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47. La présence amérindienne à Montréal

Des milliers d'années avant l'arrivée du premier Européen sur l'île, de nombreux Amérindiens la fréquentent déjà. Ils y sont toujours demeurés après l'arrivée de nouveaux colons. Les Amérindiens évoluent dans la ville coloniale française, puis dans la ville anglaise. Dans la grande région métropolitaine de Montréal, encore aujourd'hui, les Premières Nations sont bien présentes. Mais il faut beaucoup d'attention pour y déceler les traces de leur histoire.

Il y a 4000 ans
L'arrivée des Amérindiens en sol nord-américain remonte à plusieurs milliers d'années. Il y a douze mille ans, peut-être même plus, des gens venus d'Asie, les Paléoindiens, arrivent en Amérique. À Montréal, la trace d'occupation la plus ancienne remonte à quatre mille ans dans les environs du Vieux-Montréal, un endroit stratégique. Point de jonction entre le fleuve Saint-Laurent et la petite rivière Saint-Pierre, il est facilement accessible par voie navigable et il ouvre l'accès à l'intérieur de l'île. La petite rivière Saint-Pierre permet, de plus, de se rendre au lac Saint-Louis sans se heurter aux rapides de Lachine.

Algonquin Un couple d'algonquins. Ville de Montréal. gestion des documents et archives.

Des fouilles sous la rue Saint-Éloi ont révélé que des Amérindiens nomades de la tradition Lamoka auraient fréquenté l'île il y a quatre mille ans, en laissant des pointes de flèche, des ossements d'animaux et des outils fabriqués avec la cornéenne, pierre du mont Royal.

Par la suite, on perd la trace de la présence amérindienne à Montréal entre l'an 400 avant Jésus-Christ et l'an 1000 de notre ère et c'est à ce époque qu'elle réapparaît. Les siècles suivants marquent une tendance à la sédentarisation. Pendant la saison chaude, les autochtones s'installent près des meilleurs sites de pêche. En hiver, ils continuent de se déplacer à cause de leurs activités de chasse.

Une soupe de maïs, un soir de l'an 1000
Entre les années 1000 et 1535 de notre ère, des autochtones sédentaires, appelés Iroquoiens du Saint-Laurent, adoptent l'île de Montréal. Le sous-sol de la place Royale en témoigne.On y a retrouvé, parmi de nombreux autres objets, des morceaux de vases fabriqués par les femmes iroquoiennes pour la cuisson de la soupe de maïs, un mets typiquement iroquoien. La place Royale est un lieu très fréquenté pendant toute cette période et de nombreuses activités quotidiennes y prennent place telles la pêche et l'accostage de canots. Le village iroquoien d'Hochelaga, que Jacques Cartier visite en 1535, se trouve cependant plus à l'intérieur de l'île.

Pour les périodes postérieures au 16e siècle, notre connaissance des Amérindiens dans la région de Montréal ne repose plus seulement sur le résultat de fouilles archéologiques. Les visiteurs européens décrivent souvent leurs rencontres avec des autochtones. Jacques Cartier, par exemple, raconte l'accueil joyeux des Iroquoiens à Hochelaga en 1535.

Pour le meilleur et pour le pire

Vers 1580, les Iroquoiens n'habitent plus la vallée du Saint-Laurent, sans qu'on sache exactement pourquoi. À cette époque, les Français prennent une place grandissante dans le commerce des fourrures et signent des alliances avec plusieurs groupes comme les Micmacs, les Algonquins et les Hurons. Lorsque les premiers colons français viennent s'établir à Montréal en 1642, accompagnés des fondateurs de Ville-Marie, Paul de Chomedey sieur de Maisonneuve et Jeanne Mance, le village d'Hochelaga n'existe plus. L'île continue toutefois d'être un lieu de campement pour plusieurs nations autochtones. L'effort de christianisation des peuples amérindiens lié à la fondation de Ville-Marie entraîne l'établissement de nombreuses missions sur l'île de Montréal et dans ses environs. La mission jésuite de Kahnawake, sur la rive sud de Montréal, remonte à cette époque. Une communauté mohawk y habite toujours.

Abenaki Un couple d'Abénakis. Ville de Montréal. gestion des documents et archives.

En marge du conflit franco-anglais, les besoins reliés aux échanges de produits et armes européens et de fourrures influencent les relations entre Français et autochtones. Les foires estivales de fourrures sont des moments forts : échanges, pourparlers diplomatiques et fêtes marquent le début du 17e siècle. Les rivalités commerciales viennent par contre envenimer les relations. À Lachine, en 1689, une armée iroquoise tue une partie des habitants et fait plusieurs prisonniers. À l'été 1701, le gouverneur Louis Hector de Callière invite à Montréal les représentants de trente-neuf nations amérindiennes pour négocier avec eux une entente appelée la Grande Paix. En août 1701, l'accord est signé grâce à l'entremise du chef huron Kondiaronk. Il garantit, entre autres, la neutralité des Cinq-Nations iroquoises en cas de conflit entre les Français et les Anglais, en plus d'éliminer la menace iroquoise sur Montréal. Cette entente sera respectée jusqu'à la fin du Régime français.

La Conquête , la paix, et quelques déboires

Après la Conquête , la Proclamation royale définit la nature que doivent avoir les relations anglo-amérindiennes. Elle garantit aux autochtones le droit de jouir en toute tranquillité des terres qu'ils n'auront pas cédées ou vendues au roi et préserve leurs droits sur leurs territoires de chasse. Dans la pratique, plusieurs terres réservées aux Premières nations sont cédées à des Blancs et le droit de pêche des autochtones est souvent violé. Les premières réserves modernes apparaissent en 1851, alors que le Parlement du Canada-Uni adopte « l'Acte pour mettre à part certaines étendues de terre pour l'usage de certaines tribus de sauvages dans le Bas-Canada ». Tout en les dédommageant, cette loi vise aussi à favoriser leur sédentarisation et le développement d'une activité agricole. Ces réserves sont souvent situées sur des territoires ancestraux et les autochtones s'y installent pour freiner l'occupation de leurs terres. Les bonnes intentions ne sont pas garantes des résultats, comme l'histoire le démontrera.

mission Mission du Sault-Saint-Louis. Bibliothèque nationale de France.

Présence autochtone d'aujourd'hui
Aujourd'hui encore, les Premières Nations sont présentes sur l'île et autour de celle-ci. Selon le recensement de 2001, 11 085 personnes s'identifiant comme autochtone habitent la région montréalaise, sur un total de 79 400 personnes dans la province de Québec. On remarque cette présence de plusieurs manières. D'abord la réserve de Kahnawake, sur la rive sud de Montréal, où une grande communauté mohawk habite toujours. Des fêtes telles le Pow-wow de juillet attirent des centaines de visiteurs. Des organismes amérindiens, comme le Centre d'amitié autochtone, veillent à l'intégration et au bien-être des autochtones dans la métropole même. Montréal accueille aussi des évènements autochtones comme le festival « Présences autochtones », qui célèbre la culture amérindienne. Plusieurs institutions muséales et culturelles soulignent aussi l'importance de l'histoire des Premières Nations à Montréal.

Le saviez-vous?

Ruelle Saint-Éloi

Les fouilles archéologiques réalisées depuis plusieurs années dans le Vieux-Montréal nous ont révélé la richesse du site. Les archéologues n'ont souvent que très peu de temps pour faire leur travail. La plupart de ces fouilles qu'on qualifie de sauvetage sont généralement une course contre la montre pour connaître le potentiel du site avant le début des travaux de voirie ou de construction.

Le métier d'archéologue en milieu urbain n'est pas de tout repos. Ceux-ci font des pieds et des mains pour fouiller et explorer les sols à la recherche d'artéfacts. En 2000, des travaux d'installation effectués sur la ruelle Saint-Éloi par la Commission des services électriques ont mis à jour un site minuscule d'une superficie de 2,5 mètres carré très riche en informations. Une fouille de sauvetage d'une semaine a permis de trouver 443 artéfacts dont un épilateur en os, un racloir de quartzite et une mandibule d'ours. Toutefois, la découverte la plus importante est celle de deux foyers. Des échantillons de charbons de l'un d'eux ont été soumis au Carbone 14 et révélé que ce site datait de la période archaïque post-laurentienne, c'est-à-dire 4 000 ans. Ce qui en fait le site le plus ancien sur l'île de Montréal. Comme quoi le hasard peut faire bien les choses.

