Marguerite d'Youville, femme de tête, femme de coeur
Née en 1701, Marie-Marguerite Dufrost de la Jemmerais est issue d'un milieu modeste. Sa famille, transplantée en Nouvelle-France, est de souche noble. On y compte des gens de pouvoir, d'argent et d'action. Les réseaux paternels et maternels - les Dufrost de la Jemmerais et les Gaultier de Varennes - ne sont pas des moindres. Quand l'un des rejetons se marie, c'est toute le noblesse de la colonie française qu'on retrouve à la table de noces.
À trente-sept ans quand elle s'engage avec trois compagnes au service des pauvres, elle n'est plus une fille de bonne famille comme les autres. La vie l'a déjà bien instruite, pour le meilleur et pour le pire. Le décès de son père alors qu'elle n'a que huit ans, un mariage conflictuel avec le militaire et commerçant de fourrure François d'Youville, le remariage de sa mère avec un homme au tempérament violent, la perte de quatre de ses six enfants et enfin, son veuvage à vingt-neuf ans. Mais la veuve d'Youville et ses compagnes dérangent. Certains l'associent encore à son défunt mari, dont les trop «efficaces» méthodes de traite des fourrures arrosées d'eau-de-vie avaient créé des inimitiés tenaces.
Mais la persévérance de Madame d'Youville commence à porter fruit. En 1747, on décide de lui confier la gestion de l'Hôpital général. Les dernières années de sa vie sont consacrées à consolider cette oeuvre au moment où la Nouvelle-France vit les lendemains incertains de la Conquête de 1760. Reconstruit après l'incendie de 1765, l 'Hôpital abritera encore longtemps les délaissés de la société montréalaise et la communauté qu'elle a fondée, les Soeurs de la Charité (dites «Soeurs grises»). Lorsqu'elle meurt le 23 décembre 1771, les assises financières et spirituelles de cette institution sont suffisamment solides pour lui survivre. Marguerite d'Youville sera canonisée par l'Eglise catholique en 1990.
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Mention obligatoire: Centre d'histoire de Montréal