Ces gens qui ont creusé le canal
Les Irlandais qui affluent au Canada dans la décennie 1840 sont pour la plupart des paysans sans le sou, chassés de leur pays par la maladie qui frappe la pomme de terre et par la politique de concentration foncière que mènent leurs propriétaires britanniques. Sans capital ni qualification, ils ne peuvent prétendre qu'à des emplois de manoeuvres pour lesquels ils sont réputés «durs à l'ouvrage»; en Amérique du Nord, aucun canal ou chemin de fer ne se bâtit sans eux. Pourtant, le 24 janvier 1843, les 1 300 ouvriers irlandais qui travaillent à l'élargissement du canal de Lachine décident unanimement de débrayer. Quelles peuvent bien être les raisons qui les amènent à se lancer dans ce que l'on considère comme l'une des premières grèves de l'histoire du Canada?
Il faut d'abord se représenter le gigantisme du chantier du canal: 1 300 travailleurs, c'est à l'époque 2,5% de la population de la ville entière. Pourrions-nous imaginer aujourd'hui un projet de construction qui emploierait 25 000 personnes et qui se déroulerait sans anicroche ni conflit de travail?
De plus, c'est la première fois où l'on procède à ce type de travaux durant la mauvaise saison, car on ne veut surtout pas nuire aux opérations du canal durant l'été. On travaille donc l'hiver, et comme on ne dispose pour tout explosif que de poudre noire dont l'usage se révèle pour le moins périlleux, l'essentiel du creusage se fait au pic et à la pelle alors que la terre est gelée en profondeur...
En retour de ses 12 heures de dur labeur quotidien, le manoeuvre irlandais s'attend à recevoir un salaire de trois shillings et demi. Mais voilà que l'entrepreneur, Henry Mason, décide de n'offrir que deux shillings qu'il versera, par surcroît, non pas en argent comptant, mais plutôt sous la forme de bons ou de notes de crédit échangeables au magasin d'alimentation qu'il met obligeamment à la disposition de ses employés!
Déjà assujettis à des conditions de logement lamentables - les ouvriers et leurs familles s'entassent à dix ou à douze dans des "shanties" ou baraques de bois faisant moins de 15 m 2 - les travailleurs irlandais se révoltent et amorcent un long conflit. Ils n'y gagneront finalement pas grand chose, si ce n'est l'abolition du système des notes de crédit que toutes les bonnes âmes de l'époque s'accordent à qualifier d'exploitation éhontée.
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Le Centre d'histoire de Montréal remercie le Service canadien des Parcs, Canal de Lachine pour la rédaction de ce numéro du Montréal Clic.
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