2. D'un régime à l'autre : la superposition de deux grilles
Ruelle
 Photo de Brigitte Bougie. Centre d'histoire de
Montréal. |
Au début du régime français, Montréal se développe en fonction de l'accès au
fleuve et de la géographie du lieu. Peu étendues, ses limites, alors fortifiées,
correspondent à peu près à celles du Vieux-Montréal actuel. Le sulpicien
Dollier de Casson trace alors le premier réseau de rues instituant ainsi un plan
orthogonal (à angle droit) plus ou moins régulier. À cette époque, la
ruelle n'existe pas encore. La ville n'est pas assez dense pour justifier des
voies de desserte; les services se font par la rue.
Le système seigneurial de division des terres en côtes et en rangs, implanté
sous le régime français, a découpé le territoire montréalais en bandes profondes
et étroites qui ont servi de base au lotissement de la ville. Le système de
côtes et de rangs n'a pas engendré la grille orthogonale mais il a toutefois
permis que cette dernière y soit superposée.
 Fils électriques, hangars et poubelles. Éléments
typiques des ruelles montréalaises. Michel
Dubreuil. |
Avant que n'apparaisse la ruelle, la multiplication des logements à
l'intérieur d'un même territoire oblige à créer des voies de service donnant
accès à la cour arrière. Ces voies sont les portes cochères qui s'ouvrent sur
des tunnels entre deux maisons en rangée et par lesquels le bois de chauffage
peut être livré et entreposé. Dans ces cours arrière, on retrouve des étables et
des dépendances ou parfois même des logements plus ou moins salubres.
La ruelle apparaît en 1846 avec la mise en vente des grandes fermes
bourgeoises et la planification urbaine, orchestrées par des architectes
d'origine britannique. C'est en effet à cette époque que les grands
propriétaires des fermes situées sur le flanc sud de la montagne morcèlent leur
terre. Ils conservent leur somptueuse villa au nord de la rue Sherbrooke et
vendent leur terrain en lots à bâtir. La propriété McTavish fait ainsi l'objet
d'un lotissement qui deviendra typique de Montréal et ce, pendant presqu'une
centaine d'années.
Saviez-vous que ...
 Cordes à linge, 1938. Fonds C. Poirier. Archives
nationales du Québec |
Une ruelle au milieu de la chambre
La ruelle telle que nous la connaissons aujourd'hui apparaît à Montréal au
milieu du 19e siècle. Auparavant, lorsqu'il y avait cour intérieure ou arrière,
celle-ci était accessible par une porte cochère. La porte cochère, d'origine
française, est ainsi nommée car elle permettait le passage d'un cocher et de sa
voiture à cheval. La ruelle, de son côté, est d'origine britannique bien qu'elle
tire son nom d'un ancien mot français « ruiele ». Bien avant d'être un
passage urbain, la ruelle désignait en effet, un espace entre le mur et le
lit.
De la montagne au plateau
De l'écurie à la maison de fortune
 Ferme McTavish, première propriété divisée en îlot
avec ruelle en « H ». |
L'implantation des ruelles dans le quartier bourgeois autour de la propriété
McTavish, vers 1845, permettait la construction d'écuries pour les attelages
privés ainsi qu'un accès dissimulé pour les logements de domestiques. Ces
premiers modèles de lotissement à ruelles n'auront de répercussions sur le
territoire montréalais qu'une trentaine d'années plus tard. En effet, peu de
résidants des quartiers populaires avaient alors les moyens de posséder un
cheval et encore moins d'engager des domestiques. Au contraire, dans les cours
arrière de certains quartiers on retrouvait des logements de fortune ou
« maisons de fond de cour ». Il existe trois types de maisons de fond
de cour. Il y a la maison provisoire érigée par un petit propriétaire dans
l'attente de se construire plus grandement, en façade de son terrain. Puis, il y
a la dépendance qui est une construction transformée en logement pour des
raisons économiques ou autres. Et pour finir, on trouve aussi des petites
maisons adossées l'une à l'autre au milieu de la ruelle.
Lire Montréal
MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution. Historique du développement
de l'architecture et de l'environnement urbain montréalais. 3e édition.
Laval, Éditions du Méridien, 1994. 515 pages.
MARSAN, Jean-Claude. Montréal une esquisse du futur. Montréal,
Institut québécois de recherche sur la culture, 1983.
HANNA, David B. «Creation of an Early Victorian Suburb in Montreal».
Revue d'histoire urbaine, vol.9, n° 2 (octobre 1980).
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Mention obligatoire : Centre d'histoire de
Montréal