3. De l'avoine à l'électricité
Tramway
 Petit trot sur les rails. The Dominion Guide,
1873. |
Le transport en commun, tel que nous le concevons aujourd'hui, est né avec
l'ère industrielle. De cette révolution, avec ses bouleversements technologiques
et sociaux, résulte, entre autres, un développement rapide des villes. Pour
desservir une population croissante (1831: 27 000, 1860: 90 000), la Montreal
City Passenger Railway Company inaugure en 1861 un service de tramway
hippomobile. Ce type de transport avait vu le jour à New-York en 1842. Compromis
entre l'omnibus (voiture publique à chevaux, sur roues) et le train à vapeur, ce
véhicule, tiré par deux chevaux, roulait confortablement sur des rails à 8 km/h.
À Montréal, les propriétaires et conducteurs de voitures de louage manifestèrent
violemment contre ce nouveau concurrent. Rien à faire, «l'ennemi» était là pour
rester, soutenu à la fois par de puissants promoteurs (William Molson,
William Dow et John Ostell) et par un public enthousiaste.
 Tickets de tramway de différentes années (dont 1944,
1938 et 1959). Centre d'histoire de Montréal. |
Ce moyen de locomotion était assez dispendieux. En effet, 0,05 $ l'entrée
représentait beaucoup pour un travailleur qui gagnait en moyenne 7,00 $ par
semaine. En 1892, seulement 10,6 % des utilisateurs étaient du milieu
ouvrier. Cette même année, qui verra l'arrivée de l'électrification, la
compagnie possédait 1000 chevaux, 150 tramways, 104 traîneaux et 49 omnibus.
L'implantation de l'électricité fut extrêmement rapide. Déjà en 1894, les
derniers chevaux retournaient brouter dans leurs verts pâturages. Liés au
nouveau système, les enchevêtrements de fils au-dessus des rues donnèrent à voir
aux citadins un ciel découpé en petits espaces. De nouvelles voitures, plus
solides, furent introduites et, en 1905, circulait le premier véhicule public au
monde où l'on payait tout de suite en entrant. Le chauffeur ne faisait plus la
ronde. Il fut construit par la Montreal Street Railway Co. dans ses usines du
quartier Hochelaga.
Administrée par le privé, la Montreal Street Railway Co. était à la tête d'un
réseau qui atteindra son sommet en 1933 avec 510 kilomètres de rails. Plus
rapide et moins dispendieux que le système hippique il gagnera rapidement la
faveur populaire (1892: 11 millions d'entrées, 1914: 107 millions d'entrées).
Mais déjà se profilent en parallèle la voiture (c. 1902) et l'autobus (1919) qui
un jour délogeront les «p'tits chars». En 1959, sur le boulevard Rosemont, le
dernier tramway électrique fermera la marche sur une époque désormais
révolue.
Saviez-vous que...
 Promenade en traineau au Carré Dominion, 1917.
Collection privée. |
Blanche saison ensevelissant les rails sous son duvet, le tramway à traction
animale doit gagner ses quartiers d'hiver pour faire place à de lourds
traîneaux. Sans chauffage, les passagers grelotants tentent de se réchauffer les
pieds dans la paille étendue, à cet effet, sur le plancher. Durant les
demi-saisons, quand les rues se font boueuses, on utilise les omnibus.
 Tempête de neige devant chez Morgan's, rue
Sainte-Catherine ouest, date inconnue. Collection
privée. |
Avec l'électrification, apparaissent les grattoirs amovibles au devant des
véhicules et les voitures-balais. On utilise aussi du sel pour dégager les
rails. Cela blesse les chevaux aux sabots et aux mollets et hérisse les
commerçants qui voient leurs parquets ruinés. Les tramways fonctionnent
désormais à l'année. Ils sont équipés de chaufferettes, qui passeront vite du
charbon à l'électricité
Et c'est ainsi que les Montréalais, dans un confort bien relatif, se
déplaçaient pendant la frileuse saison...
En Voiture!
 Un tramway, l'hiver. Image tirée de la brochure
touristique «Glimpses of Montreal», début du siècle. Centre d'histoire de
Montréal. |
Le 21 septembre 1892, le premier tramway électrique prenait son départ rue
Craig. Le no 350, mieux connu sous le nom de Rocket, inaugurait un
mode de transport qui allait pendant 67 ans faire partie du paysage montréalais.
Construit à Saint-Louis, Missouri, par Brownell Car Company, le 350 offrit ses
services jusqu'en 1914. Tout restauré, le Rocket prit part au défilé d'adieu du
service de tramway de Montréal en 1959. Il fait maintenant partie, depuis 1963,
de la collection du Musée ferroviaire canadien à Saint-Constant. Cette
institution possède, dans sa collection de véhicules de transport urbain, 28
tramways électriques, un omnibus et un traîneau.
Lire Montréal
 Le Rocket, premier tramway électrique, 21 septembre
1892. Musée ferroviaire canadien de
Delson/St-Constant. |
COURCY-LEGROS, Louiselle. Les p'tits chars. Évolution historique du
transport en commun à Montréal. Québec, Transport 2000, 1985. 23 pages.
PHARAND, Jacques. Á la belle époque des tramways. Montréal, Les
Éditions de l'Homme, 1997. 280 pages.
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