31. Le Quartier latin
 Rue Saint-Denis, coin Maisonneuve, au début du 20 e siècle. Collection privée.
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Les grands projets de réaménagement urbain des années 60 et 70 ont entraîné dans leur sillage le sacrifice de nombreux quartiers montréalais, pourtant remarquables sur le plan patrimonial. Le cas du Quartier Latin en est un exemple. Autrefois admiré pour le panache et l'homogénéité de ses résidences victoriennes, le Quartier Latin est aujourd'hui caractérisé par un ensemble urbain hétérogène. Il est limité au sud par la rue Saint-Antoine, au nord par la rue Sherbrooke, à l'est par la rue Saint-Hubert et à l'ouest par le boulevard Saint-Laurent. De nos jours, de rares mais prestigieux vestiges témoignent encore d'une gloire désormais révolue.
Le terme «quartier latin» est d'origine parisienne et désigne l'arrondissement où s'élevait l'université, dont l'enseignement était dispensé en latin. L'usage montréalais de cette expression remonte bien avant l'arrivée de l'Université du Québec à Montréal, en 1969. En effet, ce quartier avait vu construire dès 1876 une filiale de l'Université Laval, filiale qui deviendra en 1919 l'Université de Montréal. On y retrouvait alors les facultés de théologie, de droit et de médecine. Plus tard, l'École Polytechnique (1905), l'École des Hautes Études Commerciales (1907) et la Bibliothèque Saint-Sulpice (1915) vinrent confirmer la vocation universitaire du quartier. Ainsi, au tournant du siècle, le Quartier Latin constituait l'un des principaux foyers intellectuels de l'Amérique française. À l'époque, notables, magistrats, hommes de lettres et étudiants fréquentaient assidûment ses nombreux cafés-terrasses, ses librairies, ses tabagies et ses estaminets tranquilles. On dit aussi que l'École littéraire de Montréal tenait certaines séances clandestines dans un petit logement de la terrasse Saint-Denis, surnommée «montée des zouaves».
 Université Laval, Montréal, 1909. Collection privée.
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Secteur universitaire, le Quartier Latin était de plus un faubourg cossu, où résidait l'intelligentsia francophone de Montréal. Dès l'arrivée de l'Université Laval, une population riche et instruite s'empare du secteur qui comptait déjà plusieurs résidences construites autour de la cathédrale Saint-Jacques (1823-25), rue Saint-Denis, ou érigées après l'incendie destructeur de 1852. Les nouvelles demeures en pierre se font monumentales et victoriennes. On aménage des espaces verts, dont le très fréquenté Square Viger, inauguré officiellement en 1860.
 Église et école Saint-Jacques (angle des rues St-Denis et Ste-Catherine est) lors du congrès Eucharistique de 1910. Collection privée.
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La prospérité du Quartier Latin s'est maintenue jusqu'en 1940, année du départ de l'Université de Montréal pour le flanc nord du mont Royal. Ce déménagement marque le début de la dégradation du secteur, car les familles bourgeoises se déplacent elles aussi sur la montagne, se réfugiant à Outremont. Peu à peu, des «tourist room» surgissent ici et là. De nombreuses résidences sont démolies, pour l'élargissement des boulevards Dorchester et Maisonneuve et la construction de plusieurs complexes à bureaux. Quant à l'élégant Square Viger, il disparaît pour laisser place à un stationnement, à un tronçon de la rue Berri puis à l'autoroute Ville-Marie, avant de renaître, bétonné, selon un concept des artistes Charles Daudelin, Peter Gnass et Claude Théberge.
Au début des années 70, l'implantation de l'UQAM et du CEGEP du Vieux-Montréal donnera un second souffle au quartier. Aujourd'hui, la Société de développement du Quartier Latin tente d'assurer un développement durable dans cet arrondissement historique.
Saviez-vous que...
Le club des six éponges
À l'hiver 1895, six amis épris de littérature ont l'habitude de se réunir au Café Ayotte, rue Sainte-Catherine est, dans le Quartier Latin. Ils y arrosent leurs rêves et leurs complaintes à grands verres d'absinthe, de cognac et de «tours de Babel», nom donné à de grandes flûtes de bière. Par fanfaronnade, ils se nomment alors le «Club des six éponges». De ces réunions informelles, au cours desquelles on discute beaucoup de littérature, naîtra l'École littéraire de Montréal... Qui aurait cru que ce cénacle littéraire influent était issu d'un groupe dont la fierté était de ne jamais boire d'eau?
L'édifice Saint-Sulpice de la Bibliothèque nationale du Québec
Au début du 20e siècle, la nécessité de doter Montréal d'un centre culturel francophone s'avère pressante. S'il existe bien quelques bibliothèques francophones, elles sont généralement inaccessibles au grand public. Les Sulpiciens, depuis longtemps investis d'une mission éducative, prennent les commandes du projet. Ils acquièrent en 1906 des terrains au pied de la Côte-à-Baron. Situé au coeur de l'effervescent Quartier latin, l'emplacement est idéal.
Le projet retenu est celui de l'architecte Eugène Paquette, qui réalisera trois ans plus tard la Bibliothèque municipale de la rue Sherbrooke. Les travaux débutent en 1912, pour se terminer en 1914. Reconnue comme un des chefs-d'oeuvre de l'influence du style Beaux-Arts à Montréal, la Bibliothèque Saint-Sulpice fait montre d'un style architectural raffiné, dont la symbolique décorative renvoie à l'imagerie greco-latine. Les verrières du hall principal, réalisées par Henri Perdriau, en sont l'illustration. Elles représentent les Arts, la Religion et les Sciences. Des matériaux nobles, dont le granite, la pierre calcaire et le grès sont utilisés pour la construction du bâtiment. Exploitant au maximum l'étroitesse du terrain, Paquette a élaboré un bâtiment qui répond aux trois fonctions principales de l'institution: bibliothéconomie, recherche, activités culturelles. Le 12 septembre 1915, sous la direction de Aegidius Fauteux, la Bibliothèque Saint-Sulpice ouvre ses portes.
En 1931, la crise économique la contraint à cesser ses activités. Acquise par le gouvernement du Québec en 1942, elle reprend vie deux ans plus tard, pour finalement abriter en 1967 la Bibliothèque nationale du Québec, dont les services occupent aussi l'ancienne Bibliothèque juive de la rue Esplanade (Édifice Aegidius Fauteux) et l'ancien bâtiment de l'École des Beaux-Arts de la rue Sherbrooke (Édifice Marie-Claire-Daveluy). Le 15 juillet 1988, l'Édifice Saint-Sulpice est classé monument historique.
Aujourd'hui, le mandat de la Bibliothèque nationale du Québec est de rassembler, de conserver et de diffuser le patrimoine québécois publié. Pour le plus grand plaisir des lecteurs, le splendide Édifice Saint-Sulpice abrite près de 250 000 titres publiés au Québec.
Lire Montréal
GRENIER, Cécile. Guide Montréal. Montréal, Libre Expression, 1983.
BENOIT, Michèle et Roger GRATTON. Le Quartier Latin. Le patrimoine de Montréal. Quartiers du centre-ville est. Montréal, Ville de Montréal, 1983. 25 pages. (Coll. «Collection Pignons sur Rue», no 2).
CHOKO, Marc H. Les grandes places publiques de Montréal. Montréal, Méridien, 1990. 215 pages.
WYCZYNSKI, Paul. Nelligan. Biographie (1879-1941). Montréal, Fidès, 1987.
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Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal