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34. Expo 67 (3)

Exposition Site de La Ronde. Centre d'histoire de Montréal.

L'Exposition Universelle de Montréal a eu trente ans en 1997. Le Centre d'histoire de Montréal a présenté du 9 juillet au 7 décembre 1997 une exposition pour célébrer cet anniversaire.

Trente ans plus tard, nous redécouvrons avec bonheur l'Expo 67. N'en reste-t-il que le souvenir? N'y a-t-il que nostalgie? Montréal s'est-elle enrichie de ces années dites fabuleuses? Avons-nous appris de cette gigantesque organisation, de cette énorme fête? Voilà autant de questions qu'historiens et citoyens sont aujourd'hui à même de se poser.

Le recul n'est peut-être pas suffisant pour avoir la prétention de cerner avec certitude les conséquences et les impacts de l'Expo 67 sur Montréal. Pourtant, nous savons que l'héritage de l'Expo 67 est varié: physique, architectural et urbanistique, social et culturel, ou même gastronomique avec l'arrivée de plusieurs chefs de diverses origines. Mais nous devons nous demander si tout ce que le public perçoit comme héritage de l'Expo 67 est seulement dû à la tenue de celle-ci.

En 1993, les étudiants de Mme Brigitte Schroeder-Gudehus, de l'Université de Montréal, ont réalisé des entrevues auprès de nombreux visiteurs de l'Expo 67. Ces entrevues révèlent un sentiment commun «d'ouverture sur le monde». Les Québécois y côtoyaient souvent pour la première fois des hommes et des femmes d'autres nationalités. Pourtant l'Expo n'a pas été un succès en terme d'achalandage international, ne recevant que 4% de visiteurs provenant de l'extérieur de l'Amérique du Nord! De plus, les visiteurs gardent en mémoire la solidarité entre les nations présentes à l'Expo. Place à la fraternité universelle! C'était, du moins, ce que voulait véhiculer l'esprit de Terre des Hommes. Et elle y a réussi, en pleine guerre froide!

Pourtant, à première vue, l'ouverture sur le monde des Montréalais et des Québécois en 1967 relève de nombreux facteurs socio-historiques trop souvent oubliés. Rappelons-nous que l'Expo 67 s'inscrit en plein contexte de Révolution tranquille, d'élargissement des moyens de communication mondiale, d'arrivée à maturité d'une génération nombreuse (baby boomers) et d'un vent général de décolonisation et de remue-ménage idéologique. Montréal sans l'Expo aurait fort vraisemblablement poursuivi son développement culturel et social. Mais l'Expo 67, en tant que gigantesque éclatement collectif, a agi comme un catalyseur de toutes ces tendances, accélérant l'ouverture sur le monde et propulsant ainsi le Québec dans le village global.

Ce ne sont pas tous les héritages de l'Expo qui ont eu autant d'importance sur le développement collectif du Québec. Car si l'Expo révélait des architectures aux lignes neuves et hardies, ainsi qu'une urbanistique acclamée comme une véritable réussite, Montréal ne semble pas avoir tiré de leçons immédiates de cette «ville du futur». Jean-Claude Marsan nous rappelle que l'Expo possédait une urbanistique intégrée: transport, pavillons, agoras, mobilier urbain, etc. Malheureusement, celle-ci ne prévoyait pas une harmonisation avec les infrastructures existantes de la ville. Le caractère temporaire de l'Expo empêcha la pérennité de ses installations. Par exemple l'Expo-Express, le train rapide électrifié qui emmenait les visiteurs sur le site de l'Expo, fut démantelé dès la fin de l'exposition. Seul le métro demeura et l'automobile put reprendre sa place dominante. Il faut se rappeler que pendant l'Expo il n'y avait aucune automobile sur un site de 400 ha. Aujourd'hui, en regardant par exemple le mobilier urbain hétéroclite de Montréal, on se dit qu'il y avait assurément de grandes leçons à tirer de cette planification urbaine, qui, mentionnons-le, avait tout de même bénéficié de conditions idéales: un site vierge presque dépourvu de structures et un budget important pour la planification!

D'autre part, l'administration de l'Expo ayant assez rondement accompli sa tâche grâce à la méthode du «cheminement critique», seul le succès fut retenu et les leçons furent oubliées quant à la planification et à l'organisation d'événements importants. Il fallut le fiasco financier des Jeux olympiques de 1976 et le rapport Malouf pour réaliser l'importance primordiale d'une gestion serrée des ressources humaines et financières dans la réalisation de ce type d'événement international.

À ce jour, si nous regardons le bilan général de l'Expo 67, nous devons admettre que l'Expo nous a laissé un riche héritage, duquel il ne faudrait pas oublier le legs de bâtiments qui, malgré la dénaturation infligée à certains, sont devenus aujourd'hui des symboles de Montréal. Mais surtout, l'héritage de l'Expo, c'est d'avoir marqué l'imaginaire collectif des visiteurs au point d'incarner, à elle seule, les années 60.

Saviez-vous que...

L'herbe était plus verte à l'Expo!

Pêche Terre des Hommes : pêche au Lac des Régates. Ville de Montréal. Gestion de documents et des archives, collection Robert Daigneault.

La tourbe de la Place des Nations, lieu des cérémonies d'ouverture, n'avait pas eu le temps de verdir en ce mois d'avril un peu frisquet de 1967. C'est alors que le jeune horticulteur en chef, Pierre Bourque, eut l'idée de peindre la pelouse d'un beau vert printanier pour les cérémonies d'ouverture!

Une guerre éphémère

La venue des éphémères (mannes), vers les mois de mai et juin 1967 était un problème pour l'Expo. Après une série d'études menées conjointement par la Ville de Montréal et les gouvernements fédéral et provincial, les experts décidèrent de répandre sur le Saint-Laurent, à quatre reprises, plusieurs tonnes d'un insecticide appelé DDT! Par la suite, ce produit fut interdit en raison de ses effets nocifs sur l'environnement.

Les « slums »

Au mois de juin 1966, la Ville de Montréal crée un nouvel organisme : l'Office de l'Embellissement de Montréal, chargé de camoufler les horreurs de la métropole. L'organisme a recensé 15 000 cas de façades endommagées, de murs croulants bref, de « slums » (taudis). Les citoyens étaient d'ailleurs invités à dénoncer la présence de ces éléments indésirables! Les taudis étaient ensuite masqués temporairement par des panneaux colorés.

Montréal : la terre des hommes

Casino Le Casino de Montréal (ancien pavillon de la France). Ville de Montréal, Studio multimédia.

L'Exposition Universelle de 1967 a marqué l'histoire récente de Montréal mais elle a aussi laissé sa trace sur l'organisation de l'environnement urbain montréalais.

Le premier héritage physique auquel on songe est certainement celui des îles Ronde, Sainte-Hélène et Notre-Dame sans oublier la Cité du Havre où, de 1967 à 1992, on se rendait pour visiter le Musée d'art contemporain de Montréal. Le paysage des îles, si chargé il y a trente ans, ne compte toutefois aujourd'hui que quelques points de repère. Parmi ceux-ci, notons les pavillons de la France et du Québec (le Casino), celui des États-Unis (la Biosphère) de même que les pavillons de la Tunisie, du Canada (des bureaux de la Société du Parc des îles) et le Pavillon chrétien. La Place des Nations, lieu de rassemblement par excellence en 1967, tout comme La Ronde, continuent encore aujourd'hui d'accueillir les promeneurs.

Toutefois l'héritage de Montréal 1967 ne se limite pas uniquement aux îles inventées. Durant la décennie 1960, c'est le nouveau centre-ville et un nouveau réseau de voies rapides qui prennent forme. La Place Bonaventure est construite (1966-67), de même que la Tour de la Bourse (1963-66), Westmount Square (1965-68), le tunnel Louis-Hippolyte Lafontaine, l'autoroute Décarie, la Maison de Radio-Canada (1966-72) et Le Château Champlain (1964-66). Ce dernier a d'ailleurs été construit pour accroître la capacité hôtelière de la métropole en prévision d'Expo 67.

