Charles McKiernan, dit Joe Beef (1835-1889)
Il existe dans toutes les villes des personnages qui se démarquent par leur
originalité ou leurs activités. Charles McKiernan est un de ceux-là. Généreux,
flamboyant, coloré et irrévérencieux sont quelques-uns des qualificatifs qui
s'appliquent à ce grand personnage. Mais si sa personnalité fait de McKiernan un
personnage unique, c'est aussi l'auberge qu'il tenait dans le Vieux-Montréal qui a fait
de lui un monument de l'histoire populaire montréalaise.
Originaire d'Irlande, Charles McKiernan s'enrôla dans le Royal Regiment of
Artillery de l'armée britannique et participa à la guerre de Crimée (1854-56) en
tant que cantinier. Son surnom de Joe Beef lui vient d'ailleurs de là, car
lorsque les rations se faisaient maigres, il parvenait toujours à dénicher
quelques pièces de viande pour la troupe. Cette réputation l'accompagna
jusqu'ici lorsqu'il fût affecté à Montréal vers 1864. Il s'occupa de la cantine
militaire de l'île Sainte-Hélène jusqu'en 1868, année où il obtint sa
décharge de l'armée. Il ouvre alors la Joe Beef's Canteen, qui allait rapidement
être connue par tous les marins du monde.
 Joe Beef et sa taverne, gravure de 1933. Ville de
Montréal. Gestion de documents et des archives. |
D'abord située sur la rue Saint-Claude près du marché Bonsecours et du port,
Joe Beef installe sa taverne
en 1875 sur la rue de la Commune à l'angle de la rue de Callière. Cet
établissement aurait pu ressembler aux autres qui avoisinaient le port, mais
c'était sans compter sur la personnalité exceptionnelle de Joe Beef.
Véritable philanthrope, McKiernan aide les plus démunis de la ville. Il
fournit de la nourriture à tous ceux qui se présentent à sa taverne, même s'il
sont sans le sou. La nuit, un employé de son auberge patrouille les rues du
Vieux-Montréal pour offrir le gîte gratuitement à tous les marins et les
sans-abri. Joe Beef s'attire encore plus la sympathie du peuple lorsqu'il aide,
en 1877, les ouvriers du canal
Lachine en grève. Il les soutient et leur fournit 3 000 pains et 500 gallons
de soupe. Mais la générosité de Joe Beef attire des critiques. Car s'il est si
généreux, il est loin d'être un homme pieux.
McKiernan ne croit ni à Dieu, ni
à diable et se nomme le «fils du peuple». La population lui accorda d'ailleurs
des funérailles grandioses à sa mort en 1889. Aujourd'hui, le bâtiment
qu'occupait la taverne Joe Beef jusqu'aux années 1960 accueille encore les
marins du monde dans ce qui est devenu le Foyer maritime.
Voir le thème
relié à ce personnage
Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal