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4. Montréal, 15 octobre 1641

ÉcussonSceau officiel de la Société de Notre-Dame de Montréal vers 1650. Tiré de Daveluy, M.C., p.37.

L'automne fait resplendir les forêts de l'île de Montréal. Sur une pointe qu'on nommera plus tard Callière, quelques hommes s'affairent à signer des documents avec pour seuls témoins les oiseaux, le fleuve et une petite rivière qui s'y jette tout près. Ce sont des Français arrivés la veille de Québec. Il y a là Charles Huault de Montmagny, gouverneur de la Nouvelle-France et représentant de la Compagnie des Cent-Associés qui gère la colonie, et le père Barthélemy Vimont, Supérieur des Jésuites à Québec. La cérémonie terminée, ils repartent pour Québec, assurés que l'île est désormais la propriété de la Société de Notre-Dame qui veut y fonder une mission.

 

Représentation de buste profil de Jeanne ManceJeanne Mance. Château Ramezay, collection Alfred Sandham, I, 83.

« Folle entreprise », s'était-on exclamé à Québec en voyant arriver de La Rochelle, en août 1641, les deux navires transportant Maisonneuve et Jeanne Mance avec une cinquantaine d'engagés recrutés à grand peine. À la frontière des territoires iroquois, ils s'exposaient à tomber sous les assauts de guerriers redoutables. La colonie n'était pas en état de les défendre. Québec, Trois-Rivières et Tadoussac comptaient à peine 300 personnes subsistant de traite de fourrures et de prières au milieu de territoires où vivaient plusieurs dizaines de milliers d'Amérindiens.

Venus en des temps plus paisibles, Cartier, en 1535, et Champlain, en 1611, n'avaient pas tiré grand chose de leur voyage en cette île : ni or, ni argent, ni établissement français. Même Hochelaga, l'imposant village iroquoien qui avait accueilli Cartier, n'existait plus pour en témoigner. Que de pieuses personnes veuillent s'y installer sans intention avouée d'y faire commerce, voilà qui défiait l'entendement. Et si jamais le projet montréalais réussissait, ne verrait-on pas tôt ou tard ses colons s'accaparer la seule richesse du pays, les fourrures venant de l'Ouest?

Représentation de maisonneuvePaul de Chomedey de Maisonneuve. Tiré de Histoire de la vie de M. Paul de Chomeday, sieur de Maisonneuve, fondateur et 1er gouverneur de Ville-Marie. Montréal, Librairie St-Joseph, 1886.

Pour contrer les réticences des résidents de Québec, Maisonneuve et Jeanne Mance disposent d'une grande détermination et de l'appui des Jésuites qui jouissent d'une grande influence spirituelle et politique en France et dans la colonie. C'est donc avec confiance, que les futurs Montréalais, hébergés à Sainte-Foy, préparent l'expédition du printemps 1642. Ville-Marie sera fondée, quoi qu'il en coûte, et cela, selon les mots de Maisonneuve, même si « tous les arbres de l'île se devraient changer en autant d'Iroquois ».

Saviez-vous que...

Une relique en pièces détachées

Arrivé par bateau en 1963, il fut reçu en grandes pompes. Le département de la Sarthe en France l'avait envoyé à Montréal à la demande du maire Jean Drapeau. Il servait depuis longtemps à l'Hôtel-Dieu de La Flèche, où Le Royer de la Dauversière avait établi son hôpital. Il avait permis aux premiers engagés de Montréal d'aller signer leurs contrats. Cet invité spécial dormit pendant plus de vingt ans dans ses coffres avant d'être déballé pour une exposition au Complexe Desjardins et restauré en 1989 par les Compagnons du Devoir de France. On peut voir ce majestueux escalier de chêne dans le musée des Hospitalières de l'Hôtel-Dieu de Montréal, sur l'avenue des Pins, depuis 1992!

Les places royales

Place royalVue de la pointe à Callière et de la place Royale vers 1400. Tiré de Quand le sol raconte la ville, CIDEM-Communications.

La première place dite « royale » à Montréal fut défrichée par Champlain en juin 1611 à l'endroit qu'on connaît aujourd'hui sous le nom de pointe à Callière. Le fondateur de Québec avait jugé l'endroit propice à l'accostage mais aussi à l'agriculture, car des prairies couvraient les environs. Maisonneuve, Jeanne Mance et l'expédition de 1642 choisirent eux aussi de s'y établir, construisant quelques maisons et un moulin au milieu d'un fort de bois avec bastions de pierre. Mais l'endroit, souvent inondé, fut progressivement abandonné au profit d'une nouvelle place publique, située à l'emplacement de l'actuelle place Royale, rue de la Commune. Des fouilles archéologiques effectuées en ces lieux ont permis de découvrir de nombreuses traces du passé : campements amérindiens, premier cimetière de Ville-Marie (sur la pointe à Callière), vestiges des fortifications et d'un corps de garde, quais et de nombreux autres bâtiments.

Fort ville MarieDessin de Pierre-Louis Morin évoquant l'emplacement du fort de Ville-Marie et le tracé de la rivière Saint-Pierre, 1645-1650. Honoré Beaugrand, Le Vieux-Montréal, 1611-1803, La Patrie, 1884.

Lire Montréal

LANCTÔT, Gustave. Montréal sous Maisonneuve. Montréal Beauchemin, 1966.

RUMILLY, Robert. Histoire de Montréal. Tome 1: 1534-1760, Montréal, Fides, 1970.

BERTRAND, Camille. Monsieur de La Dauversière . Montréal , Les Frères des Ecoles Chrétiennes, 1947.

DAVELUY, Marie-Claire. La Société de Notre-Dame de Montréal, 1639-1663. Son histoire, ses membres, son manifeste. Montréal et Paris, Fides.

BIZIER, Hélène-Andrée. La Place Royale par le menu. Montréal, Ville de Montréal/Ministère des Affaires culturelles, [s.d.]. (Coll. «Mémoires pour l'an 2000. Montréal, son histoire et son patrimoine»).

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