Toutes ces mises en chantier provoquent l'étonnement des sceptiques qui, dès 1965, se demandent « Qu'adviendra-t-il après? ». Il faut rappeler qu'une exposition universelle a avant tout un caractère temporaire et que les pavillons sont construits dans le but d'être démontés par la suite. Cependant, nombreux étaient les Montréalais qui voulaient faire de l'Exposition Universelle de Montréal une manifestation permanente. Le projet de créer l'université mondiale Saint-Exupéry sur les îles, afin de répondre au besoin d'une deuxième université francophone à Montréal, fut aussi considéré tout comme celui d'y créer des appartements à loyer modique.

Château Champlain Dépliant publicitaire du Château Champlain. Centre d'histoire de Montréal.

Le maire Drapeau choisira plutôt d'aller de l'avant avec Terre des Hommes. Mais dès 1973, le site devient morne. On ne fait qu'entretenir, pour la façade, ce qu'on appelle désormais la « momie » d'Expo 67 qui, ce faisant, accumule les déficits (80 millions de dollars en 1977) et les critiques! Chacun suggère une nouvelle utilisation dynamique mais surtout rentable pour rendre à la population cet éléphant blanc dont l'agonie prendra fin au milieu des années 1980.

Les Jeux olympiques de 1976 amorceront un lent renouveau des îles avec l'aménagement du bassin olympique sur l'île Notre-Dame. Deux ans plus tard, c'est la construction d'un circuit pour le Grand Prix de Formule 1 (nommé Gilles Villeneuve en 1982). Les Floralies, en 1980, auront elles aussi un impact, créant un environnement fleuri et réaménagé dont on voit encore quelques traces aujourd'hui. Le parc fluvial continue pour sa part de séduire les Montréalais et l'île Sainte-Hélène, malgré ses berges en bitume, est toujours présentée comme le refuge du citadin harassé!

En 1992, soit 25 ans après Expo 67, de nouveaux aménagements paysagés transforment les îles. De plus, le Calder est restauré et relocalisé, et une plage est aménagée sur l'île Notre-Dame, renouant avec l'ancienne vocation balnéaire de l'île Sainte-Hélène.

Les traces d'Expo 67 sont donc toujours visibles à qui sait être attentif. Certaines ont été recyclées mais d'autres, plus discrètes, situées sur les îles, tels les canaux, les lampadaires et les bancs, disparaissent malheureusement au gré des aménagements.

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Livres

LANKEN, Dane. Montreal Movie Palaces. Great theatres of the golden era, 1884-1938 . Waterloo, Archives of Canadian Art, 1993. 190 pages. Cet ouvrage, pourvu d'une riche iconographie, est un véritable plaisir pour les yeux et une source importante d'information sur les cinémas de Montréal.

MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution. Historique du développement de l'architecture et de l'environnement urbain montréalais. 3e édition. Laval, Éditions du Méridien, 1994. 515 pages. Véritable référence sur l'urbanistique montréalaise. Marsan juge les années récentes avec beaucoup de justesse.

MARSOLAIS, Claude-V. et al.. Histoire des maires de Montréal. Montréal, Vlb éditeur, 1993. 323 pages. Ce livre présente de façon exhaustive le travail des différents maires de Montréal depuis Jacques Viger jusqu'à Jean Doré. Excellente référence.

Films

Réjeanne Padovani. réal.: Denys ARCAND, 1973, production: Duparc. int.: Luce Guilbeault, Jean Lajeunesse, Pierre Thériault, Gabriel Arcand, etc. Fiction, couleur, 94 min. Basé sur des faits vécus par Arcand lui-même, ce film évoque le patronage et le monde de la corruption lié aux grands travaux d'infrastructure de Montréal au début des années 1970.

Le Mépris n'aura qu'un temps. réal.: Arthur LAMOTHE production: CSN, 1970 Documentaire, couleur avec séquences en noir et blanc, 95 min. Ce documentaire rappelle un accident qui fit sept morts le 16 décembre 1965, lors de la construction de la route transcanadienne. Le film présente des travailleurs de la construction qui témoignent de leurs conditions de travail dangereuses ainsi que les écarts entre les groupes sociaux de l'époque. Excellent documentaire sur les conditions de vie dans les années 1960 à Montréal ainsi que sur les perceptions touchant la venue de l'Expo 67.


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Recherche et rédaction par Nicolas-Hugo Chebin, Patrice Lalonde et Chantal Déry

Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal

 
 
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