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29. Le thé, la boisson qui étanche toutes les soifs!

L'exposition «Le thé, la boisson qui étanche toutes les soifs! a été présentée dans trois institutions montréalaises du 29 mai au 30 août 1996. Le Centre d'histoire de Montréal présentaient les cultures chinoise et japonaise, la maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, le monde anglo-saxon, et la maison de la culture Côte-des-Neiges, les cultures arabe et russe. Un site Internet lui est consacrée.

Selon la légende japonaise, la découverte du thé revient à un moine bouddhiste indien nommé Dharma. En visite en Chine, il avait juré de ne pas dormir afin de mieux s'adonner à la méditation. Après plusieurs semaines de veille, il finit par s'endormir en bordure du chemin. À son réveil, saisi de remords, il s'arracha les paupières et les enterra afin de s'assurer de ne plus jamais dormir. Il continua son chemin et lorsqu'il revint quelques semaines plus tard, il trouva un arbre qui avait poussé à l'emplacement où il avait enterré ses paupières. Il en grignota quelques feuilles et s'aperçut qu'elles lui permettaient de rester éveillé plus facilement. Il emporta avec lui les graines de cet arbre et implanta ainsi la culture du théier dans les monastères.

Culture du thé La cueillette des feuilles de thé en Chine. Tiré de Le Tao du thé en Chine, Ed. Chan-yin, Taiwan, 1983.

En fait, le théier est un arbrisseau qui pousse principalement dans les régions tropicales ou subtropicales. Plus ses feuilles sont cueillies jeunes, plus elles sont tendres et de qualité. La récolte la plus fine consiste à prélever le bourgeon (pekoe) et les deux premières feuilles. Plus on y ajoute de feuilles matures, grandes et dures, plus la qualité diminue. De nos jours, la cueillette s'effectue le plus souvent à l'aide de machinerie, mais c'était traditionnellement un travail réservé aux femmes, celles-ci étant jugées plus adroites pour cette tâche délicate.

En Chine comme en Occident, c'est d'abord pour ses vertus curatives que le thé fut consommé. Au cours de l'histoire, on lui a attribué toutes sortes de bienfaits, allant parfois jusqu'au miracle ! Depuis le 19e siècle, le progrès de la chimie nous a permis de savoir que les feuilles de thé contiennent une bonne dose de caféine (longtemps appelée « théine »), du tanin, des minéraux et des vitamines. Il existe trois grandes catégories de thé : les thés noirs (fermentés), les oolongs (semi-fermentés) et les thés verts (non fermentés).

Publicité Publicité vantant le thé des Indes parue dans le New York Times dans les années 20. Centre d'histoire de Montréal.

La Chine a été pendant longtemps l'unique pays exportateur de thé. Depuis le 19e siècle, elle doit cependant faire face à la dure concurrence de l'Inde et du Ceylan. Elle reste néanmoins un des plus grands fournisseurs de grands crus. En Inde, la plus grande partie de la production de thé est consommée sur place et, pourtant, ce pays demeure le plus grand exportateur au monde. Ceci donne une idée de l'ampleur de la production et de l'impact économique du thé. Les variétés indiennes de thé y sont très nombreuses. Le Japon, pour sa part, constitue un cas particulier, car ce pays produit presque exclusivement des thés verts, dont 97 % de la récolte est consommée au pays. La culture du thé à été introduite au Ceylan et à Formose par les Anglais pendant la seconde moitié du 19e siècle. Mieux connu aujourd'hui sous les noms de Sri Lanka et de Taiwan, ces pays conservent leurs anciens noms dans le milieu conservateur du thé. Le Ceylan produit principalement des thés noirs. Formose produit des thés verts et noirs, mais ce sont les oolongs qui en font la réputation. Au 20e siècle, la culture du thé est aussi implantée par les Anglais dans leurs colonies d'Afrique de l'Est (le Kenya, l'Ouganda, le Burundi et la Tanzanie). Grâce à la mécanisation, ces plantations réussissent à s'approprier une bonne part de la production mondiale. Les thés africains sont des thés noirs présentés en feuilles brisées ou broyées réduites en toutes petites particules. Au cours du 19e siècle, la culture du thé est introduite en Russie, plus précisément en Géorgie. Cependant, la production et la qualité de ce thé sont fort modestes et il est réservé à la consommation locale plutôt qu'à l'exportation.

