyne. Les Presses de l’Université Laval et University of Toronto Press, Québec et Toronto.

 
 
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