43. Ucal-Henri Dandurand
 Ucal-Henri Dandurand. Centre d'histoire de Montréal,
fonds Dandurand.
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Ucal-Henri Dandurand est un homme bien de son époque. Il est né à Montréal en
1866 d'un père francophone et d'une mère écossaise, ce qui le rend aussi à
l'aise en français qu'en anglais. C'est en investissant dans un secteur de
l'économie en pleine expansion au début du XXe siècle, l'immobilier, qu'U.-H.
Dandurand fait sa place dans la bourgeoisie montréalaise. Il se marie en 1890 à
Blanche Taillefer, qui se consacre à ses nombreux enfants et aux bonnes œuvres,
comme bien des épouses bourgeoises de l'époque. La famille Dandurand habite les
quartiers aisés de la ville : d'abord le Mille carré doré, où vivent les hommes
les plus influents du Canada, et, par la suite, la rue Sherbrooke, où s'installe
surtout la bourgeoisie francophone.
Dandurand est un homme au physique imposant et au visage sévère qu'on
considère comme un peu excentrique. Il est certainement à l'avant-garde par
certaines de ses passions et de ses méthodes de travail. On lui doit d'abord une
nouvelle technique de vente, la vente à tempérament, permettant aux candidats
désireux d'accéder à la propriété de le faire en répartissant l'achat d'un lot
en plusieurs paiements. Les clients de ce promoteur immobilier s'établissent
entre autres à Rosemont et à Verdun.
 La famille Dandurand pose avec la
« Waltham », première voiture à circuler dans les rues de
Montréal. La photo a été prise devant leur résidence « Les
Quatre-Vents » à Verdun. Madame Dandurand est assise à l'avant avec
Henri-Ucal, leur fils aîné, et dans la remorque, les jumeaux Hector et
Edgar. Centre d'histoire de Montréal, fonds Dandurand.
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Si son fils aîné ne l'a vu sourire qu'une seule fois, on l'affuble pourtant
d'un surnom amusant : Ucal Hisopompe. C'est que U.-H. Dandurand a une passion
qui en fait une véritable curiosité pour les Montréalais et Montréalaises du
début du XXe siècle : les voitures sans chevaux. Grâce à lui, ils peuvent suivre
les développements d'une nouvelle industrie, celle de l'automobile.
L'automobile est une passion… et une bonne affaire. Selon La Presse ,
« MM. J.A. Corriveau et U.H. Dandurand ont travaillé et ont réussi à
obtenir le contrôle et les droits pour la fabrication et l'opération pour tout
le Canada, de cet [au masculin dans le texte] automobile, mû par vapeur générée
par la gazoline. Ces messieurs ont également obtenu le contrôle des droits sur
un autre automobile électrique […]. ». L'automobile devient aussi un
argument de vente. Promoteur immobilier, U.-H. Dandurand promène ses clients
potentiels dans son véhicule pour aller voir ses terrains à vendre. Quelques
années et quelques voitures plus tard, U.-H. Dandurand achète sa voiture la plus
célèbre, une De Dion-Bouton, importée de France, et désormais exposée au Musée
du Château Ramezay et portant la première plaque d'immatriculation, Q-1.
Comme la plupart des bourgeois de cette époque, Dandurand ne limite pas sa
participation aux seules affaires. Catholique actif, on le retrouve parmi les
organisateurs locaux du Congrès eucharistique de 1910. Membre de la Chambre de
Commerce, du National Board of Trade, il s'intéresse aussi à la politique
municipale. En 1904, il est même candidat à la mairie, mais il est défait par
Hormidas Laporte, appuyé par La Presse , La Patrie et les réformistes. U.-H.
Dandurand est vu comme le candidat des « trusts », ces grands
monopoles qui contrôlent gaz, électricité et tramways. Dandurand est en effet
associé à Herbert Holt, riche et puissant financier à la tête de la Montreal
Light , Heat and Power Company, pour le développement de Rosemont. En 1910,
c'est comme conseiller municipal de Saint-Jacques qu'il sera élu. Ucal-Henri
Dandurand meurt en 1941, à l'âge de 74 ans, laissant dans le deuil quatre fils
et deux filles.
 Henri-Ucal, sept ans, le fils aîné des Dandurand, se
tient devant le plus petit train à vapeur au monde. Centre d'histoire de
Montréal, fonds Dandurand.
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Saviez-vous que...
Dandurand fils, conducteur du plus petit train à vapeur au
monde!
Excentrique Ucal-Henri Dandurand? Quelques mois après avoir conduit la
première voiture à Montréal, voilà qu'il invite la population à venir voir le
plus petit train à vapeur au monde. Non pas un train pour la maison, mais un
train dans lequel on peut prendre place et qui est une reproduction fidèle d'une
locomotive de passagers de grandeur moyenne. La photographie nous le montre qui
circule sur le terrain d'une ancienne propriété familiale, Queen's Park. Sur la
carte au verso de la photo, on peut lire qu'U.-H. Dandurand en est le
propriétaire et le directeur et que son fils aîné, Henri-Ucal, sept ans, en est
le chef-conducteur. Le train circule tous les jours à Queen's Park de 13 h à 23
h.
 U.-H. Dandurand devant la maison de la rue
Dorchester, démolie en 1981. Centre d'histoire de Montréal, fonds
Dandurand.
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Du Second Empire au gratte-ciel
Le nom d'Ucal-Henri Dandurand est lié à plusieurs lieux montréalais, en
commençant par le quartier Rosemont, dont il a été question dans l'article
précédent. Il a habité le Mille carré doré, quartier où vivait la grande
bourgeoisie montréalaise qui possédait, peut-on lire dans Montréal en évolution
de Jean-Claude Marsan, 70 % des richesses du pays. Sa maison était située sur le
boulevard Dorchester Ouest, à l'angle de la rue Saint-Mathieu, en face du Centre
Marguerite d'Youville et tout près de la maison Shaughnessy, aujourd'hui
intégrée au Centre canadien d'architecture. Le boulevard Dorchester était alors
une rue résidentielle de prestige comptant une majorité de maisons de style
Second Empire, comme la maison Dandurand. La maison avait été construite en 1871
et fut démolie en 1981. Il ne subsiste que très peu de ces résidences
prestigieuses sur le boulevard René-Lévesque.
Lorsque Dandurand vendit sa maison sur Dorchester, en 1912, ce fut pour
s'installer sur la rue Sherbrooke, plus liée à la bourgeoisie francophone.
Située au 438, rue Sherbrooke Est, sur le côté sud, à l'angle de la rue Berri,
la maison fut construite en 1894 par Arthur Dubuc, un entrepreneur en
construction. La famille Dandurand y habita jusqu'en 1920. Quelques années plus
tard, en 1926, le Club Canadien, un club social réputé, s'y installa et y
demeura jusqu'en 1979. La maison d'origine comprenait un corps principal avec
sous-sol, rez-de-chaussée et deux étages et une aile vers l'arrière du côté
ouest. Elle fut agrandie à deux reprises, en 1927, pour aménager une salle de
quilles et une salle de réception, et en 1947. Maison victorienne alliant
différents styles et richement ornementée, elle comprend entre autres une
tourelle de deux étages dotée d'un toit conique et un imposant porche. La maison
a été citée monument historique par le Conseil municipal de Montréal en
1989.
 Maison Arthur-Dubuc où habita la famille Dandurand de
1912 à 1920. Micheline Vinet, Centre d'histoire de Montréal.
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Le nom de Dandurand est aussi associé à un édifice à l'angle sud-ouest des
rues Saint-Denis et Sainte-Catherine Est. U.-H. Dandurand en était le promoteur
et le bâtiment fut construit par les architectes Ross et McDonald en 1913-1914.
Il s'agit du premier édifice de dix étages à l'est du boulevard
Saint-Laurent.
Saviez-vous que...
Quoique sévère, Ucal-Henri Dandurand était un père de famille qui aimait
consacrer du temps aux siens. Pour les randonnées de fin de semaine, il imagina
un moyen de transporter toute sa famille, sa femme et ses onze enfants, ainsi
que quelques amis. Il acheta donc un camion Packard de trois tonnes et demanda à
un carrossier de l'aménager en voiture familiale. En 1910, la famille Dandurand
pouvait se rendre à sa maison d'été, à Rosemère, à bord de la
« Pullman », en référence aux wagons-lits des trains de l'époque. Une
vingtaine de personnes pouvaient s'y asseoir et une douzaine pouvait y dormir en
tout confort. L'intérieur du véhicule était équipé d'une cuisinette et de
toilettes. La famille se servit de la « Pullman » jusqu'en 1924.
 La « Pullman » devant la maison de la
famille Dandurand de 1912 à 1920, au 438 rue Sherbrooke Est (cette maison
est connue sous le nom de maison Arthur-Dubuc ou Club Canadien). Centre
d'histoire de Montréal, fonds
Dandurand.
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Lire et voir Montréal
Livres
LACHAPELLE, Jacques. Le fantasme métropolitain, l'architecture de Ross et
MacDonald. Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 2001. 177
pages.
RÉMILLARD, François et Brian MERRETT. Demeures bourgeoises de Montréal,
le mille carré doré, 1850-1930. Montmagny, Éditions du Méridien, 1986. 242
pages.
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Recherche et rédaction par Éric Coupal et Josée
Lefebvre
Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal