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Journal de bord 2009-2010

Calendrier 2010

Textes : Hélène Buteau, Archéotec inc.

  • 28 juillet au 1er août 2010

    Le 28 juillet 2010
    La campagne d’intervention archéologique sur le terrain du Musée de Lachine pour l’année 2010 a commencé ce matin, le 28 juillet, par une journée très venteuse, mais ensoleillée ce qui a facilité la mise en place des installations pour la recherche au terrain. Tout comme pour l’année 2009, un vaste abri temporaire a été placé au-dessus des sondages afin de permettre de poursuivre la fouille même par mauvais temps. Le toit étant translucide, la lumière naturelle pénètre sous l’abri ce qui est essentiel pour les archéologues. Tout le long de cette campagne, trois archéologues seront présents sur les lieux du mercredi au dimanche inclusivement. Il s’agit de Pascale Vaillancourt, qui assure la direction de l’équipe formée de Jessica Massé et d’Éliane Bossé. À ces trois archéologues d’expérience viendront s’ajouter occasionnellement d’autres spécialistes d’Archéotec: un géomorphologue, Marc Lamarche, un archéologue préhistorien, Pascal Brisebois, et un arpenteur/cartographe, Benoît Gauthier.

    L’objectif de départ demeure le même que pour 2009: comprendre les sols naturels du site afin d’être en mesure de reconstituer la topographie naturelle. C’est ce qui explique la présence d’un géomorphologue lorsque viendra le moment d’analyser les parois des sondages. Les objectifs spécifiques découlent de cet objectif. Les archéologues d’Archéotec ont émis l’hypothèse en 2000, que les Européens, qui se sont installés sur ce site concédé à Robert Cavelier de LaSalle au dix-septième siècle, puis vendu aux marchands montréalais Jacques LeBer et Charles LeMoyne, ont détruit un site préhistorique occupé par des Amérindiens de passage. Cette hypothèse, bien qu’elle soit en partie confirmée par les découvertes de 2009, n’est pas encore devenue certitude et surtout, n’est pas appuyée par des assemblages archéologiques abondants. L’année 2010 rapportera sans doute suffisamment de preuves appuyant cette hypothèse. Selon le spécialiste de la préhistoire Pascal Brisebois, les fragments de vases mis au jour l’année dernière témoignent d’une large fourchette d’occupation de ces voyageurs préhistoriques, soit entre 2000 et 500 avant aujourd’hui. Autre objectif pour la campagne 2010: comprendre le choix de cet emplacement pour les marchands qui se portent acquéreur de ce terrain en 1669. Les objets mis au jour l’année dernière apportent certains éclaircissements à ce sujet, mais il est un peu tôt pour expliquer certains textes consignés en 1670 qui précisent que l’on accède, du lac Saint-Louis au site de la Maison LeBer-LeMoyne par un «débarquement» (un quai). Les archéologues, l’année dernière, ont cru que la porte de la maison donnait directement accès à un quai, car les rives du lac Saint-Louis se trouvaient au dix-septième siècle très près du chemin du Roy. Le parc Ranger, devant le musée, a été formé de remblais successifs. La journée d’aujourd’hui a été entièrement consacrée à la mise en place des sondages et au creusage des sondages qui n’avaient pas été terminés l’année dernière, notamment le sondage 1G (plan des interventions 2010).

    En fin de journée, les élévations ont été prises à l’aide d’un niveau, des photos ont été prises du site (notre photo). Demain, la fouille du sondage 1G pourra commencer. À noter que ce sondage a été allongé cette année afin de mieux comprendre la forme (naturelle?) du talus devant la Maison LeBer-LeMoyne.


    Le 29 juillet 2010
    La fouille du sondage 1G a commencé ce matin sur une couche datée, par de nombreux fragments d’objets, du dix-neuvième siècle. La provenance de ces objets, surtout les terres cuites, est surtout l’Angleterre où les producteurs céramiques prennent le marché d’assaut à ces moments-là. Une partie du sondage 1G se trouve sous une ancienne véranda installée au dix-neuvième siècle. Les objets mis au jour sous cette véranda (qui n’est plus en place depuis très longtemps) ont été perdus en passant par les fentes des planches qui formaient la véranda. Il y a des boutons et des épingles, mis au jour dans des sols très compacts, par l’archéologue Éliane Bossé.

    L’installation de piliers de ciment pour supporter cette véranda a quelque peu bouleversé les sols archéologiques. La partie sud du sondage 1G contenait, outre du matériel du dix-neuvième siècle, de petits fragments provenant de vases en terre cuite française. Pour l’archéologue, ces petites découvertes rappellent que la maison au pied de laquelle ils pratiquent leur fouille a été construite pendant la période du régime français. Un anneau de métal cuivreux mis au jour aujourd’hui rappelle pour sa part, que le commerce des fourrures est l’une des principales préoccupations de l’époque. Les anneaux et les bagues de métal cuivreux étaient échangés dans le cadre de la traite des fourrures. Ils étaient aussi souvent donné en cadeau dans les missions, aux Autochtones qui les fréquentaient. Les travaux se poursuivent demain, toujours dans ce sondage, car les sols archéologiques des premières époques n’ont pas encore été atteints.



    Le 30 juillet 2010
    fouilles 30-07-10 épingles 100730155700.jpgDe grosses tâches attendaient les archéologues dans le sondage 1G aujourd’hui. Il fallait en effet enlever les grosses pierres alignées est-ouest qui servaient d’appui autrefois pour la véranda. Il avait été constaté l’année dernière que des activités de couture caractérisaient cette portion du site. En 2009, pour appuyer cette observation, des centaines d’épingles de métal cuivreux avaient été mises au jour dans cette portion du site. Cette année, toujours pour le dix-neuvième siècle, des objets et fragments d’objets dont la fonction est associée à la couture ont déjà été dégagés du sol sous-jacent aux pierres mentionnées précédemment. Il y a des épingles, mais l’un d’entre eux consiste en un couvercle cylindrique en os d’un étui à épingles. En 2000, les archéologues d’Archéotec avaient mis au jour à l’intérieur de la maison un objet semblable. Il s’agissait cependant de la boîte comme telle. Nous ne savons pas encore si le couvercle et la boîte sont un seul et même objet.

     

    Un magnifique dé à coudre témoigne lui aussi des activités de couture. fouilles 30-07-10 dé 100730161500.jpgCe dé a été porté en tant que parure. Il est arrivé souvent, du temps de la traite, que des objets comme des pièces de monnaie, des dés à coudre et autres petits objets brillants aient été acquis en traite et portés en bijoux. Cet article, bien que sa fonction soit reliée à la couture, endosse une autre fonction: celle de parure. Lorsque la couche qui contient les objets mentionnés précédemment est enlevée, un lit de mortier désolidarisé apparaît sur l’ensemble du sondage. Il y a aussi quelques pierres.
    L’équipe de Pascale Vaillancourt compte sur la fin de semaine pour terminer la fouille du sondage 1G, mais les sols, comme Pascale s’en doutait déjà, sont très compacts ce qui ralentit passablement l’avancement des travaux. Le sondage 1G, très important en raison de sa position à l’est de la maison et le long du petit talus qui sépare l’avant et le côté Est de la maison, recèle en outre du matériel, perdus à cet endroit, très tôt au début du régime français. Une portion de ce sondage avait en effet fourni des belles pièces de monnaie très anciennes. Cette année, la fouille du 1G est prévue pour couper le talus et mieux comprendre sa formation. Est-il naturel ou anthropique? C’est ce que révèleront les prochains jours.

    Le 31 juillet 2010
    La couche de mortier et celle qui est située dessous se sont révélées d’un grand intérêt archéologique et apportent des éléments concrets de la construction de la Maison LeBer-LeMoyne. Il semble en effet que ces deux couches soient reliées à des activités entourant un four à chaux. Il était nécessaire, lorsque l’on construisait des maisons de pierre au dix-septième siècle, de trouver les pierres et de préparer la chaux qui entre dans la composition du mortier. Autour de ce four à chaux, les objets, peu nombreux, reflètent la présence de chasseurs, Autochtones et Eurocanadiens, car on a fumé avec des pipes fabriquées en Hollande; on a utilisé un fusil, car des munitions et des parties de fusil ont été trouvées dans ces couches. Une pointe de flèche en chert vert du Sylvicole supérieur témoigne de la chasse également. Placée au bout d’une hampe, la pointe pouvait être très efficace pour tuer une bête, parfois de grande taille. Il semble qu’il y ait eu des échanges également puisque deux bracelets de cuivre et des parties de marmite ont été trouvés dans ces couches. Les marmites en laiton, apportées de France, étaient très appréciées dans le commerce des fourrures. Elles étaient pratiques pour les voyageurs autochtones qui cuisaient, jusqu’avant l’arrivée des Européens, dans des vases en terre cuite. Lorsque les marmites européennes étaient brisées ou percées, les Autochtones leur trouvaient une deuxième fonction: celle de parures. Ils les découpaient et roulaient les retailles en forme de cône ou de tube. Ces ferrets étaient ensuite fixés aux franges de vêtements, dans les cheveux ou aux gibecières. Ils en faisaient aussi des pointes pour la chasse.
    Demain, les couches sous-jacentes seront ouvertes. Elles devraient fournir des données intéressantes sur les premières rencontres entre les Européens et les Autochtones qui, à un certain moment, ont trouvé à Lachine, devant la Maison LeBer-LeMoyne, des occasions de se rencontrer, laissant par le fait même les traces que les archéologues, aujourd’hui comme sans doute demain, mettent au jour pour la première fois depuis trois siècles et demi.



    Le 1er août 2010
    Bien que le sol naturel n’ait pas été atteint partout, il apparaît maintenant assez clairement qu’à l’origine, devant la Maison LeBer-LeMoyne, le talus épousait une pente douce vers le lac. La topographie naturelle peut toutefois être décelée par endroits, révélant une surface bosselée. C’est là que se sont installés les premiers maçons pour la construction de la maison et c’est là aussi que les rencontres mentionnées dans le journal d’hier se sont déroulées. Pour la construction de la maison, les fouilles de 2009 avaient indiqué que des moellons en place avaient été intégrés à la maçonnerie. Si cette méthode a été adoptée à certains endroits des fondations, il semble que d’autres moellons aient été écartés légèrement vers l’extérieur et laissés sur place. Après la construction de la maison, on a opéré un nivellement sommaire en les recouvrant de terre. Ce sont les seules activités entreprises à cet endroit au dix-septième siècle pour le terrassement du parterre de la maison. Au-dessus du sol naturel, une ou deux couches de mortier mêlées de terre et de cendre s’étendaient au fond du sondage 1G.
    Ces sols archéologiques sont tous passés au tamis afin d’extraire les plus petits indices procurant un surplus d’information sur les premières heures de l’occupation du site par les Européens. Quelques ossements ont été mis au jour. L’archéologue Jessica Massé les a identifiés : il y a de nombreuses arêtes de poisson ainsi que quelques os de porc. La fouille du sondage 1G devrait se terminer mercredi et l’ouverture du sondage 1M devrait s’amorcer ce même jour. Il s’agit d’examiner, sur une plus vaste superficie, la topographie naturelle afin d’identifier et de documenter les activités qui forment le quotidien de Lachine à la préhistoire et à la période historique. La fouille se poursuit mercredi le 4 août.

  • 4 au 8 août 2010

    Le 4 août 2010
    Fouilles archéologiques au Musée de Lachine_sondage 1G_2010Il semble que le sondage 1G n’ait pas fini de livrer ses secrets. Les portions nord et sud du sondage semblent mieux conservées que le centre, où se trouve une fosse qui n’apparaît, sous forme de traces, qu’à ce niveau profond du sondage. Puisque cette fosse contient des fragments de terre cuite fine anglaise de la fin du dix-huitième siècle, l’archéologue responsable de la fouille, Pascale Vaillancourt, affirme que la fosse a été creusée à travers des couches plus anciennes et n’a été utilisée que pendant une courte période qui ne dépasse pas la fin du dix-huitième siècle. La fonction de la fosse n’est pas établie encore. La partie nord contient des sols organiques non remaniés dans lesquels se trouvaient deux éclats de chert et un fragment de poterie amérindienne préhistorique. Le décor qui orne la paroi de cette poterie est réalisé à l’aide d’objets à pointe rectangulaire. En association avec ce fragment, des ossements animaux ont été mis au jour. Les éclats de chert sont intéressants en ce sens qu’ils témoignent d’activités de fabrication d’outils pendant la préhistoire. Le dégrossissement de la pierre pour le façonnement de ces outils entraînait le prélèvement de petits éclats. C’est pour cette raison que les éclats intéressent l’archéologue autant que l’outil lui-même. L’équipe d’Archéotec pensait avoir le temps de terminer la fouille du sondage 1G aujourd’hui et être en mesure d’ouvrir le sondage qui est identifié par la lettre M sur le plan qui accompagne le journal du 28 juillet, mais la fouille du 1G s’étant prolongée, l’ouverture du 1M est reportée à plus tard.


    Le 5 août 2010
    Malgré les menaces de pluie et d’orage, la journée de fouille à la Maison LeBer-LeMoyne s’est déroulée sous le soleil. Les archéologues ne s’en plaignent pas puisque l’éclairage doit être fort lorsque les couches à dégager, au fond du sondage, sont profondes. La fouille du sondage 1G est terminée. Les moellons qui avaient été laissés à l’écart par les maçons lorsqu’ils ont élevé les fondations de la maison au cours du dernier tiers du dix-septième siècle, avaient été laissés aussi sur place, jusqu’à présent, par les archéologues. Aujourd’hui, ils ont été enlevés (photo 1). Sous ces moellons, une autre couche de mortier s’étendait sur sur toute la superficie mise au jour par l’enlèvement des moellons. Cette couche une fois enlevée, le sol témoin des activités de construction de la maison a été observé. Le dégagement de cette dernière couche a fait apparaître le sol naturel. Comme d’habitude, tous les sols ont été tamisés, car le plus petit indice doit être considéré (photo 2). Un éclat de chert y a été prélevé. Le reste de la journée a été consacré au nettoyage des parois et du fond, ainsi qu’aux relevés. Demain, est prévue l’ouverture du sondage 1M et, si le temps le permet, également l’ouverture du sondage implanté dans le talus. Ces deux sondages devraient révéler ou confirmer la disposition naturelle du terrain en pente douce, et apporter de nombreux témoins de l’occupation préhistorique et historique de ce site unique.

    Le 6 août 2010
    Fouilles archéologiques au Musée de Lachine : ouverture sondage 1MLes archéologues ont beaucoup de chance, car le travail, jusqu’à présent, s’est déroulé sous le soleil. L’ouverture du sondage 1M a été faite aujourd’hui (photo 1). Les photos 2 et 3 donnent un aperçu de la méthode utilisée par les archéologues pour faire les relevés. Ainsi, ils peuvent connaître, après la fouille, l’altitude des vestiges, de la surface, du fond, ainsi que des couches intermédiaires du volume expertisé. Il est très important de connaître les coordonnées exactes des sols mis au jour ainsi que des témoins archéologiques, car si l’archéologue, en cours de recherche, enlève les traces existantes, il doit pouvoir reconstituer tout ce qu’il a enlevé afin d’établir une interprétation éclairée des couches mises au jour et être ainsi en mesure d’alimenter avec précision l’évolution du site.
    Fouilles archéologiques au Musée de Lachine : théodolite Fouilles 
  archéologiques au Musée de Lachine : règle
    Le sondage 1G réservait encore quelques informations complémentaires que l’archéologue Pascale Vaillancourt a enregistrées au cours de la journée. En fait, il s’agit de la confirmation de la technique de construction que les maçons du dix-septième siècle, presque tous originaires de France, utilisaient et qui s’est avérée solide, mais inappropriée en raison du froid intense qui caractérisait (et caractérise encore) leur nouveau pays. En construisant une fondation après avoir pratiqué une tranchée de construction d’à peine 25 cm sous la surface, les maçons ne réservaient aucun espace sanitaire intérieur et installaient le plancher directement sur le sol. Les témoignages des Fouilles archéologiques au Musée de Lachine : fosse 1Ghabitants de ces premières constructions soulignent tous les hivers difficiles et les maisons froides. Les maçons qui ont construit la Maison LeBer-LeMoyne ont utilisé cette technique de construction ce qui apporte d’ailleurs une confirmation supplémentaire sur la très grande ancienneté de cette maison. La fosse dont il a été question dans le journal de bord du 4 août a été identifiée aujourd’hui (photo 4). Il s’agit de la fosse creusée pour y installer un pilier qui soutenait la véranda au dix-neuvième siècle. Plusieurs interrogations concernant le sondage 1G ont donc été résolues. La fouille du sondage 1M sera amorcée demain. Les archéologues devraient y trouver, à quelques centimètres sous la surface, les couches témoins des activités de restauration de la maison.

    Le 7 août 2010
    Les couches supérieures du sondage 1M étant connues puisque les mêmes ont été documentées dans le sondage 1G, elles ont été enlevées à la pelle et au pic aujourd’hui. Il s’agit des couches témoins de la restauration de la maison au vingtième siècle. Les objets qui caractérisent cette couche supérieure sont associés à des travaux de construction/démolition. Des clous, datés du dix-neuvième siècle et du vingtième siècle ont été mis au jour. Il y a aussi des vis, du verre brisé et des fragments de plastique ainsi que des capsules de boissons gazeuses et de bières. À cette époque pas si lointaine, la récupération et le recyclage n’existaient pas encore. Plusieurs objets étaient abandonnés sur les lieux de leur consommation. Daté des années ‘50, un poteau inséré dans une base en ciment a été mis au jour parmi les objets témoins de la restauration de la maison. Un panneau, qui n’a pas été retrouvé, devait y être fixé autrefois. Le long de la paroi nord du sondage 1M, un alignement de pierres, axé est-ouest, a été mis au jour. Il s’agit du même alignement que dans le sondage 1G. Cet aménagement est associé à la véranda qui était devant la façade de la Fouilles archéologiques au Musée de Lachine : paroi 1Gmaison au dix-neuvième siècle. Les stratigraphies des parois Est et Sud ont été relevées aujourd’hui en ce qui concerne le sondage 1G, et demain, la paroi Ouest sera à son tour relevée à l’aide de dessins. Cette dernière paroi sera également photographiée et une affiche en sera faite, distinguant les principales couches et y associant les datations et occupations afin d’éclairer le visiteur qui voudrait comprendre l’importance de la lecture des parois dans le processus de réflexions archéologiques menant aux interprétations soutenues et précises de l’évolution des sites expertisés. Le soin que met l’archéologue pour distinguer les couches d’un volume fouille en explique la considérable valeur dans la démarche de recherche archéologique.

    Le 8 août 2010
    Le nettoyage de la paroi Ouest du sondage 1G pour fins de relevés en dessins, a permis la mise au jour d’un autre fragment de terre cuite préhistorique. Selon l’archéologue expert en préhistoire, Pascal Brisebois, les fragments mis au jour cette année pourraient appartenir à l’un des vases du Sylvicole supérieur trouvé l’année dernière dans le même secteur. Les analyses qui suivront la recherche au terrain pourront préciser cette association. Toujours dans le sondage 1G, le pilier de béton (photo incluse dans le journal du 6 août) a été enlevé aujourd’hui pour examiner la maçonnerie de la maison, à sa base. Le phénomène observé l’année dernière s’est confirmé : les maçons, lorsqu’ils ont construit la maison au dix-septième siècle, ont écarté certains moellons qui se trouvaient, de façon naturelle, à cet endroit, et en ont conservé en place, intégrés dans la maçonnerie. Ce phénomène avait aussi été enregistré en 1998 dans la base de la dépendance, le long du mur Sud. Du côté du sondage 1M, les archéologues Jessica Massé et Éliane Bossé ont poursuivi l’enlèvement, à la truelle, des couches témoins des activités du vingtième siècle. À nouveau, plusieurs clous modernes ont été mis au jour ainsi que plusieurs fragments de pipes blanches. Un gros os de cheval se trouvait dans le sondage 1M, ainsi que plusieurs coquilles de moules. Une minuscule figurine de plomb a été mise au jour. Il n’a pas été possible de la photographier aujourd’hui, mais il est fort possible que le journal du 11 août présente une photographie de cette intrigante figurine. Une épingle et un bouton de manchette étaient aussi intégrés aux couches modernes du sondage 1M. La poursuite de la fouille est pour mercredi prochain, alors que les couches modernes du 1M pourront être enlevées complètement.

  • 11 au 15 août 2010

    Le 11 août 2010
    La fouille du sondage 1M révèle, jusqu’à maintenant, un assemblage domestique essentiellement dix-neuvième. Cette couche caillouteuse contenait entre autres objets, une pierre à fusil, quelques os de boucherie, des épingles à tête sphérique, deux billes de céramique, un peigne partiel en os, des fragments de terre cuite fine anglaise et un maillon de chaîne en métal cuivreux. Quelques mots d’abord sur la pierre à fusil. Elle est faite de silex noir. L’usure l’a considérablement altérée. Les pierres à fusil usées, comme celle qui a été mise au jour aujourd’hui, étaient parfois réutilisées, dans les maisons, comme pierre à feu. L’usure, dans un pareil cas, est différente et comporte une encoche plus ou moins arrondie au centre de l’un des côtés de la pierre, ou les deux. Il faudra examiner plus soigneusement au binoculaire cette pierre à fusil endommagée avant de statuer sur sa réutilisation au dix-neuvième siècle. Le peigne en os est muni de dents très serrées les unes près des autres. C’est le fameux peigne à poux que les familles d’autrefois conservaient pour débarrasser les chevelures des enfants de la présence de ces bestioles. Déjà, depuis le début des fouilles 2010, Fouilles archéologiques au Musée de Lachine : figurinetrois billes en terre cuite ont été mises au jour, dont deux aujourd’hui. La fonction d’amusement a été documentée depuis le début des fouilles 2010. La figurine de plomb mise au jour dimanche dernier, en contexte perturbé, a été l’objet d’une courte recherche (notre photo). Il est fort possible que cette figurine soit un jouet. Dès les débuts de la colonie, les jouets de plomb moulé sont très populaires et les modèles sont divers. Puisqu’il semble y avoir eu des enfants qui vivaient dans la Maison LeBer-LeMoyne au dix-neuvième siècle, l’hypothèse est donc vérifiable. Des études et des examens en laboratoire pourront déterminer, avec plus de précision, la fonction, et surtout la datation, de l’objet.

    La fouille du sondage 1G n’est pas vraiment complétée. L’enlèvement du pilier de béton qui supportait la véranda au dix-neuvième siècle a révélé la maçonnerie qui forme la base de la maison, et aussi des sols plus profonds et une assise plus haute dans l’angle de la maison. Il s’agit sans doute d’un mode de construction particulier, adapté aux sols rocheux sur lesquels est construite la maison. Si tout se déroule comme Pascale Vaillancourt l’a prévu, les archéologues Éliane Bossé et Jessica Massé devraient trouver dans le 1M, demain, du matériel témoin des activités qui se sont déroulées sur le terrain de la Maison LeBer-LeMoyne, au dix-huitième siècle.

    Le 12 août 2010
    Pour obtenir un parterre presque horizontal, après la restauration de la Maison LeBer-LeMoyne au vingtième siècle, un rehaussement, suivi d’un nivellement, ont été faits sur ce parterre qui était beaucoup plus bas aux siècles précédents, surtout aux dix-septième et dix-huitième siècles (photo 1). Les couches supérieures du sondage 1M témoignent de ce rehaussement qui semble avoir été fait en ajoutant de la terre prélevée non loin de la maison. Les assemblages de ce sondage regroupent des objets anciens et modernes. Malgré quelques moellons de différentes tailles que les archéologues dégagent puis posent en bordure du sondage, la densité des sols a diminué ce qui facilite la fouille.

    Deux objets, aujourd’hui, retiennent particulièrement l’attention. Ce sont des objets courants dans une maison du dix-huitième siècle. D’abord un couteau, dont seul le manche en os a été conservé. Ce manche était fixé à la soie de la lame avec des rivets de métal cuivreux (photo 2). Autre objet intéressant: une partie de cannelle également en métal cuivreux. La cannelle est ce «robinet» qu’on fixait au tonneau ou au tonnelet pour prélever du vin ou de la bière. Ce qui a été mis au jour aujourd’hui est le coude de la cannelle. La photo 3 du journal montre une cannelle entière, mise au jour en 2000 sur le site, à l’intérieur de la Maison LeBer-LeMoyne. La fonction amusement ou loisir se poursuit avec la mise au jour aujourd’hui d’une autre bille. Autre fonction récurrente sur le site, celle de la couture. En effet, plusieurs épingles à tête sphérique ont été trouvées pendant la journée ainsi qu’un dé à coudre fragmentaire. Le nettoyage de surface du sondage 1N a été fait. Ce sondage est placé dans le talus afin de bien comprendre la pente originale qui menait à la rive du lac. Il est aussi placé à cet endroit afin de déterminer l’impact qu’a causé l’installation d’un muret de propriété au dix-neuvième siècle juste en bordure du chemin du Roy. Demain, la fouille se poursuit dans les deux sondages.

    Le 13 août 2010
    Les travaux de recherches ont énormément avancé aujourd’hui dans les deux sondages ouverts. Aucune couche rencontrée jusqu’à présent ne contient d’objets reliés à la traite des fourrures du dix-septième siècle, mais celles qui ont été expertisées aujourd’hui renferment des traces d’occupation de la fin du dix-huitième siècle mélangées avec quelques éléments plus récents. Ce qui étonne : la récurrence de la fonction couture, à travers le temps et l’espace de l’aire de fouille. Ces découvertes quotidiennes soulèvent bien des interrogations qui ne trouvent pas nécessairement de réponses à ce stade de la recherche. Pour l’instant, il s’agit d’un constat qu’il faudra documenter en fin d’intervention. Il y a les épingles. Il y en avait beaucoup l’année dernière, notamment dans le sondage 1G. Le sondage 1M en a livré le plus jusqu’à présent. Elles ont des têtes plates (plus récentes) ou sphériques (avant 1824). Comme pour confirmer cette fonction couture, trois boutons, deux en métal cuivreux et un en nacre, ont été mis au jour dans le sondage 1M (photo 1). Une bille en calcaire a été trouvée ce qui procure un élément de plus pour témoigner de la fonction jeux et jouets. Un petit ferret cylindrique de 1,5 cm a aussi été mis au jour parmi d’autres fragments associés surtout à la restauration de la Maison LeBer-LeMoyne.

    Le sondage 1N (photo 2), commencé hier, a révélé trois couches très différentes, témoins surtout de l’occupation du site au dix-neuvième siècle, notamment au moment de l’acquisition de la maison et du terrain par l’homme d’affaires, John Grant, dont les activités sont liées à la traite des fourrures. Pascale Vaillancourt aura à déterminer demain, si les pierres qui ont été observées dans le talus appartiennent bien au muret de propriété mentionné dans le journal d’hier et qui aurait été installé en bordure sud du terrain de la Maison LeBer-LeMoyne au dix-neuvième siècle. Les archéologues poursuivent cette fouille demain et aussi dimanche. Dans le sondage 1M, les couches plus anciennes devraient être mises au jour demain ou au plus tard dimanche.

    Le 14 août 2010
    La superficie du sondage 1M couvre un segment du tracé nord-sud d’un chemin piétonnier reliant la maison et la route. Puisque les photographies de la maison au dix-neuvième siècle, montrent une configuration différente, le sentier découvert aujourd’hui est probablement antérieur à ces photographies. Les assemblages confirment cette hypothèse : une multitude de plombs de chasse ainsi qu’une balle, également en plomb ont été mis au jour dans le sondage 1M. La série des jeux et jouets se poursuit. Deux billes de calcaire gris, ainsi qu’une bille blanche à décor rayé ont été trouvées dans le sondage 1M. Une perle rouge a aussi été mise au jour, témoignant de la belle époque de la traite des fourrures à la Maison LeBer-LeMoyne. Ces objets ont été trouvés au milieu d’autres dont les datations et les fonctions varient. Des ossements de poissons, surtout de l’esturgeon, figurent parmi les assemblages du 1M. En bordure du sentier mentionné en début de journal, des gros moellons disposés en cercle (notre photo) retenaient en leur centre un poteau qui n’est malheureusement plus en place. Dans le sondage 1M, c’est le deuxième dispositif de ce genre, mis au jour à peu de distance. Celui d’aujourd’hui est le plus ancien. Le sentier, selon son axe, menait au perron mis au jour l’année dernière, légèrement à l’ouest de la porte de la maison. Le sondage 1N a révélé quelques pierres disposées de telle sorte qu’elles pouvaient appartenir au muret de propriété dix-neuvième, mentionné dans un précédent journal, et visible sur les photographies de la maison au dix-neuvième siècle. Demain, la fouille du 1M devrait fournir des informations supplémentaires permettant d’obtenir une datation plus précise du sentier et de préciser sa fonction ainsi que celle de la base de poteau en moellons.

    Le 15 août 2010
    Depuis les débuts des excavations de fouille, tous les sols sont tamisés après prélèvement. Cette opération se fait couche par couche, car il ne faut pas mélanger les sols. Si des sols étaient mélangés, des témoins archéologiques d’une activité ou d’une séquence d’occupation seraient associés à d’autres témoins ce qui fausserait les analyses et les interprétations. Chaque petit indice trouvé dans le sol étant considéré pour la compréhension des occupations de ce lieu unique, il est plus qu’important qu’il soit bien cerné, bien identifié et bien inséré avec les autres témoins d’une même couche. Le tamisage permet en outre de pouvoir amasser, en cours d’opération, les petits objets qui auraient échappé, pendant la fouille, à l’attention pourtant très vigilante des archéologues. Ainsi, aujourd’hui, des petits ossements, des petits fragments de terre cuite, de très petites épingles, ont pu être recueillis à la truelle ou au tamisage. Chacun des témoins, du plus petit au plus gros sera identifié à sa couche, traité avec soin, puis analysé consciencieusement afin de parvenir à documenter le plus justement possible la succession des occupations à Lachine. La base de moellons mise au jour hier s’avère plutôt une structure dont la fonction ne peut, pour l’instant, être connue. La patience et l’obstination des archéologues font en sorte qu’ils en viendront à une conclusion à ce sujet, mais ces deux qualités sont mises à rude épreuve en raison des sols caillouteux rencontrés dans le sondage 1M aujourd’hui.

    Il a fallu adapter la méthode de fouille du sondage 1N afin de suivre les couches qui se présentent en escalier, le long du talus (photo 1). La « marche » la plus basse contenait du matériel domestique daté entre 1780 et 1820 (photo 2). Pendant cette période, la Maison LeBer-LeMoyne, qui avait été achetée par l’aubergiste irlandais Hugh Heney, est occupée par les trois enfants de Heney. Hugh Heney avait épousé la nièce de Claude-Nicolas-Guilllaume de Lorimier de la célèbre lignée de la famille de Guilllaume de Lorimier et Marguerite Chorel de Saint-Romain qui avait acquis la Maison LeBer-LeMoyne en 1693. Ainsi, nous pouvons dire que la famille de Lorimier, grâce à ses descendants, a occupé cette maison entre 1693 et 1803, date de l’achat de la maison par John Grant. Les archéologues retourneront à leur travail de recherche le mercredi 18 août.


  • 18 au 22 août 2010

    Le 18 août 2010
    Dans le sondage 1M, les archéologues Jessica Massé et Éliane Bossé dégagent, depuis trois jours, l’aire de circulation dont la chaussée avait été observée la semaine dernière. Ce sentier présente un axe nord-sud. Il est très caillouteux et la terre est compacte. Les objets que contient cette couche sont peu nombreux, mais ils témoignent tous des époques antérieures au dix-neuvième siècle. Quelques fragments de vitre mis au jour dans ce sondage aujourd’hui pourraient avoir un jour été insérés dans une fenêtre de la maison alors que l’aubergiste Hugh Heney en était propriétaire (photo 1). Une perle minuscule, en verre translucide, de forme cylindrique, a été mise au jour dans ce sondage qui devrait, demain, être libéré de la couche épaisse qui forme l’aire de circulation caillouteuse. Ce que les archéologues ont aperçu sous cette couche est une terre organique moins compacte.

    Dans le sondage 1N, taillé dans le talus actuel, la couche fouillée aujourd’hui présentait un assemblage homogène daté de la fin du dix-huitième siècle. Un autre peigne à poux a été mis au jour. C’est le deuxième trouvé dans ce sondage (photo 2). Un beau ferret de métal cuivreux a été trouvé dans le talus. Il a gardé, malgré son séjour dans un sol compact, sa belle forme tronconique si particulière aux parures conçues selon un modèle amérindien, fait par les Amérindiens, en utilisant cependant le métal cuivreux importé d’Europe (photo 3). Le ferret de métal cuivreux est un exemple éloquent d’une forme de culture vernaculaire constituée dès les premières rencontres entre Européens et Amérindiens. La difficulté majeure que rencontre l’archéologue Pascale Vaillancourt dans la fouille du sondage 1N est liée au fait qu’il coupe le talus : les sols sèchent donc plus vite qu’à l’horizontal ce qui rend sa lecture des parois ardue. Elle distingue en effet les textures, mais les couleurs s’estompent rapidement. Pour remédier à ce problème, on utilise un atomiseur pour humidifier les parois exposées à l’air. Elle a concentré son travail de recherche dans la partie sud. Demain, elle poursuit dans la partie nord.

    Le 19 août 2010
    Pour une raison qu’il est difficile d’exprimer à cette étape-ci de la fouille du sondage 1N, une lentille de cendre contenant du matériel daté du dernier tiers du dix-huitième siècle a été distinguée dans la couche vingtième que fouille Pascale Vaillancourt. Rappelons qu’elle s’était concentrée jusqu’à hier dans la portion sud de son sondage, dans la pente du talus, et qu’aujourd’hui elle poursuivait la fouille dans la partie nord du sondage (photo 1). Pour ne parler que de la lentille de cendre, les objets très fragmentaires qu’elle contient parlent d’une famille relativement aisée utilisant dans la maison des articles provenant d’Angleterre. Parmi eux, une théière dont seul un petit fragment a été trouvé. Cette théière est particulière en ce sens qu’elle est faite de grès fin rouge anglais, imitant les formes et les couleurs des poteries chinoises. Au dix-huitième siècle, la bonne société anglaise et coloniale anglaise affectionnait les objets chinois, « les chinoiseries », et les potiers anglais ont rapidement réagi à cet engouement en produisant des pièces de forme et de décor d’inspiration asiatique. C’est le cas de notre théière. Les pièces faites de ce grès fin sont de très belle facture. C’est le deuxième fragment trouvé à Lachine et nous ignorons encore si les deux proviennent d’un même objet. Des écailles de tortue ont été trouvées régulièrement depuis le début des fouilles sans que ces découvertes soient mentionnées dans le journal de bord de l’archéologue. Les études qui suivront les présentes interventions vont procurer quelque précision concernant ces écailles dont une autre a été mise au jour dans le sondage 1N. De quelle espèce de tortue s’agit-il ? Ces écailles témoignent-elles de l’existence de tortues sur le site ou à proximité ? Il faudra interroger les spécialistes de la faune naturelle du lac Saint-Louis pour alimenter notre interprétation de l’évolution humaine (nourriture des occupants) et topographique (présence de cours d’eau près de la maison) du site. Des ossements de serpents avaient été trouvés dans la Maison LeBer-LeMoyne. Les archéologues ont expliqué comme suit la présence de ces os. Les Coureurs des bois rapportaient de leur séjour dans le sud-ouest, des parties de ce genre d’animal exotique dans leur bagage. Il s’agissait en effet d’os de crotale et aucun crotale ne vit dans nos régions. Voilà pourquoi, les archéologues devront faire analyser les écailles de tortue. Nous savons que les tortues vivent au Québec, mais l’espèce dont les écailles ont été trouvées sur le site n’est pas encore connue.

    Le sondage 1M, à l’ouest du 1N, fournit au compte-gouttes les informations archéologiques si attendues. Sous la chaussée du sentier, une couche plus limoneuse contenant de petites pierres a été mise au jour (photo 2). Les seuls objets trouvés dans cette couche : des clous forgés. Ces objets sont presque toujours témoins de construction ou de démolition. Au dix-neuvième siècle, les clous de forge sont progressivement remplacés par des clous manufacturés. Si la couche ne contient aucun clou manufacturé, il se pourrait que ce sentier ait été mis en place au dix-huitième siècle, ce qui correspondrait à ce que les archéologues ont accumulé de données le concernant. L’enlèvement de la couche de terre limoneuse sera complété demain. Les sols d’origine pourraient, si tout se passe bien, être rencontrés avant la fin de la journée demain.

    Le 20 août 2010
    Il n’y a pas de transition véritable entre la datation de la couche de cendre expertisée hier dans le sondage 1N et celle qui lui est sous-jacente, fouillée aujourd’hui. Cette dernière couche a une épaisseur de 20 cm et fait toute la largeur nord du sondage. La période française de Lachine est représentée par les objets que la couche contient. La photo qui accompagne ce texte montre en effet un fragment de terre cuite commune française, à droite en bas. Plusieurs perles : 3 blanches et une bleue ont été mises au jour. Avec les épingles, les plombs de chasse et le wampum blanc, la traite des fourrures est bien représentée, mais cet aspect est dominé par la fonction domestique des autres objets. En effet, des fragments de pipe, un fragment d’une très belle boucle de chaussure en métal cuivreux, une punaise en métal cuivreux à tête décorée, le fragment d’une assiette de faïence française blanche, ces objets témoignent du quotidien de la maisonnée au régime français. Puisque la couche contient peu d’éléments de traite et beaucoup d’éléments domestiques, la famille de Lorimier/Chorel de Saint-Romain est particulièrement concernée. Ils s’installent en effet à cet endroit en 1693. Les ossements sont ceux des poissons surtout. L’archéologue Jessica Massé, spécialisée en ostéologie, estime qu’il y a davantage d’os d’esturgeon que d’autres espèces de poissons. Il y a très peu d’os de mammifères dans le sondage 1N. En revanche, aujourd’hui, dans le sondage 1M, seuls quelques ossements de mammifères ont été mis au jour parmi les pierrailles sur lesquelles s’étendait le sentier. Il faudra attendre demain pour voir ce qui est dessous. Dans le sondage 1H fouillé l’année dernière, sous la couche de pierraille, du matériel préhistorique avait été trouvé. Il est fort possible que la même succession des couches se présente dans le 1M. Demain et dimanche, les archéologues poursuivent leur recherche dans les mêmes sondages.

    Le 21 août 2010
    Les archéologues, depuis le début de l’intervention archéologique, ont accumulé un grand nombre de fragments d’objets et d’objets entiers. Les plus spectaculaires ont été notés dans ce journal au fil des jours. Ces objets sont identifiés à leur couche d’origine, positionnés à l’horizontale et à la verticale. Grâce aux logiciels performants mis à la disposition des archéologues, les objets, selon leur fonction (commerce, alimentation) ou leur identification (objet, os), ont été répertoriés sur des plans thématiques aux endroits de leur découverte. Ce que l’on remarque de ces plans, est que la portion nord-est du parterre de la Maison LeBer-LeMoyne est celle qui a livré le plus grand nombre d’objets liés à la traite des fourrures et le plus grand nombre d’objets domestiques du régime français (avant 1760). Les fragments et éclats de l’époque préhistorique se concentrent pour leur part, dans la partie nord et dans une certaine mesure, dans un petit espace à l’est du parterre. En ce dernier endroit, une concentration considérable d’ossements de poisson fait penser à un endroit où se seraient réunis des gens, probablement à la préhistoire ou à la période du contact, pour manger près d’un feu. Cette hypothèse, en plus d’être étayée par la cartographie, se concrétise dans la présence de cendres, d’objets de traite et d’ossements d’oiseaux. Non loin de là aujourd’hui, dans le sondage 1N, deux pièces de fusil, plusieurs wampum dont un mauve (très rare), plusieurs perles de verre, un ferret de métal cuivreux, un goulot de bouteille de vin, ainsi que des retailles de coquille de moule ont été mis au jour. Lorsque l’archéologue Pascale Vaillancourt aura atteint les sols naturels du sondage 1N, elle fera un relevé de ses parois. Jusqu’à présent, la succession des événements perçus dans les parois propose plus d’interrogations que de réponses. Les gros moellons que rencontrent les archéologues Jessica Massé et Éliane Bossé dans le sondage 1M limitaient la progression de leur fouille. En enlevant l’un d’eux aujourd’hui, est apparue une couche de cendres contenant une épingle. Demain, la fouille se poursuit dans ces couches archéologiques qui livrent chaque jour un peu plus d’informations sur les siècles d’existence de la maison et du terrain.

