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La reine des Jeux

Vingt ans après la tenue des Jeux olympiques de Montréal en 1976, il est tout à fait naturel que nos souvenirs se soient un peu effacés. Cependant, les performances de certains athlètes restent gravées dans notre mémoire collective. Pensons à l'haltérophile soviétique Vasili Alexeev, à l'Américain Bruce Jenner dans une épreuve spectaculaire de décathlon, au cubain Alberto Juantorena qui à peine remis d'une opération au pied remporta la finale des 400 et 800 mètres ou au canadien Michel Vaillancourt, médaillé d'argent aux compétitions équestres.

Plusieurs athlètes ont réalisé de superbes performances, mais s'il en est une qui a reçu la faveur du public, c'est bien Nadia Comaneci, cette jeune gymnaste de 15 ans, originaire d'un petit village de Roumanie.

Jamais par le passé, un jury olympique n'avait accordé une note parfaite de 10 dans l'une ou l'autre des disciplines en gymnastique. Pourtant, Nadia a quitté Montréal avec sept notes parfaites. Elle a remporté trois médailles d'or, une à la poutre, une aux barres asymétriques et une au concours individuel. Elle a également obtenu une médaille d'argent au classement par équipes et une de bronze aux exercices au sol. Même le cadran électronique, dit-on, n'était pas programmé pour la perfection et s'est arrêté à 9.95... Inconnue jusque-là, elle devient du jour au lendemain la vedette des Jeux de Montréal. Le public du Forum où se déroulent les compétitions de gymnastique est en délire. À l'extérieur, les «scalpers» font des affaires d'or, vendant 200 $ un billet qui en vaut 20 $.

Un journaliste écrit : «ce n'est plus une petite fille, c'est une machine. Elle marche sur la poutre, saute, fait des sauts périlleux et toujours elle retombe sur cette largeur de quatre pouces, sans même trembler. On dirait qu'elle saute sur un trottoir.»

Mais il y a souvent un autre côté à la médaille. À son retour en Roumanie, la reine des Jeux comme on l'appelait, devient un objet de promotion pour le système politique roumain. On l'éloigne de la compétition, pour la livrer à la presse. L'année suivante, la maladie, une dépression et une tentative de suicide marquent la vie de la jeune Nadia. Quelques années plus tard, elle fait un retour à la gymnastique, en tant qu'athlète puis en tant qu'entraîneur et juge.

En 1989, Nadia s'enfuit de Roumanie. Après un séjour dans la région de Montréal, elle part vivre aux États-Unis. Elle vient récemment d'épouser Bart Conner, un gymnaste américain, lui aussi médaillé d'or olympique.

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