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Lévy Bourbonnais et Nicolas Cournoyer

MONTRÉAL A-T-ELLE UN SON ?

Hétéroclite, ouvert d’esprit et créatif
Publié le
9 mars 2018
Musicalement parlant, ça bouillonne à Montréal. Mais y a-t-il un son particulier qui distingue la métropole des autres villes ? Nous avons posé la question à deux spécialistes.

C’est à Seattle, dans les années 1980, qu’est née la musique grunge, à Nashville le country, à Vienne la valse… mais qu’est-ce que Montréal apporte à la planète Musique ?

On ne peut pas dire que la musique produite à Montréal se limite à un style particulier. Il est en effet difficile de trouver ce qui unit l’art rock d’Arcade Fire, l’électro de DJ Champion, la poésie mal élevée de Bernard Adamus ou le hip-hop d’Alaclair Ensemble.

« Le mot qui me vient en tête, c’est hétéroclite », dit Nicolas Cournoyer, qui dirige deux événements majeurs en musique émergente à Montréal, le Piknic Électronik et Igloofest.

Louis-Jean Cormier et Marie-Pierre Arthur

« Moi, je pense à la créativité », ajoute Lévy Bourbonnais, qui enseigne la musique au cégep de Saint-Laurent en plus d’être directeur de la programmation de l’Off Jazz de Montréal.

Une sonorité unique

Pour créer, l’artiste s’inspire de ce qu’il est et de ce qui l’entoure. On peut donc supposer que la musique de Montréal est bigarrée parce que ses artisans baignent dans un bouillon de culture riche en saveurs.

Il y a évidemment le choc de deux grandes cultures sur une même île, le français et l’anglais. Si l’on pouvait parler de deux solitudes autrefois, c’est, selon Lévy Bourbonnais, de moins en moins le cas.

« Aujourd’hui, un anglo comme Patrick Watson collabore avec Louis-Jean Cormier, dit-il. À l’époque de Gerry Boulet, on ne voyait pas ça. Les jeunes n’ont plus cette barrière linguistique : ça fait partie du fait montréalais que de travailler dans les deux langues. »

Patrick Watson

Bien sûr, Montréal est aussi une ville cosmopolite où l’ouverture sur l’autre se vit au quotidien.

Par conséquent, « la métropole est très ouverte musicalement parlant », commente Nicolas Cournoyer. Cela se reflète dans le travail des artistes. « En musique électronique, par exemple, avant c’était du boomboom, poursuit-il. Aujourd’hui, elle se mêle au jazz, au beatmaking, au hip-hop. »

Nicolas Cournoyer croit aussi que le climat a sa petite influence sur le son de Montréal.

« Je ne sais pas comment au juste, mais le cycle des saisons influence le cycle de création de l’artiste, c’est certain ! L’hiver, c’est vraiment un autre beat... »

Terreau fertile pour la créativité

Nos deux experts sont d’accord : il existe une réelle effervescence à Montréal en matière de musique émergente. Ici, on explore, on crée, on invente... et ce serait peut-être lié au prix des loyers.

Arcade Fire

« On peut louer des studios pour moins cher qu’à Toronto ou Vancouver, remarque Lévy Bourbonnais. Ça permet aux musiciens de ne pas être pris à la gorge et de pouvoir se concentrer sur leur musique. »

Concrètement, des loyers moins chers permettent aux artistes de consacrer plus de temps à leur musique et moins de temps aux boulots « alimentaires ». Et c’est en expérimentant que l’artiste trouve son identité, sa voix, un son qui lui est propre.

En somme, il n’y a peut-être pas un « son » typiquement montréalais, et c’est très bien ainsi. On reconnaît en revanche que tout est en place pour faire pousser des sonorités nouvelles, nourries d’influences multiples, propres à sortir du lot.

« Notre écosystème musical est un chaos ordonné, conclut Nicolas Cournoyer. Or, c’est du chaos qu’émerge l’art... »