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25. Identité d'une métropole unique

La Place Ville-Marie en construction Montréal lors de la construction de la Place Ville-Marie et de la tour de la CIBC, 1960-62. Centre d'histoire de Montréal.

Pour certains, tels des historiens ou des archéologues, le patrimoine est une trace précieuse d'un lointain passé qu'on trouve en fouillant les archives ou le sol. Pour d'autres, c'est l'environnement – le paysage – dans lequel nous vivons et qui porte les signatures des cultures qui se succèdent. Le patrimoine de Montréal tient des deux, mais d'abord du lieu de vie où s'enrichit à chaque génération, ce savoir-faire et cette mémoire qui rendent la ville à la fois belle et humaine. Cet héritage de bâtiments, de rues ou de lieux symboliques, nous informe sur les racines de la réalité quotidienne du Montréal d'aujourd'hui pour mieux tirer les leçons du passé.

Bien sûr, tout n'est pas d'égale valeur. L'âge, la qualité architecturale ou historique, l'intérêt scientifique, le statut légal ou la gloire d'un édifice ou d'un lieu nous aident à comprendre son importance et à mieux nous en occuper mais ne nous disent pas tout. Pour notre génération et les suivantes, bien des constructions modestes méritent qu'on les apprécie et les mette en valeur, ce qui ne signifie pas nécessairement les restaurer ou les figer dans le temps, mais à tout le moins, ne pas les détruire ni les déprécier.

Escalier Escaliers de Montréal. Centre d'histoire de Montréal.

En 1990, dans un atelier d'Héritage Montréal, on proposa une belle définition du patrimoine montréalais : tout ce que nous ne pourrions pas perdre sans sentir que nous perdons un peu de ce que Montréal est véritablement. Cette définition nous rappelle que l'identité montréalaise vient notamment du paysage urbain et des bâtiments. Imaginons Montréal sans Maison Saint-Gabriel, sans ses grandes églises, sans le quartier McGill ni Vieux-Montréal, sans rangées de triplex, sans corniches victoriennes ni vitraux Art Déco, sans arbres, sans rue Saint-Laurent ni parc du Mont-Royal, sans Place Ville-Marie, sans ville souterraine ou sans Biosphère. Serait-ce encore Montréal ?

Montréal-quartiers est née de la géographie de l'île, du cadastre des Sulpiciens, des fermes et des villages. Elle s'exprime aujourd'hui par les rues commerciales, les lieux symboliques et surtout les habitations. Combinant les traditions québécoises et britanniques pour loger une population elle-même fort diversifiée, l'architecture résidentielle montréalaise est modeste mais unique par son histoire, ses formes ou...ses escaliers.

D'autre part, Montréal-métropole fonda de grandes entreprises religieuses, financières ou scientifiques qui, par fierté et nécessité, édifièrent avec les matériaux d'ici et d'ailleurs, de grandes architectures et des archives de savoir exceptionnelles. Elle généra un patrimoine industriel et technologique remarquable dont témoignent le Canal Lachine, le quartier Maisonneuve, les ponts, les chemins de fer ou les grands sites du Vieux-Montréal. La métropole réalisa les vastes cimetières et le parc du Mont-Royal. Elle se constitua un patrimoine municipal exceptionnel d'oeuvres majeures d'architectes et d'artistes, d'archives, de casernes de pompiers, de viaducs ou encore de parcs.

Par son envergure, qui va bien au-delà de la formidable collection de patrimoine monumental que recèle le territoire montréalais, le patrimoine architectural, historique, artistique, archivistique, urbain, vert, gris, rouge ou tricolore donne à Montréal son identité unique qui, elle aussi, mérite d'être comprise, appréciée et préservée de la banalisation à laquelle elle est constamment exposée.

La semaine du patrimoine montréalais qui a lieu à chaque automne permet de mettre en valeur les plus belles réalisations de restaurations domiciliaire et commerciale. Des visites, des conférences et de l'animation complètent le programme d'activités.

Saviez-vous que...

Lucarnes Maison typique de Montréal avec des lucarnes. Centre d'histoire de Montréal.

Au nom du progrès

Environnement bâti, cadre de vie, ces concepts décrivent bien le patrimoine de Montréal mais demeurent abstraits. Faisons un petit exercice statistique sur les bâtiments.

En gros, Montréal compterait quelques 450 000 bâtiments dont peut-être 4 500 jouissent d'une certaine reconnaissance et protection de leur valeur patrimoniale par les gouvernements et la ville. Un pour cent! Est-ce bien le reflet de l'identité de Montréal ? Est-ce vraiment un frein au progrès ? Rappelons que certains experts estiment qu'on a démoli 30 000 logements montréalais dans les années 1960 et 1970 au nom du progrès...

Lever les yeux sur la ville

Université de Montréal Le mont Royal, l'Université de Montréal et une partie du cimetière Côte-des-Neiges. Ville de Montréal.

Peut-on trouver un lieu qui symboliserait tout Montréal? Non, il y a trop d'endroits sur ce vaste territoire qu'il faut parcourir et explorer, ne serait-ce que pour saisir la topographie et les détails distinctifs des quartiers-vitraux de Rosemont, décors victoriens du Plateau, galeries de Pointe-aux-Trembles ou de Notre-Dame-de-Grâce, maisons en bois de Saint-Henri, ornements en pierre grise, commerces et banques aux décors intérieurs d'époque.

De l'incontournable mont Royal, on observe le relief naturel, la texture et les points saillants du bâti de l'île mais aussi, dans les trois grands cimetières, le tissu social en lisant les noms qui ont fait Montréal. Le Vieux-Port, les îles, les ponts ou les fenêtres des grands bâtiments sont autant d'observatoires du paysage patrimonial mais il ne faut pas se contenter de rester distant.

Au nord de l'île, les anciens villages méritent d'être mieux connus. Au Sault-au-Récollet, par exemple, une présence européenne remontant au Régime français, la plus ancienne église de l'île (1755) dont le décor intérieur est saisissant, les maisons victoriennes et les grands jardins constitue un lieu remarquable, pittoresque et qui évoque aussi une histoire industrieuse dont témoigne la digue des Sulpiciens (1726), aujourd'hui un site archéologique en voie de mise en valeur.

Porte cochère Porte cochère. Centre d'histoire de Montréal.

Au sud-ouest, le long de la cycloroute du Canal de Lachine, pionnières de Ville-Marie et personnages de Bonheur d'occasion se côtoient. À quelques rues de la Maison Saint-Gabriel (1698), la petite rue Sébastopol s'ouvre sur le panorama du centre-ville et rappelle modestement par ses logements, les débuts et les conditions de l'industrialisation de Montréal.

Il y a bien des lieux étonnants, à l'extérieur et à l'intérieur, à Montréal mais leur qualité n'est pas toujours évidente. Au fil de ses activités quotidiennes, il s'agit de rester curieux et à l'affût du détail ou du grand élément qui permettent de comprendre. Il ne suffit souvent que de lever un peu les yeux du trottoir et du rez-de-chaussée...

Lire Montréal

MARSAN, Jean-Claude. Montréal en évolution. Historique du développement de l'architecture et de l'environnement urbain montréalais. 3e édition. Laval, Éditions du Méridien, 1994.

ROBERT, Jean-Claude. Atlas historique de Montréal. Montréal, Art Global/Libre Expression, 1994.

BENOÎT, Michèle et Roger GRATTON. Pignon sur rue. Les quartiers de Montréal. Montréal, Guérin, 1991. 393 pages.


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Le Centre d'histoire de Montréal remercie Héritage Montréal pour la rédaction de ce numéro du Montréal Clic.

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