    Le 22 août 2010
    La couche d’occupation visible en paroi nord du sondage 1N a été partiellement fouillée aujourd’hui. La datation de cette couche se situe autour de 1770. Une belle boucle de chaussure très ornée témoigne de l’aisance de son propriétaire. Un visiteur? Le propriétaire de la maison? La Maison LeBer-LeMoyne n’a jamais été une mission, mais certains sondages fouillés l’année dernière et le sondage 1N cette année, ont livré des objets reliés à la religion : deux croix et un grain de chapelet en os. Deux pierres à fusil françaises ont été mises au jour avec quelques wampum dont certains sont mauves. Puisqu’il s’agit d’une couche d’occupation, il y a avantage à orienter les analyses sur les assemblages plutôt que sur les objets seulement. Ainsi, en associant les propriétaires ou locataires de la maison au cours des années 1770, aux fonctions perçues par les objets: domestique, commerce, chasse, l’archéologie procurera une consistance particulière à l’occupation de la maison : le quotidien des occupants, leur niveau d’aisance financière, les objets qu’ils possédaient, leurs activités. Plusieurs propriétaires de la maison et de son terrain sont connus par les documents, mais il reste encore à les identifier au contenu archéologique mis au jour sur leur terrain. Il reste aussi à comprendre ce qu’était la fonction première de la maison. Quelques réponses sont fournies par la récurrence d’objets de traite : wampum, perles, pièces de fusil et munitions l’aspect domestique est aussi étayé par les objets reliés à une maisonnée : vaisselle, ustensile, mais beaucoup reste à découvrir. Les analyses sont en cours et permettront de mieux comprendre l’évolution du site qui commence, comme on le sait, à la préhistoire. Ce dernier aspect a aussi été renforcé par la découverte, dans le sondage 1M, d’un fragment de terre cuite amérindienne du Sylvicole supérieur très décoré : incisions en chevrons, ponctuations (notre photo). Ce tesson a été trouvé au milieu de la pierraille qui caractérise ce sondage depuis le début de la fouille. Les archéologues poursuivront leurs recherches au terrain le mercredi 25 août.

  • 25 au 29 août 2010

    Le 25 août 2010
    Depuis ce matin, le dernier des quatre sondages proposés dans le cadre de la campagne 2010 est ouvert. Il y a eu le 1G, ensuite les sondages 1M et 1N et finalement, le 1L qui a été ouvert ce matin. L’objectif principal est de découvrir l’étendue et la pertinence archéologique d’un sol organique observé l’année dernière dans le sondage 1J. Cependant, aujourd’hui, seuls des sols modernes ont été dégagés de ce sondage qui comporte en outre un objet de béton qui a pu être une base d’un objet non identifié jusqu’à maintenant, et qui a été un jour renversé dans ce sondage. Il faudra le dégager, si possible demain, pour la poursuite de la fouille. Le sondage 1M a livré, enfin, ses sols d’occupation. La présence intense de rongeurs, à une certaine époque, a perturbé cette surface occupée pendant les siècles qui ont précédé l’arrivée des Européens. Cependant, jusqu’à présent, aucun objet mis au jour ne témoigne des activités des Amérindiens à cet endroit. Dans le sondage 1N, au haut du talus, la séquence des occupations antérieures se détaille ainsi, de haut en bas : une couche cendre, suivie d’un mince niveau de sable. Ce niveau est suivi d’un autre niveau de cendre qui repose sur le sol d’origine, celui qu’ont foulé les Amérindiens, et aussi les Européens à leur arrivée au dix-septième siècle. La couche de cendre supérieure contenait du matériel du dix-huitième siècle et avant : une pipe hollandaise et une terrine du régime français (avant 1760) (photo 1), et un plat anglais en creamware dont deux fragments jointifs ont été mis au jour (photo 2). Au pied du talus, toujours dans le sondage 1N, des moellons sont probablement dans le sol naturel. À une certaine époque en effet, le chemin du Roy, devenu depuis le chemin de LaSalle, a été rehaussé afin d’éviter les inondations qui recouvraient la chaussée d’eau au printemps et à l’automne. Petit à petit, l’histoire de ce coin de terre lachinois se révèle aux archéologues qui ne disposent encore que de quelques jours pour obtenir autant de données que possible sur les diverses occupations du site en vue d’analyses. Demain, c’est le sondage 1L qu’il faudra surveiller, car il devrait contenir des indices sur la topographie et la morphologie originales du site.

    Le 26 août 2010
    Les trois sondages ouverts en ce moment, le 1N, dans le talus, le 1M devant la maison, sur le parterre et le 1L à l’angle sud-ouest de la Maison LeBer-LeMoyne, ont tous atteint des couches importantes. La couche au-dessus de la cendre du 1N témoigne de l’aspect militaire pendant le régime français. Cinq pierres à fusil abîmées ont été mises au jour (photo 1). Des munitions de plomb, ainsi qu’un bouton d’uniforme militaire (photo 1) et des fils métalliques ornant peut-être l’uniforme (photo 2) ont été trouvés aujourd’hui. Autre activité perçue lors de la fouille : la pêche. Plusieurs os de poissons et deux hameçons ont été trouvés dans cette couche, ainsi que dans celle qui lui est sous-jacente. Plusieurs clous ont aussi été dégagés de cette couche. Puisqu’il s’agit du régime français, puisque Guillaume de Lorimier est un militaire, il est possible de dater cette couche de la fin du dix-septième et de la première moitié du dix-huitième, mais il est trop tôt pour le confirmer. Le sondage 1L dont les résultats concernant la surface naturelle étaient attendus, a fourni aujourd’hui du matériel français également : 2 perles turquoise, un fragment de grès rhénan gris à décor bleu. Le grès rhénan (Allemagne) est très populaire dans les établissements publics où de la bière et de l’eau-de-vie sont consommés, parce que les chopes et les bouteilles qui sont faites de ce matériau sont très solides et peuvent être manipulés sans mettre trop de précaution. Le fragment trouvé aujourd’hui est peut-être jointif avec un autre, qui avait été mis au jour en 1998, dans le sondage 1B. Il faudra étudier cet aspect des remontages possibles. Dans le sondage 1M, une surprise attendait les archéologues. Une petite fosse a été creusée dans la partie sud-ouest du sondage et dans ce sondage, un os de castor et un autre os, qui pourrait être celui d’un loup ou d’un renard, ont été mis au jour. Avec les activités de traite, il faut penser qu’il arrive que les peaux soient traitées sur place ce qui entraîne un dépeçage des animaux et donc, le rejet de quelques ossements. Ainsi, aujourd’hui, les niveaux atteints dans les trois sondages fournissent de la matière à étayer les décennies pendant lesquelles la Maison LeBer-LeMoyne, où vivait un militaire, a accueilli des Coureurs des Bois.

    Le 27 août 2010
    Les datations et les fonctions se précisent dans le sondage 1N. La fonction chasse, dont il a été question cette semaine pour les sols d’occupation les plus anciens de ce sondage, se confirme. En effet, une quarantaine de plombs de chasse (notre photo) y a été mise au jour. En ce qui concerne la fonction traite des fourrures, il est utile de souligner la présence, parmi l’assemblage prélevé dans le sondage 1N, d’un ferret d’une facture ornée, de perles de verre et d’une bague jésuite en métal cuivreux (notre photo). Pour attester de la fonction domestique, des fragments jointifs d’un possible pot à beurre de grès, ainsi que d’autres fragments moins faciles à identifier pour l’instant, témoignent de l’occupation française du site. Une datation relativement précise est apportée par deux fragments jointifs d’une pipe ornée de fleurs de lys moulées en relief (notre photo), fabriquée en France avant 1680. Les pipes, par leur vulnérabilité au bris, procurent aux archéologues des fourchettes de datation généralement courtes, car elles peuvent être fabriquées, vendues, acquises, utilisées et brisées en une seule année. Si la pipe à décor de fleur de lys a été utilisée et brisée avant 1680, les propriétaires du site sont alors les marchands montréalais Jacques LeBer et Charles LeMoyne, qui ont acquis ce terrain de Robert Cavelier de LaSalle en 1669.

    Dans le sondage 1M, le sol naturel a été atteint à l’ouest et au centre. En raison de la présence de gros moellons, les archéologues ont fouillé en priorité ces parties du sondage afin de déplacer ces pierres sur ces sols déjà fouillés et entreprendre la fouille de la portion qui, jusque-là, était couverte de pierres. Cette fouille commencera demain. Le sondage 1L, celui qui a été ouvert cette semaine, contenait entre autres objets, un éclat de quartzite translucide semblable à celui qui a été trouvé à l’intérieur de la maison en 2000. La période amérindienne préhistorique est caractérisée, entre autres, par l’utilisation du quartzite dans lequel on faisait des outils ou qu’on écrasait en nodules qui entraient dans la composition de la terre des vases. Il ne reste que deux jours d’interventions, et les archéologues sont confiants d’atteindre les objectifs de départ soit la mise au jour du premier sol d’occupation et obtenir ainsi une image, même partielle, de la morphologie du site. Dimanche, le géomorphologue d’Archéotec se rendra sur le site pour étudier la succession des couches et la texture de la terre. Il pourra ainsi apporter un complément précieux d’informations à la compréhension de la topographie naturelle du site de la Maison LeBer-LeMoyne.

    Le 28 août 2010
    Sous un ciel comme les Coureurs des Bois devaient les aimer : bleu et clair, des témoignages sous forme d’objets nous rappellent aujourd’hui leur passage. Dans le 1N, ce sont toujours des objets reliés à la chasse qui sont trouvés : une pierre à pistolet et une balle de fusil ont été mises au jour dans la cendre qui précède le sol d’occupation d’origine. À la différence de la pierre à fusil, la pierre à pistolet, elle aussi en silex, est d’un format plus petit. Une pipe à tuyau amovible en pierre noire a été trouvée dans ce même sondage. La pipe à tuyau amovible comprend seulement un fourneau auquel on rattachait un tuyau pour fumer. Ce tuyau pouvait être de roseau, de bois ou de cuir. Cette pipe, beaucoup moins vulnérable que la pipe blanche européenne, était le modèle utilisée par les Amérindiens avant l’arrivée des Européens et aussi après. Les Coureurs des Bois et tous ceux qui ont eu à voyager ont aussi adopté ce modèle de pipe en raison de sa solidité et de sa robustesse. Les voyages en canots nécessitaient bien des mouvements et bien des portages qui auraient abîmé les pipes blanches européennes. La pipe à tuyau amovible montrée sur la photo qui accompagne ce journal a été trouvée dans la Maison LeBer-LeMoyne en 2000. Des ossements de poissons, en grande quantité dans le sondage 1N, témoignent de repas pris sans doute autour d’un feu dont on n’a pas trouvé de traces encore.

    Dans le sondage 1L cependant, une lentille de cendre a été mise au jour aujourd’hui. Afin de s’assurer s’il s’agissait d’un foyer préhistorique, cette lentille a été fouillée par quadrant comme il doit être fait en pareil cas. La cendre contenait des charbons dont des quantités ont été prélevées avec soin pour éviter toute contamination avec les sols modernes. Ces échantillons seront confiés à un laboratoire pour analyse radiocarbone (Carbone 14). Par ces analyses, la datation de l’utilisation de ces cendres pourra être connue avec une assez grande précision. Les cendres avaient été étendues, à un moment encore à déterminer directement sur le premier sol d’occupation. Près de cette lentille de cendres, une balle à fusil et un éclat de pierre à fusil ont été trouvées.

    La recherche dans le sondage 1M s’est poursuivie aujourd’hui par le dégagement de la section Est de ce sondage qui a été dégagée hier de ces moellons d’une taille considérable qui entravaient le travail des archéologues. Un fragment de vase préhistorique à décor d’ondulations ainsi que des os de poissons ont été trouvés dans cette partie du sondage. Demain étant la dernière journée d’intervention, les découvertes qui y seront faites clôtureront la recherche pour cette année, mais les réflexions se poursuivront encore sur quelques semaines, en laboratoire et dans les salles d’études d’Archéotec.

    Le 29 août 2010
    Devant des visiteurs venus, nombreux, regarder le site de fouille archéologique du site de la Maison LeBer-LeMoyne, les archéologues ont mis un terme à leur intervention puisqu’ils ont atteint les sols naturels en place dans chacun des quatre sondages ouverts cette année. La fouille nécessite une attention de chaque instant afin d’ouvrir le sondage au bon endroit, puis, l’emplacement choisi selon le potentiel qui en est connu, il s’agit d’en dégager les sols minutieusement couche par couche, d’en tamiser le contenu et de conserver, bien identifiés, les objets et les échantillons dont l’analyse fait en sorte qu’on connaît mieux et davantage le site fouillé et qu’on peut bonifier et illustrer concrètement les étapes de son évolution. C’est ce à quoi se sont appliqués avec brio les archéologues Pascale Vaillancourt, qui avait charge de son équipe : Jessica Massé et Éliane Bossé, qui ont assuré le suivi pendant tout le mois. Élaine Bérubé, Sébastien Leduc et Pascal Brisebois sont venus leur prêter main-forte pour les derniers jours d’intervention. Cette équipe d’experts a ainsi pu apporter du contenu de plus sur les occupations du site. Notamment, en ce qui concerne la fonction couture, les objets qui en témoignent sont des épingles en grand nombre, des dés à coudre, des boutons, et un étui à aiguille en ivoire ou en os mis au jour aujourd’hui sous forme de fragment. Cette fonction, à mesure que les sondages s’éloignent de la maison, se transforme. On trouve donc, plus au sud, des objets reliés à l’aspect domestique de l’époque française ou anglaise. Le plus sensible aspect de la fonction du site étant celui de la traite des fourrures, l’archéologue ne peut que se réjouir des nombreux objets trouvés cette année qui en témoignent : ossements de loup et de castor, wampum, perles de verre, bague jésuite, munitions, parties de fusil, pierre à fusil, tous ces objets, datés pour la plupart du dix-septième siècle, apportent un éclairage soutenu à ces moments cruciaux de l’histoire de Lachine et aussi de Montréal. La prospérité de Montréal a été très longtemps reliée à ce commerce.

