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22. Le port de Montréal

La vie portuaire

Arrivée d’immigrantsArrivée d'immigrants à Montréal, début du siècle. Collection privée.

Avant le milieu du 19e siècle, à l'époque où les navires représentaient pour les Montréalais le seul moyen de communication avec l'Europe, la ville était coupée du monde extérieur de la mi-décembre jusqu'au mois d'avril, emprisonnée dans un étau impénétrable de glace. L'arrivée du premier bateau de l'année signifiait un véritable retour à la vie pour Montréal.

Pour les Montréalais, l'ouverture de la saison de navigation, et plus particulièrement l'arrivée du premier navire, était un événement qui se transformait rapidement en une grande fête populaire. Les élégantes et leurs escortes, ainsi que les ouvriers qui le pouvaient, se rendaient sur les quais pour apercevoir l'arrivée du bateau, et bien sûr, voir le déchargement de sa précieuse cargaison. Ce navire apportait les produits nécessaires à la colonie, et bien souvent des biens de luxe venus d'Europe qui commençaient à se faire rares à la fin de l'hiver. Les cales étaient pleines d'épices, de vins et d'autres denrées alimentaires. Mais les élégantes venaient aussi pour voir autre chose... C'étaient les dernières créations de la mode de Paris et de Londres qui les intéressaient. De plus le bateau transportait la correspondance qui s'était accumulée durant les longs mois d'hiver.

PortVue du port, c.1902. Collection privée.

Les capitaines des navires à destination de Montréal poussaient donc à fond leurs navires et leurs équipages pour avoir l'honneur d'être le premier de l'année à accoster à Montréal. Les commissaires du port avaient eux-aussi tout intérêt à ce que la saison de navigation débute le plus tôt possible. Ils décidèrent donc d'offrir un présent au capitaine du premier navire de la saison. Ainsi naquit la tradition de la «Canne à pommeau d'or».

Nous ne connaissons pas exactement la date de la première remise de ce prix, mais elle remonte vraisemblablement aux alentours de 1840. Jusqu'aux environs de 1880, le prix offert était un chapeau haut de forme. Puis on commença à décerner une canne à pommeau d'or aux capitaines des bâtiments qui avaient bravé le plus hâtivement les glaces du fleuve. Ce n'est toutefois qu'en 1920 qu'un navire canadien, le Canadian Aviator de la marine marchande du gouvernement du Canada, eu l'honneur d'obtenir la récompense tant convoitée. Tous les navires récipiendaires jusque là étaient d'origine britannique (à l'exception d'un navire allemand et d'un navire italien). La tradition de la Canne à pommeau d'or allait toutefois connaître un changement important en 1964.

Depuis 1964 le port de Montréal est ouvert à l'année grâce au travail des brise-glace de la Garde côtière canadienne. Ainsi la compétition pour l'obtention de la «canne-trophée» s'effectue désormais dans les premières heures de l'année, le 1er janvier. Cette ouverture du port à l'année est bien sûr bénéfique pour l'économie de la métropole québécoise. Elle permet aussi aux débardeurs, qui étaient alors des travailleurs saisonniers, de travailler toute l'année.

Ces travailleurs qui était jadis de costauds gaillards, effectuent de plus en plus un travail automatisé. Ils ne ressemblent plus guère à leurs ancêtres qui hantaient la taverne de Joe Beef au siècle dernier. Mais ils rêvent probablement encore aujourd'hui aux horizons lointains d'où proviennent ces navires...

Saviez-vous que...

HorlogeTour de l'horloge. Photo prise par Brigitte Bougie dans le cadre du concours Montréal à l'oeil. Centre d'histoire de Montréal.

Une horloge... à deux fonctions

Au bout de la jetée Victoria, une tour domine l'entrée du Vieux-port. C'est la tour de l'horloge. Elle a été construite en 1922 pour commémorer la disparition des marins canadiens au cours de la 1ère guerre Mondiale. La tour servait bien sûr à donner l'heure aux marins, mais avait aussi une fonction d'écran visuel. Elle cachait les installations de la jetée Victoria, jugées peu esthétiques par les commissaires ! Voilà bien une horloge... à deux fonctions.

La cité du Havre, un brise-glace

Le mois d'avril évoque pour tous les Montréalais le retour du printemps. Mais jusqu'à la fin du siècle dernier, ce mois était aussi synonyme d'inondations. Car la débâcle des glaces du fleuve entraînait presque automatiquement la crue des eaux du fleuve Saint-Laurent. Le Vieux-Montréal se trouvait donc régulièrement inondé. Les commissaires du Havre avaient bien tenté de remédier à la situation en construisant un mur le long de la rue de la Commune en 1841. Mais les inondations continuaient de se succéder annuellement.

HorlogeEmbâcle dans le port de Montréal, date inconnue. Collection privée.

L'inondation de 1886, qui recouvrit de plus de 4 pieds d'eau presque tout le Vieux-Montréal au sud de la rue Notre-Dame, allait forcer la construction d'un ouvrage protégeant Montréal des glaces et des inondations. Une jetée allait donc être construite entre 1891 et 1898. S'élançant de la pointe des Moulins, à l'entrée du pont Victoria, la jetée s'avançait jusqu'à l'extrémité est de l'actuel Habitat '67. Connue d'abord sous le nom de quai de Garde, cette jetée brise-glace prit ensuite le nom de jetée McKay. Depuis 1967 elle s'appelle la cité du Havre.

HavreVue aérienne de la Cité du Havre. Collection Rosario Therrien. Centre d'histoire de Montréal.

Après la construction de cette jetée les inondations ne menacèrent plus Montréal et le Vieux-port. Aujourd'hui on oublie l'utilité de cette grande jetée qui protège Montréal des inondations printanières.

Lire Montréal

La canne à pommeau d'or . Montréal, Port de Montréal, 1988.

COLLARD, Edgar A. Montreal Yesterdays. Toronto, Longmans Ltd, 1962.


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Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal

 
 
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