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20. Quand Montréal allait « aux vues »

Cinéma

St-DenisLe théâtre Saint-Denis présentant le film « Golgotha » de Julien Duvivier (1935). Cinémathèque québécoise.

Montréal est à l'origine de l'aventure cinématographique canadienne. Non seulement la ville est-elle vite devenue le foyer d'une production cinématographique organisée, mais elle est également, en juin 1896, le lieu de la première projection de cinéma au pays. À cette occasion, plusieurs notables et journalistes montréalais s'étaient entassés au Palace Theater du boulevard St-Laurent pour découvrir le cinématographe des frères Lumière. Dès lors, les Montréalais raffolent des « vues animées » et font du dimanche la « journée des p'tites vues », malgré les réprimandes du clergé.

C'est dans les parcs d'attractions que l'on peut les voir au début du siècle. Souvent colorés à la main, ces films de cinq minutes sont alors présentés à titre de curiosité, comme les tours de force de Louis Cyr et les concerts de fanfare. En ce temps là, les Montréalais fréquentent avec assiduité le parc Sohmer pour assister aux projections de Marie d'Hauterives, la «comtesse des vues animées», et de son fils le vicomte Henry. Ceux-ci présentent des bandes des frères Lumières, de Méliès et de Pathé.

PalaceRegal and Palace Theatres rue Sainte-Catherine, ca. 1925. Musée McCord d'histoire canadienne, archives Notman, MP-0000.587.145.

L'intérêt grandissant qui est témoigné au cinéma amène la jeune industrie à s'organiser. Vers 1907, les projectionnistes quittent les parcs pour s'installer dans les salles. Les p'tites vues sont dès lors présentées dans les théâtres, pendant les entractes ou comme complément de vaudeville. À partir de 1915, le cinéma devient une attraction principale. Les gens investissent alors abondamment les salles de cinéma, que l'on nomme les « scopes ».

La clientèle régulière des cinémas se compose surtout d'enfants, bien que plusieurs familles adoptent les p'tites vues comme loisir du dimanche. Ceux-ci déboursent en moyenne 10 à 15 cents pour voir le cow-boy Tom Mix, Rin-Tin-Tin, mais aussi pour suivre les aventures de Zorro ou pour rire des péripéties de Charlot. Les histoires d'amour des belles starlettes hollywoodiennes avec Rudolph Valentino en font également rêver plus d'une...

BilletsBillets de faveur du Palace et du Capitol. Collection privée.

Le clergé catholique ne reste pas indifférent à ce phénomène. L'élite cléricale engagera une lutte acharnée contre les propriétaires de scopes qui opèrent le dimanche. Selon eux, les « vues animées » sont truffées de scènes déplacées et suggestives, en plus d'être projetées dans des lieux dangereusement obscurs... À cet effet, on prépare un décret pour que les séances soient présentées dans des salles semi-éclairées... Mgr Bruchési déclare même qu'il « bénirait le législateur qui décréterait l'abolition des théâtres de vues animées »! Peine perdue toutefois pour l'archevêque : le gouvernement d'Alexandre Taschereau recule devant la popularité du cinéma. L'interdit n'irait pas sans lui coûter beaucoup d'électeurs et d'argent en taxe.

À défaut d'interdire les films, on contrôlera leur contenu. Une loi de la censure est adoptée en 1913 et la ville de Montréal embauche un censeur d'affiche en 1924. L'incendie du Laurier Palace en 1927, où périssent 78 enfants, fournit des arguments de taille aux opposants du cinéma. Suite à une commission d'enquête, le gouvernement interdit le cinéma aux moins de 16 ans. Montréal demeure toutefois une des seules grandes villes en Amérique du Nord où l'on peut encore aller «aux vues» le dimanche. Ailleurs au Canada et aux États-Unis, les puritains réussissent à imposer leur volonté. À l'aube des années 30, ceux-ci ne sont pas au bout de leur peine. La décennie qui s'amorce marquera l'âge d'or du cinéma à Montréal.

Saviez-vous que...

Plus que du bonbon...

En 1907, suite à une loi municipale répondant aux mandements de l'archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési, les propriétaires de salles de cinéma se voient contraints de fermer leurs portes le dimanche. On leur interdit en effet de vendre des billets pour des représentations cinématographiques le jour du Seigneur. Qu'à cela ne tienne! Ernest Ouimet, audacieux, contournera cette loi en vendant à l'entrée de son Ouimetoscope un bonbon à 10 cents avec, en prime, une séance gratuite de cinéma... Plus que du bonbon...

La Cinémathèque québécoise, le musée du cinéma

La première salle du OuimetoscopeLa première salle du Ouimetoscope en 1906. Cinémathèque québécoise.

On peut considérer le cinéma comme la mémoire visuelle des cent dernières années. C'est une richesse précieuse d'autant plus que les créations cinématographiques constituent un patrimoine particulièrement fragile. Un nombre impressionnant de films anciens sont aujourd'hui détruits car leur support en nitrate représentait un danger d'incendie. C'est le cas des films d'Ernest Ouimet. En 1963, un groupe de cinéphiles crée la Cinémathèque Québécoise, précisément dans le but de conserver les oeuvres du 7e art et de diffuser la culture cinématographique

Située sur le boulevard Maisonneuve, cette corporation à but non lucratif assume les fonctions de musée du cinéma et d'archives de films. La Cinémathèque dispose d'une salle de projection et d'un hall d'exposition. Son centre de documentation est le plus important du genre en Amérique du Nord et possède d'imposantes archives, constituées de photos de films, d'affiches de cinéma, de scénarios, de bandes sonores originales et d'un grands nombre d'appareils anciens. La Cinémathèque est également un centre de recherche spécialisé dans le domaine du cinéma d'animation: elle possède une collection unique, comprenant 3 000 titres. Au total, ses entrepôts abritent 20 000 films.

La Cinémathèque Québécoise s'emploie aussi à éditer un grand nombre de publications sur le cinéma québécois et à organiser annuellement près de 500 projections publiques. La programmation se compose surtout de films du répertoire québécois, de nombreux classiques de l'histoire du cinéma et de rétrospectives de grands cinéastes. Enfin, la Cinémathèque est le lieu de plusieurs festivals de cinéma, dont les Rendez-vous du Cinéma Québécois.  

Voir Montréal

À Saint-Henri le cinq septembre . réal.: Hubert Aquin, 1962, production: ONF. Documentaire, noir et blanc.

Comme les six doigts de la main . réal.: André Melançon, 1978. Fiction, couleur, 73 min.

Jésus de Montréal . réal.: Denys Arcand, 1989. Fiction, couleur, 119 min.

Montréal vu par... . réal.: Denys Arcand, Michel Brault, Atom Egoyan, Jacques Leduc, Léa Pool, Patricia Rozema, 1991. Fiction, couleur, 123 min.


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Le centre d'histoire de Montréal remercie m. Pierre Véronneau, conservateur des collections afférentes au film, de la Cinémathèque Québécoise pour les renseignements sur les photographies.

Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal

 
 
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