Boisson nationale en Chine, au Japon, au Royaume-Uni, en Inde, en Russie et dans les pays arabes, le thé n'obtient que peu de succès dans les pays latins. En Amérique du Nord, il a perdu beaucoup de sa popularité depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. En effet, le thé subit la dure concurrence du café, du lait froid mais surtout des boissons gazeuses, particulièrement auprès des jeunes. Les grandes compagnies font pourtant d'importants efforts pour s'approprier cette clientèle en mettant sur le marché une grande variété de thés : en poudre, en « canettes » ou en mélanges exotiques.

Saviez-vous que...

Une invention qui fait du chemin...

Le thé glacé est né aux États-Unis en 1904, lors de la foire internationale de Saint-Louis, pendant un été particulièrement chaud. L'Association des Producteurs de thé de l'Assam y tenait un joli kiosque, mais personne ne s'y arrêtait. Le directeur, Richard Blechynden, eut l'idée de verser du thé sur des blocs de glace. Ce fut un succès ! Encore de nos jours, le thé glacé demeure le genre de thé le plus consommé par les Américains. On le trouve sous forme de poudre prête à diluer, incluant le sucre et le citron ou encore sous forme de boisson embouteillée.

L'industrie du thé au Canada

Salada Anciennes boîtes de thé Salada. Compagnie Unilever.

Plusieurs industries reliées directement au thé voient le jour au Canada, particulièrement dans les provinces maritimes. Une des premières, la King Cole (G.E. Barbour), au Nouveau-Brunswick, fondée en 1867, existe encore aujourd'hui. Notons aussi la J.E Morse & Co., en Nouvelle-Écosse, qui importe du thé dès 1870 et le met en sachet à partir de 1939.

La T.H. Eastbrooks est créée au Nouveau-Brunswick en 1894. Elle lance son mélange spécial de thés indiens et ceylanais sous la marque Red Rose, enregistrée en 1899. Cette compagnie est une des premières à commercialiser le thé en petits paquets enveloppés dans du papier métallique. Jusque-là, on vendait le thé dans des caisses de bois. La compagnie ouvre bientôt des filiales à Winnipeg, Toronto, St-Jean de Terre-Neuve et Montréal. Elle commence à ensacher le thé vers les années 30.

En 1931, la Eastbrooks est vendue à la grande compagnie anglaise Brooke Bond qui est elle-même acquise en 1985 par la multinationale Unilever qui la fusionne à Lipton. Le thé Red Rose est toujours commercialisé par celle-ci. Cette compagnie installe une usine à Montréal en 1948, sur l'avenue du Parc. Elle la déménagera en 1962 sur la Côte-de-Liesse, où elle se trouve toujours. La maison mère de Unilever est installée à Toronto.

Salada est fondée en 1892 par Peter C. Larkin, grand voyageur et collectionneur d'antiquités. Il choisit ce nom d'après celui d'une plantation indienne. Il y développe, à la même époque que T.H. Eastbrooks, le concept des paquets de papier métallique. La grande popularité de ses produits aux États-Unis conduit la compagnie à installer ses quartiers généraux et son usine à Boston, tout en conservant une usine à Montréal. Vers la fin des années 50, elle déménage à Little Falls (New York) où elle se trouve toujours. En 1969, Salada est vendue à Kellogg qui la vend à son tour à Unilever en 1988.

Lire dans le thé

MAULDE, Françoise de. Sir Thomas Lipton. Paris, Gallimard, 1990.

SABINE, Yi. Le livre de l'amateur de thé. Paris, Robert Laffont, 1983.

WALTER, Marc, dir. Le livre du thé. Paris, Flammarion, 1991.


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