18. L'été en ville... au 19e siècle
Divertissements d'été
 Pause à la terrasse. Ville de
Montréal. |
Lorsque revient la belle saison, les Montréalais sont au rendez-vous avec le
soleil et les célébrations estivales. Une multitude de festivals et de
divertissements anime Montréal pendant l'été, mais il n'en a pas toujours été
ainsi. C'est à la fin du 19e siècle, avec l'industrialisation, que la
notion de loisirs se développe. À l'origine réservés à l'élite, les
divertissements se démocratisent et deviennent plus accessibles à la classe
ouvrière.
Dès le début du 19e siècle, les « panoramas », sorte de
grande fresque historique ou paysagère, provenant d'Angleterre et des
États-Unis, sont présentés au public. Par exemple, il est possible d'admirer en
1809 le panorama de la bataille d'Alexandrie. Les aristocrates et les bourgeois
ne sont donc plus les seuls à pouvoir s'offrir un peu d'exotisme.
Le théâtre demeure toutefois une activité réservée aux britanniques jusqu'à
la fin du 19e siècle, puisque les pièces sont jouées presque
exclusivement en anglais. Cependant, les passages de Sarah Bernhardt à l'Academy
de Montréal (1880, 1891 et 1896) ont permis aux francophones d'avoir accès au
théâtre. Le clergé catholique tente par tous les moyens d'éloigner ses ouailles
du théâtre, puisqu'il considère dangereux et immoraux ces endroits où les
spectateurs sont plongés dans la noirceur pendant quelques heures.
 Publicité du cirque North au jardin Guilbault dans La
Minerve du 21 juin 1860. Bibliothèque nationale du
Québec. |
Toutefois, au milieu du 19e siècle, un type de divertissement est
toléré par le clergé: le cirque! Bien avant l'avènement du Cirque du Soleil, le
cirque est le divertissement le plus couru durant l'été à Montréal. Provenant
des États-Unis, des cirques s'installent temporairement dans des parcs ou sur
des places publiques: jardin Guilbault, parc Sohmer, Champ-de-Mars. Les cirques
s'annoncent en ville par une parade qui les mène de la gare jusqu'au lieu où ils
se produisent. Les animaux défilent dans les rues et des acrobates font des
numéros pour attirer la foule; comme cet acrobate qui tend son fil de fer sur la
place d'Armes au-dessus de la rue Notre-Dame en 1830.
Au jardin Guilbault, d'abord voué à la culture des plantes et des fleurs, on
organise dès 1835 des fêtes populaires inspirées de la mode européenne: feux
d'artifices, illumination du jardin, concert et envol de ballons. Successivement
situé près du Champ-de-Mars, puis de la place d'Armes et finalement au sud de la
rue Sherbrooke entre Bleury et St-Urbain, le jardin Guilbault devient le premier
parc d'amusement de Montréal. On y expose des curiosités animales et botaniques,
en plus d'y recevoir de nombreux cirques américains. À la mort de Joseph-Édouard
Guilbault en 1882, le projet de création d'un parc populaire incluant des
éléments de botanique se concrétise par l'ouverture du parc Sohmer (1889).
 Exposition technique et agricole au parc Jeanne-Mance.
Source inconnue. |
Les expositions agricoles et industrielles vont aussi attirer les foules à
Montréal entre 1860 et 1896. Elles se déroulent habituellement vers la fin de
l'été. C'est au Palais de Cristal, à l'angle des rues Sainte-Catherine et
Université, qu'est abrité l'exposition provinciale à partir de 1860.
Reproduisant fidèlement le Crystal Palace de Londres, il est le symbole de la
puissance de la colonie. On y montre des machines nouvelles et des curiosités
scientifiques. L'exposition de la Puissance du Canada de 1884 surpasse les
autres par sa magnificence et attire une foule importante.
Les expositions, les cirques et les autres loisirs populaires font donc une
apparition timide au début du 19e siècle. L'engouement des
Montréalais pour les manifestations populaires et culturelles n'a cessé de
croître jusqu'à devenir une partie intégrante de notre paysage estival.
Saviez-vous que...