    Cette année comme les années passées, les monnaies ont été nombreuses à être dégagées des couches anciennes du site. Toujours pour cette année, deux monnaies au moins, sont frappées au temps du roi Louis XIII et une au temps de Louis XIV. Il a été aussi possible de confirmer le site occupé, avant l’arrivée des Européens, par les Amérindiens. Des traces de leur passage ont été reconnues dans le sol, particulièrement, dans les sondages 1G et 1M qui ont fourni plusieurs tessons de vases ornés de décors représentatifs de la grande période du Sylvicole. La valeur du site de la Maison LeBer-LeMoyne repose entre autres sur le fait que les couches s’y succèdent avec régularité, du plus récent au plus ancien, sans avoir été trop perturbées par les activités très récentes. L’archéologue peut ainsi analyser les découvertes avec confiance et être en mesure d’ajouter des détails sur les occupations du site. La fouille 2010 se solde par un succès que l’on peut attribuer à la grande expertise des archéologues, au support soutenu du personnel du Musée de Lachine, à la collaboration des archéologues de la Ville de Montréal et du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, et au suivi en communication qu’a assuré Georgette Rondeau d’Art Gestion. Il reste maintenant le plus gros du travail : l’analyse des données recueillies sur ce site si particulier.


Calendrier 2009

Textes : Hélène Buteau, Archéotec inc.

  • 29 juillet au 2 août 2009

    Le 29 juillet 2009
    Fouilles-280709
    Deux archéologues d’Archéotec, Pascale Vaillancourt et Sébastien Leduc étaient sur place aujourd’hui pour compléter l’installation de l’abri temporaire installé au-dessus des sondages proposés. Une fois cette activité complétée, ils ont amorcé l’implantation du sondage A, situé devant la maison, du côté est. L’implantation du sondage de 2 mètres sur 5 mètres a été réalisée à l’aide de l’équipement de positionnement numérique afin qu’il puisse être géoréférencé. À des fins d’interprétation, il est très important de pouvoir être en mesure d’établir l’altitude et la position horizontale des objets mis au jour dans le sondage, ce degré de précision facilitant grandement l’association des objets mis au jour avec les événements qui s’échelonnent au cours de l’évolution du site.

    L’implantation terminée, Pascale Vaillancourt et Sébastien Leduc ont procédé à l’enlèvement de la surface. Sous la surface, au milieu d’artéfacts récents, une perle turquoise a été mise au jour. Bien que le contexte soit perturbé dans les couches supérieures, le fait d’avoir prélevé cette perle a de l’importance. Nous savons qu’il y a eu des échanges, dans la maison LeBer-LeMoyne, pendant quelques décennies du XVIIe siècle. Cette perle peut avoir fait partie des marchandises échangées.

    La journée de demain marquera le début de la fouille proprement dite et les résultats devraient être intéressants. Rappelons que la ligne de rive du lac Saint-Louis, pendant le XVIIe siècle, est très proche de la maison, et que des gens ont pu circuler de la maison à la rive en passant par l’espace occupé aujourd’hui par notre sondage A, ce qui augmente les chances de découvrir des témoins de cette époque. Avant l’arrivée des Européens à Lachine, des Amérindiens ont fait des haltes à l’endroit où se trouve ce sondage. Des sondages archéologiques effectués à proximité ont démontré qu’un site préhistorique s’y trouvait également.

    Le 30 juillet 2009
    La journée d’aujourd’hui, la deuxième de l’intervention de fouille archéologique au site de la Maison LeBer-LeMoyne, a été consacrée, dans le sondage A, à l’enlèvement des remblais de nivellement mis en place au cours des années 1980, lors de la restauration de la maison. Ces remblais contiennent du matériel dont la datation s’échelonne sur une longue période allant de 1750 environ jusqu’à 1980. Deux fragments, témoignant de la décennie précédant la conquête en 1760, ont été mis au jour dans cet assemblage. Très petits, ils proviennent d’une chope cylindrique à décor bleu sur fond blanc. Cette chope, faite d’un grès à glaçure saline et décor au bleu de cobalt, provient d’Angleterre. Le motif peint par le potier sur le corps cylindrique, bien que très partiel, s’apparente à un motif floral. La période de grande popularité de ce type de contenant se concentre sur les années comprises entre 1740 et 1750. Un autre fragment, celui-là de verre, a été mis au jour dans cette même couche. Par sa faible épaisseur, il pourrait être associé à l’un des carreaux originaux de la fenêtre de la maison. Rappelons que la maison a été construite au cours du dernier dernier tiers du XVIIe siècle.

    Sous la couche de nivellement mentionnée précédemment, les archéologues ont mis au jour une couche dite de démolition qui contient des objets reliés à la restauration de la maison: mortier, pierres concassées, clous fabriqués au XXe siècle.Le dégagement de cette couche est prévu pour demain.

    Le 31 juillet 2009
    Journée très positive pour l'archéologie à la Maison LeBer-LeMoyne. Il avait été dit hier que la couche de démolition rencontrée en fin de journée devait être enlevée aujourd'hui. Cette couche, effectivement prélevée pendant cette journée, contenait plusieurs éléments disparates, témoins des activités de restauration de la maison. Sous cette couche, les archéologues ont rencontré un niveau de nivellement du terrain. Sous ce niveau, de la cendre était visible sur une superficie de 30 cm. Le remblai sous-jacent est fort intéressant puisqu'il contient un objet possiblement préhistorique consistant en un fragment d'une hache de pierre. Il contient aussi, plusieurs fragments d'objets d'origine française (terre cuite commune verte et faïence blanche), des perles, des épingles, des ossements frais (poisson) et blanchis.

    Cependant, ces objets anciens côtoyaient des objets plus récents, ce qui signifie que ce remblai est bouleversé et que les sols proviennent de plusieurs endroits. Les épingles, au nombre de sept, ont été fabriquées de la manière suivante : une tige de métal cuivreux est effilée à une extrémité; à l'autre extrémité, l'artisan enroule un filet très fin de ce métal jusqu'à ce qu'une petite boule Fouilles-Epinglesse forme. Le tout est recouvert d'étain.

    Quelques exemplaires de ce type d'épingle sont montrés ici. Une photo de la perle Fouilles-perle turquoise découverte hier est également présentée ici. Demain, la fouille de ce niveau de rehaussement se poursuit.


     

    Le 1er août 2009
    Les archéologues d'Archéotec ont mis à profit le soleil généreux d'aujourd'hui pour avancer le travail davantage en profondeur. Ils ont atteint une couche d'élargissement du talus, devant la maison. Ce remblai contient surtout des petits fragments de terres cuites françaises, et aussi anglaises, du XVIIIe siècle. Tout comme hier, d'autres épingles ont été mises au jour. Ce remblai contient également une bille entière, en pierre calcaire, témoin des jeux d'enfants au XIXe siècle. Parmi les autres objets mis au jour : une petite croix de chapelet. La datation de cette croix sera obtenue par une analyse qui sera faite plus tard en laboratoire. Des clous ont été mis au jour en grand nombre. Quelque-uns sont tréfilés (XXe siècle); quelques autres sont forgés (avant le XIXe siècle), mais plusieurs ont été fabriqués en découpant une forme de clou à l'emporte-pièce, dans une feuille de fer. Ces clous, que l'on dit découpés, témoignent d'activités de construction qui pourraient avoir été réalisées pendant le XIXe siècle.

    Plusieurs ossements de petits oiseaux ont également été mis au jour. Pour le moment, il est un peu tôt pour associer ces ossements aux tourtes, ces oiseaux aujourd'hui disparus, qui passaient en grand nombre dans le ciel aux moments de migrations. Les coureurs des bois et les voyageurs pour la traite des fourrures qui séjournaient aux siècles passés dans la maison LeBer-LeMoyne, ont chassé et mangé beaucoup de tourtes pendant leurs séjours. Les archéologues ont en effet mis au jour un très grand nombre d'ossements de tourtes sous la maison.

    Fouilles archeo Notre photo : les archéologues Pascale Vaillancourt et Sébastien Leduc, au début de la fouille devant la maison LeBer-LeMoyne.

    Le 2 août 2009
    Heureusement que les archéologues fouillent sous abri, car la journée a été pluvieuse. La pluie, par moments très forte, a entraîné, par ruissellement, la formation de flaques d’eau qui ont nui à la fouille. L’archéologue Sébastien Leduc a dû écoper pour faciliter la poursuite de la fouille. Les sols contiennent énormément de fragments, parfois très petits, d’objets divers dont la datation s’échelonne sur trois siècles et plus. Des clous en quantité, surtout datés du XIXe siècle, sont mis au jour. L’archéologue Jessica Massé, spécialiste des ossements animaux, a mis au jour et examiné sommairement une côte et une mandibule d’un gros mammifère. Il est encore trop tôt pour établir de quelle espèce est ce mammifère. Les fouilles précédentes, sur le devant de la maison LeBer-LeMoyne, avaient fourni des informations sur la quantité et surtout sur la dimension des moellons qui se trouvent naturellement en sous-sol. Aujourd’hui, les moellons de la sous-opération 1G ont été atteints. Pour l’instant leur taille n’est pas alarmante et ils pourront être enlevés manuellement. Cependant, il faudra prévoir l’utilisation d’une chèvre pour prélever les plus gros. Les sols sous-jacents pourraient être ceux qu’ont foulés jadis les Amérindiens qui empruntaient à cet endroit, le sentier de portage les menant en aval de Lachine vers Montréal. Ces sols ont peut-être aussi accueilli les coureurs des bois et les voyageurs pour la traite des fourrures. Demain et mardi, les archéologues prennent congé.

     

  • 5 au 9 août 2009

    Le 5 août 2009
    Les archéologues d’Archéotec ont entièrement prélevé les sols d’une couche témoin de nombreuses activités reliées à l’occupation de la maison LeBer-LeMoyne. En fin de journée, ils avaient atteint une couche de mortier qu’il n’est pas possible, pour le moment, d’identifier à une activité de construction ou de démolition. Les sols d’aujourd’hui contenaient énormément de fragments d’objets et d’objets entiers, témoignant principalement de la période pendant laquelle la famille de Lorimier possède la maison et met la terre en valeur. Le couple Marguerite Chorel de Saint-Romain et Guillaume de Lorimier de La Rivière reçoit la maison en 1699 en présent de mariage. Ils y fondent leur famille. Cette famille conserve la maison sur trois générations jusqu’en 1765. Les objets trouvés aujourd’hui par les archéologues expriment en effet des activités domestiques des années comprises entre 1699 et 1765. Ainsi, un rivet de marmite en métal cuivreux, du verre, des contenants de faïence brune, une guimbarde, plusieurs épingles. Un bouton de métal cuivreux a été trouvé entier, mais tordu, et il faudra un examen soigné pour comprendre les motifs qui sont tracés sur la surface et au dos. Pour la chasse, des pierres à fusil étaient nécessaires à cette époque. Ces pierres sont en silex. Un fragment de pierre à fusil a été trouvé aujourd’hui, ainsi qu’une partie de gond en fer forgé. Vers 1760, les potiers anglais mettent au point un type de grès fin de couleur rouge. Wedgwood, qui en fabrique, nomme cette production rosso antico, en raison de la ressemblance de ce grès avec les terres cuites gallo-romaines. Ce sont souvent des théières qui sont fabriquées en grès rouge. Un fragment de théière a été trouvé aujourd’hui. Ajoutons quelques mots sur les contenants de faïence brune dont il a été fait mention précédemment. La faïence brune a été mise au point au début du XVIIIe siècle et les faïenceries de Rouen, principalement, en ont fabriquée. La faïence brune résiste davantage à la chaleur que la blanche et c’est pour cette raison que les potiers fabriquent surtout des pièces utilitaires de ce type de faïence. La faïence brune appelée aussi «cul noir» demeure très répandue pendant tout le XVIIIe siècle. Visiblement, la famille de Lorimier en possédait quelques exemplaires. Demain l’équipe fouillera la couche de mortier. Nous pourrons donc établir si elle témoigne d’une construction, celle de la maison LeBer-LeMoyne, peut-être.


