Kondiaronk, dit Le Rat
La Grande Paix de Montréal de 1701 doit beaucoup au chef huron Kondiaronk.
Grâce à ses qualités d'esprit, son éloquence et son talent d'orateur, les
Français ont pu rallier les nations alliées à une paix générale. Qui est donc ce
grand chef mieux connu des Français sous le nom de « Le Rat » (de son
emblème totémique, le rat musqué) ?
Pour briser l'isolement
C'est dans une Huronie en déclin que naît
Kondiaronk ( environ 1649-1701). La dispersion des nations huronnes mène les
Tionontatés (Pétuns), nation de Kondiaronk, à s'installer à Michillimakinac,
territoire situé entre les lacs Huron et Michigan et habités par plusieurs
tribus algonquines . La population de la Huronie estimée à 30 000 personnes vers
1600 fond dramatiquement lorsqu'on en dénombre que 500 vers 1678 à
Michillimakinac. Malgré tout, les Hurons demeurent une figure emblématique aux
yeux de plusieurs nations. Cette position de force des Hurons sera avantageuse
pour Kondiaronk dans ses relations diplomatiques avec les Français. Toutefois,
la cohabitation hurons-algonquins n'est pas aisée en raison des linguistiques et
culturelles. Mais un péril commun favorise la bonne entente : la crainte d'être
anéanties par les Iroquois.
Pour Kondiaronk, l'alliance avec les Français était essentielle. Il est sans
équivoque dans un discours prononcé à la conférence de Montréal en 1682 :
« Saretsi [Kondiaronk] ton fils, Onontio (gouverneur français), se disoit
autrefois ton frere, mais il a cessé de l'estre, car il est maintenant ton fils,
et tu l'as engendré par la protection qui tu luy a donnée contre ses ennemis
(…) » 1 Fin stratège, Le Rat savait qu'une paix entre les Français et les
Iroquois laisseraient ces derniers libres de s'attaquer à lui et aux tribus de
l'Ouest. Il devenait donc impératif pour lui et son peuple d'entretenir cette
rivalité. Il n'hésite donc pas à soutenir diverses intrigues guerrières pendant
près de dix ans. Il réussit à briser l'isolement de son peuple et en assurer,
par le fait même, la survie.
Vers la Grande Paix
 Détail de traité de la Grande Paix de Montréal de
1701. Source : Archives nationales de France. Centre des archives
d'outre-mer. |
C'est autour de 1695 que s'ouvre lentement le chemin qui mènera à la Grande
Paix de 1701. À cette époque, Kondiaronk dirige une faction proche des Français
alors qu'un autre chef huron, Le Baron, est à la tête d'un groupe voulant faire
alliance avec les Anglais et les Iroquois. Pour favoriser cette alliance, Le
Baron souhaite offrir son appui aux Iroquois pour anéantir la nation
algonquienne des Miamis. Kondiaronk a vent de l'attaque et en avertit les
Miamis. C'est donc le plan inverse qui se produit lorsque Le Rat et les Miamis
s'attaquent aux Iroquois sur le lac Érié en 1697 dans une bataille à sens unique
à l'avantage des Hurons. Cette bataille scella la fin d'une alliance possible
entre Hurons et Iroquois et rétablissait la suprématie de Kondiaronk à la tête
des Hurons. Toujours en 1697, une trêve entre les Français et les Anglais amène
ces derniers à retirer l'appui matériel qu'ils offraient jusque là aux Iroquois.
Ceux-ci, dépourvus de l'appui anglais, fatigués et décimés par des longues
guerres, se trouvaient maintenant disposés à discuter d'une paix durable pour la
Nouvelle-France .
La première étape à cette paix globale était de convaincre les nations
amérindiennes de leurs intérêts dans cette négociation et, surtout, de les
convaincre de la bonne volonté de tous et chacun. Trop souvent dans les
dernières décennies, les alliances et les trêves ont été violées. Kondiaronk
assistera à toutes les délibérations entre les Français et les autres nations
amérindiennes favorables à la paix. Sa présence et ses qualités d'orateur
permettent aux défenseurs de la paix de s'allier un nombre grandissant de
nations. L'arrivée d'une flottille composée de 200 Iroquois sonna le début de la
conférence finale, le 21 juillet 1701 à Montréal. Le lendemain, les Outaouais,
les Potéouatamis, les Hurons, les Miamis, les Winnebagos et des dizaines
d'autres nations arrivèrent à bord de 200 canots contenant 700 hommes.
Rapidement la petit ville de Montréal qui abritait alors 1 200 habitants, vit
ses alentours occupés par les campements amérindiens. On comptait à un certain
moment autant de Français à l'intérieur des murs de la ville que d'autochtones à
l'extérieur !
Mais, le destin frappe : à quelques jours de la signature du traité
historique pour lequel il n'avait ménagé aucun effort, Kondiaronk apparaît
devant une assemblée fortement affaibli par la fièvre. Son discours de deux
heures fut à la hauteur de l'homme : éloquent et captivant pour tous ceux y
ayant assisté. Après son discours, la fièvre s'intensifia si bien que Le Rat fut
transporté à l'hôpital de la rue Saint-Paul où son état ne faisait que se
détériorer. Très tôt avant le lever du jour, le 2 août 1701, Kondiaronk, dit Le
Rat rend l'âme. Ses funérailles célébrées le lendemain seront grandioses ayant
dans son cortège : Français, Hurons et Iroquois, tous venus lui rendre hommage.
Son corps fut inhumé sous l'église Notre-Dame. Il ne reste plus de traces de la
tombe de Kondiaronk, mais on suppose qu'elle se trouve quelque part sous la
place d'Armes ou dans les environs.
1. HARVARD, Gilles.
Empire et
métissage, p. 216.
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Recherche et rédaction par Annick Brabant et Éric Coupal
Mention
obligatoire: Centre d'histoire de Montréal