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27. «J'aime les nuits de Montréal»

Cabaret et boîtes de nuits

Publicité théâtre national Publicité du Théâtre National, sans date. Centre d'histoire de Montréal.

Depuis fort longtemps, Montréal possède la réputation d'une ville animée, où on aime la fête et le divertissement. Déjà durant le régime français, plusieurs auberges avaient pignons sur rue pour accommoder les nombreux coureurs des bois, soldats et marins qui débarquaient régulièrement dans la petite bourgade de Montréal. La première auberge, celle de J. Boisdon (au nom prédestiné), attirait aussi les notables qui aimaient venir y jouer et prendre un verre. Puis avec l'arrivée des Britanniques, on vit apparaître les premières véritables salles de spectacle et de théâtre, notamment le Théâtre Royal construit en 1825 sur la rue Saint-Paul par le brasseur John Molson. Toutefois ce n'est qu'à la fin du 19 e siècle que les Montréalais francophones vont véritablement s'intéresser au spectacle. Le Monument national (1893) du boulevard Saint-Laurent en est le symbole, et vient faire concurrence à l'Académie de musique de Montréal (1875) l'un des théâtres anglophones les plus populaires de la ville où la «Divine» Sarah Bernhardt jouait en 1880.

Cependant, c'est au cours des fameuses années folles précédant la crise économique de 1929, que Montréal se transforme en petit Broadway. Au coeur de cette réputation, prédomine le boulevard Saint-Laurent. On assiste à une véritable explosion du nombre de salles de spectacle, de cabarets et de tavernes. Apparaissent aussi les maisons de jeux, les fumeries d'opium du quartier chinois et les maisons closes.

Mais avant que ces attractions illicites n'occupent le devant de la scène dans les années 50, il faut se rappeler les belles années des vaudevilles avec Juliette Pétrie, la Poune, Manda Parent et Hector Pellerin. On ne peut oublier non plus, Olivier Guimond fils en spectacle au «Starland» (Monument national), rivalisant avec les rires émanant du «Roxy», en face, où son père Ti-Zoune faisait crouler l'assistance.

Puis à partir de 1954 la «Main» et ses nuits se transforment après la publication du rapport du juge Caron, dévoilant la corruption et l'emprise de la pègre dans la ville. Un assainissement est imposé par le jeune avocat Pax Plante et le nouveau maire Jean Drapeau. Le «Roxy» et le «Bijou» sont mêmes démolis, faisant fuir l'atmosphère perpétuelle de fête qui règnait jusqu'alors sur le boulevard. Mais c'est aussi la télévision qui contribue à ce bouleversement en présentant les spectacles de variété qu'on ne pouvait auparavant voir que dans les salles. Désormais, pour s'offrir de l'inédit, on fréquente les boîtes de strip-tease qui ont pris la relève.

Boulevard du crime durant les années 50, mais aussi et surtout un des pôles de l'activité artistique nord-américaine au cours des années 20 à 40, « La Main» a survécu aux différents épisodes de répression morale et perpétue encore la tradition d'une ville où on aime bien fêter jusqu'aux petites heures...

Saviez-vous que...

Montréal...le petit Chicago

La prohibition américaine a largement contribué au développement d'une certaine forme de vie nocturne à Montréal. De nombreux artistes new yorkais se réfugient à Montréal dans les années 20. Ils contribuent à la naissance des cabarets et des spectacles de variétés qu'on y présente. Mais la mafia suit le même chemin et s'installe à Montréal, faisant de celle-ci un petit Chicago! La rue Clark devient célèbre pour ses maisons closes et ses maisons de jeu. On retrouve même à l'angle des rues Saint-Laurent et Ontario la plus importante centrale de paris téléphoniques d'Amérique. De quoi bâtir une belle réputation à Montréal !

Le Monument national

Boulevard Saint-Laurent. En plein coeur de ce qu'on peut appeler le «Red light» de Montréal, entre deux hot-dogs du Montreal Pool Room et une danse au café Cléopâtre, se dresse un bâtiment riche de signification pour les Canadiens-français : le Monument National. Il s'agit de la plus vieille salle de spectacle encore existante au Canada, mais c'est aussi un véritable symbole de la fierté de la collectivité française d'Amérique. Le Monument National est l'oeuvre de la Société Saint-Jean-Baptiste, une organisation patriotique, fondée par Ludger Duvernay en 1834 pour défendre les intérêts des Canadiens-français et des Franco-américains.

La SSJB voulait au départ créer un site unique qui regrouperait les sièges sociaux des diverses associations canadiennes-françaises tout en étant un lieu de diffusion de la culture francophone. On décide donc de construire ce bâtiment qui sera un véritable monument à la gloire de la nation canadienne-française. Mais pour construire, il faut des sous...

Une campagne de levée de fonds est entreprise en 1884, mais le manque d'enthousiasme retarde le début des travaux. Il faut attendre 1888 sous la présidence de L.O. David pour que le projet démarre vraiment. Un site est proposé: sur Saint-Laurent, du côté ouest entre René-Lévesque et Sainte-Catherine. Le projet devient plus modeste que prévu et on songe à louer le rez-de-chaussée pour amortir le coût de la bâtisse. Le Monument, avant même sa construction, prend de plus en plus l'allure d'un centre civique. En effet, des cours vont y être dispensés afin d'obtenir des subventions. Ainsi, grâce à ces subventions et aux différentes loteries organisées, les travaux peuvent débuter en août 1891. L'inauguration officielle a lieu le 24 juin 1893.

Le Monument National va rapidement devenir le coeur de la diffusion artistique au Québec. Des orateurs célèbres se succèdent sur les planches du Monument et les plus grands artistes canadiens y présentent leurs spectacles. On peut penser aux comédies musicales mettant en vedette Alys Robi, mais aussi aux célèbres Fridolinades de Gratien Gélinas. On y présenta aussi de nombreuses productions juives et anglophones, ainsi que des artistes français (Édith Piaf en 1948). Bref, l'objectif de la SSJB de faire du Monument le site privilégié de diffusion de la culture française à Montréal était atteint.

Mais la clientèle se désintéresse du Monument et de ses attractions vers la fin des années 50. La mauvaise réputation du boulevard Saint-Laurent et l'avènement de la télévision en sont les causes principales. La SSJB décide donc dès 1960 de se départir du bâtiment. Heureusement, un philanthrope s'en porte acquéreur en 1971 et l'offre à l'École nationale de théâtre, ce qui évite la démolition de l'édifice. L'École nationale, qui en est aujourd'hui propriétaire, l'utilise toujours comme salle de représentation. Admirablement rénové en 1992, le Monument national redonne un souffle nouveau à ce secteur de la «Main».

Lire Montréal

BEAUNOYER, Jean. Fleur d'Alys. Montréal, Éditions Leméac, 1994.

BOURASSA, André-G. et Jean-Marc LARRUE. Les nuits de la «Main». Cent ans de spectacles sur le boulevard Saint-Laurent (1891-1991). Montréal, VLB Éditeur, 1993. 361 pages.

PINARD, Guy. «Le monument national» dans Montréal. Son histoire, son architecture. Tome 3. Montréal, Éditions La Presse, 1989. pp. 57-66.


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