Hochelaga

Bien avant d'être le nom d'un quartier et d'une rue, Hochelaga a d'abord désigné un village sur l'île de Montréal. On ne connaît pas la signification exacte de ce terme. Certains croient qu'Hochelaga signifie « gros rapides », peut être à cause de la proximité des rapides de Lachine. Lors de son voyage en 1535, l 'explorateur français Jacques Cartier visite ce village iroquoien d'environ 2500 habitants. Il note quelques observations qui nous permettent de mieux connaître le village et ses habitants.

Saint Éloi Fouilles archéologiques sous la ruelle Saint-Éloi, 2000

Où était situé Hochelaga? Comme pour la disparition des Iroquoiens, plusieurs hypothèses existent. Les chercheurs proposent deux hypothèses : le cimetière protestant de Côte-des-Neiges, ce qui supposerait l'arrivée de Cartier par la rivière des Prairies, au nord de Montréal, où bien un site à proximité de l'université McGill, qui supposerait l'arrivée par le Saint-Laurent.

Chose certaine, en mai 1535, Jacques Cartier et ses hommes arrivent dans ce village blotti au creux de la montagne. Les voyageurs français sont reçus cérémonieusement, une fête est donnée en leur honneur. Après la réception, les hôtes les guident sur la montagne, que l'explorateur français nomme mont Royal. N'effectuant qu'un court voyage à Hochelaga, il repart dès le lendemain à la recherche d'une route vers les trésors d'Asie.

Cartier a tout de même le temps d'observer certains aspects de cette société. Il observe d'abord les palissades, qui servent à protéger les habitants d'Hochelaga en cas de guerre ou encore contre l'intrusion de petits animaux à l'intérieur du village. Des plateformes complètent cette structure, pour permettre à des archers, de défendre le village. À l'extérieur des palissades, se trouvent les champs où les Iroquoiens cultivent maïs, haricots, courges et citrouilles, la base de leur alimentation. À cela s'ajoutent poissons et viandes d'animaux comme le castor, l'ours et le chevreuil. Les Iroquoiens préparent aussi le pain de maïs et une soupe à base de maïs et de poissons appelée la sagamité.

À l'intérieur des palissades, Cartier remarque les maisons longues qui abritent de trente à cinquante personnes d'un même clan. Lorsqu'une femme se marie, il revient à son mari d'emménager dans la maison longue de sa compagne. Cest en effet à travers la lignée maternelle que l'affiliation clanique se transmet.

Dans les années qui suivent la venue de Jacques Cartier, des changements se produisent dans la vallée du Saint-Laurent. Lorsque Champlain vient dans la région en 1603, il n'y trouve aucune trace d'Hochelaga. Des guerres intertribales, des conditions climatiques défavorables ou les maladies européennes sont les principaux facteurs qui peuvent expliquer la disparition des Iroquoiens du Saint-Laurent et du village d'Hochelaga.

Lire et voir Montréal

Livres

BEAULIEU, Alain, VIAU, Roland. La Grande Paix , chronique d'une saga diplomatique. Beauceville, Libre Expression, 2001. 127 p.

CLERMONT, Norman, CHAPDELAINE, Claude. « L'Univers culturel des Iroquoiens », Recherches amérindiennes du Québec, 1986.

MORIN, Michel. L'Usurpation de la souveraineté autochtone, le cas des peuples de la Nouvelle-France et des colonies anglaises de l'Amérique du Nord. Cap Saint-Ignace, Boréal, 1998. 320 p.

POTHIER, Louise, TREMBLAY, Roland. « Un havre préhistorique » dans L'histoire du Vieux-Montréal à travers son patrimoine, Québec, Les publications du Québec, 2004, p.7-25.

VAUGEOIS, Denis. La fin des alliances franco-indienne, enquête sur un sauf-conduit de 1760 devenu un traité en 1990. Louiseville, Boréal, Septentrion, 1995. 286 p.

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Recherche et rédaction par Annick Brabant et Éric Coupal
Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal

 
 
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