Centre d'histoire de Montréal Centre d'histoire de Montréal Centre d'histoire de Montréal
Centre d'histoire de Montréal
  Version imprimable Version imprimable
Liste des thématiquesListe des thématiques

12. Trop d'eau, et pourtant pas assez

Aqueduc

Porteur d’eauUn porteur d'eau. Ville de Montréal. Gestion de documents et des archives.

Plantée sur les rives marécageuses du Saint-Laurent et pendant longtemps longée par les petites rivières Saint-Pierre et Saint-Martin, Montréal a depuis sa naissance baigné dans l'eau. Ce cadeau de la nature, les citadins ne pouvaient pourtant en profiter autant qu'ils l'auraient voulu pour se désaltérer et combattre les incendies. En effet, sans égoûts ni décharges publiques, avec des latrines mal entretenues, l'eau était de mauvaise qualité. Et lorsqu'un feu éclatait, il fallait courir à l'appel du tocsin, seaux en mains, vers le cours d'eau le plus proche, avec les délais désastreux que cela occasionnait. Le prix de ces insuffisances se calculait en pertes de vie (épidémies de choléra, de fièvre typhoïde, maladies intestinales) et en destructions coûteuses.

GravureLe système d'aqueduc de Montréal. Ville de Montréal.Gestion de documents et des archives.

En 1801, de riches marchands montréalais, dont Joseph Frobisher, avaient mis sur pied un premier réseau privé de distribution de l'eau. D'un étang du village de la Côte-des-Neiges, l'eau coulait par gravité dans des tuyaux de bois jusqu'à des citernes au pied de la montagne et, de là, chez quelques clients privilégiés. À compter de 1816, Thomas Porteous modernisait ce système rudimentaire grâce à une prise d'eau dans le Saint-Laurent, des tuyaux de fonte et des pompes à vapeur. Montréal devint alors la ville la mieux desservie du continent après Philadelphie.

 

Réservoir MactavishLe réservoir McTavish, c. 1931. Ville de Montréal. Gestion de documents et des archives.

Toutefois la Ville de Montréal qui, propriétaire du réseau à partir de 1845, devait lui donner l'ampleur que nécessitaient les besoins croissants de la jeune métropole. Les dommages causés au réseau par le terrible incendie de 1852 et les pressions des compagnies d'assurance motivèrent la construction d'un premier aqueduc. Celui-ci, dessiné par un éminent ingénieur canadien, Thomas C. Keefer, et inauguré en 1856, puisait son eau dans le fleuve, en amont des rapides de Lachine et l'amenait au réservoir McTavish (avenue du Docteur Penfield et rue McTavish) à l'aide de pompes hydrauliques.

CreusageL'installation de tuyaux d'égout en 1932. Ville de Montréal. Gestion de documents et des archives.

Rapidement, il fallut admettre que la demande excédait l'offre. De plus, les glaces et les inondations nuisaient périodiquement à la pompe hydraulique, au grand bonheur des porteurs d'eau. Dès 1857, la Ville entreprenait donc une série de travaux pour augmenter la capacité et l'efficacité du système. Ces travaux se poursuivront tout au long du 20 e siècle, au gré des besoins: canal d'évacuation des eaux, élargissement de l'aqueduc, pompes à vapeurs, nouveaux réservoirs et nouvelles stations de pompage, agrandissements et électrification des stations, prises d'eau plus éloignées des rives pour éviter les eaux polluées de l'Outaouais, etc.

ÉgoutL'intérieur d'un conduit d'égout, en 1933. Ville de Montréal. Gestion de documents et des archives.

Au tournant du siècle, la plupart des citadins ont l'eau à portée de robinet. Mais quelle eau! Certains jours d'été, elle paraît aussi trouble que dangereuse. Après une épidémie de fièvre typhoïde, en 1910, la Ville prend la décision de chlorer et de filtrer son eau, au même moment que Toronto et plusieurs agglomérations américaines. Une première usine de traitement des eaux sera mise en service en 1918, au pied de la rue Atwater. Enfin, après plus de cent ans de travaux, les Montréalais pouvaient jouir sans trop s'inquiéter d'un des plus beaux avantages de leur ville insulaire.

Saviez-vous que...

Carré d'eau

Jusqu'en 1880, on aurait pu facilement se noyer sur le site du carré Saint-Louis. En effet, à cet endroit, en haut de la Côte-à-Baron, se trouvait un réservoir d'une capacité de 3 millions de gallons. Construit par la Ville en 1849 pour y recevoir l'eau pompée de l'aqueduc municipal, il fut jugé insuffisant et définitivement abandonné en 1879. Ce réservoir fit donc place au parc ombragé que l'on connaît, baptisé en l'honneur des frères Saint-Louis, d'actifs entrepreneurs qui y habitaient. Seule une fontaine, érigée en 1894, rappelle ses humides origines.

Prendre un bain aux bains

Bain HoganLe bain Hogan, rue Wellington, en 1932. Ville de Montréal. Gestion de documents et des archives.

Vers 1900, si les logements ont généralement l'eau courante et une toilette intérieure reliée à l'égoût, la plupart n'ont pas de bain, et encore moins l'eau chaude. C'est là le privilège d'un petit nombre. Pas étonnant que les autorités municipales, pour des raisons d'hygiène, aient commencé au cours des années 1880 à installer des «bains publics» pour ceux qui travaillent à la sueur de leur front.

Les premières installations sont rudimentaires et réservées à une clientèle masculine: une plage de l'île Sainte-Hélène, un bassin à Hochelaga et un autre immergé dans le canal de Lachine. Ce dernier, nommé Wellington, ouvre ses portes aux femmes en 1893, une première. Les usagers, surtout des hommes et des enfants, s'exposent cependant aux maux charriés par une eau plus ou moins polluée. Il faut attendre 1901 pour qu'un premier bain couvert soit construit à Montréal et 1908 pour fréquenter un édifice chauffé, ouvert à l'année. De nombreux autres bains publics sont par la suite construits dans les quartiers de Montréal, surtout pendant la Crise économique.

Bain QuintalLe bain Quintal. Ville de Montréal. Gestion de documents et des archives.

Avec la généralisation de la baignoire dans les habitations, la vocation des bains publics s'est graduellement transformée. En 1931, pour la première fois, des cours de natation étaient offerts aux usagers du Bain Maisonneuve. Depuis, ces établissements sont devenus des piscines publiques ou ont été réaffectés à d'autres usages. Mais la plupart portent encore, gravé sur leur façade, le mot «Bain». Sous les noms d'Emard (rue Laurendeau), de Généreux (rue Amherst), de Maisonneuve (boulevard Morgan) et d'autres encore, ils nous rappellent l'époque toute proche où pour prendre un bain, il fallait aller «aux bains»!

Lire Montréal

Patrimoine en marche . 4 feuillets. Montréal, Héritage Montréal, 1992.

DE LAPLANTE, Jean. Les parcs de Montréal, des origines à nos jours. Montréal, Méridien, 1990.

PINARD, Guy. «L'aqueduc de Montréal», «L'usine Atwater de l'aqueduc de Montréal» et «Les stations de pompage de l'aqueduc» dans Montréal. Son histoire, son architecture. Tome 3. Montréal, La Presse, 1989. pp. 339-368.

BALL, Norman R., dir. Building Canada. A history of public work . Toronto, University of Toronto Press, 1988.


Voir le personnage relié à ce thème

Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal

 
 
© Tous droits réservés, Ville de Montréal