42. 1,2,3... retiré! Le baseball professionnel à Montréal
Prise 1
Les premières formes de baseball à Montréal remontent aux années 1860. À
cette époque, plusieurs jeux de balles étaient pratiqués. Déjà fort répandu aux
États-Unis et en Ontario, le baseball sera le jeu de balle qui se démarquera des
autres pour devenir, au début du 20e siècle, le jeu d'été le plus populaire
auprès des Montréalais. Intégré dans la ville par les collèges, les clubs
sportifs et les syndicats, le baseball se développe rapidement dans ses formes
amateure et semi-professionnelle. Il faut toutefois attendre 1890 pour voir le
premier club professionnel à Montréal. Cette année-là, le propriétaire du club
de Buffalo de la Ligue internationale (ligue mineure), Charles D. White, décide
d'amener son équipe terminer sa saison locale à Montréal. La première partie
s'est jouée au terrain de crosse du club Shamrock, situé à l'angle des rues
Sainte-Catherine et Atwater, devant une foule de plus de deux mille personnes.
Les joutes suivantes n'ayant attiré qu'une poignée de spectateurs, White
transfert son club à Grand Rapids, au Michigan.
À la suite de la faillite du club d'Hamilton en Ontario, la Ligue
internationale accorde la franchise à Montréal. Malheureusement, au printemps
1891, la Ligue cesse ses activités. L'équipe de Montréal n'aura joué que neuf
parties. Peu de gens s'étaient déplacés au terrain des Shamrock pour assister
aux deux matchs présentés à Montréal.
Il faut attendre cinq ans pour avoir une autre équipe de baseball
professionnel à Montréal. En 1896, le club de Montréal y dispute sa première
saison complète et, deux ans plus tard, remporte son premier championnat.
L'année 1898 est très importante pour deux raisons. Elle marque d'abord le début
de l'engouement des Montréalais pour le baseball professionnel. En effet, à
partir de 1898, le club de Montréal qu'on a baptisé Royals (ou Royaux pour les
Canadiens français), attire régulièrement près de deux mille spectateurs par
partie. Ensuite, le baseball professionnel s'est assuré d'une certaine forme de
stabilité avec le retour, année après année, d'un noyau de joueurs auxquels les
partisans peuvent s'identifier.
Si l'année 1898 a constitué l'apogée de la récente histoire du baseball
professionnel à Montréal, 1903 peut, à juste titre, être l'année d'une grande
déception. En effet, cette année-là, les Royaux sont transférés à Baltimore aux
États-Unis, considérée comme un marché plus lucratif que Montréal. L'ironie de
l'histoire est que la même année, le club new-yorkais de Worchester déménage… à
Montréal. Grande déception chez les amateurs de baseball qui doivent une fois de
plus se familiariser avec des joueurs inconnus. Entre 1903 et 1917, le club
n'aura pas moins de six propriétaires, quatorze gérants et un rendement de fin
de peloton. En 1917, le club est transféré de nouveau.
Prise 2
 Les Royaux de Montréal à la fin des années 1920.
Ville de Montréal.
|
Bien que le baseball demeure l'un des sports les plus populaires à Montréal
entre 1917 et 1928, aucune équipe professionnelle ne représente la ville. Le
baseball amateur et semi-professionnel est suivi par des milliers de gens qui se
rendent le dimanche dans les parcs aux quatre coins de la ville, pour profiter
de l'été montréalais tout en regardant leur sport favori. Les Royaux reviennent
en ville en 1928, grâce à un groupe formé d'Ernest Savard, courtier prospère en
valeurs mobilières, et de Louis Athanase David, député libéral à l'Assemblée
nationale du Québec, qui achète la concession de Jersey City pour la somme de
225 000 dollars. Les partisans montréalais jubilent. De 1928 à 1960, les
amateurs de baseball vivent au rythme des Royaux et des joueurs qui s'y
succèdent. Malgré une absence de plus de dix ans, le baseball demeure, à
l'époque, un sport chéri par les Montréalais. Les différents journaux
montréalais jouent un grand rôle dans la diffusion du baseball à Montréal. Dans
la section des sports, on retrouve une couverture quotidienne des matchs joués
tant à Montréal que dans la province et aussi dans le baseball majeur.
Des joueurs qui ont marqué l'histoire du baseball tant ici qu'aux États-Unis
viennent jouer à Montréal. Cependant, au milieu des années 1950, le propriétaire
de l'équipe, Walter O'Malley, qui est aussi propriétaire des Dodgers de Los
Angeles, délaisse de plus en plus les Royaux au profit de ses autres
clubs-écoles basés aux États-Unis. Le club montréalais disposait alors de moins
en moins de ressources pour rivaliser avec les autres équipes de la Ligue
internationale. Finalement, pour des raisons de rentabilité, O'Malley vend les
Royaux aux autorités de la Ligue internationale qui transfert l'équipe à
Syracuse, New York. Une fois de plus le baseball professionnel déserte
Montréal.
3e prise sur décision… retiré!
Dans l'effervescence des années 1960 au Québec, Gerry Snyder, membre du
comité exécutif de la Ville de Montréal, projette d'y amener une équipe des
Ligues majeures. À l'époque, peu de gens ont foi en ce projet inusité. En 1962,
il essuie un refus du commissaire du baseball majeur, Ford Frick, parce que
Montréal ne dispose pas à l'époque d'un parc ou d'un stade pouvant accueillir
une équipe de ce calibre. Snyder revient à la charge en 1967, et c'est le 27 mai
1968 qu'il gagne son pari en permettant à Montréal d'obtenir la première
concession du baseball majeur à l'extérieur des États-Unis. Les Expos voient
ainsi le jour et débutent la première saison de leur histoire en avril 1969. C
'est au parc Jarry que l'aventure du baseball majeur commence à Montréal. Le
club montréalais y joue ses matchs locaux jusqu'en 1976. Il déménagent ensuite
au Stade olympique pour la saison 1977.
Au début des années 1970, certains joueurs des Expos, dont le lanceur Bill
Stoneman, étaient payés en devises canadiennes qui, à l'époque, avaient une
valeur supérieure au dollar américain. Vingt ans plus tard la situation s'est
inversée : la précarité du dollar canadien jumelée à la flambée des salaires
dans le baseball majeur ont fragilisé le statut du baseball professionnel à
Montréal. Incapable de conserver ses vedettes dans les années 1990 et tourmenté
de l'intérieur par des projets de nouveau stade, l'étoile des Expos a
considérablement pâli par la suite, jusqu'au dernier match de l'équipe à
Montréal en 2004.
Saviez-vous que...
La codification du baseball telle qu'on la connaît aujourd'hui a été rédigée
par l'américain Alexander Cartwright à New York en 1845. L 'une des origines de
ce sport se trouve pourtant dans « un vieux jeu qui s'est joué de tout
temps en Normandie et en Bretagne » 1, la Grande Thèque. Ce jeu se jouait à
deux équipes ayant dix joueurs au plus chacune sur un terrain de 300 à 400
mètres carrés . La surface du jeu de la Grande Thèque était de forme pentagonale
où, à chaque angle, on y plaçait une cheville de bois ou un sac de sable
marquant les buts. Le lanceur et le frappeur étaient de la même équipe. Le
frappeur recevait un lancer qu'il devait être en mesure de frapper.
Généralement, ce jeu se jouait en deux manches de quarante points. Pour mettre
un frappeur hors-jeu, on devait l'atteindre (le caler) entre deux buts. Cette
forme primitive de baseball était jouée en France, alors qu'en Angleterre, on
jouait à des jeux semblables : le Bat and Ball et le Rounders. Assistant à une
partie de Bat and Ball au Champ-de-Mars de Montréal en 1860, E.Z. Massicotte
définit ce jeu d'origine anglaise : « Chaque camp se composait alors
de sept joueurs et il y avait trois bisques (ou buts). Celui qui avait frappé la
balle courait de bisque en bisque et n'était arrêté dans sa tournée que si
l'adversaire en possession de la balle parvenait à le toucher (généralement en
lui lançant dessus) » 2. Bien que ces jeux soient distincts du baseball à
plusieurs égards, on s'entend pour affirmer qu'ils en sont les ancêtres.
1 Le Soleil, 21 janvier 1899, p. 4.
2 E.Z. Massicotte, BRH, vol.
XLI, no 4, p. 233.
Le stade de Lorimier et le parc Jarry
Le stade de Lorimier
C'est dans un tout nouveau stade construit à l'angle des rues Ontario et de
Lorimier que le club montréalais, les Royaux, amorce sa saison locale au mois de
mai 1928. Sous la responsabilité de Louis Athanase David, député de Terrebonne à
l'Assemblée nationale du Québec, la Compagnie de l'Exposition de Montréal
entreprend la construction de ce nouveau stade en janvier 1928 pour le terminer
à temps pour le début de la saison en avril. Selon différentes sources de
l'époque, le coût de construction du stade a varié entre 850 000 dollars et 1,5
million de dollars. « Un des plus beaux stades des ligues mineures et mieux
que certains des majeures », soutenait le commissaire du baseball majeur,
le juge Kenesaw Mountain Landis. La clôture, d'une hauteur de 40 pieds , était
ornée d'un imposant tableau indicateur qui faisait toute la hauteur. Malgré la
hauteur de la clôture, il n'était pas rare de voir des circuits se terminer sur
les murs de l'usine Knit-to-fit de l'autre côté de la rue.
