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46. Les cimetières de la ville

Le Centre d’histoire de Montréal s’associe à l’Écomusée de l’Au-Delà pour la rédaction de cet article.

Du premier cimetière, hors les murs de la première enceinte de Montréal, le cimetière de la pointe à Callière, qui a miraculeusement survécu aux diverses occupations du lieu, aux cimetières intra-muros, dont les plus connus furent celui situé immédiatement derrière la première église Notre-Dame et celui de la Poudrière, à l’angle des rues Saint-Pierre et Saint-Jacques, Montréal en a compté de nombreux. De la fin du XVIIIe siècle jusqu’au milieu du XIXe, cinq cimetières se trouvaient hors les murs. Pour les catholiques, il y a eu le cimetière Saint-Antoine (actuels square Dorchester et place du Canada); juste à côté les Juifs avaient le leur, à l’angle nord-ouest de la présente intersection des rues Peel et De La Gauchetière. Les protestants, pour leur part, en possédaient un à l’emplacement de l’actuel complexe Guy-Favreau, et ils disposaient aussi de deux autres cimetières côte à côte, l’un civil et l’autre militaire, à l’entrée du pont Jacques-Cartier où s’étend aujourd’hui le parc des Vétérans. Puis les cimetières ont finalement migré, au milieu du XIXe siècle, sur le mont Royal, où l’on en trouve quatre : le plus grand, le catholique, Notre-Dame-des-Neiges; le deuxième en importance, Mont-Royal, pour les protestants; et deux petits cimetières juifs près de l’entrée du cimetière Mont-Royal, sur le chemin de la Forêt à Outremont.

Il est maintenant reconnu par l’ensemble des personnes intéressées par la thématique des «cimetières dans la ville» que les cimetières ont littéralement sauvé le mont Royal de l’envahissement urbain. Heureusement pour nous, à l’époque où ils furent aménagés, le concept des cimetières-jardins était en vogue, et les administrateurs d’alors purent s’inspirer des plus beaux modèles développés aux États-Unis dans les années 1830 avec, entre autres, le cimetière Mount Auburn à Boston. Aujourd’hui, cependant, nos cimetières font face à de nouveaux défis reliés à la contrainte que constitue le nouveau statut d’arrondissement historique et naturel de la montagne.

L’intérêt pour les cimetières que nous connaissons aujourd’hui a beaucoup évolué à travers le temps. Les cimetières situés sur la montagne se sont avérés à l’origine très populaires, parce qu’ils constituaient en fait nos premiers parcs urbains. Avant l’aménagement du parc du Mont-Royal, en 1876, nos cimetières se voulaient le rendez-vous dominical d’une partie importante de la population. C’est pourquoi on y trouve des monuments d’une si grande beauté. En fait, les familles rivalisaient entre elles pour élever le plus beau monument. Les cimetières étant très fréquentés, il s’avérait donc important pour elles d’être vues et d’afficher leur statut social dans ces lieux. Que l’on pense au mausolée de la famille Molson dans le cimetière Mont-Royal ou au monument aux Patriotes dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, des ressources importantes étaient consacrées à la commémoration des morts. Et certaines familles, dont des membres illustres se trouvaient inhumés dans d’autres cimetières de la province, n’hésitaient pas, malgré cela, à y faire ériger des monuments.

Si l’intérêt pour les cimetières et la commémorationdes défunts s’est quelque peu amoindri autour des années 1940 (les spécialistes de l’art funéraire situent l’âge d’or de la commémoration funéraire entre 1880 et 1930), c’est à partir du début des années 1990 qu’un regain d’intérêt est réapparu, avec notamment les consultations publiques sur l’avenir du mont Royal qui avaient alors été organisées par le Rassemblement des citoyens et des citoyennes de Montréal (RCM), et qui avaient fait réaliser l’importance des enjeux entourant la question des cimetières situés sur le mont Royal, lesquels représentent près de 50 % du noyau vert de la montagne. À l’époque, MM. Alain Tremblay et Jean Lachapelle, deux citoyens montréalais, s’étaient associés pour présenter des mémoires à ces consultations publiques et avaient fait une importante réflexion sur la problématique du développement de l’industrie funéraire sur le sommet nord de la montagne. Puis ils se sont unis pour fonder un organisme qui aurait pour objectif de protéger le riche patrimoine, tant funéraire que naturel, des cimetières du mont Royal.

La principale caractéristique des cimetières-jardins réside dans la question de densité, soit un équilibre entre le minéral (les monuments funéraires) et le végétal (la nature environnante). Si le nombre de monuments (il y en a actuellement plus de 100 000 sur la montagne) continue à croître, les cimetières-jardins risquent de perdre cette caractéristique qui les rend si intéressants aujourd’hui. C’est entre autres dans le but de leur conserver cette particularité qu’est né, en 1991, l’Écomusée de l’Au-Delà, un organisme à but non lucratif qui s’est donné comme mission de préserver et de faire connaître le patrimoine funéraire au Québec. L’Écomusée de l’Au-Delà s’est surtout fait connaître par son opposition à la construction de mausolées dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges; selon l’organisme, ces bâtiments où sont conservés des milliers de corps ne répondent pas à des critères de développement durable et sont incompatibles avec le concept de cimetière-jardin. De son côté, la direction du cimetière Notre-Dame-des-Neiges fait valoir que les mausolées permettent d’économiser de l’espace et procurent des revenus nécessaires à l’entretien du cimetière.

Dernièrement, la Commission des biens culturels du Québec a publié plusieurs excellents documents concernant les cimetières, dont un portant sur la typologie des cimetières judéo-chrétiens qui démontrait que les cimetières urbains sont inexorablement destinés à devenir des parcs ou des musées, à cause de leur situation. Dans cette perspective, le concept d’écomusée devient très intéressant, dans le sens qu’un écomusée, contrairementau musée traditionnel, s’intéresse à un territoire et à la population concernée par ce territoire.

L’Écomusée de l’Au-Delà, quant à lui, s’intéresse à un territoire physique, soit le cimetière et ses monuments qui deviennent un peu la collection de l’écomusée, et à un territoire thématique, à savoir la mort et l’au-delà. En fait, l’ensemble des symboles que l’on trouve dans les cimetières et sur les monuments correspondent à des valeurs, à des croyances religieuses et à des représentations de l’au-delà. Il est essentiel de discerner cette dernière dimension pour bien comprendre les cimetières.

Saviez-vous que...

Cy gît le Rat, Chef Huron

Un plan découvert dans les archives de la congrégation de Notre-Dame dévoile que sous la première église Notre-Dame, démolie en 1830, se trouvait un lieu d’inhumation.

Initiateur de la Grande Paix de Montréal et récemment converti, le chef huron Kondiaronk, dit le Rat, meurt de maladie au début des discussions du traité, le 2 août 1701. Le lendemain, un hommage grandiose lui est rendu, et son corps est inhumé sous l’église, probablement dans le caveau des laïques près du clocher. Puis une pierre portant l’épitaphe (mentionnée en titre) est apposée au sol sur sa tombe.

Grâce à une découverte fortuite lors du bris d’une borne-fontaine, le clocher avait déjà été localisé à l’angle sud-ouest de la place d’Armes. La sépulture de Kondiaronk serait-elle encore sur place?

Le cimetière catholique Saint-Antoine

En 1799, la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal fermait, pour des raisons d’hygiène et d’espace, les derniers cimetières à l’intérieur de la vieille ville et ouvrait le cimetière Saint-Antoine à l’emplacement actuel de la place du Canada et du square Dorchester. Environ 55 000 personnes, notables comme pauvres, y furent inhumées entre 1799 et 1855, année d’ouverture du cimetière Notre-Dame-des-Neiges sur le mont Royal : des victimes des nombreuses épidémies de choléra C en 1832, on parle même du «cimetièredu choléra», en passant par la plupart des patriotes de 1837-1838 exécutés devant la prison du Pied-du-Courant, jusqu’à Ludger Duvernay (1799-1852), le fondateur de la Société Saint-Jean -Baptiste.

Square DorchesterLe cimetière Notre-Dame-des-Neiges sur le mont Royal. Les Amis de la montagne.

Selon la chronologie du cimetière Saint-Antoine, qu’a la Fabrique dans ses archives, le Grand Jury soumet dès 1795 une requête au procureur général Sewell : les cimetières existants sont une menace pour la santé et on doit les mettre hors des murs de la ville. La Fabrique acquiert alors, le 15 décembre 1799, la terre de Pierre Guy, dans le faubourg Saint-Antoine,et les premières sépultures se font deux semaines plus tard. La maison du gardien et la chapelle des morts sont quant à elles érigées en 1806. D’autres lots pour accroître la superficie du cimetière Saint-Antoine seront achetés successivement en 1807, 1823 et 1842.

Cependant, ce n’est qu’à partir du mois de mai 1821 que les travaux de translation des restes des cimetières du Vieux-Montréal vers le cimetière Saint-Antoine seront entrepris. L’année 1832 se voit dramatiquement marquée par une épidémie de choléra et de nombreuses sépultures. Par ailleurs, la fondation de la Société Saint-Jean -Baptiste se tient en 1834 dans les jardins attenants au cimetière (site de la gare Windsor). En 1838- 1839 a lieu l’inhumation des dépouilles des patriotes exécutés. Et les funérailles de Ludger Duvernay, le 1er décembre 1852, se terminent par la mise en terre du cercueil au cimetière (la dépouille de Duvernay sera transférée au cimetière Notre-Dame-des-Neiges en 1855).

Un nouveau règlement de la Ville défendant l’inhumation dans les limites de la cité, la Fabrique décide en 1853 de créer un nouveau cimetière. L’année suivante, elle achète la terre du docteur Beaubien sur le mont Royal, où le cimetière Notre-Dame-des-Neiges accueillera sa première sépulture le 27 mai 1855. On procédera, au cours des 15 années suivantes, au déménagement des sépultures du cimetière Saint-Antoine vers le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, mais un grand nombre de dépouilles resteront sur place. Le cimetière Saint-Antoine aura été, pendant plus de 50 ans, le seul lieu de sépulture des catholiques de Montréal.

Enfin, devant les pressions de la Sanitary Association , la Ville de Montréal décide en 1873 d’acquérir le vieux cimetière pour le transformer en parc. En ce sens, ce parc existera à cause des morts que son sol contient. D’ailleurs, à l’occasion du 200e anniversaire de fondation du cimetière Saint-Antoine, l’Écomusée de l’Au-Delà, avec la collaboration d’Héritage Montréal, avait rappelé leur présence en cet endroit, en tenant une cérémonie commémorative le 31 octobre 1999, sur la partie sud de la place du Canada.

Saviez-vous que...

L'énigme de la sépulture des patriotes

À la suite des recherches de l’Écomusée de l’Au-Delà pour retracer l’histoire du monument funéraire des patriotes de 1837-1838 du cimetière Notre-Dame-des-Neiges et pour aider à sauvegarder ce monument érigé entre 1853 et 1866, une question demeure sans réponse : le caveau des familles Doutre et Dandurand, construit en 1861 au pied du monument, serait-il le caveau dit des patriotes contenant les restes entre autres de François-Marie Chevalier de Lorimier et de Joseph-Narcisse Cardinal?

Mentionné dans deux manuscrits et de rares articles publiés, ce caveau serait effectivement le lieu où l’on aurait fait la transition des restes de ces patriotes qui avaient été inhumés en 1838-1839 dans la partie non consacrée de l’ancien cimetière catholique Saint-Antoine, fermé en 1855, à l’ouverture du cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

Lire et voir Montréal

Livres

BISSON, Pierre-Richard et DanielDROUIN. L’histoire du cimetière Notre-Dame-des-Neiges en images et en mots. Montréal. Henri Rivard Éditeur. 2004. 192 p

YOUNG, Brian. Une mort très digne. L’histoire du cimetière Mont-Royal. Montréal. McGill-Queen’s University Press. 2003.288 p.

Site Internet

Le site Internet de référence pour tout ce qui a trait au patrimoine funéraire au Québec, notamment à Montréal. De nombreux documents uniques en leur genre à consulter.

À voir

Les monuments funéraires et la nature environnante dans les deux grands cimetières urbains de Montréal, côte à côte sur la montagne : le cimetière catholique Notre-Dame-des-Neiges et le cimetière protestant Mont-Royal.

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Recherche et rédaction par Pierre Daveluy, chargé de projet pour l'Écomusée de l'Au-Delà.
Coordination : Éric Coupal

Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal

 
 
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