    Photo de la partie de gond et de la guimbarde

    Le 6 août 2009
    D’entrée de jeu, la fouille du remblai d’hier n’a pas été aussi facile à terminer que prévu. Des objets ont à nouveau été prélevés dans ce prolifique remblai. Une pièce de monnaie de 1783 a été trouvée, ainsi, encore, que de nombreux fragments céramiques. Un premier nettoyage de la couche de mortier sous-jacente a mis en évidence certaines particularités de cette couche. En effet, une partie est couverte de façon homogène de mortier, une autre partie est constituée de cendre et de mortier et la troisième partie consiste en un mélange de sol brun roux et de cailloux. Ce n’est que demain que la fouille de ces trois lentilles sera amorcée, mais le nettoyage de surface a occasionné la mise au jour d’un fragment de pipe d’origine hollandaise dont le décor est associé au XVIIe siècle, d’un fragment de récipient non identifié mais dont on sait qu’il est fabriqué en France bien avant l’arrivée des Européens, et une autre épingle. Le premier réflexe de l’archéologue Pascale Vaillancourt est d’associer ces objets, la cendre, les cailloux et le mortier à l’époque d’abandon de la maison au XVIIesiècle. Rappelons quelques événements. Lors de la tragique nuit du 4 août 1689 pendant laquelle plusieurs habitants de Lachine furent tués ou enlevés par des Iroquois, les documents rapportent qu’il est fort possible que la maison LeBer-LeMoyne ait été partiellement incendiée. Elle est alors abandonnée par son propriétaire d’alors, François Guillemot, qui s’installe à VilleMarie et ne reviendra pas à Lachine. Le père de Marguerite Chorel dont il a été question dans le journal de bord d’hier, achète la maison en 1695, la fait réparer puis il la donnera à sa fille, comme on le sait, lors de son mariage avec Guillaume de Lorimier. La couche de mortier d’aujourd’hui est peut-être associée à cet événement. Mais il est trop tôt pour le confirmer.


    Photo de prise de notes par l'archéologue Pascale Vaillancourt

    Le 7 août 2009
    Journée extrêmement enrichissante concernant les activités qui se sont déroulées à la maison LeBer-LeMoyne au temps de la traite des fourrures. L’archéologue Sébastien Leduc a pris la responsabilité de fouiller la portion qui a été décrite hier comme étant constituée de sols brun roux avec des pierres. Cet espace s’est avéré être une fosse à paroi angulaire soignée contenant quelques os de boucherie ainsi que plusieurs fragments de terres cuites datés de la fin du XVIIIe et surtout du XIXesiècle. Parmi ces objets pourtant, une pierre à fusil taillée sur lame, d’origine française. La fosse a été ouverte dans un sol plus ancien. La couche de cendre, celle dont il a été question dans le journal de bord d’hier, se trouvait sous la couche de mortier dont le contenu archéologique est français. La couche de cendre contenait plusieurs témoins de la traite des fourrures: une perle de wampum blanche, une pierre à pistolet en silex, des fragments d’une pipe hollandaise marquée des lettres CLV, une perle de verre sphérique, une bague de type jésuite à décor qui pourrait être un cœur gravé ou moulé. Les baguesdites jésuites sont fabriquées en métal cuivreux. Elles étaient échangées dans le cadre de la traite des fourrures et des activités missionnaires. Autre élément diagnostique: la base d’une bouteille à parois plates de forme carrée, a été mise au jour dans la cendre. Elle contenait sans doute, à l’origine, de l’eau-de-vie, ce breuvage qui, de l’avis de bien des ecclésiastiques, est à l’origine de nombreux maux en Nouvelle France et ailleurs en Amérique. Les bouteilles carrées sont fabriquées en verre, soufflées dans un moule. Pour compléter l’embouchure de la bouteille après l’avoir soufflée, le verrier la tient avec le bout de la canne à souffler car elle est encore chaude. L’empreinte de cette canne, que l’on nomme pontil, est encore en place sous la bouteille. Autre objet très intéressant trouvé dans la cendre: un pendentif, fait en pierre, troué à une extrémité pour y passer une ficelle. L’objet est une parure. Ce modèle est souvent porté par les Amérindiens. Toujours dans la cendre, une retaille d’une moule d’eau douce a été mise au jour. La nacre de cette moule a été travaillée afin d’obtenir la forme d’un bouton, probablement. Les couches de mortier et de cendre ont été entièrement enlevées. Une couche noire apparaît à la surface. Il est possible qu’il s’agisse du sol naturel. C’est ce que les archéologues apprendront demain, car il y a fouille toute la fin de semaine.

    Le 8 août 2009
    La fouille de la sous-opération 1G est terminée. La dernière couche fouillée est constituée de sols noirs que des racines anciennes avaient quelque peu perturbés. Cependant, cette couche recelait du matériel de la période du Contact, au début du XVIIe siècle: pipe hollandaise, monnaie, éclats de chert, os. En effet, au début de la période historique, il appert que des Amérindiens se sont arrêtés à cet endroit pour y manger des poissons sans doute pêchés dans le lac Saint-Louis, à proximité, et y tailler la pierre afin de fabriquer des outils. Un grattoir en chert a été mis au jour dans cette couche. Le grattoir est très utile car, avec cet outil, les Amérindiens séparaient le gras et la peau de l’animal avant d’étendre et faire sécher la pelleterie sur un support. Ces fourrures étaient ensuite échangées pour des marchandises européennes comme des couvertures, des fusils, des munitions, des chaudrons de métal cuivreux, des parures et bien d’autres articles. Le chert est une pierre appréciée par les Amérindiens pendant toute la période préhistorique. Cette pierre s’apparente au silex du point de vue de sa texture dense qui se travaille bien. Le silex ne peut être trouvé à l’état naturel en Amérique du Nord. La couche naturelle qui apparaît sous celle dont il est question ici, est constituée d’énormes moellons (moraine). Les archéologues ont procédé, à la fin de la journée, à l’ouverture de la sous-opération 1H, localisée à l’ouest de la sous-opération 1G. Ce sondage devrait contenir des informations sur la pente naturelle menant à la grève, sur la construction de la maison et sur la circulation entre le lac et la maison, puisqu’il sera creusé immédiatement devant la porte en façade.

    Le 9 août 2009
    Ainsi qu’il a été annoncé dans le journal de bord d’hier, les archéologues procédaient à l’ouverture d’un autre sondage, parallèle à la façade de la maison, afin de vérifier la pente naturelle ainsi que le mode et la densité de la circulation entre la rive du lac et la maison. Sous la surface, la couche qui a été dégagée aujourd’hui recèle de nombreux fragments de céramique du XIXe siècle. À environ 0,80 m de la maison, des pierres ordonnées forment ce qui pourrait être un appui ou un perron. Il est fort possible, considérant cette découverte, que devant la porte il y ait eu une galerie de bois et que les pierres étaient placées là pour faciliter les déplacements au sortir ou à l’entrée de la maison. Mercredi prochain, les archéologues procéderont à l’enlèvement de ces pierres ainsi que des sols XIXe rencontrés aujourd’hui, afin de vérifier la valeur archéologique des sols sous-jacents.


  • 12 au 16 août 2009

    Le 12 août 2009
    Soulignons d’abord la qualité archéologique des couches rencontrées, en cours de fouille, dans la sous-opération 1H. Dans cette sous-opération, les couches modernes ont été enlevées la fin de semaine dernière. Une couche très épaisse est alors apparue et des objets du début du dix-neuvième siècle s’y trouvent. Seules trois bases de piliers de l’ancienne véranda sont plus récentes. Les autres éléments sont datés de l’époque pendant laquelle le riche armateur John Grant possède la maison. Il fait de ce terrain son domaine où se dressent dorénavant deux autres maisons une grange et une écurie. À cette époque, constate l’archéologue Pascale Vaillancourt, une marche est nécessaire pour sortir de la maison, à l’avant. Aujourd’hui le pas de la porte est au niveau du parterre. Le matériel mis au jour est divers: plusieurs autres épingles, des clous, des os, de la céramique. La fouille de cette couche n’est pas encore complétée, mais il apparaît que la couche suivante porte les traces d’une occupation qu’on peut situer vers 1780. John Grant est déjà riche lorsqu’il acquiert la maison, la dépendance et le terrain autour à la fin du XVIIIe siècle. Membre du Montréal Hunt Club, il possède des chevaux. Les archéologues ont mis au jour, ailleurs sur le site, datant de l’époque pendant laquelle Grant est propriétaire de la maison LeBer-LeMoyne, des bouteilles de cirage utilisé pour l’entretien des accessoires d’équitation ainsi qu’une tasse sur laquelle on peut voir le symbole représentant le Montréal Hunt Club. Le bouton de manchette montré sur la photo a été trouvé aujourd’hui. Il a peut-être appartenu à John Grant.

    Le 13 août 2009
    L’épaisse couche dont le dégagement a été amorcé dimanche, est terminée. Tout son contenu archéologique sera bien examiné à la fin de la campagne de fouille. Dans ce contexte, une perle bleue a été trouvée hier. Aujourd’hui, le matériel prélevé confirme la datation pré 1820 avancée hier. Les assemblages sont surtout domestiques, mais les articles reliés à la construction sont nombreux. Les clous, forgés, attestent de travaux, sans doute des réparations, effectuées avant le XIXe siècle. Une boucle de ceinture en métal ferreux a été mise au jour. Un nettoyage de sa surface permettra de distinguer le décor, le cas échéant. Le fond d’une bouteille de moutarde sèche de marque LONDON a été mis au jour dans cette épaisse couche. La moutarde London est mise en marché, dans sa jolie bouteille carrée transparente, au tout début du XIXe siècle. Elle est très populaire et des fragments de ce type de bouteille sont souvent trouvés dans les sites archéologiques. Pour le site de la Maison LeBer-LeMoyne, il s’agit du deuxième fragment de fond de ce type de bouteille de moutarde. Sous la couche XIXe, une deuxième perle de wampum de couleur blanche, trouvée aujourd’hui, confirme en quelque sorte que la maison LeBer-LeMoyne accueille des marchands et des voyageurs qui traitent autant dans le Nord-Est des États-Unis (surtout des wampums et des ossements de crotales) que dans l’Ouest (présence dans la maison de fragments de pipes portant les symboles caractéristiques surtout des peuples autochtones de l’Ouest). Un bouton en métal cuivreux a aussi été mis au jour. Il est maintenant certain qu’une petite galerie était construite depuis longtemps devant la porte. Les appuis en pierre découverts aujourd’hui servaient de base à des pilotis qui eux, soutenaient la galerie. Dans la portion ouest du sondage 1H, les sols sont moins clairs, mais il est possible que les archéologues puissent reconnaître dans la couche suivante, les marches d’un escalier.

    Le 14 août 2009
    Le dernier tiers du XVIIIesiècle est chargé pour le site LeBer-LeMoyne. Nous savons que la vente de la maison par les héritiers De Lorimier en 1765 visait à retrouver l’équilibre financier de cette prestigieuse famille de Nouvelle France, maintenant dans la gêne. Les objets du quotidien ayant appartenu à la famille semblent avoir passé dans la vente. Les archéologues d’Archéotec découvrent en effet autant de fragments d’objets du régime français que d’objets importés d’Angleterre. Toutefois, le nouveau propriétaire Hugh Heney demeure une personne modeste dans ses possessions. Il confie au menuisier Jean-Baptiste Crête en 1768, le soin de rénover la maison. Une fois sa tâche terminée, le menuisier aurait également aménagé le pied des escaliers (les marches sont usées sur la surface) en les organisant en arc de cercle. La couche rencontrée par les archéologues aujourd’hui témoigne de belle façon de l’intervention de Crête: clous, vitres de carreaux, ferrures d’architecture (crochets et gond de volets, charnière de porte). Signe que la traite des fourrures bat encore son plein: la découverte aujourd’hui d’une perle, d’un autre wampum, d’une boucle de ballot à trois ardillons, d’un ferret de métal cuivreux mesurant 4 cm, de plusieurs dizaines d’épingles.

    À cette époque, on s’éclaire encore avec des chandelles. Une pierre à briquet a été mise au jour. En frottant cette pierre au briquet, on produit l’étincelle. Les montres ne sont alors pas portées au poignet, mais plutôt placées dans une poche d’où on la retire pour connaître l’heure. La montre est recouverte d’un couvercle très décoré. Aujourd’hui, il est possible qu’un tel couvercle ait été mis au jour au site LeBer-LeMoyne. Son décor est constitué d’une montre affichant 10:27 heures. Ce couvercle pourrait aussi être un jouet. La montre était suspendue par une chaîne qui a été mise au jour avec le boîtier. Les montres jouets sont très populaires entre 1625 et 1800. Le sommet de leur popularité auprès des enfants se situe entre 1630 et 1750. La montre jouet (ou le boîtier) découverte aujourd’hui sera examinée en laboratoire pour déterminer sa datation et surtout, préciser sa fonction. Demain, la fouille de la sous-opération 1G se poursuit.

    Le 15 août 2009
    Les sols enlevés aujourd’hui contiennent encore des éléments du milieu du dix-huitième siècle. Les marches disposées en arcs de cercle, celles dont il a été question hier, ont été amputées d’une partie, celle qui est la plus proche de la maison. En fait, il manque deux pierres pour les compléter. Le fait qu’elles soient usées nourrit la certitude qu’elles ont été foulées par les pas de plusieurs générations de résidants et suscite quelques émotions dont l’archéologue, même celui d’expérience, n’est pas exempté. À l’est de la large porte, le niveau de surface en lien avec la construction de la maison a été atteint. Sous cette surface, les sommets de moellons apparaissent. À l’instar de ce qui a été observé dans la sous-opération 1G, il s’agit sans doute de la matrice naturelle. Les archéologues d’Archéotec sont à mettre au point une stratégie d’intervention pour dégager cette couche très difficile en raison surtout du poids de ces moellons. Rappelons que les deux sous-opérations ont été tronquées par l’ajout, au dix-neuvième siècle, de piliers de béton pour soutenir une grande véranda. Ces piliers mesurent 36 pouces en hauteur ce qui suggère une activité réalisée sous le régime anglais. Sous le régime français, les unités de mesure sont différentes et il faut que les archéologues tiennent compte de cet état de chose pour prévoir les diverses dimensions du bâti et des espaces aménagés, tels les chemins, avant même de les expertiser. Encore aujourd’hui, les objets mis au jour sont abondants et plusieurs d’entre eux sont fort intéressants. Soulignons ainsi la mise au jour d’une croix de chapelet en métal cuivreux (notre photo). Son mode d’attache est caractéristique des productions du dix-huitième siècle. Autre objet d’intérêt: la base d’une petite fiole en verre clair. Ce type de fiole (notre photo), d’à peine quinze millimètres à la base, servait à entreposer une dose simple d’un médicament. Cette base est caractéristique et force à repousser la datation de certains objets trouvés aujourd’hui, car ces fioles sont datées du début du dix-neuvième siècle. Toutefois, il faut bien comprendre que les vestiges, qu’ils soient mobiliers ou immobiliers, sont souvent bouleversés par les activités, parfois majeures, comme celle de l’installation des piliers mentionnés précédemment, qui font en sorte que des objets utilisés et jetés au dix-neuvième siècle sont trouvés dans un même contexte que ceux qui ont été utilisés et jetés antérieurement. C’est demain que nous saurons quelle décision les archéologues auront prise quant à la fouille des sols où se trouvent plusieurs gros moellons.

    Le 16 août 2009
    L’archéologue Sébastien Leduc fouillait aujourd’hui le dessous de la galerie originale de la maison, celle qui mène aux marches de pierres discutées dans le journal d’hier. Les moellons qui ont été atteints dans la portion Est de la sous-opération étant naturels, ils ne seront pas enlevés. D’autres pierres calcaires qui avaient été disposées pour soutenir la galerie ont été dégagées aujourd’hui. Des objets datés de la fin du dix-huitième siècle ont été mis au jour, mélangés à la terre qui scelle les pierres. Ainsi, une perle de wampum blanche, des épingles à tête ronde, une monnaie, un bouton de métal cuivreux marqué au dos du nom de la ville où il a été fabriqué: London, deux balles de fusil en plomb et une fourchette à deux dents dépourvue des appliques qui forment le manche. Depuis le début des investigations archéologiques 2009, trois balles de fusil, d’un diamètre approximatif de 13 mm, ont été mises au jour. Elles témoignent autant de la chasse que de l’habitude – ou plutôt de l’obligation – qu’ont les voyageurs pour la traite des fourrures, de porter fusil et munitions en tous lieux et à tout moment. Dans ce pays où il faut chasser pour manger, où il faut parfois se défendre contre l’ennemi, le fusil devient l’ami du voyageur. Il ne s’en sépare presque jamais. L’une des balles trouvées cette année portait des traces d’impact ce qui signifie qu’elle a été lancée et a heurté une surface dure. Elle a ainsi été aplatie.

    Plus à l’ouest, les sols livrent parcimonieusement les indices. Pourtant, cette couche, sans être aussi épaisse que la précédente, mesure tout de même 15 cm. Par cette grande chaleur, elle est ardue à enlever. Sous cette couche, le sol naturel apparaîtra sans doute, comme c’est le cas dans la portion Est. Entre les deux espaces, une berme a été laissée. L’archéologue prévoit une berme, c’est-à-dire un espace qui n’est pas fouillé, afin de mieux comprendre la succession des couches et donc, la succession des événements qui marquent le site. Une lecture de la paroi de la berme permet de mieux contrôler les informations et de confirmer la position de certaines couches rencontrées en cours de fouille. Demain et après-demain, c’est relâche, pour une poursuite de la recherche archéologique dès mercredi matin.

     

  • 19 au 23 août 2009

    Le 19 août 2009
    Pendant la journée, la couche commencée dimanche a été terminée. Il n’en reste qu’une seule qu’on enlèvera demain. Cette dernière couche, tout comme celle qui a été fouillée dans la sous-opération 1G, devrait fournir des éléments très anciens: outils amérindiens en pierre, éclats résultant du travail de la pierre, etc. La zone, immédiatement sous la porte, s’est révélée perturbée. Il semble clair que les travaux de restauration de la maison au vingtième siècle ont bouleversé le pas de la porte, au moins. Malgré ces perturbations, des éléments anciens trouvés aujourd’hui parlent de la fabuleuse période du commerce. En effet, un seul petit fragment de grès allemand gris fournit à lui seul tout ce qui est nécessaire pour parler de l’eau-de-vie, ce liquide si important dans le mode d’opération de ce commerce de troc. L’eau-de-vie suit partout les flottilles de canots équipés pour la traite. Elle est aussi disponible dans les postes de traite où le commis accueille le chasseur en lui versant un bon petit boire! Bien sûr, le transport de ce breuvage se fait dans des tonneaux, des barillets, des bouteilles, mais il se fait aussi dans des cruches. Depuis des siècles, lorsque la Nouvelle France s’initie à ce commerce, les Allemands fabriquent des cruches bien solides en grès. Elles sont introduites ici par les Français. Ces contenants supportent des chocs modérés sans trop s’altérer et en gardent le contenu au frais. Du grès allemand, qu’il soit gris ou brun, on fabrique des contenants indispensables pour conserver et pour boire. Car on faisait aussi des chopes bien solides avec lesquelles on peut trinquer, même vigoureusement.

    Pendant la journée, un sceau à marchandise en plomb a été mis au jour. C’est le deuxième sceau à marchandise au cours des fouilles 2009. Ces sceaux étaient attachés à un ballot de tissu. Le marchand y appose sa marque et inscrit la longueur du ballot. Lorsqu’ils sont trouvés au cours d’une intervention archéologique, ils sont dépourvus du ballot d’origine, mais porte encore les traces de la trame du tissu.

    Le 20 août 2009
    L’archéologue Pascale Vaillancourt affirmait hier qu’elle commencerait aujourd’hui la fouille d’une couche très ancienne, peut-être préhistorique, peut-être datée de la période du Contact. Elle a vu juste: l’équipe est parvenue à une couche dont l’occupation pourrait remonter à la préhistoire. Quarante fragments de vases en terre cuite fabriqués par des Autochtones ont été mis au jour dans la sous-opération 1H, sous la couche d’occupation mentionnée hier et qui contenait des fragments datés, peut-être, du dix-septième siècle. Ces fragments pourraient former, en partie du moins, deux vases différents. Il y a quelques rebords de ces vases, rebords qui, normalement, sont légèrement angulaires. Les décors de ces vases sont très diversifiés: zigzags disposés horizontalement, hachures, lignes incisées se rencontrant à angle droit. Il est difficile pour l’instant de préciser à quel peuple autochtone peuvent être associés ces vases, mais il est fort possible que les potiers appartiennent à une famille iroquoienne. Les Iroquoiens, auquel peuple les Iroquois font partie, ont été connus lorsque Jacques Cartier explore le Canada en 1535. Lorsque Samuel de Champlain, à son tour, explore le Saint-Laurent et l’Outaouais en 1611, les Iroquois ont déserté les terres qu’ils occupaient quelques décennies auparavant. Dans la couche fouillée aujourd’hui, deux alignements de pierres ont été observés. L’un d’entre eux semble adopter une forme circulaire et pourrait être un foyer. Des échantillons de charbon ont été prélevés et seront éventuellement analysés afin d’obtenir une datation de cet alignement circulaire de pierres et, éventuellement, de cette couche.

    Puisque les archéologues ont atteint la base du mur, ils ont pu faire les observations suivantes: la base de la fondation n’a pas été creusée dans la terre comme c’est le cas aujourd’hui. Un simple sillon rectiligne peu profond a été pratiqué. On y a jeté quelques pelletées de mortier sur lequel on a commencé à monter le mur. D’abord avec des pierres le plus souvent naturelles, puis, plus haut, les maçons ont, vers 1670, monté des rangées de pierres sommairement taillées. Cette façon de construire est typique du dix-septième siècle, au moment où le climat rigoureux de Nouvelle France n’était pas encore assez connu et donc, que le mode de construction était celui de France. Plus tard, les maçons ont compris que, s’ils voulaient adapter leur mode de construction aux rigueurs de l’hiver, un vide sanitaire devait être prévu sous le plancher du rez-de-chaussée. Nous ignorons le nom du maçon que les marchands LeBer et LeMoyne ont engagé pour cette construction, mais nous savons que la dépendance et la maison ont été construites par les mêmes personnes, sinon au même moment, et selon un même schéma de construction français.

    Le 21 août 2009
    La journée a été chargée en dépit du fait que l’équipe était à terminer la fouille de la sous-opération 1H. Une belle couche très foncée forme la couche naturelle, foulée autrefois par les Amérindiens qui se sont arrêtés sur le promontoire où se trouve la maison. Avant de fermer cette sous-opération, l’archéologue Sébastien Leduc procède au relevé précis des pierres qui constituent les marches de l’escalier d’origine afin de pouvoir les prélever et poursuivre la fouille de l’espace sous-jacent (notre photo). Peu d’objets ont été mis au jour aujourd’hui, car les pierres disposées circulairement n’ont fourni aucun témoin tangible de l’utilisation de ce que les archéologues croient toujours être un bivouac préhistorique. La dernière sous-opération qui sera ouverte cette année, la sous-opération 1J, a été commencée aujourd’hui. Présentement, seule la surface est enlevée et la tourbe est roulée et placée en bordure de l’espace à fouiller (notre photo). Dans cette sous-opération de 2m sur 7m, trois espaces seront expertisés afin de déterminer la valeur archéologique de la partie ouest du terrain. Les trois espaces auront une égale superficie, soit: 1m sur 2m.

    Aujourd’hui a été une journée bien spéciale puisque le musée recevait des invités et qu’un événement médiatique a amené plusieurs visiteurs près des sondages, tous ces visiteurs étant intéressés à connaître les résultats des interventions archéologiques qui se déroulent présentement. L’équipe a été mise à contribution pour répondre le plus adéquatement possible, aux interrogations et pour apporter des réflexions et des commentaires sur ce qui a été trouvé jusqu’à présent. Une petite exposition dans des présentoirs portatifs a été préparée pour l’occasion par les membres de l’équipe. En fin de semaine, les recherches au terrain mèneront les archéologues à amorcer la fouille de la dernière sous-opération. Les résultats devraient être intéressants, car il est fort probable que cet espace était emprunté dans le transport de marchandise entre le lac Saint-Louis et la dépendance de pierre qui se trouve juste vis-à-vis.

    Le 22 août 2009
    Une journée très éloquente sur le plan des périodes anciennes de l’histoire du site de la Maison LeBer-LeMoyne. La berme qui coupait en deux la sous-opération 1H a été partiellement enlevée et un tesson de terre cuite préhistorique a été mis au jour, confirmant l’emplacement d’un site préhistorique à l’endroit choisi pour construire la maison, et ce site fut occupé il y a de cela mille ans. Plus récemment au dix-huitième siècle, un trou a été creusé, et des pierres solidifient la paroi circulaire de ce trou, afin, probablement, qu’on puisse y installer une tige quelconque qui soutenait on ne sait trop quel élément du bâti. Ce trou présente un diamètre assez petit et est placé très près des fondations de la maison. Associés à cet activité d’installation d’un pilier, trois objets ont été mis au jour: l’un est sans doute une coupe de verre dont les parois, extrêmement fines, rappellent les soupers fins pendant lesquels le vin était servi. Un bouton convexe en métal cuivreux y a été aussi mis au jour, entier celui-là, rappelant que Lachine était une garnison et que plusieurs soldats y passaient l’année, défendant la colonie, si l’ennemi se présentait en ce lieu où s’opéraient plusieurs transactions commerciales. L’uniforme militaire est attaché à l’avant, par plusieurs boutons convexes comme celui qui a été trouvé aujourd’hui. Une boucle de chaussure en métal cuivreux, très décorée, a été trouvée dans la couche dont il est question présentement, située au nord-ouest de la sous-opération 1H. Depuis le début des fouilles de 2009, trois boucles de chaussures ont été mises au jour témoignant de la richesse de celui ou de celle qui porte la chaussure en question. Lorsqu’elles sont très ornées, il y a de fortes chances qu’elles aient été plus dispendieuses. Au fond de la couche où ces objets ont été trouvés, il y a beaucoup de charbon de bois dont des échantillons ont été prélevés avec soin, car une datation peut être précisée par une analyse au Carbone 14, si l’échantillon est dépourvu d’intrusion moderne. La sous-opération 1J, commencée hier, n’a donné aujourd’hui que quelques résultats très sommaires et des éléments modernes seulement y ont été prélevés.