De 1928 à 1960, le stade de Lorimier a vibré au rythme des Royaux de
Montréal. Pour certains d'entre nous, les noms de Duke Snyder, Don Drysdale,
Jackie Robinson et Tommy Lasorda évoquent les grands joueurs qui sont passés à
Montréal. L'équipe montréalaise était la filiale des Dodgers de Brooklyn, ce qui
signifie que les meilleurs joueurs en devenir venaient jouer à Montréal avant de
tenter leur chance dans le grand club.
Dans un petit stade d'une capacité d'environ 25 000 personnes, un contact
privilégié s'est établi entre les Montréalais et les joueurs des Royaux.
L'aventure se termine à la fin de la saison 1960 lorsque l'équipe est transférée
à Syracuse. Le stade de Lorimier est détruit en 1965 pour faire place, en 1971,
à la polyvalente Pierre-Dupuy.
Le parc Jarry
Bien qu'il soit associé aujourd'hui au tennis, le parc Jarry a longtemps
représenté le baseball à Montréal. Moins de 10 ans après la mort des Royaux, les
Expos de Montréal naissent, le 27 mai 1968, devenant ainsi la première équipe du
baseball majeur à l'extérieur des États-Unis. Le parc Jarry, situé dans le
quadrilatère formé par les rues Saint-Laurent, Faillon, Jarry et Durocher,
accueille la première partie des Expos le 14 avril 1969. Ne pouvant, au départ,
accueillir que 3 000 personnes, des travaux ont permis au parc Jarry d'accroître
sa capacité d'accueil à 28 456 spectateurs.
 Le parc Jarry s'illumine aux rythmes des Expos et de
ses partisans en 1970. Ville de
Montréal
|
La proximité des spectateurs, la gentillesse des joueurs de l'équipe et
l'esprit familial qui se dégageait du parc Jarry lors des matchs font en sorte
que, rapidement, les Expos sont surnommés Nos z'amours. Les gens se rendent voir
les matchs malgré les piètres performances de l'équipe durant les premières
années. Des joueurs comme « Coco » Laboy, Rusty Staub, Mack Jones et
Bill Stoneman demeurent frais à la mémoire de plusieurs Montréalais, tant pour
leur talent que pour leur attitude de gentilhomme face aux partisans de
l'équipe. Malgré la popularité du parc Jarry et l'esprit qui y régnait,
l'endroit cause certains maux de tête au propriétaire des Expos, Charles
Bronfman. L'emplacement du parc au nord de la ville ainsi que sa petite taille
entraînent le déménagement des Expos en 1977 au Stade olympique ; un stade qui
peut accueillir près du double de spectateurs pour un match de baseball, soit
près de 50 000 personnes.
Lire et voir Montréal
Livres
HUDON, François. Le parc Jarry de Montréal. Outremont, Éditions
Logiques, 2001. 197 pages.
BROWN, William. Les fabuleux Royaux-Royals, les débuts glorieux du
baseball professionnel à Montréal. Montréal, Éditions Robert-Davies, 1996.
192 pages.
JANSON, Gilles. Emparons-nous du sport, les Canadiens français et le
sport au 19e siècle. Montréal, Éditions Guérin,1995. 239 pages.
GUAY, Donald. La conquête du sport : le sport et la société québécoise au
19e siècle. Outremont, Lanctôt Editeur, 1997. 244 pages.
COUPAL, Eric. Baseball, américanité et culture populaire : histoire du
baseball à Montréal 1860-1914. UQAM, 2001, M7034. 109
pages.
Films Field of dreams (champ de rêve)
Phil Alden Robinson, 1989, 102 minutes.
Rien à voir avec Montréal, les Expos ou même les Royaux. Tout à voir avec la
mythique et le romatisme du baseball. Un film en nomination aux Oscars en 1989.
Excellent
Sites internet
Un accès simple à une collection indispensable pour quiconque s'intéresse à
l'histoire
montréalaise.
Voir le personnage
relié à ce thème
Voir l'actualité
patrimoniale de ce Montréal Clic
Recherche et rédaction par Éric Coupal et Josée
Lefebvre
Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal