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24. Le musée du château Ramezay au siècle du progrès

Le 18e siècle, appelé siècle des Lumières, voulait éduquer. Au 19e siècle, cette volonté s'abreuve des rapides progrès techniques et de l'ouverture du champs des connaissances. Présent à travers le monde, cet esprit inspire la société québécoise. C'est à cette époque que le gouvernement organise l'instruction publique alors qu'apparaît la presse à grand tirage. En fait, divers moyens sont utilisés pour diffuser un savoir en expansion et, notamment, l'élite montréalaise forme de nombreuses sociétés savantes au sein desquelles de petits musées sont mis sur pied, puis ouverts au public. C'est ainsi que le musée du château Ramezay voit le jour, il y a de cela un siècle.

ChâteauLe château Ramezay au début du siècle. Collection privée.

En 1862, deux groupes de numismates montréalais étudiant la monnaie et les médailles s'unissent. Cette fusion regroupe alors une vingtaine de représentants de la bonne société montréalaise. Très tôt, avec l'adhésion de nouveaux membres, leur société s'intéresse à l'étude de l'histoire canadienne et prend le nom de Société d'Archéologie et de Numismatique de Montréal. Ses membres font des lectures d'ouvrages et entretiennent une correspondance avec 125 académies scientifiques réparties dans 20 pays. À partir de 1872, ils publient le Canadian Antiquarian and Numismatic Journal qui traite de monnaie et de l'histoire du jeune pays.

Une décennie plus tard, la Société organise une exposition de portraits historiques des bâtisseurs du pays, oeuvrant ainsi à la construction d'un patriotisme canadien. Cette volonté de promouvoir et de consolider un sentiment national canadien chez les deux groupes fondateurs était manifeste dans les propos et les activités de la Société. Entre 1890 et 1895, elle installe plus de 50 plaques commémoratives aux endroits d'importance historique de Montréal.

Si la Société est plongée dans le passé, elle est aussi bien plantée dans le présent et jette vers l'avenir un regard plein d'optimisme. Ainsi, pour le 250e anniversaire de Montréal, la Société souhaite organiser une exposition internationale qui ferait rayonner la métropole du jeune Dominion en présentant à la face du monde les énormes progrès matériels qu'on y avait effectués depuis un passé récent. Apparaît alors chez les membres de la Société l'intention d'ouvrir un musée permanent où ils pourraient exposer leur collection et constituer une bibliothèque afin d'éduquer la jeunesse. Les membres s'intéressent aussi à la sauvegarde du patrimoine architectural de Montréal. En 1893, le gouvernement provincial décide de vendre aux enchères le château Ramezay. Ce précieux témoin du passé de ce pays est alors menacé par un projet de démolition. La Société s'élève contre la disparition de ce bâtiment et voit en lui un endroit idéal pour créer son musée et la Galerie nationale de portraits historiques.

La Société et ses membres les plus influents entreprennent des démarches auprès de la Ville de Montréal afin qu'elle acquiert le bâtiment. Celle-ci finit par leur louer. La Société emménage dans le château le 1er mai 1895. Enfin, le soir du 9 avril 1896, la Galerie nationale et le musée d'histoire canadienne sont inaugurés au château Ramezay devant le Tout-Montréal victorien. Ce musée d'histoire était de son époque et regardait le passé avec les intérêts d'alors.

Saviez-vous que...

«Q1» ou l'ère de la plaque

DépliantDépliant du Château Ramezay, date inconnue. Centre d'histoire de Montréal

Ucal-Henri Dandurand était passionné par la mécanique et notamment par cette nouvelle machine qu'était l'automobile. Au début du siècle, il achetait une Dion-Bouton 1898. Premier Montréalais à rouler sur un de ces engins, il était aussi le premier Québécois à en faire immatriculer un. Pour un dollar, il fit peindre «Q1» à l'arrière de sa voiture. Contemporain de l'ouverture du musée, Dandurand franchit peut-être les arches du château Ramezay au volant (ou plutôt aux manettes) de sa Dion-Bouton. Celle-ci y prend en ce moment un repos bien mérité.

Quand un château prend part à l'histoire

Tour à tour résidence de gouverneur, quartier général de l'armée d'invasion des rebelles américains, cour de justice, école normale, faculté d'université et musée, le château Ramezay résume l'histoire politique et culturelle du Québec. Les plus vieilles pierres de ce bâtiment ont été assemblées il y a près de trois siècles.

Claude de Ramezay devient gouverneur de Montréal en 1704 et, dès l'année suivante, il se fait construire, par le maçon Pierre Couturier, un manoir en pierres de 18 par 11 mètres qui possédait deux étages, un grenier et des caves. Vendue à la Compagnie des Indes occidentales par ses descendants, sa résidence fut entièrement restaurée et agrandie par ces nouveaux propriétaires. La compagnie des Indes, d'après des plans de Paul Tessier, fait porter la surface de l'édifice à 30 par 15 mètres en plus d'y faire construire des caves voûtées afin d'y installer des entrepôts. C'est sensiblement cette allure que le château Ramezay présente aujourd'hui.

Les murs, épais de plus d'un mètre à certains endroits, sont recouverts d'un crépi à base de chaux. Sur la façade, on distingue une rangée d'esses en fer fixés dans les solives des planchers de l'étage. Les lucarnes à la française, comme les portes et les dessus de foyers sont encadrées de pierres dressées. L'absence de couloirs, une caractéristique de l'architecture domestique du régime français, explique la division de l'intérieur en une série de pièces à l'avant et à l'arrière. Notons aussi les doubles cheminées qui donnent une allure particulière à ce bâtiment.

Premier édifice classé monument historique par le gouvernement du Québec en 1929, le château fut entièrement rénové au milieu des années 70. À cette occasion, les magnifiques lambris d'acajou Louis XV, attribués au décorateur français Germain Boffard (1667-1754), furent installés dans la salle de Nantes.

Saviez-vous que la tourelle qui donne au château cette si fière allure ne date que de 1903 ? Témoin précieux de notre héritage, le château Ramezay attend votre visite.

Lire Montréal

LINTEAU, Paul-André et al.Histoire du Québec contemporain. Tome 1: De la Confédération à la crise (1867-1929). Montréal, Boréal, 1989. 738 pages.

ROY, Fernande. Histoire des idéologies au Québec aux 19e et 20e siècles. Montréal, Boréal, 1993.


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Le Centre d'histoire de Montréal remercie le musée du château Ramezay pour la rédaction de ce numéro du Montréal Clic

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