Un été en musique
 M. Lavigne et son orchestre au parc Sohmer, 1890.
Musée McCord d'histoire canadienne. |
Le 1er juin 1889, l'ouverture du parc Sohmer bouleverse le monde
musical de Montréal. En effet, les petites fanfares de quartier sont délaissées
depuis qu'Ernest Lavigne, le propriétaire du parc Sohmer, propose aux
Montréalais un programme musical quotidien. Lui-même musicien et chef
d'orchestre, il vise à partager sa culture musicale avec le public. Grâce à
l'orchestre professionnel du parc Sohmer, Ernest Lavigne initie les Montréalais
à l'opéra, ainsi qu'à Mozart, Schubert et Chopin. C'est le premier véritable
orchestre symphonique à Montréal!
Le parc Lafontaine
 Étang et fontaine du Parc Lafontaine, date inconnue.
Centre d'histoire de Montréal. |
Depuis sa création, le parc
Lafontaine est l'un des parcs montréalais les plus populaires. Inauguré en
1874, en pleine époque victorienne, il s'inscrit dans la phase d'aménagement des
grands parcs naturels de la ville, comme le parc
du Mont-Royal et l'Ile Sainte-Hélène. Ilot de verdure et de loisirs, ce parc
est fortement ancré dans l'âme des habitants du plateau Mont-Royal et est devenu
un lieu de rassemblement familial et populaire.
Le parc Lafontaine est situé sur les terrains de l'ancienne ferme Logan.
Cette terre, cédée en 1845 au Gouvernement du Canada, sert alors de site
militaire. Les soldats de la garnison britannique y logent et s'y entraînent en
pleine nature.
À partir de 1874, la ville loue une partie de la ferme Logan pour créer un
parc. Les premiers grands travaux d'embellissement et d'aménagement sont
entrepris au nouveau parc en 1888. Deux ans plus tard on y déménage les serres
du Carré Viger. C'est là que sont produites, jusqu'en 1952, toutes les fleurs
qui orneront la ville. En 1900, deux bassins sont creusés au centre du parc. On
y rajoute aussi une fontaine illuminée (1929) qui fera l'admiration de tous.
Bien que dans les faits, le parc Lafontaine ne soit plus utilisé à des fins
militaires depuis 1874, le gouvernement fédéral a conservé jusqu'en 1991 un
droit d'utilisation militaire dans la partie est du parc.
 Étang et chalet du parc Lafontaine, 1925. Collection
privée. |
Occupant une place de plus en plus importante dans le coeur de la population
canadienne-française, le parc Logan est rebaptisé La Fontaine en hommage au
premier ministre francophone du Canada-Uni. Le « baptême » se fera
lors de la parade de la Saint-Jean-Baptiste de 1901. Cette appropriation du parc
par les résidents de l'est montréalais va se refléter dans son utilisation comme
lieu de rassemblement lors des fêtes populaires et par l'érection de différents
monuments: Dollard-des-Ormeaux, Sir-Louis-Hippolyte-Lafontaine, et plus
récemment Félix-Leclerc et Charles-de-Gaulle. L'écrivain Michel Tremblay évoque
fréquemment cette appartenance du parc à la culture canadienne-française de
Montréal dans ses chroniques du Plateau Mont-Royal : « Le parc était
immense...mais pour « jouer », selon les critères de Marcel, il
fallait entrer dans l'aire de verdure qui longeait la rue Calixa-Lavallée... là
où se trouvaient tous les jeux, cette partie du parc Lafontaine qu'on appelait
aussi « le parc ». Extrait de La grosse femme d'à côté est
enceinte, Éditions Leméac, 1986.
Lire Montréal:
DE LAPLANTE, Jean. Les parcs de Montréal, des origines à nos jours.
Montréal, Éditions du Méridien, 1990.
GROUPE DE RECHERCHE EN ART POPULAIRE (G.R.A.P.). «Formes et fonctions du
loisir public à Montréal au XIXe siècle». Travaux et conférences
(1975-1979). Montréal, UQAM, 1979.
MONTPETIT, Raymond. «Culture et exotisme: les panoramas itinérants et le
Jardin Guilbault à Montréal au XIXe siècle». Loisir et Société/Society and
Leisure, vol.VI, n° 1 (printemps 1983), pp.71-104.
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Mention obligatoire: Centre
d'histoire de Montréal