33. Expo 67 (2)
 Affiche indiquant le nombre de jours restant avant
l'ouverture de l'Expo 67. Centre d'histoire de
Montréal. |
L'Exposition Universelle de Montréal a eu trente ans en 1997. Le Centre
d'histoire de Montréal a présenté en 1997 une exposition pour célébrer cet
anniversaire.
L'idée d'organiser une Exposition Universelle à Montréal flottait déjà dans
l'air de la métropole depuis la fin du 19e siècle, mais c'est en 1956 que le
projet est remis à l'ordre du jour. M. Alphonse Barthe, publicitaire,
journaliste et organisateur de foires, propose son idée d'une Exposition
Universelle aux libéraux de Louis Saint-Laurent qui n'en veulent pas. Il se
tourne alors vers les conservateurs et en parle au colonel Pierre Sévigny qui y
voit une façon originale de souligner le centenaire de la Confédération
canadienne. John Diefenbaker, alors chef de l'opposition, est mis au courant et
décide de soutenir le projet. Puis, Sévigny se tourne vers Duplessis pour
obtenir l'appui du gouvernement québécois. Il trouve auprès de Duplessis l'un
des plus ardents défenseurs du projet. Aussi étonnant que cela puisse paraître,
c'est le maire de Montréal, M. Jean Drapeau qui semble le moins enthousiaste.
Nous ne sommes toutefois qu'en 1957!
C'est plutôt le sénateur Sarto Fournier, élu maire de Montréal en novembre
1957, qui envisage sérieusement la tenue de l'Exposition à Montréal. Duplessis
le soutient et propose la formule de financement selon laquelle 50 %
proviendrait du fédéral, 37,5 % du provincial et 12,5 % du municipal.
Le gouvernement fédéral, maintenant dirigé par les conservateurs de Diefenbaker
et dont le ministre de la défense n'est nul autre que le colonel Pierre Sévigny,
soutient bien évidemment l'éventuelle candidature du Canada en vue de
l'obtention de l'Exposition Universelle de 1967.
 Le maire Jean Drapeau saluant la foule lors de
l'inauguration de l'Expo 67. Fonds Rosario Therrien, Centre d'histoire de
Montréal. |
Le sénateur Mark Drouin, de passage à l'Exposition Universelle de Bruxelles
de 1958, annonce pour la première fois l'intention canadienne de tenir
l'Exposition en 1967. Cette proposition, abondamment rapportée par les médias au
Canada, connaît un large écho au sein de la population. Le processus est dès
lors enclenché. On forme une délégation chargée de promouvoir le dossier auprès
du Bureau
International des Expositions à Paris.
Le Canada se retrouve en 1960 en compétition avec l'Autriche et l'URSS pour
l'obtention de l'Exposition. L'URSS, qui veut souligner le 50è anniversaire de
la Révolution, est finalement choisie par le BIE. Deux ans plus tard, les
Soviétiques se désistent, craignant probablement l'impact de la venue de 20
millions de touristes étrangers. Monsieur Drapeau,
réélu maire
de Montréal, relance fièrement la candidature du Canada qui obtient
enfin l'Exposition pour 1967. Encore faut-il que la ville et le site soient
officiellement désignés. Une Compagnie de la couronne est mise sur pied (la
C.C.E.U.) et le gouvernement canadien promulgue Montréal ville hôte de l'Expo
67, le 13 novembre 1962.
La véritable histoire de l'Expo ne fait que commencer. Une première équipe de
direction, peu encline à défendre le choix des îles comme futur site de l'Expo,
se voit remplacée dès 1963 par celle que dirige Pierre Dupuy. Diplomate de
carrière, cet homme voyage à travers le monde afin d'obtenir la participation du
plus grand nombre de pays. Soixante-dix pays se laissent convaincre. Une
véritable course contre la montre s'engage. Au cours des quatres prochaines
années, des îles devront être créées, des pavillons érigés, des infrastructures
installées, du personnel embauché et la promotion lancée. Tout cela se terminant
par le discours du gouverneur général Michener le 28 avril 1967 : « Je
déclare ouverte l'Exposition Universelle et Internationale de
Montréal »...