    Le 23 août 2009
    Du côté nord-ouest de la sous-opération 1H, la base de la maison n’a pas encore été atteinte. Voici d’autres observations concernant la construction de la maison et ses modifications, à travers le temps. Pour construire la maison, on a dû creuser dans le sol naturel. Puisque ce sol est solide car chargé de moellons de grandes dimensions, le fruit, cet élargissement visible dans la maçonnerie extérieure des très anciennes maisons, ne commence que plus haut, à environ 1,50 m d’altitude. Pour construire la maison, les ouvriers ont épierré l’espace intérieur et laissé les pierres devant la maison, sur le sol original. Au dix-neuvième siècle, du crépi recouvre les murs de la maison. Le sol d’occupation, à cette époque plus récente, est à 0,30 m sous la surface actuelle. La surface originale, quant à elle, est à 0,40 m sous celle du dix-neuvième siècle ce qui signifie que le sol foulé par les marchands LeBer et LeMoyne lors de l’achat de ce terrain en 1669, est à 0,70 m sous la surface actuelle. À ce niveau, des gravillons sont abondants et sont mêlés de mortier ce est qui tout à fait naturel considérant que c’est là que les maçons se sont installés pour élever le mur de façade. Le site préhistorique se poursuit dans cet espace nord-ouest, et à cette profondeur de 0,70 m. Des ossements noircis d’un mammifère, ainsi qu’un nucléus de chert gris ont été trouvés à cet endroit. Des détails s’imposent : si des os sont rejetés dans le feu après que la chair ait été consommée et qu’ils continuent à brûler, ils deviennent d’abord noirs. C’est la première étape. Si la combustion se poursuit, ils durcissent, puis blanchissent. À ce stade, ils perdent aussi leur forme et ils deviennent difficiles à identifier. Près du feu, nous observons qu’à la préhistoire, une personne a fabriqué des outils ou des munitions à partir d’un bloc de chert. Cette pierre, une fois que l’artisan a prélevé ce dont il a besoin, est parfois rejetée et laissée en bordure de l’aire de travail. C’est ce qui a été trouvé aujourd’hui. Ces objets étaient au même niveau que les tessons de céramique amérindiens préhistoriques mentionnés hier et pourraient donc de ce fait, avoir été placés là il y a mille ans. Ainsi qu’il a été mentionné hier, le dernier sondage, ouvert récemment sur le côté ouest de la maison, sera divisé en trois parties. La partie plus à l’ouest a fourni seulement des pierres concassées très modernes aujourd’hui et les archéologues concentrent leurs investigations dans les deux autres parties. Les couches modernes n’ont donc pas encore été enlevées, mais progressivement, des couches plus anciennes seront trouvées au fur et à mesure de l’avancement de l’intervention archéologique dans le sondage 1J. La fouille reprendra mercredi prochain.


  • 26 au 30 août 2009

    Le 26 août 2009
    Fouilles archéologiques         au Musée de Lachine : 26 août 2009La base du mur de la maison LeBer-LeMoyne est à un niveau que nous n’avions pas soupçonnés être si bas. Il faut dire que la base du mur du côté Ouest est plus profonde que du côté Est où aucune cave n’a été creusée. La présence de moellons et l’étroitesse de la sous-opération nuisent à la poursuite de la fouille de l’angle nord-ouest de la sous-opération 1H. C’est pourquoi une opération de prélèvement de quelques moellons gênants a été mise sur pied ce matin. Il a été ainsi plus facile de poursuivre la fouille. Dans les couches que traverse l’archéologue Pascale Vaillancourt pour atteindre la base du mur, la présence continue de mortier prouve que ces sols n’ont pas été bouleversés depuis la construction de la maison. Par ailleurs, la fouille de la berme du 1H se poursuit elle aussi, déterminant avec précision le moment de la construction de la petite galerie de bois. Cette galerie, installée devant la porte après 1760, succède à une installation ancienne dont la forme et la disposition ne sont pour l’instant que supposées. Dans cette berme, une pierre à fusil en silex et une pierre à feu ou pierre à briquet, également en silex, ont été mises au jour dans la sous-opération 1H en association avec des ossements Fouilles archéologiques       au Musée de Lachine : tamisage animaux, des clous et des terres cuites fines de fabrication anglaise appelées Creamware. Les terres cuites fines de couleur crème ont été mises au point par le potier anglais bien connu Josiah Wedgwood un peu après 1760. Elles ne peuvent donc se trouver dans les couches archéologiques qu’après cette date. L’apparition d’objets de type Creamware dans les couches archéologiques procure à l’archéologue ce qui est appelé un terminus post quem, c’est-à-dire une période qui suit forcément l’année 1760. D’autres détails comme le décor et la forme de l’objet déterminent avec davantage de précision la date réelle de la couche dans laquelle se trouve l’objet.

    Dans la sous-opération 1J, les couches témoignent pour l’instant, des événements du vingtième siècle. La présence de gravillons, dans une couche très compacte où se trouvent aussi des scories témoigne peut-être du tracé d’un ancien sentier dans cette portion Ouest du terrain où se trouve la maison LeBer-LeMoyne. La confirmation en sera fournie par la poursuite de la fouille demain.

    Pour l’instant aucune explication ne peut être apportée, de façon concrète, concernant la présence d’autant d’épingles dans toutes les couches fouillées. Elles sont en plus grand nombre dans les couches anciennes, mais il y en a aussi dans les sols récents. La majorité des épingles mises au jour sont fabriquées selon la technique très ancienne d’une tige dont une extrémité est dotée d’une tête ronde formée par l’enroulement répété d’un fil de métal cuivreux à cet endroit. Cette technique est remplacée, après 1824, par celle que l’on connaît encore aujourd’hui.

    L’équipe d’Archéotec a accueilli avec plaisir des personnes de la Ville de Montréal et du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, intéressées par le programme de recherche archéologique sur le site de la Maison LeBer-LeMoyne qui se déroule actuellement et qui fait l’objet d’un journal quotidien.

    Le 27 août 2009
    Au cours des siècles, la végétation a encombré les sols, même les plus anciens. Ce sont les racines qui, en poussant, entraînent parfois des fragments plus récents, dans des sols plus anciens. Elles pourrissent ensuite et l’archéologue doit deviner les traces de son passage dans les sols fouillés. C’est ce phénomène qui a été observé aujourd’hui le long de la façade de la maison. Ce sont des situations embêtantes car elles font douter l’archéologue de l’intégrité des couches. Malgré cette difficulté, deux couches très nettes contenant des objets de la préhistoire et des premières décennies de la période historique ont été mises au jour. La couche préhistorique a livré de petits objets seulement. Un éclat d’andouiller et quelques éclats de chert. Cependant, un nodule d’ocre rouge a aussi été trouvé dans cette même couche. Pendant la préhistoire, l’ocre naturellement rouge était mélangée à des graisses pour former une pâte épaisse. Les Autochtones couvraient certaines parties de leur visage de cette pâte rendant leur peau rouge d’où ce nom donné à ces peuples par les Européens, au début du moins. Le corps des morts était souvent couvert d’ocre. Sur le marché colonial, l’ocre a rapidement été remplacé, dans le maquillage traditionnel, par le vermillon, substance dangereuse, car elle contient du plomb souvent en grande quantité.

    En ce qui concerne la période historique, une fourchette à deux dents a été mise au jour, à proximité de celle qui a été trouvée la semaine dernière. Dans les deux cas, le manche est absent. Elle pourrait avoir été utilisée au milieu du dix-huitième siècle, alors que la famille De Lorimier occupe la maison. La fourchette est en acier. La soie, cette partie qu’on introduit dans le manche, est une tige et non une bande, comme c’est le cas des ustensiles plus récents. Dans ce cas-ci, il est certain que le manche était fait d’une seule pièce. En ce sens, il est possible que la fourchette soit plus ancienne que la datation énoncée précédemment. Les archéologues feront, à la fin de la campagne, les réflexions qui mèneront à une datation plus juste des objets et des couches.

    Dans la sous-opération 1J, les sols sont encore modernes. La poursuite des investigations devrait apporter des traces plus anciennes de circulation à cet endroit. Les études qui ont précédé la présente intervention prévoyaient trouver dans la sous-opération 1J une aire de circulation. Il y a peut-être, cependant, des éléments qui ont échappé à ces études, car les documents ne disent pas toujours tout et la fouille révèle souvent des éléments insoupçonnés avant l’intervention. L’archéologue découvre à chaque jour que le quotidien n’est pas toujours consigné dans les écrits et ne se trouve pas nécessairement dans les documents visuels d’époque.

    Le 28 août 2009
    La sous-opération 1J, commencée cette semaine, semble perturbée. Dans un secteur de ce sondage, le sol naturel a été atteint sans qu’aucune couche d’occupation n’ait été rencontrée. Les objets qui y ont été mis au jour sont divers et de plusieurs époques: du XVIIIe siècle au XXe. L’archéologue Pascale Vaillancourt croit que cet espace a été aménagé de façon à détruire la surface ou à l’enlever. En dépit de ces constatations, il semble permis, pour le moment, d’espérer le dégagement d’une aire occupée anciennement, car les sols de moraine ont été rencontrés dans une étroite portion du sondage. Ailleurs dans le chantier de fouille, le base du mur, sous la porte a été atteinte à 1m de profondeur. L’espace ouvert pour y insérer le mur au XVIIe, contenait un tesson de terre cuite préhistorique de la même facture et portant le même décor que le vase mis au jour la semaine dernière. Ce tesson est peut-être même jointif avec ce dernier vase. Cette découverte confirme l’occupation, il y a mille ans, de cet endroit. Les objets laissés sur le site ont été bouleversés par l’arrivée des Européens et la construction de la maison. Demain les archéologues poursuivent cette passionnante recherche, qui se termine dimanche. Des découvertes intéressantes sont à prévoir.

    Le 29 août 2009
    Une journée pluvieuse et quelque peu venteuse. Les archéologues, qui fouillent sous abri, ont été peu incommodés, cependant. Puisque c’est l’avant-dernière journée, il faut pouvoir être en mesure de terminer les sondages afin de faire les relevés des parois demain. Des prélèvements ont été faits d’échantillons de sols. Il s’agit de pouvoir caractériser certaines particularités  propres à chaque période. Ainsi les échantillons des couches préhistoriques procureront un aperçu de la végétation à l’époque et fourniront des données qui, une fois analysées, permettront de préciser les datations. C’est le sondage 1J qui a livré les découvertes les plus intéressantes. Les sols atteints aujourd’hui sont témoins d’une occupation ancienne, remaniée à une époque ancienne elle aussi. Cette couche est donc importante à considérer dans l’évolution du site. Parmi l’assemblage archéologique mis au jour, un tesson retient l’attention. Il s’agit d’un fragment de vase préhistorique. Il est petit, sans décor, mais non pas sans intérêt. Contrairement aux fragments trouvés à l’est de la tranchée 1J, fragments qui pouvaient être datés de 1000 ans, le fragment de la sous-opération 1J est plus récent. Il s’agit d’un tesson de panse d’un vase fabriqué par des Iroquoiens un siècle ou deux avant l’arrivée des Européens à Lachine. Lorsque Jacques Cartier et ses hommes sont montés sur le mont Royal en 1535 pour examiner l’horizon autour de l’île, et qu’ils voit les rapides de Lachine devant eux, le vase était déjà cassé et le tesson enfoui. Il est maintenant entre les mains des archéologues pour une analyse approfondie. Demain, la tâche incombe à l’équipe d’atteindre la base du mur de façade de la maison LeBer-LeMoyne, car ce sera la dernière chance d’observer dans son ensemble le travail qu’ont accompli les maçons pour édifier ce mur vers 1670.

    Le 30 août 2009
    Les réflexions, aujourd’hui, portaient surtout sur la topographie de ce promontoire. Sur la topographie d’origine surtout. Le point de départ de ces réflexions: la découverte, dans la sous-opération 1J, à l’extrême Ouest du site, de sols de plage. Il s’agit d’un sable mélangé à de petites pierres. Puisque la maison, de ce côté, a des fondations très profondes, il se pourrait donc que ce soit de ce côté qu’une baie naturelle ait offert un havre pour l’accostage des canots. Il est trop tôt pour le confirmer, mais la topographie naturelle mise au jour au cours des dernières journées de fouilles, milite pour cette configuration du terrain qui expliquerait également la présence, sans doute, sur le talus de cette baie, de la remise ou dépendance de pierre. Vers 1670, nous savons que la maison et sa dépendance ont été construites pour faciliter le commerce des fourrures, car elles se trouvent toutes deux sur la route qui mène à la région des Grands Lacs que les habitants de Nouvelle France appelaient les Pays d’en Haut ainsi qu’à la rencontre de la rivière Saint-Pierre. Nous savons que la rivière Saint-Pierre prenait, il y a très longtemps, sa source dans le lac Saint-Louis. Les premières cartes établies par Champlain pour cette rivière, montrent que son débit fluctue en raison de seuils rocheux qui bloquent l’accès de l’eau. Il y a en ce sens possibilité qu’une baie se soit formée tout à côté de cette rivière et que son emplacement corresponde à la sous-opération 1J. Cette possibilité devra être examinée dans les prochains jours. Les sols décrits précédemment se trouvent à 0,40m près de la maison et sont trouvés beaucoup plus profondément quelques mètres plus loin. Cette observation doit être étudiée dans les prochains jours.

    Fouilles archéologiques au Musée de Lachine : avant le remblayge Les découvertes, pendant la campagne qui s’achève aujourd’hui, sont majeures en ce qui a trait à la présence, encore aujourd’hui de ces deux très beaux édifices que firent construire jadis les marchands Jacques LeBer et Charles LeMoyne sur le terrain acquis de l’explorateur bien connu Robert Cavelier de LaSalle. Les résultats de ces recherches devraient permettre d’éclairer les réflexions sur la topographie, les aires de circulation, les habitudes privilégiées par les divers propriétaires qui ont acquis la maison à travers les siècles. Il faudra de plus distinguer les objets dont la présence s’explique par la traite des fourrures de ceux qui témoignent de la vie quotidienne à travers le temps. En mettant au jour ces objets, les archéologues prélèvent de la terre où ils dorment parfois depuis des siècles, des bribes de leur mémoire. La tâche leur incombe maintenant d’interpréter le plus justement possible les centaines de données acquises depuis le début de l’intervention archéologique afin de leur donner consistance et, par le fait même, de clarifier les épisodes méconnus de l’histoire qui entoure l’évolution du site de la Maison LeBer-LeMoyne de Lachine.

     

 
 
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