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5. Au feu! Au feu!

Incendies

PompiersUn camion à échelle devant la façade de la caserne d'Youville, le 20 décembre 1931. Archives Émilien Sénécal, Centre d'histoire de Montréal.

Depuis toujours, le feu nous fascine par ses propriétés bienfaisantes et par son pouvoir destructeur. Du début de la colonie jusqu'au siècle dernier, il représente toutefois pour les Montréalais le plus dangereux et le plus cruel des ennemis. Au cours de ses 200 premières années d'existence, Montréal est en effet le théâtre de plusieurs sinistres majeurs qui détruisent des secteurs complets de la Ville.

Faute de ressources efficaces et d'un approvisionnement en eau adéquat, les citoyens de Ville-Marie ne peuvent guère compter que sur leur courage pour combattre l'élément destructeur. Les incendies sont alors l'affaire de tous : les citoyens se doivent, sous peine d'amende, de participer au combat du feu et se joindre aux militaires stationnés dans la Ville qui prennent en charge les opérations lors d'un sinistre majeur. Construite en 1672, l'ancienne église Notre-Dame sert de point de ralliement et constitue véritablement la première caserne de pompiers de Montréal. Alertés au son du tocsin, les volontaires doivent en toute hâte se diriger vers l'église afin de se procurer les seaux, pioches, pelles, haches et sacs de sable qui y sont entreposés. Ils acheminent par la suite des seaux d'eau de main en main à partir des points d'eau environnants jusqu'au site de l'incendie, ou encore ils achètent cette eau à des porteurs itinérants.

Au 19 e siècle, après des tentatives répétées de constituer des brigades efficaces de pompiers volontaires, ce n'est qu'en 1863, avec la création du service municipal de lutte contre les incendies, que les Montréalais seront enfin mieux protégés des ravages du feu. Dirigé par le Chef Alexander Bertram, la Montreal Fire Brigade bénéficie du progrès technologique nécessaire aux besoins d'une métropole. Désormais, grâce à l'invention du télégraphe et aux améliorations apportées à l'aqueduc, l'alerte est transmise depuis les boîtes d'alarme jusqu'au quartier général et un réseau de bornes-fontaines sillonne les rues de la municipalité.

Saviez-vous que...

Du tocsin à l'ordinateur

Borne d’appelBoîte d'appel d'incendie. Centre d'histoire de Montréal

La rapidité et la précision de la transmission de l'alarme sont d'une importance capitale pour éviter les catastrophes majeures. À une époque où le téléphone n'existe pas, l'arrivée des boîtes d'alarme constitue une révolution par rapport au tocsin. Tandis que ce dernier, sonné au moyen des cloches des églises, ne peut que signaler l'existence d'un incendie, le système des boîtes d'alarme numérotées permet de connaître avec plus de précision l'emplacement du sinistre. L'alerte est ainsi transmise depuis la boîte jusqu'au central d'alarme qui, à son tour, retransmet l'alerte aux casernes du secteur de l'incendie. Au fil des ans, après le premier central d'alarme situé au marché Bonsecours puis sur la rue Berthelet, l'augmentation de la population et de l'étendue du territoire montréalais exigent la construction en 1933 du nouveau central d'alarme de l'avenue du Parc.

Le progrès technologique conduit à l'abandon des boîtes d'alarmes qui sont retirées des rues de Montréal en 1979 pour faire place au service d'urgence 911. Ce système informatisé présente plusieurs avantages : il permet d'éviter les fausses alarmes et dès la réception de l'appel, il précise le lieu du sinistre et le type de bâtiment impliqué, permettant d'y dépêcher le nombre approprié d'unités d'intervention.

L'architecture du feu

Grand incendie de 1877«Grand incendie du 29 avril. Vue des ruines indiquant le mur dont l'écroulement causa la mort de onze personnes et en blessa dix autres», L'Opinion publique, 10 mai 1877.

À travers le temps, la nécessité de minimiser la propagation du feu contribue à façonner progressivement le visage de Montréal. Déjà, sous le Régime français, des règlements et des ordonnances pour éviter les conflagrations influent sur l'architecture domestique jusqu'au début du 19 e siècle. Depuis, les exigences accrues du code du bâtiment quant aux techniques de construction et à la nature des matériaux continuent à transformer notre environnement.

Chaque sinistre important que connaît l'histoire de Montréal a des conséquences directes sur la sécurité des citoyens. Ainsi, la tragédie du Laurier Palace en 1927, où périssent 78 enfants, et l'incendie du Café Blue Bird en 1972 imposent l'implantation d'une réglementation plus stricte de la sécurité des bâtiments publics.

PompiersPompiers en action. Ville de Montréal, Studio multimédia, photographie de Gérald Brosseau

L'incendie de la Plaza Alexis-Nihon en 1986, l'un des plus importants sinistres du 20e siècle à Montréal puisqu'il mobilise toutes les équipes de pompiers, met en relief la nécessité de mesures de sécurité adéquates pour les bâtiments en hauteur.

Par ailleurs, avec la création du service municipal de lutte contre les incendies, Montréal se voit enrichie depuis plus de cent ans par de magnifiques casernes de pompiers qui témoignent de l'évolution des grands courants architecturaux. Véritables joyaux de notre patrimoine, elles font l'objet d'un souci de conservation par la municipalité.

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