Saviez-vous que...
Un logo qui secoue les Communes!
 Broche portée par les hôtesses, sur leur uniforme.
Centre d'histoire de Montréal. |
Le choix d'un emblème pour l'Expo 67 ne se fait pas sans heurts. À l'issue
d'un concours, la Compagnie Canadienne de l'Exposition Universelle retient le
symbole, désormais célèbre, du designer industriel montréalais Julien Hébert.
Toutefois, lors du vote d'adoption à la Chambre des Communes, le scandale
éclate. Les députés qualifient le symbole de Monsieur Hébert de
« monstruosité », d'« horreur » et traitent même son auteur
de « malade », de « beatnik » et
d'« anti-canadien »! La C.C.E.U., forte du soutien populaire, décide
de passer outre au vote des Communes et adopte quand même le logo.
On a marché sur les îles
 Travaux d'aménagement du site des îles. Fonds
Rosario Therrien, Centre d'histoire de
Montréal. |
En 1967, on marche sur les îles! Les Montréalais découvrent, comme le reste
du monde, un fleuve remodelé. Mais il aurait pu en être autrement!
En effet, plusieurs sites ont été proposés pour accueillir l'Exposition
Universelle. La saga du choix de l'emplacement d'Expo 67 débute dès 1958, moment
où le Canada pose sa candidature... pour atteindre son paroxysme en 1962, lors
de l'attribution de l'Expo à Montréal. Selon les rumeurs qui courent dans les
journaux de l'époque, près d'une trentaine de propositions font surface et
chaque spéculation foncière rameute les journalistes à la recherche d'un scoop.
Leur chasse est souvent vaine car les directives concernant le choix de
l'emplacement sont bien précises: le terrain, d'au moins 500 acres, doit être
situé sur l'île de Montréal, être si possible libre de bâtiments, facile d'accès
et obtenir l'accord des trois gouvernements.
Qu'à cela ne tienne, on songe à tenir l'Expo à l'île Sainte-Thérèse, à
Granby, à Pointe-aux-Trembles. Certains veulent même tout démolir entre les rues
Sherbrooke, Craig (St-Antoine), de Lorimier et Saint-Laurent pour la situer en
plein coeur de Montréal!
Plus sérieusement on songe au parc Maisonneuve, à Ville LaSalle (domaine
Béique), à Saint-Léonard (près du parc Lambert Closse) et à Pointe
Saint-Charles. Dans ce dernier cas, le but est d'éliminer le Village aux oies
(Victoriatown) avec ses taudis de façon à dégager le port. La possibilité
d'agrandir l'île Sainte-Hélène est aussi étudiée par la firme d'architectes
Bédard, Charbonneau et Langlois laquelle, en janvier 1963, présente le projet
des «îles inventées».
Pourtant, le 28 mars 1963, lors de la conférence de presse où l'on annonce le
choix de l'île Sainte-Hélène, le maire Drapeau
en attribue l'idée au directeur du port monsieur Guy Baudet. C'est finalement le
8 juillet 1963 que l'histoire du choix de l'emplacement prend fin avec l'accord
d'Ottawa. Un travail de titan s'enclenche, Montréal doit livrer sans délai des
îles à la C.C.E.U., le 30 juin 1964.
Lire Montréal
DUPUY, Pierre. L'Expo 67 ou la découverte de la fierté. Montréal,
Éditions La Presse, 1972.
GRENIER, Raymond. Regards sur l'Expo 67. Montréal, Éditions de
l'Homme, 1965. Volume 1, 1914-1965.
FULFORD, Robert. Portrait de l'Expo. Toronto, Éditions McClelland
and Stewart, 1968.
JASMIN, Yves. La petite histoire de l'Expo 67. L'Exposition universelle
et internationale de Montréal comme vous ne l'avez jamais vue. Montréal,
Éditions Québec/Amérique, 1997.
Voir le
personnage relié à ce thème
Recherche et rédaction par Nicolas-Hugo Chebin, Patrice Lalonde et
Chantal Déry
Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal