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Alice Robitaille: la grande Alys

robi Au Gala des artistes de 1945, Alys Robi (à gauche) accompagnée de Camillien Houde.

Dans l'histoire québécoise du spectacle, une place particulière est réservée à Alys Robi. Née le 3 février 1923 d'une famille pauvre du quartier Saint-Sauveur à Québec, Alice Robitaille démontre dès son plus jeune âge un engouement et un talent certain pour le chant et le spectacle. Sous l'impulsion des rêves de son père, pompier et lutteur, la petite Alice amorce une carrière artistique en présentant ses tours de chant lors de galas de lutte et en participant aux concours d'amateurs Catelli. À six ans, elle est déjà un véritable phénomène dans la vieille capitale.

Mais la métropole du Québec exerce sur la petite Alice une véritable fascination. À 12 ans ce sera le départ inévitable en direction de Montréal. C'est à ce moment qu'Alice Robitaille devient Alys Robi, la vedette du «National» de la rue Sainte-Catherine, dirigé alors par Rose Ouellete ( la Poune ). Elle passe donc une partie de l'année au «National», où on donne souvent deux spectacles par jour. L'été, Alys participe aux tournées des communautés du Canada français, organisées par Jean Grimaldi. C'est au cours d'une de ces tournée qu'elle rencontre son premier amour: Olivier Guimond fils. Mais cet amour ne survivra pas à la gloire grandissante de la jeune Alys.

Car il faut comprendre que le Montréal des années 30 et 40 est le site d'une activité trépidante dans le monde du spectacle. La crise et la guerre ont créé un besoin pour le public de se réfugier dans le monde du rêve et du spectacle. Ceci n'est pas sans donner de nouveaux espoirs à Alys Robi. Ne pouvant se contenter d'être la star du «National» et des cabarets du boulevard Saint-Laurent, ce qui n'était pourtant pas déjà à la portée de tous, elle utilise la radio comme nouveau tremplin à sa carrière. C'est avec Gratien Gélinas, le Fridolin qui bat tous les records de salles au Monument National, qu'elle accumule de nouveaux succès. Leur émission de temps de guerre, qui s'intitule «Tambour battant», les amènent à faire la tournée des bases militaires. Alys est la darling des soldats canadiens. C'est ainsi qu'elle se rend en Ontario, où on la remarque. Aussitôt on lui offre des émissions à la CBC de Toronto. Débute alors une véritable carrière internationale pour Alys Robi. On la réclame à New York et même à la BBC de Londres. Ses déplacements sont tellement fréquents entre Montréal, New York et Toronto, qu'elle réquisitionne un avion de la BOAC pour son usage personnel. Dans le tourbillon de cette période trépidante, Alys apprivoise la musique latino-américaine. Elle décide d'ailleurs d'adopter cette nouvelle culture et pour parfaire son espagnol, elle passe toute l'année 1945 au Mexique. Le Québec connaît sa première star internationale!

Mais le poids de tout ce dévouement au monde du spectacle n'ira pas sans heurts. Elle subit une grave dépression en 1948 et est internée pour une période de cinq ans dans un asile de Québec. Alice va donc vivre le double enfer de la maladie et d'une carrière brisée. Mais sa grande force de caractère, qui lui avait permis d'atteindre le sommet de la gloire, explique son incroyable retour dans l'arène du show-business au milieu des années 50. C 'est sur la «Main», au «Casa Loma» et au cabaret «Montmartre», qu'elle entreprend sa nouvelle carrière à l'âge de 30 ans. Mais malgré tous ses efforts, Alys Robi ne sera plus jamais la darling et la star internationale de ses 20 ans. Heureusement, depuis quelques années Alys Robi a repris sa place dans nos coeurs et dans notre mémoire collective, comme la plus grande, la star du Québec, l'interprète fabuleuse de «Tico, Tico» !

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